550 à 570, psaume 75 : Les cornes de l’autel.

Résumé:

Cette génération est celle des années 550 à 570.

Suivant notre comptage, cette génération est la génération 75 associée au psaume 75. C’est dans ce psaume 75 que nous retrouvons donc une illustration des faits de cette génération.

Au niveau politique, à cette génération se consolident les pouvoirs en place aussi bien en orient (Khosrô 1er) qu’en occident (Justinien 1er).

Cette génération est plutôt paisible pour le peuple Juif, malgré son lot de vexations et de tentatives de conversion forcées.

C’est un contexte transitoire où de grands empires sont à leur apogée après avoir succédé à d’autres empires qui ont fini par disparaître. Ces empires disparaîtront à leur tour pour céder leur place à d’autres. C’est ainsi l’occasion pour le psaume, associé à cette génération, d’évoquer la fragilité des empires du moment ainsi que du troisième qui émergera bientôt du désert après la naissance prochaine de Mahomet et donc de l’Islam.

Le monde antique sera à nouveau partagé entre orient et occident, entre terre chrétienne et terre d’Islam. Le monde connu se partagera bientôt entre deux monothéismes, le Christianisme et l’Islam, eux-même issus du Judaïsme.

Pour chacun, il y a trois directions d’accomplissement : soi-même, l’autre, Dieu. A l’homme, la possibilité d’avancer ou de reculer dans son propre accomplissement, d’aller à gauche ou à droite dans son accomplissement envers l’autre, de s’élever ou de descendre dans son accomplissement envers Dieu. À rapprocher d’un système d’axes mathématiques pour définir un espace à trois dimensions.

Les religions ont pour but de favoriser l’accomplissement positif et de refréner autant que possible l’accomplissement négatif.

La doctrine du christianisme peut se résumer à « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » soient comme nous l’avons déjà explicité les dimensions X (soi-même) et Y (l’autre, ton prochain) soient les deux dimensions terrestres à l’exclusion de la dimension céleste Z (Dieu) qui est le grand absent de la doctrine chrétienne. Cette dimension absente du Christianisme est en fait l’apanage de la nouvelle religion monothéiste : l’Islam. Islam qui peut se résumer au premier verset du Coran : “Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux”.

Les références du psaume de cette génération aux cornes permet de se référencer à la constitution de la tente d’assignation qui intégre les références à ces deux monothéismes.

Développement:

Pour expliquer complétement le psaume 75, celui qui est associé à cette génération 75, il faudrait aborder des explications dépassant de très loin le cadre rationnel habituel. Lors de la création de ce site, nous avions introduit une version très light des explications du psaume associé à cette génération. Dans la version actuelle (mise à jour en 2021) nous levons un peu le voile sur les explications et indiquons pourquoi la tente d’assignation, le coeur du Temple, symbolise de manière parfaite les 3 monothéismes: le judaïsme, le christianisme et l’Islam. Toutefois ces explications ne sont pas encore réelleement complètes, une partie de l’irrationnel associé à ce psaume n’est donc pas explicité ici, sans que cela soit bloquant.

Justinien 1er

Au niveau politique, à cette génération se consolident les pouvoirs en place aussi bien en orient qu’en occident.

En Occident (puisque l’Empire romain d’occident à disparu, Byzance, ancien empire chrétien d’Orient, devient l’occident face à la Perse, nouvel Orient dans cette nouvelle division du monde), cette génération est marquée par la fin du long règne de Justinien 1er (527-565) suivi de celui du début de règne de Justin II (565-578).

Du côté de l’orient, Khosrô 1er (531-579) poursuit également son long règne.

La fin du règne de Justinien marque la fin du modèle romain :

  • Une[1] époque se terminait (à la mort de Justinien). Justinien était le dernier véritable empereur romain à occuper le trône de Byzance. […] Il pensait en termes d’Empire romain antique. Jamais il ne comprit que cet empire-là était devenu un anachronisme. L’époque où un seul homme pouvait revendiquer une autorité universelle incontestable était révolue. […]
  • Sur le plan économique, en dépit de tous ses efforts, Justinien laissa un empire exsangue. Ne serait-ce que pour cette raison, on ne peut le considérer comme un très grand souverain. En revanche, il le laissa infiniment plus riche en commodités, en services et en ouvrages publics, et incomparablement plus beau. Il repoussa ses frontières, il simplifia et rationalisa ses lois. Il travailla sans cesse, infatigable, comme peu de souverains dans l’histoire y sont jamais parvenus, à ce qu’il croyait bon pour ses sujets. Plus qu’aucun autre monarque dans l’histoire de Byzance, il marqua l’empire de sa personnalité. Il faudra des siècles pour que l’empire se dégage de son ombre.

De même que Justinien 1er marque en quelque sorte une référence dans le monde Byzantin, Khosrô correspond également à un apogée du monde Sassanide :

  • La[2] figure de Khosrô 1er Anushiravân est devenue, dans la mémoire collective, celle d’un prince vertueux, épris de justice, dont les gôshân puis les poètes ont chanté les hauts faits ; Firdûsî, le met en scène à la fois pour la sagesse dont il fait preuve, son équité, mais aussi son courage et sa détermination. À côté de l’aspect romanesque, épique ou moral, il est certain que le règne de Khosrô 1er constitue en quelque sorte l’apogée de l’empire sassanide : les succès militaires et diplomatiques se doublent en effet d’une période plus prospère que les précédentes, et favorable aux arts, aux sciences et à la littérature, ainsi qu’aux échanges culturels.

Retour des vestiges du Temple à Jérusalem

C’est un contexte transitoire où de grands empires sont à leur apogée après avoir succédé à d’autres empires qui ont fini par disparaître.

Ces empires disparaîtront à leur tour pour céder leur place à d’autres.

Pendant ce temps, le peuple Juif, dépourvu de royaume et dispersé au sein des nations condamné à subir les brimades de celles-ci, traverse le temps et survit malgré tout à tous ces chamboulements du monde en attendant de retrouver sa place sur sa terre et près de Dieu.

C’est ce destin particulier que le psaume de cette génération évoque.

Lors de la génération précédente, en combattant Carthage, Bélisaire rapporte à Constantinople nombre des objets précieux du Temple que les romains avaient emporté en 71 et qui étaient tombés dans les mains de Genséric lors du sac de Rome en 455.

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Ces objets sont restitués aux Juifs de Jérusalem quelques années plus tard soit vraisemblablement pendant cette génération. La restitution de ces symboles de la gloire passée du peuple Juif marque la suprématie de celui-ci sur les empires, aussi prestigieux qu’ils soient, qui se succèdent dans la domination du monde. Rome a disparu, le peuple Juif est toujours là et le lien de ce peuple avec sa terre, avec Jérusalem et son Temple reste toujours aussi fort.

C’est ce que l’auteur du psaume de cette génération exprime en préambule de ce psaume :

  1. Au chef des chantres. Al tachkêt. Psaume d’Assaf. Cantique.
  2. Nous Te rendons grâce, ô Dieu, nous Te rendons grâce, Ton nom est près [de nous] ; qu’on proclame Tes merveilles !
    • La suite du psaume, s’appuie sur les illusions des nations matérialisées par les empires de cette génération pour rappeler l’avenir de ce monde :
  3. « Quand, [dit Dieu], j’en aurai fixé l’heure, Je rendrai mas arrêts avec équité.
  4. Que la terre en soit alarmée avec ses habitants, Moi, Je raffermirai ses colonnes. » Sélah !
  5. Je dis aux insensés : « Trêve de folies ! » Aux méchants : « Ne relevez point la tête ! »
    • La gloire des empires passés et leur disparition doivent être un message fort aux nouveaux empires qui se partagent le monde et à ceux qui le domineront dans les générations futures. Toute gloire des nations est passagère et il n’y a pas lieu de s’en enorgueillir car toutes ont une fin.
  6. Ne relevez pas si haut la tête, ne vous rengorgez pas pour parler avec insolence ;
  7. car ni de l’orient, ni du couchant, ni du désert ne vient la grandeur.
  8. C’est Dieu qui est l’arbitre : il abaisse l’un, il élève l’autre.
    • L’auteur du psaume s’appuie plus pertinemment sur cette génération pour étayer son discours puisque de fait le monde (connu) est partagé entre Orient et Occident entre Empire Byzantin et Empire Perse. À ces empires un trublion redistribuera les cartes puisque bientôt. Du désert apparaîtra Muhammad qui créera un nouvel Empire en Orient s’appuyant fortement sur les bases de l’empire Perse. Tout cela mènera à un partage du monde (connu) entre Occident Chrétien et Orient Musulman. Ainsi quand l’auteur du psaume cite « Ni de l’orient, ni du couchant, ni du désert », il tient bien compte des empires du moment et de l’évolution programmée de l’orient par l’arrivée de l’Islam en indiquant bien que toutes ces évolutions ne sont pas fortuites et entrent dans un destin voulu par le divin qui seul est habilité à établir ou rompre l’équilibre du monde.

Les cornes

Cette génération est plutôt paisible pour le peuple Juif, malgré son lot de vexations et de tentatives de conversion forcées.

De fait le psaume de cette génération met plutôt l’accent sur la suite de la nuit en évoquant une nouvelle fois les « cornes » qui est un thème récurrent dans les psaumes et de façon plus large dans les différents livres de la Bible. Pour les psaumes, les cornes sont évoquées une première fois dans le psaume vingt-deux :

  • Sauve[3] mon âme du glaive, ma vie de la fureur des chiens, arrache-moi de la gueule du lion, protège-moi contre les cornes des buffles.

Or la vingt-deuxième génération, attachée à ce psaume vingt-deux représente bien des similitudes avec la présente génération. Le peuple Juif revient sur sa terre après l’exil de Babylone avec une apparente souveraineté. Dans notre génération, le peuple Juif retrouve certains vestiges du Temple.

Les premières vingt et une générations représentent trois fois sept générations, trois fois la première série de malédictions qui annoncent trois fois sept fois sept malédictions soient les cent quarante-sept générations de la nuit que la vingt-deuxième génération initialise. La vingt-deuxième génération symbolise l’entrée dans la nuit profonde celle où le peuple Juif se trouvera confronté aux nations et aux particuliers aux cornes de celles-ci principalement le Christianisme qui a déjà pris pied avant la présente génération et l’Islam qui va bientôt émerger. Rappelons que le taureau représente la prêtrise ; bien que nous pouvons le « démontrer », nous ne donnerons pas plus d’explications à ce sujet sur ce website.

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Le monde antique sera à nouveau partagé entre orient et occident, entre terre chrétienne et terre d’Islam, les cornes symbolisent ce partage du monde comme l’évoque le Coran à travers le personnage d’Alexandre le Grand comme l’explique Tabari :

  • Alexandre[4] est appelé Dsoul-Qarnaïn pour cette raison qu’il alla d’un bout à l’autre du monde. Le mot « qarn » veut dire corne, et on appelle les extrémités du monde cornes. Lui, étant allé aux deux extrémités du monde, tant à l’orient qu’à l’occident, on l’appelle Dsoul-Qarnaïn.

L’autel

De fait le terme hébreu (קרנות) de même racine utilisé dans le psaume est également utilisé à plusieurs reprises dans le Lévitique pour les sacrifices d’expiation :

  • Il[5] (Moïse) fit approcher le taureau de l’offrande d’expiation ; Aaron et ses fils appuyèrent leurs mains sur la tête du taureau de l’offrande d’expiation. Il (l’) égorgea ; Moïse prit le sang, (le) mit sut les cornes (=coins) de l’autel tout autour avec son doigt et nettoya l’autel. Il versa le sang à la base de l’autel et le consacra afin de faire expiation sur lui.

Également :

  • Moïse[6] dit à Aaron : Approche de l’autel et fais (le rituel de) ton offrande d’expiation et (de) ton holocauste. Fais expiation pour toi et pour le peuple, fais (le rituel du) sacrifice du peuple et fais expiation pour eux comme l’Eternel a ordonné. Aaron s’approcha de l’autel et égorgea le veau de l’offrande d’expiation qui était le sien. Les fils d’Aaron approchèrent de lui le sang, il trempa son doigt dans le sang et (le) mit sur les cornes de l’autel ; et le reste du sang il versa à la base de l’autel.

Ainsi que :

  • Il[7] (Aaron) sortira vers l’autel qui est devant l’Eternel et fera expiation sur lui, il prendra du sang du taureau et du sang du bouc, et mettra sur les cornes de l’autel tout autour.
  • Le prêtre[8] trempera (faute individuelle) son doigt dans le sang (sacrifice de taureau) et aspergera du sang sept fois devant l’Eternel vers le rideau du sanctuaire. Le prêtre mettra du sang sur les cornes de l’autel.
  • (idem pour faute de toute l’assemblée d’Israël – versets 17-18)
  • Le prêtre[9] prendra du sang du sacrifice d’expiation (bouc pour faute du chef) avec son doigt et (le) mettra sur les cornes de l’autel de l’holocauste.

Alors que pour les autres sacrifices, le sang est toujours aspergé sur l’autel ou vers l’intérieur de la tente d’assignation :

  • Il[10] égorgera le taureau devant l’Eternel et ils apporteront les enfants d’Aaron, les prêtres le sang et jetteront le sang sur l’autel tout autour, qui est à l’entrée de la Tente d’Assignation.

Aussi :

  • Et[11] si c’est du petit bétail (qu’est) son offrande, des moutons ou des chèvres pour un holocauste, c’est un mâle sans défaut qu’il offrira. Il l’égorgera au flanc de l’autel, au nord, devant l’Eternel ; ils jetteront, les fils d’Aaron, les prêtres, son sang sur l’autel, tout autour.

Ainsi que :

  • Le[12] prêtre l’apportera (holocauste d’oiseau) vers l’autel, déchirera sa tête et fera monter en fumée sur l’autel ; son sang sera exprimé par pression sur la paroi de l’autel.
  • Moïse[13] égorgea (le bélier d’holocauste) et versa le sang sur l’autel tout autour.

Pour les sacrifices de paix :

  • Il appuiera[14] sa main sur la tête (offrande de gros bétail) de son sacrifice et l’égorgera à l’entrée de la tente d’assignation et les fils d’Aaron, les prêtres, jetteront le sang sur l’autel tout autour.
  • Il égorgea[15] le taureau et le bélier, sacrifice de l’offrande de paix du peuple, les fils d’Aaron lui présentèrent le sang et il le jeta sur l’autel tout autour.

Pour l’expiation des fautes légères (telle que l’impureté subie) qui peut être rachetée d’ailleurs sans sacrifice d’animaux (offrande de farine) :

  • Il[16] (le prêtre) fera aspersion du sang du sacrifice d’expiation sur la paroi de l’autel et ce qui reste du sang il l’exprimera vers la base de l’autel, c’est un sacrifice d’expiation.

Ainsi la plupart des sacrifices se font vers l’intérieur de la tente alors que les sacrifices principaux d’expiation se font vers l’extérieur (les « cornes »), or nous savons que l’intérieur est cloisonné par les dix tentures de lin représentant les dix tribus d’Israël (complété en interne par la présence du grand prêtre pour la onzième tribu celle de Lévi, alors que la douzième, celle de Juda ne pourra y pénétrer qu’à la fin des temps). En effet, Jacob et donc Israël est symbolisé par le lin ; bien que nous pouvons le « démontrer », nous ne donnerons pas plus d’explications à ce sujet sur ce website.

L’extérieur ce sont les tentures de laine représentant les onze tribus d’Esaü (la douzième, celle d’Amalec n’est pas représentée car celui-ci est « effacé »). En effet, Esau et donc Rome et le Christianisme est symbolisé par la laine ; bien que nous pouvons le « démontrer », nous ne donnerons pas plus d’explications à ce sujet sur ce website.

Donc les cornes représentent à travers les tentures extérieures, les nations, c’est en particulier la raison pour laquelle celles-ci ont été évoquées une première fois au psaume vingt-deux qui initiait la deuxième partie de la nuit, celle qui allait progressivement amener les Juifs vers l’exil à travers les nations.

Toutefois, évoquer ces tentures de laines externes n’est pas suffisant car elles ne font que couvrir l’horizon, d’autres tentures couvrent le sommet du tabernacle. Elles aussi sont l’extérieur (les « cornes ») de la tente. Or cette génération marque la fin d’un temps, en effet, jusqu’à présent, le monothéisme avait été ensemencé au sein des nations avec une doctrine unique (même si celle-ci a donné naissance à de nombreuses « sectes » et « hérésies ») ; le Christianisme.

Agar

La fin de cette unicité est amorcée à cette génération car celle-ci s’achève par la naissance de Mahomet (570) qui donnera naissance lui-même à l’Islam.

Cet avènement d’une nouvelle religion est conforme aux promesses de Dieu à Abraham, en particulier quand celui-ci doit se séparer d’Agar suite aux rivalités entre celle-ci et Sarah :

  • Sarah[17] vit le fils d’Agar, l’Égyptienne, qu’elle avait enfanté à Abraham, se moquant. Elle dit à Abraham : « Chasse cette servante et son fils car il n’héritera pas, le fils de cette servante, avec mon fils, avec Isaac ». La chose déplut fortement aux yeux d’Abraham à cause de son fils. Dieu dit à Abraham : Que cela ne déplaise pas à tes yeux à propos du garçon, et de ta servante ; tout ce que te dira Sarah, écoutes sa voix car c’est dans Isaac que sera appelée pour toi une descendance. Et aussi le fils de la servante, J’en ferai une nation car il est ton descendant (Abraham renvoie alors Agar et Ismaël).

Promesse confirmée à Agar lorsqu’elle se trouve au désespoir dans le désert :

  • Elle[18] (Agar) partit et elle s’assit en face loin (d’Ismaël), à la distance d’une portée d’arc, car elle disait : Que je ne voie pas la mort de l’enfant ; elle s’assit en face, éleva sa voix et pleura. Dieu entendit la voix du garçon ; l’ange de Dieu appela Agar depuis le ciel et lui dit : Qu’as-tu Agar ? Ne crains point, car Dieu a entendu la voix de l’enfant là où il est. Lève-toi, soulève l’enfant et tiens-le par la main, car Je ferai de lui une grande nation.

L’ascendance de Mahomet

Nous pouvons nous intéresser à sa lignée. Que ce soit pour les Juifs et les Musulmans, Mahomet est considéré comme descendant d’Ismaël, fils d’Abraham et d’Agar, la servante de Sarah.

Ainsi Tabari définit la généalogie de Mohammad, qui n’est pas sans rappeler la généalogie de Jésus dans les Evangiles :

  • Mohammed[19], fils d’Abdallah, fils d’Abdou’l-Mottalib, fils de Haschim, fils d’Abd-Manaf, fils de Qoçavy, fils de Kilâb, fils de Morra, fils de Ka’b, fils de Lowavy, fils de Ghâlib, fils de Fihr, fils de Malik, fils de Nadhr, fils de Kinâna, fils de Khozama, fils de Modrika, fils d’Elyâs, fils de Modhar, fils de Nizâr, fils de Ma’add, fils d’Adnan, fils d’Odd, fils d’Odad, fils de Homaïsa, fils de Qaïdar, fils d’Ismaël, fils d’Abraham (puis filiation jusqu’à Adam).

Qaïdar, l’ancêtre de Mahomet et fils d’Ismaël est conforme à la description de la Genèse après l’enterrement d’Abraham :

  • Suivent[20] les générations d’Ismaël, fils d’Abraham, que l’Égyptienne Agar esclave de Sarah, avait enfanté à Abraham. Voici les noms des fils d’Ismaël, désignés selon leur ordre de naissance : le premier-né d’Ismaël, Nébaïoth ; puis Kédar (l’ancêtre de Mahomet suivant la tradition musulmane), Adbeêl, Mibsam ; Mischma, Douma, Massa ; Hadad, Témah, Yetour, Nafich et Kedma. Tels sont les fils d’Ismaël et tels sont les noms chacun dans sa bourgade et dans son domaine ; douze princes selon leurs nations.

Soit un parallélisme parfait entre la lignée issue d’Ismaël (douze princes), d’Esaü (douze également) et de Jacob (douze tribus). Si Jacob et Esaü sont partie intégrante de la composition du tabernacle, il en est de même d’Ismaël.

Afin de discerner la « quote-part » d’Ismaël dans cet édifice, il faut s’intéresser à la lignée de Mahomet qui vient d’être rappelée. Tabari s’attarde en particulier sur Modhar et sur Qoçavy.

Pour Modhar :

  • Modhar[21] avait le surnom de Hamrâ (de la tente rouge), qui avait l’origine suivante :
  • Nizâr qui possédait une grande fortune, partagea, en mourant, ses biens entre ses fils. Il donna une tente de cuir rouge à Modhar, à Rabî’a un cheval noir, à Anmâr un tapis de cuir noir, et à Iyâd, une esclave. […] Le devin (Tabari cite un certain nombre « d’épreuves » subies par les fils de Nizâr qui précèdent cette conclusion) dit : Indiquez-moi exactement ce que votre père a donné à chacun de vous et ce qu’il a laissé. Notre père, dirent-ils, a laissé de l’or, de l’argent, des chevaux, des moutons, des tapis et des vases de toute espèce et en grand nombre. Ils racontèrent ensuite ce que leur père avait donné à chacun d’eux. Le devin dit : Laissez à Modhar tout ce que votre père avait en fait d’or et de chameaux ; car ces objets sont rouges. Donnez les chevaux, les esclaves et les vêtements noirs à Rabî’a ; les esclaves blancs, l’argent et les vêtements blancs à Iyâd, et les tapis et les moutons à Anmâr. Les quatre frères acceptèrent cette sentence et s’en retournèrent.

Pour Qoçavy:

  • Qoçavy[22], ayant saisi le gouvernement, réunit à La Mecque les gens de sa famille, ses alliés et la tribu de Ma’add, fils d’Adnan, les y fit demeurer et leur donna les maisons des Benî-Kozâ’a. Quand il les eut tous rassemblés dans la ville, il les appela Qoraïsch, ce qui signifie en arabe réunion d’hommes. On n’avait jamais auparavant employé ce nom. Depuis lors les Arabes désignent Qoçavy par le nom de Qoraïsch. (….)
  • D’autres prétendent que Qoraïsch est le nom d’un cheval marin, qui épouvante tout ce qui habite la mer, poissons et autres animaux. Comme Qoçavy et son peuple avaient pris le dessus sur les Khozâ’a, on les avait appelés Qoraïsch par métaphore. Abdallah, fils d’Abbâs, a dit à ce sujet le vers suivant :
    • Qoraïsch, qui est (cet animal) qui habite la mer, du nom duquel s’appellent les Qorayshites.
  • Donc Qoçavy exerçait le pouvoir, à La Mecque, sur les Qorayshites et sur les autres. […] La prééminence des Qorayshites était reconnue par tous les Arabes et l’a été jusqu’à ce jour.

Le tabernacle

Dans le récit biblique, pour la construction du Tabernacle, Dieu en appelle à la générosité des Juifs dans le désert en énumérant les composants nécessaires:

  • L’Eternel[23] parla à Moïse en ces termes : « Invite les enfants d’Israël à me préparer une offrande : de la part de quiconque y sera porté par son cœur, vous recevrez mon offrande. Et voici l’offrande que vous recevrez d’eux : or, argent et cuivre ; étoffes d’azur, de pourpre, d’écarlate, de fin lin et de poil de chèvre ; peaux de bélier teintes en rouge, peaux de tahach et bois de chittim ; huiles pour le luminaire, aromates pour l’huile d’onction et pour la combustion des parfums ; pierres de choham et pierres à enchâsser, pour l’éphod et pour le pectoral ».

Si l’on se limite à ce qui constitue principalement la tente proprement dite : nous avons :

  • « étoffes » de fin lin,
  • « étoffes » de poil de chèvre,
  • Peaux de bélier teintes en rouge,
  • Peaux de Tahach.

Les étoffes de fin lin constituent la partie d’Israël dans le tabernacle, soit la partie centrale. Les étoffes de poil de chèvre constituent la partie d’Esaü et par extension celle du monde chrétien, soit la partie externe et latérale du tabernacle.

Restent les peaux de bélier teintes en rouge (« Modhar ») et les peaux de Tahach (« Qoçavy ») qui représentent la part d’Ismaël et par extension celle du monde musulman, soit comme nous allons le voir la partie extérieure et haute du tabernacle.

Avant cela, rappelons que la peau de « tahach » a laissé perplexe toutes les générations d’exégèses traditionnelles qui n’ont jamais pu y associer officiellement un nom d’animal connu. Ainsi Rachi donne la signification suivante :

  • C’est[24] une sorte de bête qui n’a existé qu’à ce moment et elle avait plusieurs couleurs c’est pourquoi on traduit multicolore (qui peut signifier aussi) qui se réjouit et se glorifie à cause de ses couleurs.

Les modernes[25] y associent le lamantin ou le dugong. Ces deux animaux sont les seuls représentants des siréniens. Ces mammifères marins sont vraisemblablement à l’origine du mythe des sirènes.

Ils ont la rare particularité d’être herbivores (quasiment cacher ! Certains n’hésitent pas à les comparer à des vaches marines). Ils étaient autrefois nombreux en mer rouge et dans le golfe persique. Cet habitacle rend compatible le fait que les enfants d’Israël possédaient de telles peaux à la sortie d’Egypte et également que les Arabes de la péninsule arabique connaissaient cet animal.

Le rapprochement évident avec la légende associée à Qoraïsch permet d’associer à la fois les peaux de bélier teintes en rouge et les peaux de Tahach à Ismaël et sa descendance.

Ces deux « étoffes » complémentaires sont utilisées dans la tente d’assignation pour sa couverture :

  • Tu[26] ajouteras, pour couvrir le pavillon, des peaux de bélier teintes en rouge ; et par-dessus, une couverture de peaux de tahach.

Ce qui fut exécuté :

  • On arrangea[27], pour couvrir ce pavillon, des peaux de bélier teintes en rouge, puis, par-dessus, une couverture de peaux de tahach.

Les trois directions d’accomplissement

Pour chacun, il y a trois directions d’accomplissement : soi-même, l’autre, Dieu. A l’homme, la possibilité d’avancer ou de reculer dans son propre accomplissement, d’aller à gauche ou à droite dans son accomplissement envers l’autre, de s’élever ou de descendre dans son accomplissement envers Dieu.

À rapprocher d’un système d’axes mathématiques pour définir l’espace à trois dimensions :

  • Avancer ou reculer, l’axe principal, l’axe des x, l’accomplissement de soi est assimilable à l’axe des x.
  • Aller à gauche ou à droite, l’axe secondaire dans les positions d’un plan horizontal, soit l’axe y, l’accomplissement vers l’autre est assimilable à l’axe des y.
  • S’élever ou descendre, l’axe z. L’accomplissement vers Dieu est assimilable à l’axe des z.

Les religions ont pour but de favoriser l’accomplissement positif et de refréner autant que possible l’accomplissement négatif.

La doctrine du christianisme peut se résumer à « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » soient comme nous l’avons déjà explicité les dimensions X (soi-même) et Y (l’autre, ton prochain) soient les deux dimensions terrestres à l’exclusion de la dimension céleste Z (Dieu) qui est le grand absent de la doctrine chrétienne.

Afin d’illustrer encore le fait que les Evangiles représentent en quelque sorte une projection à deux dimensions de la loi de Moïse, nous pouvons citer ces quelques passages d’Eric Edelmann:

  • La difficulté[28] réelle qui se présente est que, même si l’enseignement de Jésus est fondamentalement d’ordre mystique et spirituel – et par conséquent universel et atemporel- il se trouve inséré dans un contexte déterminé dont on ne peut faire abstraction. Cet aspect est particulièrement évident par exemple en ce qui concerne le Loi et la mentalité religieuse qui lui sont attenantes. On ne peut donc négliger ici la toile de fond ou « le milieu de vie », même s’il ne faut jamais oublier qu’il s’agit là d’une dimension horizontale et relative et non pas de la dimension verticale et ultime […]
  • Dans son essence cependant, la Torah n’est pas seulement une législation ; elle est même par excellence l’ensemble de la révélation de Dieu, c’est-à-dire, si l’on maintient le terme de « loi », des lois qui régissent le monde spirituel et la relation de l’homme à Dieu […]
  • Le mot hébreu tôrâh signifie littéralement « direction à prendre » et vient de yârâh : « montrer », « lancer », d’où montrer de la main et, par extension, « indication ».

Cette dimension absente du Christianisme est en fait l’apanage de la nouvelle religion monothéiste : l’Islam. Islam qui peut se résumer au premier verset du Coran :

  • Au nom d’Allah[29], le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.

C’est donc naturellement qu’en complément des tentures extérieures latérales (dimensions X, Y), les tentures extérieures couvrantes (dimension Z) soient associées à Ismaël dont les descendants répandront l’Islam dans le monde.

Ces tentures qui séparent le cœur de la tente d’assignation et le ciel protègent celle-ci des attraits des « autres » ciels et don du paganisme mais sont aussi un obstacle entre Dieu et son peuple.

Cela résume ce que va être l’influence musulmane en terre d’Israël : d’un côté elle préservera la sanctification de cette terre en la protégeant de toute tentation idolâtre ; avec plus de réussite que le peuple Juif lui-même qui lui étant orienté dans les trois directions (X : soi-même, Y : l’autre, Z : Dieu) est plus soumis aux tentations et errements de ce monde.

Mais celle-ci empêchera jusqu’à aujourd’hui au peuple Juif d’exercer le culte qu’il doit à son Dieu.

La naissance de l’Islam qui s’annonce par la naissance de Mahomet à la fin de cette génération est le signe de la maturation des nations qui maintenant s’organiseront entre influence d’orient (Islam) et influence d’occident (Christianisme).

C’est dans ce monde que le peuple Juif évoluera tout le reste de la nuit.

Nuit pendant laquelle le peuple Juif continuera à subir les caprices des nations et en payer le prix à l’image du sang des sacrifices d’expiation projetés vers les cornes de l’autel, vers les nations.

C’est ce que résume la fin du psaume de cette génération :

  1. Car l’éternel tient une coupe en sa main, où écume un vin tout mêlé d’aromates, de ce vin Il verse des rasades, mais la lie, ce sont tous les méchants de la terre qui l’aspirent et la boivent.
    • Les nations peuvent se sentir libres d’agir à leur guise à l’encontre du peuple d’Israël qui vit en son sein, car en apparence ils restent impunis voire ils semblent en tirer profit. Cela est une vue à court terme car Dieu finira par demander compte pour les actions à l’encontre de son peuple.
  2. Pour moi, je Le proclamerai sans trêve, je chanterai le Dieu de Jacob. J’abattrai toutes les cornes des méchants ; les cornes des justes se dresseront bien haut.
    • C’est ce que résume ce dernier verset : la promesse faite à Jacob sera respectée à la fin des temps et justice lui sera faite envers les nations auxquelles son peuple aura été confronté. Celles qui auront bien agi seront récompensées, celles qui auront mal agi seront punies.

Paul David


[1] John Julius Norwich/Histoire de Byzance/Chapitre : « Le dernier empereur romain » (p. 104 et 105)

[2] Yves Porter/Les Iraniens – Histoire d’un peuple/Chapitre : « Khosrô 1er Anushiravân » (p. 97-98)

[3] Psaume 22, versets 21 et 22

[4] TABARI « De Salomon à la chute des Sassanides », Chapitre Histoire de Dsoul-Qarnaïn et construction du mur de Yâdjoudj et Mâdjoudj.

[5] LEVITIQUE, Chapitre 8, verset 15.

[6] LEVITIQUE, Chapitre 9, versets 7 à 9 (voir aussi verset 15)

[7] LEVITIQUE, Chapitre 16, verset 18.

[8] LEVITIQUE, Chapitre 4, versets 6 et 7

[9] LEVITIQUE, Chapitre 4, verset 25 ; voir aussi versets 30 et 34

[10] LEVITIQUE, Chapitre 1, verset 5.

[11] LEVITIQUE, Chapitre 1, versets 10 et 11.

[12] LEVITIQUE, Chapitre 1, verset 15

[13] LEVITIQUE, Chapitre 8, verset 19 ; voir aussi verset 24 (bélier d’inauguration)

[14] LEVITIQUE, Chapitre 3, verset 2 ; voir aussi versets 8 et 13

[15] LEVITIQUE, Chapitre 9, verset 18

[16] LEVITIQUE Chapitre 5, verset 9

[17] GENESE, Chapitre 21, versets 9 à 13.

[18] GENESE, Chapitre 21, versets 16 à 18.

[19] TABARI/ « La Chronique – Histoire des prophètes et des rois » / Mohammed, sceau des prophètes/Chapitre : « Généalogie du prophète » (L. II, p. 37-38)

[20] GENESE, Chapitre 25, versets 13 à 15

[21] TABARI/ « La Chronique – Histoire des prophètes et des rois » / Mohammed, sceau des prophètes/Chapitre : « Généalogie du prophète » (L. II, p. 38 à 42)

[22] TABARI/ « La Chronique – Histoire des prophètes et des rois » / Mohammed, sceau des prophètes/Chapitre : « Généalogie du prophète » (L. II, p. 45 à 47)

[23] EXODE, Chapitre 25, versets 1 à 7

[24] RACHI, commentaire sur Exode, Chapitre 25, verset 5. Rachi se base sur les développements du Talmud de Babylone/traité : Chabbat/Page 28a.

[25] Voir dictionnaire Larousse « Hébreu-Français » de Marc M. Cohn.

[26] EXODE, Chapitre 26, verset 14.

[27] EXODE, Chapitre 36, verset 19.

[28] Citations extraites de « Jésus parlais araméen » de Eric Edelmann. Extraits issus du chapitre bien nommé « Considérer l’intérêt de l’autre ».

[29] CORAN, Sourate 1 (Ouverture), verset 1