30 à 50, psaume 49 : Le sage meurt aussi.

Résumé:

Cette génération est celle des années 30 à 50 après JC.

Suivant notre comptage, cette génération est la génération 49 associée au psaume 49. C’est dans ce psaume 49 que nous retrouvons donc une illustration des faits de cette génération.

La date de la mort de Jésus ne peut être déterminée avec certitude mais a lieu à cette génération.

Au début de cette génération la Judée est gouvernée par Ponce Pilate dont les Évangiles ont laissé une image relativement favorable, celle que donne Flavius Josèphe est bien moins flatteuse.

Caïphe, le Grand prêtre d’alors a été nommé par les romains et est complice de Pilate pendant toute la gouvernance de ce dernier. Il ne représente ni les Juifs ni le Sanhédrin, qui en pleine révolte zélote, s’était exilé de Jérusalem avant le jugement de Jésus afin d’éviter à avoir à prononcer des condamnations à mort. Il est aussi peu vraisemblable que le peuple Juif ait demandé, à un pouvoir qu’il ne reconnaissait pas, la mort de Jésus alors que celui-ci œuvrait contre le pouvoir romain, haï unanimement par les Juifs de Judée.

Jésus, Juif pratiquant et convaincu, descendant de Jacob, n’hésite pas à s’adresser au monde païen alors dominé par Rome pour les amener au monothéisme, les Juifs n’étant plus à convaincre. Mais Jésus ne se contente pas d’être en quelque sorte le prophète des païens. Soutenu par ses disciples, il pense pouvoir hâter la fin du monde. Il est vrai qu’à l’époque beaucoup considéraient la domination romaine comme annonciatrice de la fin des temps et de la venue du Messie. Annoncé comme le Messie par ses disciples, Jésus peut normalement penser que sa mort serait le signe de la fin des temps.

Jésus est finalement crucifié et trouve la mort sans que la fin du monde, au sens messianique du terme, n’arrive. Visiblement, Jésus s’en étonne : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

De fait Jésus n’est pas crucifié seul, avec lui deux bandits, que l’on peut qualifier de sots. C’est pourquoi, David dans le psaume de cette génération répond à Jésus: « Ils remarquent pourtant que les sages (Jésus) meurent tout comme périssent le fou et le sot (les deux bandits) ».

En dehors du sort de Jésus à cette génération qui ne manquera pas d’impacter les deux millénaires à venir, pour revenir à l’histoire purement nationale du peuple Juif, d’autres sages et d’autres sots ou fous marquent cette génération avant d’y mourir.

Ainsi Agrippa le petit-fils d’Hérode, après s’être introduit dans la cour de l’empereur Tibère à Rome, tombe en disgrâce et est fait emprisonné. Tibère qui planifiait d’établir une dynastie à Rome meurt prématurément. Caïus (futur Caligula) lui succède et remplace les chaînes de fer d’Agrippa en chaînes d’or. Il accède à sa demande de recouvrer la royauté de Judée. Agrippa, roi de Judée, récupère pour quelques années une grande partie du royaume de son grand-père Hérode.

Le revirement du sort d’Agrippa confirme la promesse faite à Mariamne, sa grand-mère dans le psaume 45 que nous avions déjà évoquée : « Que la place de tes pères soit occupée par tes fils ! Puisses-tu les établir comme princes sur tout le pays ! »

Si en quelque sorte, Tibère illustre le sot, en ayant cru pouvoir imposer ses vues sur l’empire pour plusieurs générations sans se soucier de la volonté divine qui ruina ses plans, Caïus, surnommé Caligula illustre le fou : « Ce superbe prince, ne pouvant souffrir que les Juifs fussent les seuls qui refusassent de lui obéir, envoya Pétrone en Syrie, avec ordre d’entrer en armes dans la Judée, de placer sa statue dans le Temple de Jérusalem si les Juifs y consentaient, et de leur faire la guerre et les y contraindre par force s’ils le refusaient ».

Les Juifs allèrent à la rencontre de Pétrone pour essayer de le convaincre de ne pas exécuter l’ordre de Caïus, qu’eux même avaient choisi la mort plutôt que de laisser installer la statue dans le Temple. Les proches du roi Agrippa le rencontrèrent à leur tour en argumentant que, s’il exécutait l’ordre, il amènerait la ruine sur la Judée qu’il gouvernait. Pétrone se résolut alors de ne pas exécuter l’ordre en étant conscient du risque pris vis-à-vis de Caïus.

Caïus, s’étant montré aussi fou envers ses concitoyens qu’envers les peuples soumis à Rome, fut finalement assassiné par les siens, qui tuèrent également sa femme et sa fille afin d’être sûrs d’éliminer définitivement toute trace de Caligula dans l’Empire romain. Cette exécution permit de sauver Pétrone qui fut ainsi récompensé, divinement, pour son choix salutaire et audacieux pour la Judée.

Bien qu’Agrippa, perdît en Caïus Caligula l’un de ses plus grands alliés, le nouvel empereur Claude lui fut tout aussi favorable. Agrippa, comme son aïeul Hérode était vraisemblablement un homme politique d’exception et s’apprêtait à redonner à son peuple et à son pays la gloire et le lustre perdu, mais la mort l’emporta avant qu’il n’aboutisse.

Tibère le sot, Caligula le fou, Agrippa le sot meurent à cette génération avant d’avoir réalisé leurs projets respectifs.

À la mort d’Agrippa, la Judée redevient une province romaine.

Agrippa II lui succédera qu’en 50, sans avoir les mêmes ambitions et le même attachement à la religion de ses pères.

Plus rien ne peut arrêter la révolte des Juifs contre les romains qui mènera à la destruction du second Temple et au début du dernier exil qui ne s’arrêtera réellement qu’à l’avènement des temps messianiques.

Développement:

La fin de la première garde

Cette quarante-neuvième génération marque la fin de la première garde de la nuit, celle associée à la faute du veau d’or et qui est marquée par les malédictions annoncées dans le Lévitique.

Le temple vit ses dernières heures, le peuple Juif est en répit dans l’attente du dernier exil associé à la destruction de second temple qui marquera le début de la deuxième garde de la nuit.

Cette seconde garde et la suivante, la troisième, dureront ensemble quatre vint dix huit générations, autant de générations que de malédictions évoquées dans le Deutéronome.

Pendant ces deux dernières gardes le peuple Juif sera confronté aux nations sous la domination constante de Rome, d’Esaü. En dehors des aspects politiques liés à la Judée, cette génération est principalement marquée par la mort de Jésus qui sera le ferment pour les nations de la reconnaissance de l’Éternel.

Jésus est en quelque sorte un nouveau prophète, non pas tourné vers le peuple Juif qui a dès lors atteint sa maturité religieuse et qui ne risque plus de se tourner vers le paganisme, mais vers les païens.

Pendant cette génération, à Rome se succèdent trois empereurs. Cela commence par la fin de règne de Tibère (14/37) suivi du règne de Caligula (37/41) et la génération se conclut par le début de règne de Claude (41/54).

La naissance de Jésus

La date de la mort de Jésus ne peut être déterminée avec certitude. En dehors des évangiles, les historiens romains contemporains de cette génération ne se sont pas beaucoup intéressé à ce Juif de Judée qui comme beaucoup d’autres coreligionnaires de l’époque se proclamait Messie ou plutôt était proclamé Messie par ces adeptes soucieux de redonner à la Judée une suprématie retrouvée en boutant les Romains en dehors du royaume.

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D’après les récits des Évangiles relatifs aux derniers jours de la mort de Jésus, en particulier ceux relatifs au repas pascal, les commentateurs oscillent entre avril 30 et avril 33. De plus la mort de Jésus doit cadrer avec le mandat de Ponce Pilate à Jérusalem.

Pilate

Au début de cette génération la Judée est donc gouvernée par Ponce Pilate dont les Évangiles ont laissé une image relativement favorable puisque, d’après ces Évangiles, celui-ci est lavé (au sens propre et au sens figuré) de toute responsabilité quant à la mort de Jésus, puisque ce sont les Juifs, suivant ces mêmes Évangiles, qui insistent pour que Jésus soit crucifié malgré ses efforts pour condamner Barrabas à sa place.

En dehors de l’avantage pour les futurs Chrétiens d’exploiter la thèse de peuple Déicide pour les Juifs, on voit mal comment les rédacteurs des évangiles pouvaient « charger » les Romains qu’ils essayaient déjà de convertir à leur nouvelle religion lors de la rédaction.

L’image que donne Flavius Josèphe de Ponce Pilate est bien moins flatteuse (rappelons qu’en dehors de quelques lignes largement contestées par les historiens qui les considèrent comme des ajouts ultérieurs, Flavius Josèphe comme les autres historiens de l’époque n’ont pas considéré l’épopée de Jésus comme un événement historique et donc ne fait aucunement mention des événements qui lui sont relatifs) :

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  • Pilate[1], gouverneur de Judée, envoya en quartiers d’hiver, de Césarée à Jérusalem, des troupes qui portaient sur leurs drapeaux des images de l’empereur, ce qui est si contraire à nos lois que nul autre gouverneur avant lui n’avait rien entrepris de semblable. Ces troupes entrèrent de nuit, et ainsi on ne s’en aperçut que le lendemain. Aussitôt les Juifs allèrent en grand nombre trouver Pilate à Césarée, et le conjurèrent durant plusieurs jours de faire porter ailleurs ces drapeaux. Il le refusa en disant qu’il ne le pourrait sans offenser l’empereur. Mais, comme ils continuaient toujours de le presser, il commanda le septième jour à ses gens de guerre de se tenir secrètement sous les armes, et monta ensuite sur son tribunal, qu’il avait fait dresser à dessein dans le lieu des exercices publics, parce qu’il était plus propre que nul autre à les cacher. Alors les Juifs continuant à lui faire la même demande, il donna le signe à ses soldats, qui lui enveloppèrent aussitôt de tous côtés et il les menaça de les faire mourir s’ils insistaient davantage et s’ils ne s’en retournaient chacun chez soi. À ces paroles, ils se jetèrent tous par terre et lui présentèrent la gorge à découvert, pour lui faire connaître que l’observation de leurs lois était beaucoup plus chère que leur vie. Leur constance et ce zèle si ardent pour leur religion donnèrent tant d’admiration à Pilate qu’il commanda qu’on reportât ces drapeaux de Jérusalem à Césarée.

Autre événement montrant les tensions entre Pilate et les Juifs de Judée, cet événement rapporté par Philon d’Alexandrie au travers d’une lettre attribuée à Agrippa destinée à Caligula :

  • (Pilate)[2], non pas tant pour honorer Tibère que pour vexer le peuple, dédie, dans le palais d’Hérode, situé dans la Ville sainte, des boucliers dorés qui ne portaient ni figure ni rien d’autre interdit, mais seulement une inscription indispensable mentionnant ces deux choses : l’auteur de la dédicace et à l’intention de qui elle avait été faite. Mais dès que la foule en fut informée – le fait fut vite proclamé partout – les gens prirent pour porte-parole les quatre fils du roi (Hérode), à qui ne manquait ni le rang ni la dignité de souverain, et tous leurs autres descendants ainsi que les notables de leur cour ; ils firent demander de revenir sur la mesure subversive relative aux boucliers et de renoncer à modifier des usages ancestraux qui, dans tous les siècles, avaient été maintenus intacts tant par les rois que par les empereurs.

C’est ce personnage, gouverneur de Judée de 26 à 36, qui est un des acteurs de l’événement le plus important de cette génération au regard des destinées du monde : la mort de Jésus.

Caïphe

Le grand prêtre de l’époque est . Les grands prêtres depuis Hérode sont nommés par le pouvoir en fonction de leur soumission au pouvoir. Ils sont donc révoqués aisément au moindre désaccord. Depuis que la Judée est devenue province romaine, les gouverneurs romains de Judée se sont logiquement attribué la fonction de nommer le grand prêtre.

Ainsi Valérius Gratus, le gouverneur qui précède Ponce Pilate, nomme trois grands prêtres dans une durée de trois années avant de nommer Caïphe. Caïphe continuera à être grand prêtre jusqu’en 37 soit pendant toute la période où Ponce Pilate sera gouverneur, c’est dire la complicité des deux personnages.

Il est donc vraisemblable que Caïphe jouissait de peu de reconnaissance de la part du peuple de Judée au même titre que Ponce Pilate, que les deux personnages représentaient pour le peuple de Judée, le pouvoir de Rome de plus en plus incompatible avec le sentiment national Juif qui se développait.

Les Juifs et Jésus

Les Évangiles telles qu’elles nous sont parvenues, assimilent le grand prêtre au Sanhédrin ainsi qu’à tout le peuple Juif, montrant ainsi un peuple Juif hostile à Jésus en contradiction avec le fait que dans de nombreux passages, les mêmes Évangile nous montrent un Jésus populaire auprès de toutes les franges de la population au même titre que Jean Baptiste.

Il est ainsi peu vraisemblable que le peuple Juif ait demandé, à un pouvoir qu’il ne reconnaissait pas, la mort de Jésus alors que celui-ci œuvrait contre le pouvoir romain, haï unanimement par les Juifs de Judée.

Lors de la génération qui nous intéresse, il est également peu vraisemblable que les premiers chrétiens qui étaient originairement Juifs aient divinisé Jésus, car cela était trop en désaccord avec leurs croyances originelles, il fallut pour cela une certaine maturation des dogmes chrétiens.

Pour ses adeptes, Jésus était le Messie tant attendu. La domination romaine rendait plausible alors l’arrivée de celui-ci. Une telle croyance ne pouvait justifier l’animosité des Juifs de l’époque envers Jésus telle que décrite dans les Évangiles, celle-ci étant plus appropriée à décrire les relations tendues entre les deux religions concurrentes quelques générations plus tard.

La revendication messianique de Jésus (directe ou via ses adeptes) n’était aucunement dérangeante pour la religion Juive :

  • La synagogue[3] n’a pas, que je sache, répudié les tenants du Messie Bar Kokhba (qui s’illustrera dans quelques générations), même après que l’échec de sa tentative eût démontré que Dieu n’était pas avec lui. Rabbi Akiba, qui l’avait suivi, est resté l’un des docteurs les plus vénérés dans le souvenir d’Israël. Aussi bien, la pierre de touche de l’orthodoxie juive n’est pas l’espérance messianique. S’attacher à un faux messie n’entraîne l’excommunication à coup sûr que si cette démarche s’accompagne d’errements caractérisés en matière de dogme et d’observance : ce n’est ni le cas des insurgés de 135 (révolte de Bar Kokhba), ni des « Nazaréens (assimilables aux premiers chrétiens, puis par la suite ceux qui restèrent fidèles à la loi Juive tout en se revendiquant chrétiens) » de Palestine. Ceux-ci n’auraient pas été traités par la synagogue autrement que ceux-là si le nom de Jésus n’avait connu en dehors d’Israël une si prodigieuse fortune et n’avait dressé contre la synagogue l’église des gentils.

Quand au rôle du Sanhédrin, la aussi, il est peu vraisemblable qu’il soit intervenu comme indiqué dans les Évangiles. Là encore il y a confusion entre les hommes du grand prêtre et le Sanhédrin. En effet, le Sanhédrin était déjà largement occupé par les crimes des zélotes et à ce titre s’était exilé de Jérusalem vraisemblablement avant le jugement de Jésus afin d’éviter à avoir à prononcer des condamnations à mort :

  • Quarante ans[4] avant que le Temple soit détruit (en 70 soit environ vers 30, vraisemblablement donc lors de l’avènement du grand prêtre Caïphe), le Sanhédrin s’exila et tint ses séances à Hanut.

Jésus et le monde païen

Jésus clôt au début de cette génération son enseignement à destination du monde païen, c’est ce qu’évoque le début du psaume de cette génération :

  1. Au Chef des Cantres. Par les fils de Coré. Psaume.
  2. Écoutez ceci, vous toutes, ô nations, soyez attentifs, vous tous, habitants du globe,
  3. les hommes d’humble condition comme les grands personnages, ensemble les riches et les pauvres !
  4. Ma bouche prêche la sagesse, et la raison inspire les pensées de mon cœur.
  5. Je prête l’oreille aux sentences poétiques, et prélude avec la harpe aux piquants aphorismes.

Jésus, Juif pratiquant et convaincu, descendant de Jacob, n’hésite pas à s’adresser au monde païen alors dominé par Rome, considéré comme le royaume d’Esaü. Jésus confirme ainsi le rôle de Jacob vis-à-vis d’Esaü esquissé par sa naissance :

  • Et[5] lorsque les jours de la délivrance (de Rebecca) furent achevés, voici qu’elle portait des jumeaux. Le premier sortit entièrement roux pareil à une pelisse ; on lui donna le nom d’Esaü. Ensuite sortit son frère, et sa main tenait le talon d’Esaü, on le nomma Jacob.

Le peuple Juif, à travers Jésus, vient donc, comme nous l’avons déjà décrit, protéger Esaü de la voie du mal en lui désignant le bien, la voie à suivre. Le talon représentant la partie sensible de l’homme par rapport au péché (c’est là que vient piquer le serpent).

C’est ce qu’exprime la suite du psaume :

  1. Pourquoi m’exposerais-je à avoir peur aux jours de l’adversité ? À me voir enveloppé par le péché qui s’attacherait à mes talons ?

Par rapport à cette tâche, Jésus essaie de détacher l’homme de l’attrait du matériel en essayant de lui apprendre la quête du spirituel. Particulièrement dans les Évangiles de Luc, Jésus illustre cela de façon plus étayée :

  • Du milieu[6] de la foule, quelqu’un dit à Jésus : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. » Jésus lui dit : « Qui m’a établi pour être votre juge ou pour faire vos partages ? » Et il leur dit : « Attention ! Gardez-vous de toute avidité ; ce n’est pas du fait qu’un homme est riche qu’il a sa vie garantie par ses biens. » Et il leur dit une parabole : « Il y avait un homme riche dont la terre avait bien rapporté. Et il se demandait : « Que vais-je faire ? Car je n’ai pas où rassembler ma récolte. » Puis il se dit : « Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en bâtirai de plus grands et j’y rassemblerai tout mon blé et mes biens. » Et je me dirai à moi-même : « Te voilà avec quantité de biens en réserve pour de longues années ; repose-toi, mange, bois, fais bombance. » Mais Dieu lui dit : « Insensé, cette nuit même on te redemande ta vie, et ce que tu as préparé, qui donc l’aura ? » Voilà ce qui arrive à celui qui amasse un trésor pour lui-même au lieu de s’enrichir auprès de Dieu. »

Également:

  • Il y avait[7] un homme riche qui s’habillait de pourpre et de linge fin et qui faisait chaque jour de brillants festins. Un pauvre du nom de Lazare gisait couvert d’ulcères au proche de sa demeure. Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; mais c’était plutôt les chiens qui venaient lécher les ulcères. Or le pauvre mourut et fut emporté par les anges au côté d’Abraham ; le riche mourut aussi et fut enterré. Au séjour des morts, comme il était à la torture, il leva les yeux et vit de loin Abraham avec Lazare à ses côtés. Alors il s’écria : « Abraham, mon père, aie pitié de moi et envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans l’eau pour me rafraîchir la langue, car je souffre le supplice dans ces flammes ». Abraham lui dit : « Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu ton bonheur durant la vie, comme Lazare le malheur ; et maintenant il trouve ici la consolation, et toi la souffrance. De plus, il a été disposé un grand abîme pour ceux qui voudraient passer d’ici vers vous ne le puissent pas et que, de là non plus, on ne traversa pas vers nous ». Le riche dit : « Je te prie alors, père, d’envoyer Lazare dans la maison de mon père, car j’ai cinq frères. Qu’il les avertisse pour qu’ils ne viennent pas, eux aussi, dans ce lieu de torture ». Abraham lui dit : « Ils ont Moïse et les prophètes, qu’ils les écoutent».

Ces principes déjà assimilés par le peuple Juif qui n’hésite pas, y compris pour la génération qui nous intéresse, à braver la mort plutôt que de renoncer à leur foi, enseignés par Jésus au monde païen sont évoqués dans la suite du psaume :

  1. De ceux qui se fient à leurs biens, et se glorifient de l’abondance de leurs richesses,
  2. pas un ne saurait racheter son frère, ni donner à Dieu le coût de la rançon.
  3. Le rachat de leur âme est à trop haut prix, il faut y renoncer à jamais.
  4. Pensent-ils donc vivre toujours, ne pas voir la tombe.

La mort de Jésus

Mais Jésus ne s’est pas contenté d’être en quelque sorte le prophète des païens, soutenu par ses disciples, il pensait pouvoir hâter la fin du monde.

Il est vrai qu’à l’époque beaucoup considéraient la domination romaine comme annonciatrice de la fin des temps et de la venue du Messie. C’est avec cette foi en un monde meilleur prochain que Jésus exprime. Annoncé comme le Messie par ses disciples, Jésus peut normalement penser que sa mort devrait être le signe de la fin des temps.

Ainsi, sa mort, ce que les chrétiens nomment la passion, est largement annoncée par Jésus dans les évangiles comme nécessaire. Il sera aidé en cela par Juda.

Il est intéressant de noter que les chrétiens ont depuis collé l’image de Juda, le « traître », à tous les Juifs oubliant que si Juda était Juif, Jésus et tous les apôtres l’étaient également comme la majorité, voire la totalité, de ses disciples d’alors et des premiers chrétiens. De plus Juda ne faisait en fait qu’accomplir la volonté de Jésus.

Jésus est finalement crucifié et trouve la mort sans que la fin du monde au sens messianique du terme n’arrive. Visiblement, Jésus en est le premier étonné :

  • Vers[8] trois heures, Jésus s’écria d’une voix forte : « Eloï, Eloï, lama sabaqthani », c’est-à-dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

De fait Jésus n’est pas crucifié seul :

  • Deux[9] bandits sont alors crucifiés avec lui (Jésus), l’un à droite, l’autre à gauche.

Si Jésus représente la sagesse, les deux bandits qui l’accompagnent représentent l’opposé à cette sagesse. Les bandits qui agissent en dehors de la crainte de l’Éternel peuvent à l’inverse être qualifiés de sots :

  • La crainte[10] de l’Éternel est le principe de la connaissance ; sagesse et morale excitent le dédain des sots.

C’est dans ce contexte que David, dans la suite du psaume, répond à l’interrogation de Jésus sur la croix en indiquant que le sage (Jésus) comme le fou ou le sot (les bandits) meurent :

  1. Ils remarquent pourtant que les sages meurent tout comme périssent le fou et le sot, en laissant leurs biens à d’autres.

Quelle que soit la sagesse d’un homme, il n’est pas immortel et ne peut remettre en question les desseins divins.

De nombreux prophètes sont morts avant Jésus sans pouvoir changer le cours de l’histoire. Celle-ci doit arriver à son terme, ce n’est pas pendant cette génération.

La mort de Jésus n’aura toutefois pas été vaine.

En donnant naissance au Christianisme et plus tard à l’Islam, elle ne pourra éviter de nouveaux morts et de nouveaux massacres mais elle augmentera sensiblement la crainte de Dieu dans le monde païen et donc tracera la voie pour la victoire de la sagesse sur la sottise.

Tibère, le sot

Pour revenir à l’histoire purement nationale du peuple Juif, d’autres sages et d’autres fous marquent cette génération avant d’y mourir.

Ainsi Agrippa[11] le petit-fils d’Hérode, s’était introduit dans la cour de l’empereur Tibère à Rome à travers Drusus le frère de celui-ci.

À la mort de ce dernier, criblé de dettes, Agrippa se réfugia auprès de Hérode le Tétrarque qui avait épousé Hérodiade (sœur d’Agrippa).

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La cohabitation s’envenima, Agrippa finit par retrouver la cour de Tibère et se rapprocha de Caïus (le futur empereur Caligula) et tomba en disgrâce auprès de Tibère qui le fit emprisonner. Les plans de Tibère pour établir une dynastie furent remis en cause par sa mort prématurée :

  • Au milieu d’un aussi grand trouble (Tibère était tombé subitement très malade) que celui où il était de voir que, contre son dessein, l’Empire tomberait entre les mains de celui qu’il n’avait point destiné pour son successeur (Tibère s’en remet à Caïus pour éviter que son petit-fils qui aurait dû prétendre à sa succession, soit épargné). Telles furent les dernières paroles de Tibère, et il n’y eut rien que Caïus ne lui promît, mais sans avoir dessein de le tenir ; car aussitôt après qu’il se vit le maître, il fit mourir le jeune Tibère, comme son aïeul l’avait prévu.

Caïus (Caligula), le fou

La mort prématurée de Tibère qui tue dans l’œuf la dynastie qu’il voulait mettre en place est illustrée dans la suite du psaume :

  1. Ils s’imaginent que leurs maisons vont durer éternellement, leurs demeures de génération en génération, qu’ils attacheront leurs noms à leurs domaines.
  2. Or les hommes ne se perpétuent pas dans leur splendeur ; semblables aux animaux, ils ont une fin.

Si le sort de Tibère à Rome préoccupe David, lors de la rédaction du psaume, c’est qu’il permettra non seulement à Caïus de devenir empereur mais également à Agrippa de devenir roi de Judée et de récupérer pour quelques années une grande partie du royaume de son grand-père Hérode.

En effet Caïus remplaça, comme l’indique Flavius Josèphe, les chaînes de fer d’Agrippa en chaînes d’or et accéda à sa demande de recouvrer la royauté de Judée.

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Agrippa, le sage

Ce revirement de fortune d’Agrippa mécontenta Hérodiade qui l’avait hébergé lorsqu’il était misérable et poussa Hérode le Tétrarque, son mari à se rebeller contre cette nomination à Caïus.

Cela ne lui réussit pas, car les manœuvres d’Agrippa firent qu’Hérode perdit à son profit sa tétrarchie accroissant ainsi le royaume d’Agrippa. Hérode pour sa part fut exilé à Lyon en Gaule. Le revirement du sort d’Agrippa confirme la promesse faite à Mariamne, sa grand-mère dans le psaume 45 que nous avions déjà évoquée :

  • Que la place de tes pères soit occupée par tes fils ! Puisses-tu les établir comme princes sur tout le pays !

Si en quelque sorte, Tibère illustre le sot, en ayant cru pouvoir imposer ses vues sur l’empire pour plusieurs générations sans se soucier de la volonté divine qui ruina ses plans, Caïus, surnommé Caligula illustre le fou :

  • Ce nouvel[12] empereur (Caïus) gouverna fort bien durant les deux premières années de son règne, et gagna le cœur des Romains et de tous les peuples soumis à l’Empire. Mais cette grande puissance où il se voyait élevé lui enfla ensuite tellement le cœur qu’il oublia qu’il était homme ; et sa folie alla si loin qu’il osa proférer des blasphèmes contre Dieu et s’attribuer des honneurs qui n’appartiennent qu’à lui seul. (Flavius Josèphe justifie la position de Caïus par une visite à Alexandrie ou Juifs et Grecs sont en mésentente).
  • Ce superbe prince, ne pouvant souffrir que les Juifs fussent les seuls qui refusassent de lui obéir, envoya Pétrone en Syrie pour en être gouverneur à la place de Vitellius, avec ordre d’entrer en armes dans la Judée, de placer sa statue dans le Temple de Jérusalem si les Juifs y consentaient, et de leur faire la guerre et les y contraindre par force s’ils le refusaient.

Les Juifs allèrent à la rencontre de Pétrone pour essayer de le convaincre de ne pas exécuter l’ordre de Caïus, qu’eux même avaient choisi la mort plutôt que de laisser installer la statue dans le Temple.

Les proches du roi Agrippa le rencontrèrent à leur tour en argumentant que s’il exécutait l’ordre il amènerait la ruine sur la Judée qu’il gouvernait. Pétrone se résolut alors de ne pas exécuter l’ordre en étant conscient du risque pris vis-à-vis de Caïus.

Dans le même temps, Agrippa qui était à Rome et qui s’était attiré les faveurs de Caïus obtint de sa part l’annulation de l’ordre. Mais dans le même temps, Caïus apprit la situation en Judée et confirma son ordre en s’en prenant à Pétrone.

Caïus s’étant montré aussi fou envers ses concitoyens qu’envers les peuples soumis à Rome fut finalement assassiné par les siens, qui tuèrent également sa femme et sa fille afin d’être sûrs d’éliminer définitivement toute trace de Caligula dans l’Empire romain. Cette exécution permit de sauver Pétrone qui fut ainsi récompensé, divinement, pour son choix salutaire et audacieux pour la Judée.

Stich, Abbildung, gravure, engravingfrom Alma-Tadéma & J. Lavée & J. Robert : 1874

Les Juifs également virent disparaître le danger que représentait pour eux la folie de Caligula en attendant les événements dramatiques de la prochaine génération.

Le sort réservé à Caligula alors que par sa folie il se comparait l’égale des dieux (du panthéon romain) est bien illustré par la suite du psaume :

  1. Cette attitude chez eux est pure folie : qu’ils puissent, de leur bouche, se déclarer satisfaits de l’avenir, Sélah !
  2. Comme un troupeau ils s’avancent vers le Cheol ; le matin venu, les hommes droits auront raison d’eux ; le Cheol consume jusqu’à leur forme, ne leur servant pas longtemps de demeure.
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Bien qu’Agrippa, perdît en Caïus Caligula l’un de ses plus grands alliés, le nouvel empereur Claude lui fut tout aussi favorable. Agrippa, comme son aïeul Hérode était vraisemblablement un homme politique d’exception et s’apprêtait à redonner à son peuple et à son pays la gloire et le lustre perdu, mais la mort l’emporta avant qu’il n’aboutisse

Les Juifs face à leur destin

À la mort d’Agrippa, la Judée redevient une province romaine.

Agrippa II lui succédera qu’en 50 mais sans avoir les mêmes ambitions et le même attachement à la religion de ses pères.

Plus rien ne peut arrêter la révolte des Juifs contre les romains qui amèneront à la destruction du second Temple et au début du dernier exil qui ne s’arrêtera réellement qu’à l’avènement des temps messianiques.

Après le sot (Tibère), le fou (Caligula), le sage (Agrippa) meurt à son tour avant d’avoir exécuté ses projets et il ne lui reste plus qu’à attendre dans le Cheol (le royaume des morts) la rédemption finale de son peuple.

C’est ce qu’exprime la suite du psaume de notre génération :

  1. Toutefois Dieu délivrera mon âme du Cheol, quand il lui plaira de me retirer. Sélah !

Le sort commun de l’ensemble des sages (Jésus/Agrippa) des sots et des fous (les bandits crucifiés avec Jésus, Tibère et Caligula) permettent à David de conclure son psaume sur la fragilité de notre vie dans le monde matériel commun à tous les hommes :

  1. Ne sois pas alarmé si quelqu’un s’enrichit, et voit s’accroître le luxe de sa maison !
  2. Car, quand il mourra, il n’emportera rien ; son luxe ne le suivra point dans la tombe.
  3. Il a beau se dire heureux durant sa vie, s’attirer des hommages par son bien-être :
  4. il ira rejoindre la génération de ses pères, qui plus jamais ne verront la lumière.
  5. L’homme, au sein du luxe, s’il manque de raison, est pareil aux animaux : sa fin est certaine.

Cette génération fait partie de la 1ère garde de la nuit (générations 1 à 49).
Elle est donc associée à une malédiction du Lévitique (malédictions 1 à 49).

Durant cette génération de nombreux événements touchèrent les Juifs de la Diaspora.

D’abord à Babylone où pendant de longues années, deux frères Juifs[13] réussirent quasiment à bâtir un royaume mais finirent par tomber aux mains des Parthes du fait de l’abandon de la loi juive (suivant l’interprétation de Flavius Josèphe). Les juifs qui étaient craints du temps de leur splendeur se retrouvèrent alors sans défenses, ce qui leur fut fort préjudiciable :

  • Comme[14] la diversité des mœurs et des coutumes est une source d’inimitiés, les Babyloniens étaient dans des contestations continuelles avec les Juifs ; mais tant qu’Aniléus (un des deux frères Juifs précités) vécut, la crainte d’un chef de tant de gens déterminés et aussi redoutables qu’il était les empêcha d’oser témoigner jusqu’où allait leur haine contre notre nation. Lorsque cette appréhension eut cessé par sa mort, ils firent tant de maux aux Juifs qu’ils furent contraints de s’en aller à Séleucie, qui est la capitale du pays, et qui a été bâtie par Séleucus Nicanor, où il y avait aussi quantité de Macédoniens, de Grecs et de Syriens. Ils y demeurèrent cinq ans en repos ; et dans l’année suivante, une très grande peste étant arrivée dans Babylone, les habitants se retirèrent à Séleucie, ce qui fut la cause d’un grand malheur pour les Juifs par l’occasion que je vais dire. Les Grecs et les Syriens étaient opposés, et le parti des Syriens était le plus faible ; mais les Juifs, qui étaient des gens vaillants et qui méprisaient les périls, s’étant joints à eux, ils devinrent les plus forts. Les Grecs, ne voyant point d’autre moyen pour rompre cette union et relever leur parti que de se réconcilier avec les Syriens, ils traitèrent avec eux par l’entremise des amis qu’ils avaient, et ils prirent tous la résolution de se joindre ensemble pour exterminer les Juifs. Ainsi ils les attaquèrent lorsqu’ils ne se défiaient de rien, et en tuèrent plus de cinquante mille, sans qu’un seul pût échapper de cette cruelle boucherie, que ceux qui furent sauvés par leurs amis. Ce petit nombre se retira à Ctésiphon, qui est une ville grecque près de Séleucie, où le roi passe d’ordinaire l’hiver et où sont la plupart de ses meubles précieux, dans l’espérance que le respect qui est dû au prince les protégerait. Cette conspiration des Babyloniens, des Séleuciens et des Syriens contre les Juifs qui demeuraient dans ces provinces, continuant toujours, les obligea de se retirer à Néerda et à Nisibe, où ils espéraient de trouver de la sûreté, à cause de la force de ces places et de la valeur de ceux qui les habitaient.

De même en Égypte, la communauté Juive doit subir un pogrom, peut-être le premier de l’histoire suite à la visite du roi Agrippa à Alexandrie qui est raillée par la population grecque aidée par le préfet Flaccus :

  • Flaccus[15] jette de l’huile sur le feu en proposant de dresser des statues à Caligula dans les synagogues de la ville. Les Juifs ferment leurs maisons de prière. Flaccus, par un édit, les déclare « étrangers » à Alexandrie. Elle n’est plus leur « propre patrie », leur idia (domicile) ; on pourra les déplacer comme on voudra. Le conflit gonfle et va culminer dans un véritable pogrom des Juifs. C’est pour Flaccus une manière de sceller son alliance avec les nationalistes alexandrins. Laissons la parole à Philon :
    • « Il y a cinq quartiers dans la ville, qu’on désigne par les cinq premières lettres de l’alphabet. Deux de ces quartiers sont appelés « quartiers juifs » parce qu’un très grand nombre de Juifs y habitent ; mais ils ne sont pas rares, ceux qui habitent dans les autres quartiers, un peu partout. Que fit-on ? On chassa de leur maison les Juifs de quatre quartiers et on les concentra dans une partie restreinte d’un seul quartier. En raison de leur grand nombre, les Juifs durent déborder sur les grèves, les tas d’ordures, et parmi les tombeaux, dans un dénuement total. Les autres envahirent les maisons ainsi évacuées et se livrèrent au pillage ; ils se partageaient le butin comme à la guerre, et comme personne ne les en empêchait, ils forcèrent aussi les ateliers des Juifs, qui se trouvaient fermés à cause du deuil pour Drusilla (Sœur de Caligula, morte en août 38) ; et tout ce qu’ils y trouvèrent – il y avait là quantité de choses – ils l’emportèrent ; emmenant tout cela en plein marché, ils traitaient le bien des autres comme s’il était à eux » […]
    • « Ils sont sans nombre ceux qu’ils exterminèrent et firent disparaître par diverses sortes de mauvais traitements inventés pour satisfaire la terrible cruauté de ces fanatiques que la sauvagerie transformait en bêtes féroces. Tous les Juifs qu’ils apercevaient où que ce fut, ils les frappaient à coups de pierre ou à coups de bâton évitant de porter ces coups tout de suite sur les parties vitales, de crainte qu’une mort rapide ne vînt trop rapidement mettre fin à leurs tortures. D’aucuns rendus plus pétulants par l’impunité et la licence propres à ces déplorables circonstances, méprisant les armes plus faibles, avaient recours à celles qui sont les plus efficaces de toutes : le feu et le fer. Ils en tuèrent un grand nombre à coups d’épée et en firent disparaître beaucoup d’autres par le feu. Le comble : c’était par familles entières, hommes et femmes et petits enfants avec leurs parents, que les firent brûler ces hommes les plus insensibles du monde, en pleine ville, sans pitié pour la vieillesse, la jeunesse ou l’enfance innocente. Quand ils manquaient de bois à brûler, ils prenaient des broussailles et tuaient ainsi plus par la fumée que par le feu, procédé ingénieux pour infliger une mort plus lamentable et plus lente à ces malheureux dont les corps, à demi brûlés, gisaient pèle mêle, pénible et affligeant spectacle. »

À Babylone comme à Alexandrie et plus tôt à Rome, la cohabitation avec les autres peuples n’est pas aisée. À l’aube de perdre leur terre, les Juifs sont déjà confrontés aux affres de l’exil parmi les nations. L’antisémitisme païen va bientôt laisser la place à l’antisémitisme chrétien. Cette dernière génération de la première garde de la nuit liée aux malédictions du Lévitique laisse entrevoir ce que seront les malédictions du Deutéronome celles qui vont confronter les Juifs aux nations. Comme à Alexandrie et à Babylone, les Juifs devront se méfier de toute menace pour se préserver de leur ennemi et le moindre signe, le moindre « bruissement de feuille » les obligera à fuir.

La génération 49 de la nuit est sous l’emprise de la malédiction 42 du Lévitique :

  1. Dans les pays de leurs ennemis ; le son d’un bruissement de feuille les poursuivra.

Paul David

[1] Flavius Josèphe/Antiquités Juives/Livre Dix-huitième/chapitre 4

[2] Philon d’Alexandrie/Legation ad Caium 299-300, suivant une citation de « Le monde où vivait Jésus » de Hugues Cousin/Jean Pierre Lémonon/Jean Massonet

[3] « Verus Israël » de Marcel Simon/Chapitre « Destinées du Judéo-christianisme »

[4] Talmud de Babylone/Traité Avoda Zara/8b

[5] GENÈSE Chapitre 25, versets 24 à 26

[6] Évangile selon Luc, Chapitre 12, versets 13 à 21

[7] Évangile selon Luc, Chapitre 16, versets 19 à 29

[8] Évangile selon Marc, Chapitre 15, verset 34, versets équivalents dans les Évangiles de Matthieu et Luc.

[9] Évangile selon Matthieu, Chapitre 27, verset 38, versets équivalents dans les trois autres Évangiles.

[10] PROVERBES, Chapitre 1, verset 7

[11] Voir Flavius Josèphe/Antiquités Juives/Livre Dix-huitième/chapitre 8

[12] Flavius Josèphe/Antiquités Juives/Livre Dix-huitième/fin du chapitre 9 au début du chapitre 11

[13] Voir Flavius Josèphe/Antiquités Juives/Livre Dix-huitième/chapitre 12

[14] Flavius Josèphe/Antiquités Juives/Fin du Livre Dix-huitième (chapitre 12)

[15] « Les Juifs d’Égypte de Ramsès II à Hadrien » de J. Mélèze Modrzejewski, Chapitre « Le crépuscule : l’Égypte dans l’empire romain ». L’auteur cite deux passages de « Contre Flaccus » de Philon d’Alexandrie suivant la traduction de A. Pelletier.