230 à 250, psaume 59 : Gestation de l’Europe.

Résumé:

Cette génération est celle des années 230 à 250 après JC.

Suivant notre comptage, cette génération est la génération 59 associée au psaume 59. C’est dans ce psaume 59 que nous retrouvons donc une illustration des faits de cette génération.

Après la mort de Sévère Alexandre, une grande période d’instabilité politique commence dans l’Empire romain entraînant des attaques plus soutenues de la part des peuples voisins de l’empire.  Rome qui avait succédé à Athènes fête ses mille ans, ce qui dans la tradition talmudique correspond à un jour pour le monde : le jour de Rome se termine.

Rome ne sera bientôt plus le centre du monde, celui-ci se transforme et ceux qui frappent à la porte de l’empire sont les successeurs, ceux qui feront l’empire et seront les maîtres de demain : l’Europe, l’occident tel que nous le connaissons.

Alors que ces peuples se réveillent au niveau militaire, le ferment idéologique qui les animera est en train de naître. La théologie chrétienne se développe à cette génération en confirmant sa rupture avec le judaïsme.

Développement:

Les « barbares »

Rome qui avait succédé à Athènes fête ses mille ans, ce qui dans la tradition talmudique correspond à un jour pour le monde : le jour de Rome se termine.

Evariste-Vital_Luminais_-_Goths_traversant_une_rivière

Rome ne sera bientôt plus le centre du monde, celui-ci se transforme et ceux qui frappent à la porte de l’empire sont les successeurs, ceux qui feront l’empire et seront les maîtres de demain : l’Europe, l’occident tel que nous le connaissons. En sus des Maures de l’Afrique et des Sassanides du coté de l’Orient, en Europe, Rome subit sur le Danube la pression des  Goths bientôt divisés en Ostrogoths et Wisigoths. A cela s’ajoute les Hérules, les Vandales les Burgondes les Alamans et les Francs principalement dans les territoires autour du Rhin.

C’est à ces peuples « barbares » qui mettent dans cette génération l’Empire romain sous pression, que seront confrontées les futures générations de Juifs, avec, des hauts mais malheureusement beaucoup de bas.

C’est le début de cette confrontation que le début du psaume évoque :

  1. Au chef des chantres. Al tachkêt. Mikhtam de David, lorsque Saül eut envoyé surveiller sa maison pour le faire périr.
  2. Délivre-moi de mes ennemis, ô mon Dieu, protège-moi contre mes adversaires ;
  3. délivre-moi des artisans de l’injustice, prête-moi main forte contre les gens sanguinaires.
    • Bien que les Romains aient su être sanguinaires, les peuples qui menacent l’empire le sont au moins autant et accumuleront bien plus de traitements injustes aux Juifs sous leur emprise que les Romains. Les Romains s’étaient attaqués aux Juifs comme un peuple vassal, les futures puissances européennes les traiteront comme une race déchue sans terre.
  4. Car voici, ils s’embusquent contre ma personne, des barbares s’attroupent contre moi, et il n’y a de ma part ni faute, ni méfait, ô Éternel !
    • Ce passage reflète bien la situation à cette génération où les peuples « barbares » se regroupent contre l’Empire romain et cela concerne évidemment les Juifs de l’Empire. Ces peuples constitueront l’Europe dans laquelle les Juifs se retrouveront en situation de plus en plus difficile sans que celle-ci puisse être associée à une attitude fautive de leur part envers ces peuples.
  5. Sans qu’on puisse ne m’imputer aucune injustice, ils accourent et s’apprêtent au combat. Alerte ! Viens à moi et regarde !
  6. Tu es bien l’Éternel, Dieu Cébaot, Dieu d’Israël ; réveille-toi pour châtier tous ces peuples, n’épargne aucun de ces perfides malfaiteurs. Sélah!
    • Les peuples (« barbares ») qui s’apprêtent au combat sont annonciateurs de la chute prochaine de l’Empire romain dans lequel les Juifs, en particulier depuis l’édit de Caracalla, pouvaient être considérés comme des citoyens à part entière. L’histoire de l’Europe qui s’annonce pour les Juifs de l’Europe sous le joug de ces nouveaux peuples n’est pas rose. Ainsi dans le combat auquel il s’apprête il n’y a pas en face uniquement l’Empire romain mais aussi les Juifs qui seront combattus injustement, ce qui justifie le châtiment demandé par David, le psalmiste.

Le ferment religieux

En effet alors que ces peuples se réveillent au niveau militaire, le ferment idéologique qui les animera est en train de naître.

Depuis Justin (IIe siècle), la théologie chrétienne se développe et dans cette génération, Origène (185/251) initialise réellement l’exégèse chrétienne :

  • Sans[1] Origène, il n’y aurait pas de théologie. Tout commence avec lui parce que, grâce à lui, la réflexion philosophique pénètre dans le christianisme. La grande innovation apportée par Origène est d’avoir structuré la pensée théologique en un système logique et cohérent. À partir de la foi transmise dans l’Église, le théologien pouvait aborder les grands problèmes de l’existence humaine et y apporter des éléments de réponse en lien avec une vaste vision du monde. Son influence fut décisive, aussi bien dans la théologie grecque que latine. Elle marqua aussi la dogmatique, l’exégèse et la spiritualité. Dans le discours de Dieu, il apporta de nouvelles formules et de nouvelles images ; l’étude de la Bible devint grâce à lui une véritable science. Ses commentaires et ses homélies furent lus, recopiés et abondamment utilisés, même par ses détracteurs, Jérôme, Ambroise de Milan, Augustin, ces grands exégètes de l’Antiquité qui reprirent de nombreuses idées de leur lointain prédécesseur.

Cette naissance philosophique du christianisme marque la fin définitive du judéo-christianisme, c’est-à-dire un christianisme qui se développait aux côtés du judaïsme, et, le réel début du pagano-christianisme, un christianisme qui se développe en s’opposant au judaïsme :

  • Le[2] décalogue lui-même, dont l’Église reconnaît cependant la validité durable, représente l’ancienne Alliance, dont l’abrogation est signifiée par la destruction des tables de la Loi. C’est déjà l’interprétation de Barnabé. Elle est reprise par Origène. Moïse, dit-il, nous a montrés bien avant saint Paul en quelle piètre estime il fallait tenir la lettre de la Loi. Ayant reçu les tables de pierre, il en fait si peu de cas qu’il les a jetés et brisées, bien qu’elles fussent écrites de la main même de Dieu, et pourtant il n’a pas été taxé d’impiété pour autant : son geste signifie clairement que la vertu de la Loi réside non pas dans sa lettre, mais dans son esprit.

Comme l’indique David à la fin du psaume : « Dieu est ma citadelle », c’est cette citadelle que les barbares désignés à cette génération (ceux qui feront l’Europe) tenteront d’assiéger tout le reste de la nuit.

C’est ainsi qu’il faut interpréter le reste du psaume :

  1. Chaque soir ils reviennent hurlant comme des chiens, et ils font le tour de la ville.
  2. Voici qu’ils donnent libre carrière à leur bouche ; sur leurs lèvres ils ont des glaives : « car (ils se disent) qui peut les entendre ? »
    • Si les romains ont combattu militairement le peuple Juif, les maîtres de demain ne cesseront de lui faire un combat théologique. La référence aux chiens rappelle que nous sommes dans la deuxième garde de la nuit.
  3. Mais Toi, ô Éternel, Tu te ris d’eux ; Tu nargues tous ces peuples.
  4. Contre leur force, je me mets sous Ta garde : car Dieu est ma citadelle.
  5. Mon Dieu, plein de grâce, vient au-devant de moi ; Dieu me permet de toiser mes adversaires.
    • David renouvelle sa confiance en Dieu. C’est cette confiance surnaturelle qui permettra au peuple Juif de traverser la nuit malgré l’adversité redoutable qu’ils devront subir.
  6. Ne les fais point périr, de peur que mon peuple ne devienne oublieux. Mets-les en fuite par la puissance, jette-les à bas, ô Seigneur, notre bouclier !
  7. Criminelle est leur bouche, la parole de leurs lèvres : puissent-ils devenir victimes de leur orgueil, des parjures et des mensonges qu’ils débitent !
  8. Anéantis-les dans Ton courroux, anéantis-les, pour qu’ils disparaissent, et qu’on apprenne que Dieu règne sur Jacob, jusqu’aux confins de la terre. Sélah !
  9. Chaque soir ils reviennent, hurlant comme des chiens, et ils font le tour de la ville.
  10. Ils rôdent pour gloutonner ; s’ils n’ont pas leur saoul, ils grognent.
  11. Pour moi, je chanterai ta puissance ; au matin, je célébrerai ta grâce ; car Tu es une citadelle pour moi, un refuge au jour de ma détresse.
  12. Ô Toi, ma force, c’est Toi que je célèbre ! Car Dieu est ma citadelle, Dieu est bon pour moi.
    • Malgré toutes les attaques de l’Europe Chrétienne envers le peuple Juif, celui-ci survivra jusqu’à la fin des temps (l’aurore) où le peuple Juif verra sa résurrection et ainsi sera récompensé de sa fidélité envers Dieu.
  • Cette génération fait partie de la 2ème garde de la nuit (générations 50 à 98).
  • Elle est donc associée à une malédiction du Deutéronome (malédictions numérotées 50 à 147 en continuité avec celles du Lévitique).
  • En effet les 2ème et 3ème gardes de la nuit sont celles du long exil des Juifs hors de leur terre et sans Temple à Jérusalem et donc sans service du Temple (défini dans le Lévitique). Le Deutéronome est une « redite » des lois adaptée à l’exil puisque ne reprenant pas les lois associées au service du Temple.

Avec les attaques « barbares », Rome va largement augmenter sa fiscalité. La pression grandissante des impôts va avoir un impact jusqu’en Galilée ou la pauvreté grandissante continuera à vider la province de ses Juifs. Cette situation extrême est évoquée dans le Talmud :

  • La[3] crise économique conduisit aussi à l’abandon de nombreuses agglomérations juives en Palestine, d’abord dans les zones périphériques, puis en Galilée. La production agricole régressa ; famines et épidémies décimèrent la population juive :
  • Ainsi parlait R. Yohanan : « La première année, ils mangèrent ce qui se trouvait dans les maisons ; la seconde année, ce qu’il y avait dans les champs ; la troisième année, la chair d’animaux purs ; la quatrième année, la chair d’animaux impurs ; la cinquième année, la chair de reptiles ; la sixième année, la chair de leurs fils et de leurs filles ; la septième année, la chair de leurs propres bras, pour accomplir ce que disent les Écritures : « Chacun dévore la chair de son bras » ».

La terre d’Israël a cessé d’être une terre où coulent le lait et le miel pour le peuple d’Israël.

La génération 59 de la nuit est sous l’emprise de la malédiction 56 du Deutéronome:

  1. (et – maudits le fruit de ton sol –), la portée de ton bétail,

Paul David

[1] Extrait de la fiche livre Internet de « Introduction à Origène » de Philippe Henne (site des Éditions du Cerf)

[2] Marcel Simon/Verus Israël/Le conflit des orthodoxies : « La polémique anti-juive, caractères et méthodes » (p. 180)

[3] Peter Schäfer : « Histoire des Juifs dans l’antiquité »/Chapitre « Du soulèvement de Bar Kokheba » (P.201), cite un passage de Sanhédrin 98b qui lui-même cite Isaïe 9,19