1750 à 1770, psaume 134 : Les francs-maçons.

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symboles francs macons shutterstock_64781926À la génération précédente la France avait aidé Frédéric II à s’emparer de la Silésie aux dépens de l’Autriche. Renversement Prusse1786d’alliance à cette génération qui a pour conséquence la guerre de sept ans (1756-1763) qui confirme la Prusse 66_Französischer_Dom1 annotecomme nouvelle puissance européenne, Prusse qui impactera à la fois les idées et l’histoire des peuples européens pour les deux siècles à venir. Pour le meilleur et, malheureusement aussi, pour le pire.

La Prusse avait accueilli de nombreux Huguenots après Block_Emperor_Leopold_Ila révocation de l’Édit de Nantes en 1685 par Louis XIV et avait également autorisé cinquante familles juives, parmi les plus puissantes, à s’installer à Berlin en 1671 lorsque Léopold 1er les expulse de Vienne (le quartier Juif de Vienne sera renommé LeopoldStadt en l’honneur Frederic II shutterstock_83490790du souverain et de sa décision « salutaire »).

Frédéric Guillaume, le Grand Électeur, qui avait grandi dans les Provinces Unies et qui avait pu se rendre compte des bienfaits économiques de la tolérance religieuse avait été l’artisan de cette immigration « choisie » (seul les plus aisés étaient tolérés) et avait pu ainsi transformer la petite ville de Berlin 1024px-Berlin-1652-Merian_nordwest annoteruinée par la guerre de Trente ans en une des grandes villes des territoires allemands, bientôt la plus importante. Ainsi quelques générations après l’expulsion des Juifs de Vienne (1669-1670), l’Autriche est défaite par la Prusse qui avait accueilli bon nombre des « rejets autrichiens » entraînant la France dans sa défaite par cette même Prusse qui avait aussi accueilli bon nombre d’Huguenots, « rejets de la France ».

Kant_deutsche_KurrentLa Prusse ne se singularise pas uniquement par sa victoire mais aussi par son engagement dans les Lumières allemandes, « l’Aufklärung ». Si le Siècle des lumières concerne bon nombre de pays d’Europe, le Portugal et l’Espagne sont encore empêtrés dans la poursuite d’une Inquisition, qui au-delà de Rizi_Francisco,_Autodafe_-_Plaza_Mayor_(Madrid)porter atteinte aux présumés marranes de ces pays, enlise ces pays dans un certain archaïsme qui ne leur permettra pas de rentrer de plain-pied dans le monde moderne. Les autodafés reprennent en 1680 comme nous le détaillerons dans le psaume de la prochaine génération.

Encyclopedie_de_D'Alembert_et_Diderot_-_Premiere_Page_-_ENC_1-NA5Alors que s’éteignent l’Espagne et le Portugal qui ont en leur temps été la lumière de l’Europe, l’Europe du Nord avance inexorablement vers les Lumières. Les Provinces Unies et l’Angleterre ont ouvert la voie. Cette génération est la génération qui voit la parution des premiers volumes de l’encyclopédie en France. Sous l’égide de Diderot et D’Alembert, le premier volume paraît en 1751. Malgré des tentatives de censure, l’aventure continue, les derniers volumes seront achevés en 1772. Cette œuvre sera déterminante dans l’avancée vers les sciences et les idées qui marqueront les prochaines générations en France.

Euler_-_Exposé_ collagesLa sphère allemande n’est pas en reste, Leibniz a créé en 1700 l’Académie des sciences de Berlin qui devient à la présente génération le moteur de l’Aufklärung, les Lumières allemandes.

Y participeront de nombreux français Maupertuis et D’Alembert principalement mais également de façon plus limitée Voltaire et Diderot. Des noms prodigieux de la science et des idées coopéreront tel Lessing, Euler, Kant, Bernoulli, Lagrange si on se limite à la présente génération.

619px-Mendelssohn-Lessing_KupferstichA Berlin un Juif, Moses Mendelssohn, initialise la « Haskalah », les lumières juives et permet également à l’Aufklärung, les lumières allemandes de prendre toute leur dimension. Il a tout d’abord suivi une éducation juive religieuse stricte et conventionnelle tel qu’il le raconte lui-même (en 1744) mais sans se désintéresser des sciences dites profanes. Grâce à Gumperz, il rencontre Gotthold Ephraïm Lessing en 1754. Ce dernier avec Friedrich Nicolaï sont des figures marquantes de l’Aufklärung.

Lessing publie en 1749 « Die Juden (Les juifs) » qui se veut une remise en cause des préjugés sur les juifs.

Mendelssohn devint un des chefs de file de la littérature et de la philosophie allemande défendant la langue allemande contre l’usage des autres langues comme le français. Le français est en effet considéré alors comme une langue noble en Allemagne comme dans d’autres contrées européennes.

Il obtint un prix à l’Académie des sciences de Berlin en 1763. Il avait alors entre autres concurrents Emmanuel Kant, les deux philosophes dialogueront de façon productive par la suite, les œuvres des deux philosophes s’impactant mutuellement.

Mendelssohn n’est malgré tout pas admis à l’académie, le roi de Prusse Frédéric II, bien que « despote éclairé » refuse encore qu’un Juif y soit accepté (il faudra attendre 1842 pour qu’enfin un juif non converti y soit accepté).

En publiant le « Phédon » en 1669, Mendelssohn fut considéré comme le « Socrate » de Berlin, artisan clé à la foi de l’Aufklärung, les lumières allemandes et de la Haskalah, les lumières juives, espoir d’une symbiose judéo-allemande qui montera malheureusement ses limites quelques générations plus tard.

Protokollbuch-Oriinal-702x1024De fait si les Juifs peuvent progressivement prendre une part active à la vie intellectuelle et scientifique en Allemagne cela est du évidemment du fait de l’éclosion de l’Aufklärung, celle-ci favorisée par l’essor de la franc-maçonnerie qui essaie d’apporter une réponse à la compatibilité entre les sciences nouvelles et le religieux avec pour conséquence une liberté de croyance ouvrant ainsi aux Juifs une voie pour l’intégration.

Friedrich_I.I_Freimaurerarbeit_Schloß_CharlottenburgFrédéric II, le despote éclairé qui permettra aux lumières allemandes de se développer en Prusse et par la suite dans le reste de l’Allemagne était lui-même franc-maçon. C’est peut-être pour cela qu’il acceptât que Moses Mendelssohn, un Juif, puisse critiquer – entre autres – son usage excessif du français dans ses œuvres au détriment de la langue allemande.

Gotthold_Ephraim_Lessing.De nombreuses figures importantes des lumières en Europe et en Amérique étaient des francs-maçons. Ainsi Lessing qui eut une importance prépondérante dans le destin de Moses Mendelssohn avait écrit[1] : « Je suis aussi authentiquement franc-maçon que je suis chrétien».

La franc-maçonnerie estime être l’héritière des constructeurs des cathédrales qui eux-mêmes auraient prolongé les secrets de la construction du Temple de Salomon :

  • Les francs-maçons[2] affirment que leur ancêtre était Hiram, architecte du Temple de Salomon ; les secrets du Temple sont parvenus aux bâtisseurs de cathédrales qui étant libres (francs) de toute servitude, ont formé les premières associations de « francs-maçons ». Ces groupes dont on ne peut faire partie qu’après une initiation, disparaissent à la fin du moyen-âge, sauf en Angleterre, où les « free masons », à la fin du XVIIe siècle, s’orientent vers une recherche intellectuelle tolérante et Seal_of_the_Moderns_Grand_Lodgephilanthropique. La Grand Loge de Londres, fondée en 1717, sert de modèle aux loges de Russie, de France, d’Autriche ou d’Amérique, en dépit des scissions et des courants qui opposent les différentes obédiences. Parmi les francs-maçons célèbres du XVIIIe siècle, on peut citer, outre Joseph II, de nombreux aristocrates français et probablement Mozart, dont la flûte enchantée est parsemée de symboles maçonniques.

Ainsi même en Autriche, par le biais des loges maçonniques, les Lumières font leur apparition.

En Angleterre – le pays qui a à la fois initialisé le mouvement des lumières européennes et le mouvement maçonnique moderne – , pour la première fois en Europe chrétienne, une loi est votée donnant des droits complets de citoyenneté aux Juifs. Même si cette loi est vite annulée, elle marque un tournant décisif dans le sort des Juifs en Europe et dans la route vers l’émancipation.

C’est en Angleterre que quelques années auparavant en 1723 avaient été définies les règles de base de la Franc-maçonnerie :

  • Très liées[3] au contexte politique et religieux de l’Angleterre de l’époque, les constitutions dites d’Anderson recommandent aux francs-maçons, dans leur Titre Premier, le plus fameux (« Concernant Dieu et la religion »), d’adopter une religion « sur laquelle tous les hommes sont d’accord, laissant à chacun ses propres opinions ». […]
  • C’est tout un monde qui s’esquisse à travers les Constitutions : celui des loges nouvelles, sans doute, mais, avant tout, celui de l’Angleterre libérale dont elles sont le produit, de cette nation désormais « éclairée » que les apôtres des Lumières, Voltaire et Montesquieu – ce dernier est initié à Londres dès 1730 dans la loge Horn – vont bientôt célébrer dans toute l’Europe.

temple maconnique shutterstock_256196236(1) annoteLe Temple[4] de Salomon est une référence incontournable pour la franc-maçonnerie et est souvent symboliquement reproduit dans les temples Freemasons'_Hall,_London_-_Grand_Templemaçonniques ou un plancher en damier, appelé pavé mosaïque sert de rappel du Saint des Saints du Temple de Jérusalem. Le mot temple est utilisé par les francs maçons qui travaillent à la gloire d’un Grand Architecte de l’Univers, qui pour la plupart des adeptes, est le Dieu de religions du Livre qui se confond donc avec le Dieu défini par le judaïsme. C’est pour cette raison que, si les institutions juives ont toujours marqué une certaine méfiance vis-à-vis du mouvement franc-maçon, l’appartenance d’un Juif à la franc-maçonnerie n’est pas considérée comme une hérésie. La réaction des autres religions monothéistes est bien plus négative. Le christianisme a émis dès le début réel de la franc-maçonnerie de nombreuses bulles papales à l’encontre du mouvement et de ses adeptes. L’Islam refuse jusqu’à aujourd’hui la franc-maçonnerie craignant un complot judéo-maçonnique. La finalité des francsMeeting_of_the_Freemason's_lodge_in_which_the_members_perfor_Wellcome_V0048283maçons est de reconstruire, sur le plan symbolique, le « Temple de Salomon », c’est-à-dire de contribuer à bâtir le Temple d’une humanité « plus juste et plus éclairée » image du vrai « Temple de Salomon », premier temple dédié à l’Éternel. La loge est un décalque du « Temple de Salomon ». Les réunions maçonniques sont décalées et ont lieu de midi à minuit, soit principalement de nuit.

C’est donc l’univers maçonnique que le psalmiste évoque dans le psaume de cette génération. Ceci ne vaut pas adhésions aux idées maçonniques mais cela décrit l’importance de ce mouvement dans le prolongement des Lumières européennes pour avancer vers un monde de tolérance marqué par le progrès des idées et des sciences qui permettra aux Juifs de sortir progressivement de leur position de paria et de participer activement à la naissance du monde moderne :

Allons ! Bénissez l’Éternel, vous tous, serviteurs de l’Éternel,

En s’adressant à « vous tous », le psalmiste ne s’adresse pas qu’aux Juifs mais à tous ceux qui veulent servir l’Éternel à leur façon,

qui vous tenez dans la maison du Seigneur durant les nuits. Élevez vos mains vers le sanctuaire et bénissez le Seigneur.

Le temple maçonnique reproduit le Temple de Salomon et est censé être pour ces adeptes la maison du Seigneur (« Le Grand Architecte »), les adeptes se réunissent surtout la nuit pour faire avancer le monde des idées et des sciences.

Qu’il te bénisse de Sion, l’Éternel qui a fait le ciel et la terre !

Le psalmiste conclut en rappelant tout de même que le lieu du Temple authentique est Jérusalem à la Gloire de l’Éternel qui est bien le seul architecte de ce monde, c’est-à-dire celui qui construit le ciel et la terre.

 

 

[1] Cité par Maurice Ruben Hayoun : « Les lumières de Cordoue à Berlin, Une histoire intellectuelle du judaïsme (2) ». (p. 96/97)

 ,[2] (Sous la direction de) Jean Delumeau : « Histoire du monde, de 1492 à 1789 ». Chapitre : « Le règne de Marie Thérèse d’Autriche ». (p. 425)

[3] « Le monde des religions : 20 clés pour comprendre la franc-maçonnerie ». (p. 24 à 27)

[4] D’après : « Le monde des religions : 20 clés pour comprendre la franc-maçonnerie ».