De 310 av JC à 290 av. JC, psaume 32 : Les Lagides.

Résumé:

Cette génération est celle des années 310 avant JC à 290 avant JC.

Suivant notre comptage, cette génération est la génération 32 associée au psaume 32. C’est dans ce psaume 32 que nous retrouvons donc une illustration des faits de cette génération.

La mort d’Alexandre le Grand en 323 avant JC ne lui a pas permis de consolider son empire. Ses généraux se partagent l’empire : Ptolémée, Séleucos et Antigonos. Séleucos fonde l’empire Séleucide qui comprend notamment la Perse et la Mésopotamie. Cette dynastie produira dans quelques générations Antiochos Épiphane qui croisera à nouveau la destinée du peuple Juif. Antigonos, malgré des prétentions plus vastes se contente de la partie occidentale de l’empire, principalement la Grèce.

Ptolémée, fils de Lagos hérite principalement de l’Égypte et forme ainsi l’empire des Lagides, du nom de son père Lagos.

Ptolémée annexe Jérusalem à son empire en 302 avant JC. Jérusalem perd ainsi sa souveraineté, mais celle-ci était illusoire car Jérusalem avant l’arrivée des Grecs était sous la dépendance des Perses. En tombant sous le joug des Lagides, Jérusalem préserve une certaine autonomie et liberté religieuse.

Développement:

Le partage de l’empire

La mort d’Alexandre le Grand en 323 avant JC ne lui a pas permis de consolider son empire. Ses généraux se partagent l’empire : Ptolémée, Séleucos et Antigonos.

Séleucos fonde l’empire Séleucide qui comprend notamment la Perse et la Mésopotamie. Cette dynastie produira dans quelques générations Antiochos Épiphane qui croisera à nouveau la destinée du peuple Juif. Le fondateur de la dynastie, Séleucos 1er Nicator (358/281 avant JC) fondera, à l’instar d’Alexandre le Grand soixante-dix cités dont seize porteront le nom d’Antioche en mémoire de son père.

Antigonos, malgré des prétentions plus vastes se contente de la partie occidentale de l’empire, principalement la Grèce.

Ptolémée

Ptolémée, fils de Lagos hérite principalement de l’Égypte et forme ainsi l’empire des Lagides, du nom de son père Lagos.

La formation des trois empires ne sera pas spontanée : avant de se figer de nombreuses intrigues et conflits eurent lieu. La consolidation de ces empires se fait et se termine pendant la génération qui nous intéresse.

La rencontre des Juifs et des Lagides

C’est ainsi que Ptolémée annexe Jérusalem à son empire en 302 avant JC. Pour cela, nous pouvons suivre le récit de Flavius Josèphe :

  • Alexandre[3] le Grand étant mort après avoir vaincu les Perses et donne dans Jérusalem les ordres que nous avons dit, son empire fut divisé entre les chefs de ses armées. Antigonos eut l’Asie, Séleucos Babylone et les nations voisines ; Lysimaque l’Hellespont ; Cassandros la Macédoine, et Ptolémée, fils de Lagos, l’Egypte. Les contestations arrivées entre eux touchant le gouvernement causèrent de sanglantes et longues guerres, la désolation de plusieurs villes et la mort d’un grand nombre de peuples. La Syrie éprouva tous ces maux sous le règne de Ptolémée, dont nous venons de parler, à qui on donnait le nom de Sôter, c’est-à-dire Sauveur ; mais il fit voir qu’il ne le portait pas à juste titre. Il vint à Jérusalem le jour du Sabbat, sous prétexte de vouloir offrir des sacrifices ; et comme les Juifs ne se défiaient point de lui, et que ce jour était pour eux un jour de repos, ils le reçurent sans difficulté.

Jérusalem perdait ainsi sa souveraineté, mais celle-ci était illusoire car Jérusalem avant l’arrivée des Grecs était sous la dépendance des Perses.

À la naissance de l’empire grec, Jérusalem avait peu de chance de retrouver son indépendance au sein des grands empires qui se construisaient. En tombant sous le joug des Lagides, Jérusalem préserve une certaine autonomie et liberté religieuse :

  • Un Juif[1] qui deviendrait citoyen d’une cité grecque au sens classique prendrait des risques graves, en s’engageant à partager avec ses nouveaux compatriotes les devoirs politiques et religieux inhérents au statut de citoyen. À Sparte, il devrait participer, avec les autres « Semblables », aux syssitia, repas en commun des guerriers lacédémoniens, pas très casher ; à Athènes, il ne pourrait se soustraire au culte d’Athéna, peu recommandable pour un bon Israélite. En revanche, aucun danger de ce genre ne guette le Juif qui fait partie de la communauté des Hellènes dans l’Égypte ptolémaïque. Il reste Juif par sa religion, tout en étant grec par sa langue, sa culture, sa condition sociale. Si son voisin grec vénère Sarapis, divinité alexandrine par excellence, pourquoi empêcherait-on le Juif d’aller à la synagogue et de louer dans ses prières son Dieu à lui, invisible et anonyme ? Il est Ioudaios (Juif), comme son voisin est Athénaios (Athénien) ou Makedôn (Macédonien). Cette qualité, qui affirme son appartenance au peuple Juif, garantit en même temps, par rapport à l’Égypte et aux Égyptiens, sa participation à la minorité des conquérants hellénophones.

Si Flavius Josèphe dresse un bilan négatif de cette invasion par les Lagides, cela est uniquement au titre de l’identité nationale et non au niveau du religieux :

  • Ainsi[2] étant maître de la ville (Jérusalem), il (Ptolémée Ier Sôter) la traita cruellement. Agatarchide, Cnidien, qui a écrit l’histoire des successeurs d’Alexandre, nous (les Juifs) reproche sur cela notre superstition, disant qu’elle nous a fait perdre notre liberté. « Un peuple, dit-il, qui porte le nom de Juifs et qui habite une grande et forte ville nommée Jérusalem, n’ayant pas voulu par une folle superstition prendre les armes, a souffert que Ptolémée s’en soit rendu maître, et un rude maître. » Ce prince tira plusieurs habitants des montagnes de la Judée ; des environs de Jérusalem, de Samarie et de la montagne de Garizim pour les envoyer en Égypte : et comme la réponse qu’il savait que les Juifs avaient faite à Alexandre après qu’il eut vaincu Darius lui avait appris qu’ils observaient très religieusement leurs serments, il leur confia la garde de diverses places, leur donna droit de bourgeoisie dans Alexandrie comme aux Macédoniens, et les obligea par serment à lui être fidèles et à sa postérité. Plusieurs autres Juifs allèrent de leur bon gré s’établir en Égypte, où étaient attirés par la fertilité du pays et par l’affection que Ptolémée témoignait à ceux de leur nation.

Ce dernier commentaire de Flavius Josèphe confirme que la rencontre des Juifs et des Lagides se fit en bonne intelligence même si ce dernier ne trouve pas d’argument contre les railleries de ceux qui considèrent que la stricte observation des commandements divins a joué en défaveur des Juifs.

Dans le cas présent, le résultat n’est pas réellement en défaveur des Juifs, car en plus de ne pas subir un joug si défavorable (les commentaires sur la dureté de l’envahisseur sont certainement plus justifiés pour les futures générations), les déportations effectuées par les Lagides (de gré ou de force) sont le premier réel ferment de la diaspora juive qui se révélera largement nécessaire lorsqu’Israël subira dans quelques siècles les déboires de l’occupation romaine.

C’est cette situation ambiguë que le psaume décrit :

  1. De David, Maskîl. Heureux celui dont les fautes sont remises, dont les péchés sont couverts par le pardon !
  2. Heureux l’homme à qui l’Éternel n’impute pas d’iniquité, et qui n’a point d’astuce dans l’esprit !
    • La période de cohabitation des Juifs avec les Lagides sera globalement profitable, lorsque les Juifs seront confrontés aux Séleucides, ils seront redevenus un peuple à part entière même sans retrouver leur indépendance. Dieu a ainsi tourné la page sur l’idolâtrie des premières générations de la nuit. Le peuple Juif est redevenu complètement fidèle à son Dieu même si le respect strict de la loi divine (le respect du Shabbat) le mène à la domination Lagide. Mais ce respect de la loi de Dieu sans calcul (sans « astuce ») garantit le bonheur de son peuple.
  3. Tant que je gardais le silence, mes membres dépérissaient par mes plaintes tout le long de la journée.
  4. C’est que jour et nuit ta main pesait sur moi : ma sève s’altérait comme aux feux de l’été. Sélah !
  5. Maintenant je te fais l’aveu de mon péché, et je ne dissimule pas mon iniquité. J’ai dit : « Je confesserai mes transgressions au Seigneur, » et toi, tu fais disparaître la gravité de ma faute.
    • Pendant les longues générations où le peuple Juif s’était tenu écarté de son Dieu (période de « silence »), les souffrances se sont succédé jusqu’à que le peuple de Dieu soit quasiment exterminé. Le long cheminement depuis le retour de Babylone a ramené le peuple Juif à la fidélité envers son Dieu, ce qui a entraîné le pardon des fautes anciennes par celui-ci.
  6. Sélah ! C’est pourquoi tout homme pieux doit t’implorer à l’heure qui est propice, ne serait-ce que pour la violence des grandes eaux ne viennent pas l’atteindre.
  7. C’est toi qui es mon abri ! Tu me protèges contre l’adversité, Tu m’environnes de chants de délivrance. Sélah !
  8. « Je te donnerai la sagesse, Je te guiderai dans la voie que tu dois suivre ; J’aurai les yeux fixés sur toi. »
  9. Ne soyez pas comme le cheval, comme le mulet, auxquels manque l’intelligence, qu’il faut retenir par les rênes et le mors, – leur parure qu’ils rongent – pour qu’ils ne s’approchent pas de toi.
  10. Nombreux sont les maux qui menacent le méchant ; mais quiconque a confiance en l’Éternel se trouve environné de sa grâce.
  11. Réjouissez-vous en l’Éternel, soyez dans l’allégresse, ô justes, entonnez des chants de triomphe, vous tous, cœurs droits!
    • Malgré le résultat peu flatteur (la domination Lagide sans combat) que le peuple juif engrange pour sa fidélité envers Dieu et qui entraîne les railleries des autres peuples comme le rappelle Flavius Josèphe, c’est le peuple Juif qui sera le vainqueur final. Les autres peuples auront tous leurs heures de gloire passagères jusqu’à qu’eux-mêmes soient submergés à leur tour par l’apogée d’un autre peuple. Le peuple Juif qui fait fi des pouvoirs terrestres sait que Dieu finira par se rappeler de lui alors que les autres peuples devront payer pour leurs actions négatives envers le peuple saint.

Paul David


[1] J Mélèze Modrzejewski, Les Juifs d’Égypte de Ramsès II à Hadrien, Chapitre : Le Zénith : L’Égypte des Lagides.

[2] Flavius Josèphe/Antiquités Juives/Livre Douzième/Chapitre 1 (suite de la citation précédente)

[3] Flavius Josèphe/Antiquités Juives/Livre Douzième/Début du chapitre 1