De 230 av. JC à 210 av. JC, psaume 36 : L’hippodrome.

Résumé:

Cette génération est celle des années 230 avant JC à 210 avant JC.

Suivant notre comptage, cette génération est la génération 36 associée au psaume 36. C’est dans ce psaume 36 que nous retrouvons donc une illustration des faits de cette génération.

Cette génération est marquée par le règne du roi Lagide Ptolémée IV Philopator. Pendant son règne, il arrive à nouveau à vaincre les Séleucides dirigés par Antiochius III dans la bataille de Raphia.

Ptolémée décida de visiter les cités avoisinantes et de les encourager. Parmi elles, Jérusalem. Emerveillé par le Temple, il veut entrer dans le Saint des Saints. En réponse aux prières des prêtres, frappé d’une soudaine paralysie, le roi s’effondre sur le sol devant la porte du Temple.

De retour en Egypte, Philopator décide de se venger sur les Juifs. Il promulgue un décret qui oblige les Juifs d’Alexandrie à sacrifier à Dionysos ; les récalcitrants seront marqués au fer rouge, du signe de la feuille de lierre, emblème de Dionysos. Quelques-uns obtempèrent, mais la grande majorité refuse. Irrité par ce refus, le roi étend les mesures anti-juives à l’ensemble de la diaspora d’Égypte, il ordonne que ceux-ci soient envoyés à Alexandrie avec femmes et enfants pour subir le châtiment suprême qui convient aux traîtres. Leur transfert est effectué dans des conditions inhumaines.

Les juifs sont rassemblés dans un hippodrome près d’Alexandrie ou cinq cents éléphants enivrés doivent les piétiner afin de les exécuter avant que Philopator puisse retourner en Judée brûler le Temple de Jérusalem. En reponse à la prière d’Eléazar, un vieillard issu d’une famille sacerdotale, les éléphants se tournent contre les soldats armés qui les suivent et commencent à les piétiner.

La fureur du roi se mue soudainement en pitié et en revient à des rapports normaux avec les Juifs de son royaume

Développement:

Ptolémée IV Philopator

Cette génération est marquée par le règne du roi Lagide Ptolémée IV Philopator (221 avant JC,205 avant JC). Pendant son règne, il arrive à nouveau à vaincre les Séleucides dirigés par Antiochius III dans la bataille de Raphia (217 avant JC). Parmi les textes relatifs à cette époque nous pouvons citer les textes apocryphes (pour l’ancien et le Nouveau Testament) Macchabées III.

Suite à sa victoire à Raphia, Ptolémée IV Philopator se retrouve à Jérusalem:

  • Alors[1] qu’il (Ptolémée IV Philopator) avait déjoué le complot (un[2] certain Theodotus avait essayé de l’assassiner), Ptolémée décida de visiter les cités avoisinantes et de les encourager. En faisant cela, et en faisant des offrandes aux lieux saints, il renforçait le moral de ses sujets. Les Juifs avaient envoyé en ambassade leurs notables et anciens pour saluer Ptolémée avec des présents de bienvenue, pour le féliciter de l’issue favorable. Ils étaient parmi les plus enthousiastes à le rencontrer au plus tôt. Après que Ptolémée soit arrivé à Jérusalem, il offrit des sacrifices au Dieu Suprême et fit des dons de reconnaissance en parfait respect de la sainteté du Temple. Toutefois, une fois entré dans le Temple, il fut impressionné par sa perfection et sa beauté. Il s’émerveilla de l’harmonie du Temple et désira entrer dans le Saint des Saints. On lui répondit que cela n’était pas autorisé, car même les membres de la nation juive n’étaient pas autorisés à y entrer. Pas plus que les prêtres eux-mêmes. Seul le grand prêtre a le pouvoir sur eux tous d’y entrer mais une seule foi par an. Le roi n’était pas satisfait de ces arguments. On lui lut la loi, il ne cessa pas de désirer entrer dans le saint des saints, argumentant : « Même si tous ces hommes sont privés de cet honneur, cela ne s’applique pas à moi ». Il s’étonna encore qu’il pût entrer dans tous les temples (des autres peuples) sans avoir jamais été empêché. Quelqu’un lui indiqua alors qu’il ne devait pas tenir compte de cela comme argument décisif. Le roi répliqua « Mais puisque cela est arrivé, pourquoi ne pourrai-je pas au moins entrer, qu’ils le veuillent ou non ? » Les prêtres dans leur tenue sacerdotale se prosternèrent pour demander au Dieu suprême de venir à leur aide dans cette situation périlleuse, remplissant le Temple de leurs cris et de leurs pleurs.

La colère de Ptolémée IV

L’attitude de Ptolémée IV Philopator à l’encontre des Juifs, alors que ceux-ci étaient dans un premier temps ses alliés, aggravée par les attaques postérieures que nous décrirons ci-après est illustrée par le début du psaume :

  1. Au Chef des chantres. Par le serviteur de l’Éternel, par David.
  2. Au fond de mon cœur je sens ce que le péché insinue au méchant : « Qu’il n’ait nulle crainte de Dieu devant les yeux ! »
  3. Oui, il adresse des regards séducteurs, de façon à provoquer son iniquité, qu’il faudrait haïr.
  4. Les paroles de sa bouche ne sont que fausseté et perfidie, il renonce à être sage, à bien agir.
  5. Sur sa couche il machine la fraude ; il s’engage sur un chemin qui n’est pas bon, il n’a pas l’horreur du mal.

Frappé[3] d’une soudaine paralysie, le roi impie s’effondre sur le sol devant la porte du Temple. De retour en Egypte, Philopator décide de se venger sur les Juifs. Il promulgue un décret qu’il fait graver sur une colonne près de la tour de son palais.

Dionysos 

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Le décret, qui semble s’adresser d’abord aux seuls Juifs d’Alexandrie, proclame qu’aucun d’eux ne pourra plus se rendre aux lieux saints – il s’agit de synagogues — s’il ne sacrifie pas à Dionysos ; que les Juifs seront recensés pour subir une déchéance en ce qui concerne leur statut et qu’ils seront marqués au fer rouge, du signe de la feuille de lierre, emblème de Dionysos ; toutefois, ceux qui accepteront, de leur plein gré, d’adhérer au culte de ce dieu, seront épargnés et recevront le droit de cité à Alexandrie.

Quelques-uns obtempèrent, mais la grande majorité refuse. Irrité par ce refus, le roi va étendre les mesures anti-juives à l’ensemble de la diaspora d’Égypte. Il peut compter sur le soutien de certains de ses sujets qui reprochent aux Juifs leur particularisme religieux. Il adresse aux autorités locales du royaume une ordonnance (prostagma) dans laquelle, après avoir résumé les événements depuis sa campagne d’Asie – une bonne occasion pour opposer sa grandeur d’âme à la perfidie des Juifs —, il ordonne que ceux-ci soient envoyés à Alexandrie avec femmes et enfants pour subir le châtiment suprême qui convient aux traîtres.

La punition des Juifs

Les Juifs rebelles sont coupables de préparer un complot contre le pouvoir royal. Une fois punis, espère le roi, le royaume jouira à nouveau d’une parfaite tranquillité et d’un état de prospérité. Quiconque cachera un juif, jeune ou vieux, y compris les nourrissons au sein de leur mère, sera mis à mort avec toute sa famille. Toute maison dans laquelle sera trouvé un Juif caché sera livrée aux flammes. En revanche, ceux qui dénonceront les coupables recevront deux mille drachmes du trésor royal et pourront compter sur d’autres récompenses : honneurs dionysiaques ou liberté pour le délateur s’il est esclave:

  • Partout[4] ou parvint cette ordonnance, les païens organisèrent des festins aux frais de l’État dans l’allégresse et la joie, la haine, depuis longtemps nourrie au fond de leur cœur, pouvant à présent s’étaler sans gène. Les Juifs au contraire, plongés dans une infinie douleur, poussaient des cris et se lamentaient, le cœur gros de gémissements ; ils déploraient le fléau inattendu qui soudain était décrété sur eux. Quelle région, quelle ville, quel endroit habité, quelle rue ne résonnait de leurs plaintes et de leurs gémissements ? De chaque ville (malgré les apparences, ce récit est bien relatif à des événements s’étant passés il y a plus de vingt siècles et non comme on pourrait le penser à une époque bien plus récente…), ils étaient expédiés en groupes par les stratèges avec une dureté si impitoyable que même certains de leurs ennemis, à la vue de ces sévices habituels, à la vue des misères auxquelles chacun peut être exposé un jour et songeant aux incertitudes du destin humain, versèrent quelques larmes sur le lamentable cortège.
  • On conduisit là une masse de vieillards chenus, avançant avec beaucoup de peine, les jambes courbées par leur grand âge, qu’on pressait de hâter le pas, en les secouant avec une scandaleuse violence. De jeunes femmes, à peines entrées dans leur chambre nuptiale pour s’unir à leur époux, abandonnaient leur joie pour la douleur, leur chevelure trempée de myrrhe souillée de poussière, traînées en dehors sans voile, entonnaient à l’unisson un chant de deuil au lieu d’un hyménée, tourmentées par des outrages que leur infligeaient les gentils. Enchaînées en public, elles étaient brutalement traînées jusqu’à l’embarquement à bord d’un navire. Leurs époux également, dans la fleur de la jeunesse, le cou entouré de cordes à la place de guirlandes, au lieu de passer le reste de leurs noces dans la fête et l’insouciance propres à leur âge, élevaient des chants de deuil, voyant déjà l’Hadès béant sous leurs pieds. On les embarquait tirés par des chaînes de fer comme des bêtes sauvages, les uns cloués par la nuque aux bancs des rameurs, les autres avaient les pieds pris dans d’indestructibles entraves. Ils étaient privés de lumière au moyen de grosses planches superposées, de sorte que, les yeux plongés dans une totale obscurité, l’on puisse leur infliger pendant toute la traversée le traitement réservé aux comploteurs.

Les éléphants

Les juifs sont rassemblés dans un hippodrome près d’Alexandrie ou cinq cents éléphants enivrés doivent les piétiner afin de les exécuter avant que Philopator puisse retourner en Judée brûler le Temple de Jérusalem. C’est alors qu’un vieillard nommé Eléazar, issu d’une famille sacerdotale, se lève d’au milieu des Juifs rassemblés pour implorer le Seigneur.

Cette prière exprimant la foi des Juifs en leur Dieu même aux moments les plus tragiques est illustrée par la suite du psaume, où l’évocation des bêtes n’est pas sans rappeler la menace imminente représentée par les éléphants :

  1. Éternel, ta grâce atteint jusqu’aux cieux, ta fidélité jusqu’aux nues.
  2. Ta justice est comme les montagnes puissantes, tes arrêts sont comme l’immense abîme ; aux hommes et aux bêtes tu es secourable, Éternel !
  3. Combien précieuse est ta grâce, ô Dieu ! (…)

Cette prière ne reste pas sans effet. Dieu intervient pour sauver les captifs de l’hippodrome :

  • Alors[5] Dieu, glorieux, tout-puissant et vrai, montra sa sainte face. Il ouvrit les portes du ciel et deux anges en descendirent, splendides et terrifiants à la fois, visibles pour tous, sauf pour les Juifs. Ils affrontèrent les adversaires de ceux-ci, les remplirent de confusion et de terreur, les clouant sur place, immobiles. Le roi pétrifié d’effroi dans tout son corps, oublia tout d’un coup sa farouche audace. Les éléphants se tournèrent contre les soldats armés qui les suivaient et commencèrent à les piétiner. La fureur du roi se mua soudainement en pitié et il commença à verser des larmes sur toutes ses machinations antérieures.

Bien que le texte de Macchabées II ait été vraisemblablement écrit tardivement, et donc bien après les faits cités, il est vraisemblable que ce texte s’appuie sur des faits réels relatés par des textes aujourd’hui perdus. Les faits sont sûrement authentiques, les éléphants ont dû se retourner contre leurs maîtres, mais il est vraisemblable que si des anges sont intervenus, ils soient restés non visibles.

En tout état de cause, la nature du récit quand au miracle qui sauva les juifs de l’extermination et qui permit au roi Philopator de revenir à des rapports normaux avec les Juifs de son royaume est illustré par la fin du psaume :

  1. (…) Les fils de l’homme s’abritent à l’ombre de tes ailes.
  2. Ils sont rassasiés de l’abondance de ta maison ; Tu les abreuves du fleuve de tes délices.
  3. Car près de Toi est la source de vie ; à Ta lumière nous voyons le jour.
  4. Étends Ta bonté sur ceux qui Te connaissent, et Ta bienveillance sur les cœurs droits.
  5. Que le pied de l’orgueil ne m’atteigne point; que la main des méchants ne me mette point en fuite !
  6. Au contraire, qu’ils tombent, les malfaiteurs ; qu’ils soient renversés sans pouvoir se relever.

Paul David


[1] MACCABEES III, Chapitre 1, versets 6 à 16

[2] Voir MACCABEES III, Chapitre 1, versets 2 et 3

[3] Pour résumer la suite du Troisième livre des Maccabées nous nous reportons au résumé effectué par J Mélèze Modrzejewski dans « Les Juifs d’Egypte de Ramsès II à Hadrien », Chapitre « Le Zénith : l’Egypte des Lagides/Aux sources de l’antisémitisme païen ».

[4] Maccabées III, Chapitre 4, versets 1 à 10, suivant la traduction faite par J Mélèze Modrzejewski pour illustrer la citation précédente.

[5] Maccabées III, Chapitre 6, versets 18 à 22, suivant la traduction faite par J Mélèze Modrzejewski dans le cadre des citations précédentes.