De 90 av. JC à 70 av. JC, psaume 43 : Revenir auprès de l’autel.

Résumé:

Cette génération est celle des années 90 avant JC à 70 avant JC.

Suivant notre comptage, cette génération est la génération 43 associée au psaume 43. C’est dans ce psaume 43 que nous retrouvons donc une illustration des faits de cette génération.

A cette génération se poursuit le règne d’Alexandre Jannée. Elle se termine sur la période de régence de la reine Alexandra.

Les méfaits de Ptolémée envers la population de Judée s’arrêtent grâce à l’intervention de Cléopâtre, sa mère et reine d’Égypte, provoquant ainsi un changement de situation a priori favorable aux Juifs de Judée.

Alexandre Jannée continue ses opérations militaires en se montrant sans pitié pour les vaincus. Devant fuir, il se réfugie à Jérusalem. Cela est suivi d’une guerre que ses sujets lui font pendant six ans. Il n’en tue pas moins de cinquante mille. Le peuple de Jérusalem appelle à son secours Démétrius Eucérus, ce qui pousse Alexandre Jannée à fuir.

Dans sa fuite, Alexandre est rejoint par six mille Juifs, ce qui lui permet de reprendre la situation à son avantage après le retrait de Démétrius et des combats fratricides, avec pour conséquence une fin de règne paisible.

Grâce aux conseils d’Alexandre Jannée, la régente Alexandra, qui lui succède après sa mort, peut réunifier le pays: Elle offre en pâture aux Pharisiens, qui le haïssaient de son vivant, la dépouille d’Alexandre. Et comme l’avait prédit Alexandre, ces derniers au lieu de se venger sur celle-ci, l’honore.

Développement:

La bienveillance de Cléopatre

La génération précédente avait été largement marquée par le début de règne d’Alexandre Jannée (103 à 76 avant JC), cette génération voit la fin de ce long règne.

C’est dans ce contexte, comme indiqué au psaume précédent, que le psaume de cette génération n’a pas de titre car marquant une certaine continuité historique avec le précédent.

Dans cette logique, le présent psaume doit donc être attribué encore aux fils de Coré. Cette génération se termine par la période de régence de la reine Alexandra.

Les méfaits de Ptolémée envers la population de Judée s’arrêtent grâce à l’intervention de Cléopâtre, sa mère et reine d’Égypte, provoquant ainsi un changement de situation a priori favorable aux Juifs de Judée:

  • Lorsque[1] la reine Cléopâtre vit que son fils s’agrandissait de telle sorte qu’il ravageait toute la Judée ; qu’il avait réduit Gaza sous son obéissance ; qu’il était déjà aux portes de l’Egypte, et qu’il ne prétendait rien moins que de s’en rendre maître, elle crût ne devoir pas différer d’avantage à s’y opposer. Ainsi, sans perdre de temps, elle assembla de grandes forces de terre et de mer, dont elle donna le commandement à Chelcias et Ananias, Juifs de nation, mit en sûre garde dans l’île de Cos la plus grande partie de ses richesses, ses petits-fils et son testament ; envoya en Phénicie Alexandre, son autre fils, avec une grande flotte, à cause que cette province était sur le point de se révolter, et vint en personne à Ptolémaïs. Les habitants lui en refusèrent les portes et elle les assiégea. Quand Ptolémée vit qu’elle avait quitté l’Egypte, il s’en alla dans la créance qu’il la trouverait désarmée et pourrait s’en rendre maître ; mais il fut trompé dans son espérance. En ce même temps Chelcias, l’un des généraux de l’armée de Cléopâtre, qui poursuivait Ptolémée, mourut dans la basse Syrie. Cléopâtre n’eut pas plus tôt appris le dessein de son fils sur l’Egypte lui avait mal réussi qu’elle y envoya une partie de son armée qui l’en chassa entièrement. Ainsi il fut contraint de revenir et passa l’hiver à Gaza. Cependant Cléopâtre pris Ptolémaïs, où Alexandre, roi des Juifs, la vint trouver avec des présents. Elle le reçut très bien, et comme un prince qui, ayant été si maltraité par Ptolémée, ne pouvait avoir recours qu’à elle ; quelques-uns de ses serviteurs lui proposèrent de s’emparer de son pays et de ne point souffrir qu’un si grand nombre de Juifs, fort gens de biens, fussent assujettis à un seul homme. Mais Ananias lui conseilla le contraire, disant qu’elle ne pouvait avec justice dépouiller un prince qui avait contracté alliance avec elle et, qui était son proche parent ; et qu’il ne pouvait lui dissimuler qui si elle lui faisait ce tort il n’y aurait pas un seul de tous les Juifs qui ne devint son ennemi. Ces raisons la persuadèrent ; et ainsi, non seulement elle ne fit point de déplaisir à Alexandre, mais elle renouvela son alliance avec lui dans Schythopolis, qui est une ville de la basse Syrie.

L’impopularité d’Alexandre Jannée

Alexandre Jannée ne se contente pas de ce revers favorable de situation. Il continue ses opérations militaires en se montrant sans pitié pour les vaincus. En particulier avec les habitants de Gaza avec lesquels pourtant il avait promis la paix.

Il s’en retourne à Jérusalem où son retour ne lui attire pas la sympathie de son peuple :

  • En [2]ce même temps, Alexandre, roi des Juifs, vit troubler son règne par la haine que le peuple avait pour lui. Car lorsque au jour de la fête des Tabernacles, où l’on porte des rameaux de palmiers et de citronniers, il se préparait à offrir des sacrifices, on ne se contenta pas de lui jeter des citrons à la tête, mais on l’outragea de paroles, en disant qu’ayant été captif il ne méritait pas qu’on lui rendît des honneurs et était indigne d’offrir des sacrifices à Dieu.
  • Il s’en mit en telle fureur qu’il en fit tuer six mille, et repoussa ensuite l’effort de cette multitude irritée par une clôture de bois qu’il fit faire autour du Temple et de l’autel, et qui allait jusqu’au lieu où les seuls sacrificateurs ont droit d’entrer. Il prit à sa solde des soldats pisidiens et ciciliens, parce que, étant ennemis des Syriens, il ne se servait point d’eux, vainquit ensuite les Arabes, puis imposa des tributs aux Moabites et aux Galaatides, et ruina Amath sans que Théodore osât en venir aux mains avec lui. Il fit aussi la guerre à Obed, roi des Arabes ; mais étant tombé près de Gadara, en Galilée, dans une embuscade et poussé par un grand nombre de chameaux dans un détroit serré et fort difficile à passer, il eut grand peine à se sauver à Jérusalem. Ce mauvais succès fut suivi d’une guerre que ses sujets lui firent pendant six ans. Il n’en tua pas moins de cinquante mille : et quoiqu’il n’oubliât rien pour tâcher à se remettre bien avec eux, leur haine était si violente que ce qui semblait la devoir adoucir l’augmentait encore. Ainsi, leur demandant un jour ce qu’ils voulaient donc qu’il fît pour les contenter, ils s’écrièrent tous qu’il n’avait pour cela qu’à se tuer lui-même ; et ils envoyèrent vers Démétrius Eucérus pour lui demander secours.

Même si les choix politiques d’Alexandre Jannée ont dans un premier temps amené la vengeance sanglante de Ptolémée sur la Judée, la reprise en main de la situation par la reine Cléopâtre finit par lui donner raison.

L’animosité du peuple d’Israël est visiblement injuste envers Alexandre Jannée qui ne cherche que le bien de son peuple.

C’est cette situation, où le peuple de Jérusalem n’hésite pas à profaner la solennité des fêtes pour s’attaquer à leur roi, que le début du psaume nous résume :

  1. Rends-moi justice, ô Dieu ; et prends en main ma cause contre un peuple sans piété ; délivre-moi de gens perfides et iniques ;
  2. car tu es mon Dieu, ma forteresse. (…)

La fuite d’Alexandre Jannée

La décision du peuple de Jérusalem d’appeler à son secours Démétrius Eucérus pousse Alexandre Jannée à fuir :

  • Démétrius Eucérus[3], fortifié de ceux qui l’appelaient à leurs secours, vint avec une armée de trois mille chevaux et de quarante mille hommes de pied. Alexandre marcha contre lui avec six mille deux cents soldats étrangers qu’il avait pris à sa solde, et vingt mille Juifs qui lui étaient demeurés fidèles. Ces deux pinces firent tous leurs efforts, Démétrius pour gagner ces étrangers qui étaient grecs, et Alexandre pour faire rentrer dans son parti les Juifs qui s’étaient rangés auprès de Démétrius. Mais ni l’un ni l’autre ne réussit dans son dessein. Ainsi il fallut en venir à une bataille. Démétrius fut victorieux, et ces étrangers qui étaient du côté d’Alexandre signalèrent leur valeur et leur fidélité, car ils furent tous tués sans en excepter un seul. Démétrius de son côté y perdit beaucoup de gens. Alexandre s’enfuit dans les montagnes.

Cette situation est illustrée par la suite du psaume :

  1. (…) Pourquoi m’as-tu délaissé ? Pourquoi je marche, voilé de tristesse, sous l’oppression de l’ennemi ?

Dans sa fuite, Alexandre est rejoint par six mille Juifs, ce qui lui permit de reprendre la situation à son avantage après le retrait de Démétrius. Des combats fratricides se poursuivirent qui finirent par une répression sauvage de la part d’Alexandre à Jérusalem, ce qui provoque des réprobations dans son propre camp mais qui a pour effet indirect que le reste du règne d’Alexandre sera paisible.

Alexandre profita de cette accalmie pour étendre la domination de la Judée sur la région. Malgré cela, la férocité des combats entre partisans et adversaires d’Alexandre n’était pas propice à une saine harmonie en Judée et à un culte divin serein.

Cette situation justifie la prière qui clôture le psaume de cette génération :

  1. Envoie Ta lumière te Ta vérité : qu’elles soient mes guides, qu’elles me conduisent à Ta montagne sainte, dans Ta demeure !
  2. Je voudrais revenir auprès de l’autel de Dieu, du Dieu qui est ma joie et mon bonheur ; je voudrais te louer avec la harpe, ô Dieu, mon Dieu !
  3. Pourquoi es-tu affaissée, mon âme ? Mets ton espoir en Dieu car j’aurai encore à te louer, lui, mon sauveur et mon Dieu !

Popularité posthume

Cette prière est en quelque sorte exaucée lors de la fin de cette génération, lors de la régence de la reine Alexandra. Grâce aux conseils d’Alexandre Jannée, Alexandra peut réunifier le pays. Elle offre en pâture aux Pharisiens, qui le haïssaient de son vivant, la dépouille d’Alexandre. Et comme l’avait prédit, Alexandre, ces derniers au lieu de se venger sur celle-ci, l’honore :

  • La[5] reine Alexandra, après avoir pris le château de Ragaba et être retournée à Jérusalem, parla aux Pharisiens en la manière que le roi son mari lui avait dit, et les assura qu’elle ne voulait rien faire que par leur avis touchant son corps et la conduite du royaume. Ainsi ils changèrent en affection pour elle la haine qu’ils avaient conçue contre lui, représentèrent au peuple les grandes actions de ce prince, dirent qu’ils avaient perdu en lui un fort bon roi, et excitèrent dans les esprits un tel regret de sa mort qu’on lui fit des funérailles plus superbes qu’à nul autre de ses prédécesseurs.

Paul David

La volonté d’Alexandre d’honorer l’autel divin va être exaucée à travers son propre fils Hyrcan qui deviendra grand sacrificateur.


[1] Flavius Josèphe/Antiquités Juives/Livre treizième/chapitre 21

[2] Flavius Josèphe/Antiquités Juives/Livre treizième/chapitre 21

[3] Flavius Josèphe/Antiquités Juives/Livre treizième/chapitre 22

[4] Voir Flavius Josèphe/Antiquités Juives/Livre treizième/chapitre 22 et 23

[5] Flavius Josèphe/Antiquités Juives/Livre treizième/chapitre 24