De 190 av. JC à 170 av. JC, psaume 38 : Antiochus Épiphane.

Résumé:

Cette génération est celle des années 190 avant JC à 170 avant JC.

Suivant notre comptage, cette génération est la génération 38 associée au psaume 38. C’est dans ce psaume 38 que nous retrouvons donc une illustration des faits de cette génération.

Séleucos IV Philopator règne sur l’empire Séleucide. Sous le poids de la dette imposée par les Romains, il est à la recherche d’argent. Le gouverneur de la Grande Syrie envoie Héliodore, son premier ministre à Jérusalem pour s’accaparer les richesses du Temple. Une intervention divine miraculeuse fait échouer les plans d’Héliodore. Toutefois le répit est de courte durée car Séleucos se fait assassiner et son frère Antiochos IV Épiphane se fait couronner roi.

De nombreux juifs veulent adopter la manière de vivre des Grecs.

Le nouveau roi les soutient et marque son hostilité au judaïsme. Il entre dans le Temple sans aucun respect, il le pille et le souille. Il interdit aux Juifs d’exercer leur culte et les oblige à se plier aux cultes païens. Beaucoup de Juifs, tous ceux qui abandonnèrent la loi de Moïse, travaillent avec les inspecteurs du roi. Ils obligent les Israélites fidèles à se cacher partout où ils peuvent se réfugier.

Deux ans plus tard, sous prétexte de faire la paix, ses soldats sèment la mort et la désolation à Jérusalem. La ville et le Temple sont désertés.

Malgré cela de nombreux Juifs restent fidèles à l’alliance malgré le lourd prix à payer.

Développement:

Héliodore

La pression des méchants sur Israël décrite dans le psaume précédent trouve sa pleine illustration dans la présente génération. En effet celle-ci est celle du règne de Séleucos IV Philopator et du début de règne d’Antiochus IV Épiphane.

Séleucus IV Philopator règne de 187 à 175 avant JC sur l’empire Séleucide. Sous le poids de la dette imposée par les Romains à Antiochos III est à la recherche d’argent.

C’est dans ce contexte que le gouverneur de la Grande Syrie envoie Héliodore, son premier ministre à Jérusalem pour s’accaparer les richesses du Temple:

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  • À l’époque[1] du grand prêtre Onias (Onias III), les habitants de Jérusalem, la Ville sainte, connaissent une paix totale. Ils obéissent parfaitement aux lois. En effet, Onias aime Dieu et déteste le mal. Les rois eux-mêmes respectent le Temple et lui font des dons magnifiques. Ainsi, Séleucus (Séleucus IV), roi de l’Asie, paie avec ses biens personnels toutes les dépenses pour les sacrifices présentés. Un certain Simon, prêtre du groupe de Bilga, est alors chargé d’administrer le Temple. Il n’est pas d’accord avec le grand prêtre au sujet de la surveillance des marchés de la ville. Il n’arrive pas à avoir raison contre Onias. Alors il va trouver Apollonius, fils de Thraséas. À cette époque, celui-ci gouverne la Grande Syrie et la Phénicie. Voici ce qu’il lui raconte : le trésor du Temple de Jérusalem est rempli de richesses extraordinaires. On ne peut même pas compter la quantité d’argent qu’il contient. Elle dépasse de loin les sommes nécessaires pour les sacrifices. Il est possible de la prendre au profit du roi. Apollonius rencontre alors le roi. Il lui apprend l’existence des richesses que Simon lui a fait connaître. Alors le roi envoie son premier ministre, Héliodore, à Jérusalem. Il lui commande de prendre ces richesses-là. Héliodore part aussitôt. Il doit soi-disant inspecter les villes de la grande Syrie et de la Phénicie. En fait, il va réaliser le projet du roi.

Antiochos IV Épiphane

La suite du récit de Maccabées II raconte comment une intervention divine miraculeuse fera échouer les plans d’Héliodore. Toutefois le répit est de courte durée car Séleucos se fait assassiner en 175 avant JC et son frère Antiochos IV Épiphane en profite pour débarquer en Asie Mineure, s’emparer d’Antioche et de se faire couronner roi.

Avec ce nouveau roi, les malheurs des Juifs atteindront leur paroxysme sous la domination grecque, illustrant s’il en était besoin les prévisions alarmistes du psaume précédent :

  • Parmi[2] ceux qui ont gouverné après Alexandre le Grand, une plante au poison amer s’est mise à pousser : c’est Antiochus Epiphane, fils du roi Antiochus le Grand. Il a d’abord été otage à Rome. Ensuite, il est devenu roi du royaume des Grecs en l’année 137 (compté à partir de l’avènement du royaume Séleucide en 312 avant JC, soit environ en 175 avant JC pour l’année qui nous intéresse). À ce moment-là, des hommes infidèles à la loi de Dieu paraissent en Israël. Ils attirent beaucoup de monde, car ils disent : « Allons, passons un accord avec les peuples étrangers qui nous entourent. Car beaucoup de malheurs nous sont arrivés depuis que nous avons refusé de vivre comme eux. » Ces paroles-là plaisent aux gens. Quelques-uns parmi les Juifs se dépêchent d’aller trouver le roi. Celui-ci leur permet de suivre les coutumes des autres peuples. Alors ils construisent un stade à Jérusalem, selon les habitudes de ces peuples. Ils cachent leur circoncision par une opération. Ils abandonnent ainsi l’alliance de Dieu pour suivre les non Juifs. Ils se vendent à eux pour faire le mal.

La tentation grecque

Les Juifs tentent de s’assimiler à la culture Grecque en reniant leur héritage juif, comme le décrit Flavius Josèphe:

  • Onias[3], grand sacrificateur, étant mort en même temps (que Hyrcan, le dernier représentant des Tobiades, maître de territoires au-delà du Jourdain, famille opposée à celle des Oniades qui avaient la responsabilité du culte à Jérusalem), Antiochus (Epiphane), roi de Syrie, donna la grande sacrificature à Jésus, surnommé Jason, frère d’Onias, qui n’avait laissé qu’un fils en bas âge, dont nous parlerons en son lieu. Mais Antiochus, ayant depuis été mal satisfait de Jason, lui ôta cette dignité, et la donna à Onias, surnommé Ménélas, son jeune frère, qui était un des trois fils que Simon avait laissés et qui furent tous successivement souverains sacrificateurs, comme nous l’avons dit. Jason, ne pouvant souffrir de se voir dépouillé de cette charge, entra en grand différend avec Ménélas ; et les enfants de Tobie se déclarèrent pour ce dernier. Mais la plus grande partie du peuple favorisait Jason, et ainsi ils furent contraints de se retirer auprès d’Antiochus. Ils dirent à ce prince qu’ils étaient résolus à renoncer aux coutumes de leur pays pour embrasser sa religion et la manière de vivre des Grecs, et lui demandèrent de leur permettre de bâtir un lieu d’exercices dans Jérusalem. Il le leur accorda ; et alors ils couvrirent les marques de la circoncision pour ne pouvoir être distingués des Grecs lors même qu’en courant et en luttant ils seraient nus et, abandonnant ainsi toutes les lois de leurs pères, ils ne différaient en rien des nations étrangères.

C’est cette dérive du peuple Juif qui est évoquée par le début du psaume, en fait peu de Juifs résistèrent à l’attrait de la culture grecque avec ce qu’elle intègre de culte païen :

  1. Psaume de David. Pour la commémoration.
  2. Éternel, ne me réprimande pas dans ton irritation, ne me châtie pas dans ton courroux.
  3. Car tes flèches m’ont transpercé, et ta main s’est appesantie sur moi.
  4. Ta colère n’a laissé rien d’intact dans mon corps, mes péchés ont banni la paix de mes membres.
  5. Car mes fautes ont monté par-dessus ma tête ; comme un gros poids, elles pèsent lourdement sur moi.

L’hostilité grecque

À cette dérive des Juifs vers les pratiques grecques vient s’ajouter au malheur du peuple d’Israël l’attitude hostile d’Antiochus Épiphane :

  • Quand[4] il a vaincu l’Egypte en 143 (169 avant JC), il revient. Il se dirige vers Israël et marche sur Jérusalem avec sa puissante armée. Antiochus entre dans le Temple sans aucun respect. Il fait enlever l’autel en or, le porte-lampes avec tout son équipement, la table des pains offerts à Dieu, les coupes pour les offrandes de vin, les bois, les brûle-parfums en or, le rideau, les couronnes. Il fait arracher toutes les décorations en or sur le devant du Temple. Il prend l’argent, l’or et les objets précieux. Il trouve les trésors cachés et les emporte aussi. Après qu’Antiochus a tout pris, il rentre dans son pays. Il a tué beaucoup de monde et a fait des discours remplis d’orgueil. Dans tout le pays, les gens sont dans le deuil au sujet d’Israël. Les chefs et les anciens gémissent, les jeunes filles et les jeunes gens n’ont plus de force, les femmes perdent leur beauté. Tous les jeunes mariés entonnent des chants de deuil. Leurs jeunes femmes assises dans leur chambre sont dans la tristesse. Devant les malheurs des habitants, la terre tremble. Tout le peuple est couvert de honte.

La situation désespérée des Juifs est bien décrite dans la suite du psaume où la « lumière de mes yeux » caractérise vraisemblablement le porte lampe dérobé :

  1. Mes plaies sont fétides, putréfiées, par suite de mon égarement.
  2. Je suis tordu, affaissé outre mesure ; tout le temps, je marche voilé de tristesse,
  3. car mes entrailles sont toutes malades d’inflammation ; nulle partie saine en mon corps.
  4. Je suis épuisé, abattu au dernier point, je pousse des cris dans la violente agitation de mon cœur.
  5. Seigneur, tout ce que je souhaite t’es connu ; mes soupirs ne t’échappent point.
  6. Mon cœur palpite violemment, ma vigueur m’a abandonné, même la lumière de mes yeux me fait défaut.

Toutefois les attaques d’Antiochus Épiphane ne s’arrêtent pas là, deux ans plus tard, sous prétexte de faire la paix, ses soldats sèment la mort et la désolation à Jérusalem. La ville et le Temple sont désertés. Mais Antiochus s’appuie également sur une partie de la population juive pour appliquer sa politique rigoureuse à Jérusalem:

  • Voici[5] l’ordre que le roi Antiochus donne par écrit : « Tous les habitants de mon royaume doivent former un seul peuple et abandonner leurs coutumes particulières. » Tous les peuples non juifs obéissent à l’ordre du roi, et beaucoup d’Israélites (vraisemblablement majoritaires par rapport aux tenants de la tradition juive) acceptent volontiers la religion d’Antiochus. Ils offrent des sacrifices aux faux dieux et ne respectent plus le sabbat. Le roi envoie aussi à Jérusalem et aux villes de Juda des lettres portées par des messagers. Il leur donne l’ordre de suivre des coutumes étrangères au pays. Il interdit aux Juifs d’offrir dans le Temple les sacrifices complets, les sacrifices ordinaires et de présenter des offrandes de farine ou de vin. Il leur commande de traiter avec mépris le sabbat et les jours de fête, de rendre impur le Temple et les objets sacrés. De plus, les Juifs doivent construire des autels, des lieux sacrés et des temples pour les faux dieux. Ils doivent offrir en sacrifice des porcs et d’autres animaux impurs. Ils n’ont plus le droit de circoncire leurs fils, et ils doivent se rendre impurs en commettant beaucoup de choses horribles. Antiochus veut que les Juifs oublient ainsi la loi de Moïse et qu’ils changent tout ce que cette loi commande. Celui qui n’obéira pas aux ordres du roi mourra. Le roi envoie ces ordres par écrit dans tout son royaume. Il nomme des inspecteurs pour surveiller tout le peuple Juif. Il commande aussi à chaque ville de Juda d’offrir des sacrifices contraires à la loi de Moïse. Beaucoup de Juifs, tous ceux qui abandonnèrent la loi de Moïse, travaillent avec les inspecteurs du roi et font du mal dans le pays. Ils obligent les Israélites fidèles à se cacher partout où ils peuvent se réfugier.

La situation périlleuse des Juifs fidèles à l’alliance divine entre les mains des soldats du roi Antiochus Épiphane et des Juifs qui ont préféré abandonner leur foi est bien résumée dans la suite du psaume :

  1. Mes amis, mes compagnons se tiennent à l’écart de mon mal, mes proches demeurent à distance.
  2. Ceux qui en veulent à ma vie me dressent des embûches, ceux qui cherchent mon malheur disent des paroles meurtrières, méditent des perfidies toute la journée.

La fidélité dans la tourmente

Malgré cela de nombreux Juifs restent fidèles à l’alliance malgré le lourd prix à payer. Leur résistance entraînera au début de la prochaine génération des exactions des Séleucides:

  • Le[6] 15 du mois de Kislev, en 145 (-167), le roi fait construire « l’horreur destructrice » (autel dédié à Zeus) sur l’autel des sacrifices complets. Il fait élever aussi des autels dans les autres villes de Juda. Les gens brûlent de l’encens devant les portes des maisons et sur les places. Chaque fois que les alliés du roi trouvent des lois de Moïse, ils les tuent sur l’ordre du roi. Dans les villes, ils punissent sévèrement les Israélites fidèles, mois après mois. Le 25 de chaque mois, ils offrent des sacrifices sur l’autel du dieu grec construit sur l’autel des sacrifices complets. Sur l’ordre du roi, ils tuent les femmes qui ont fait circoncire leurs enfants, avec leur bébé pendu à leur cou. Ils tuent aussi leur famille avec ceux qui ont circoncis l’enfant. Pourtant, plusieurs Israélites résistent et sont assez forts pour ne pas manger de nourriture impure. Ils acceptent de mourir plutôt que de manger des aliments impurs et de trahir l’alliance sainte. Et ils meurent. A cette période-là, la colère de Dieu pèse lourdement sur Israël.

Cette résistance du peuple Juif qui malgré les attaques d’Antiochus Épiphane ne renie pas l’alliance divine et reste sourd à ces injonctions fort de sa foi en Dieu et conscient également des fautes que le peuple a pu commettre et qui sont en train d’être expiés dans cette période difficile est illustrée par la fin du psaume qui réitère la confiance absolue de peuple Juif envers son Dieu et sa confiance dans le soutien final de Dieu pour le sauver. Confiance mise en œuvre dès cette génération, et qui se transformera en révolte à la prochaine génération :

  1. Pourtant, moi, tel un sourd, je n’entends point, je suis comme un muet qui n’ouvre pas la bouche.
  2. Oui, je me comporte comme un homme qui n’entend pas, et qui n’a pas de répliques sur les lèvres.
  3. C’est que je tourne mon attente vers Toi ; et, Toi, Tu m’exauceras, Seigneur, mon Dieu.
  4. C’est ce que je me dis : « Ils pourraient se réjouir de moi, faire les fiers à mon endroit, en voyant chanceler mes pas ! »
  5. Ne suis-je point désigné à la ruine ? Mon mal n’est-il pas toujours là, sous mes yeux ?
  6. Car il faut que je confesse mon iniquité, je suis alarmé de mon péché,
  7. alors que mes ennemis ont une grande puissance de vie ; nombreux sont ceux qui me haïssent sans cause,
  8. et qui, rendant le mal pour le bien, me molestent pour me récompenser de poursuivre le bien.
  9. Ne me délaisse pas, ô Éternel! Mon Dieu, ne te tiens pas éloigné de moi.
  10. Hâte-Toi de me secourir, Seigneur, qui est mon protecteur.

Paul David


[1]II MACCABEES, Chapitre 3, versets 1 à 8

[2] I MACCABEES, Chapitre 1, versets 10 à 15

[3] Flavius Josèphe/Antiquités Juives/Livre douzième/chapitre 6

[4] I MACCABEES Chapitre 1, versets 21 à 28

[5] I MACCABEES Chapitre 1, versets 41 à 53

[6] I MACCABEES Chapitre 1, versets 54 à 64