1730 à 1750, psaume 133 : Les lumières.

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Encyclopedie_de_D'Alembert_et_Diderot_-_Premiere_Page_-_ENC_1-NA5En Europe, cette génération est principalement marquée par la guerre de succession d’Autriche.

Frédéric II de Prusse s’empare de la Silésie. L’Électeur de Bavière réclame la couronne impériale, il est soutenu par la France avec l’Espagne pour alliée alors que l’Angleterre et les Provinces Unies soutiennent l’Autriche. L’Angleterre et la France s’affrontent également en mer que ce soit en Europe ou dans le nouveau monde. La paix revient à la fin de cette génération mais avec des conséquences sur l’économie des protagonistes.

Le long[1] règne de Louis XV (1715-1774) a débuté sur une période de paix relative qui a permis une expansion démographique (environ 24 millions de Français en 1725) accompagné d’une croissance économique et des premiers effets du Siècle des lumières dans le domaine des sciences : progrès médicaux réduisant la mortalité, amélioration des rendements agricoles, améliorations des voies de communication dans le royaume, début du développement de la production artisanale et industrielle. Ainsi Louis XV, surnommé le bien-aimé est un roi populaire au début de son règne. Son implication personnelle dans le conflit de la succession d’Autriche fait même atteindre le sommet de cette popularité en 1744-1746. Mais dès 1747-1748, de mauvaises récoltes associées à la mauvaise perception du traité d’Aix La Chapelle qui met fin à la guerre de succession en 1748 provoquent un retournement de cette popularité. De fait, seul le royaume de Prusse peut être considéré comme bénéficiaire de ce traité. La Guerre de Succession d’Autriche a également des répercussions sur l’économie anglaise.

Cette génération est une génération charnière pour le judaïsme, principalement le judaïsme européen qui se remet à peine du Sabbataïsme et qui a été secoué par l’ouverture au monde et à la science initialisée par Spinoza et qui sera confirmé par les acteurs de la Haskalah à partir de la prochaine génération.

Le Siècle des lumières principalement initialisé en Angleterre atteint le continent à cette génération:

  • Apparaissent[2] dans leur diversité (à travers l’Europe) le Siècle des lumières et l’Europe éclairée. Inégal développement économique, variété des structures sociales y introduisent décalages chronologiques et variations idéologiques. Lumières précoces ici, et là plus tardives, à mesure que d’Europe occidentale on s’avance vers l’est ou le midi, débouchant ici sur une pratique politique libérale, parfois sur l’utopie égalitaire ou communisante, là sur la pratique autoritaire de l’absolutisme éclairé. Athées, déistes et croyants voisinent : il y eut une Aufklärung catholique. Les Lumières ne se figèrent ni en dogme ni en credo. Elles affirmèrent un certain nombre d’idéaux assez souples pour répondre à des familles d’esprit différentes, à des exigences nationales variées. Enlightenment, Lumières, Aufklärung, ilustraciòn, illuminismo : autant de réalités nationales géographiquement et chronologiquement irréductibles, chacune ayant sa vision propre, sa collaboration particulière. « Europe française au Siècle des lumières », a-t-on souvent dit : c’est appauvrir la richesse de l’époque, sous-estimer sa complexité, réduire l’Europe à ses cours princières et à ses élites sociales. Sans doute la France a-t-elle servi de relais entre l’Angleterre et le continent, les Lumières françaises ont brillé sur l’Europe du plus vif éclat.

1024px-Greuze_Portrait_of_Diderot annoteÀ la fin du siècle, l’attirance se muera enJean_d'Alembert annoteréflexe de défense. Les représentants les plus « lumineux » des Lumières en France sont Voltaire, Diderot, d’Alembert, Rousseau et Montesquieu. Voltaire est encore influencé par la théorie du « meilleur des mondes » de Leibniz, le tremblement de terre de Lisbonne n’aura lieu qu’à la1024px-Jean-Jacques_Rousseau_(painted_portrait) annoteprochaine génération. A la présente génération, la réflexion des Lumières est plutôt favorable favorisant une réelle cohabitation, signe précurseur de l’intégration des Juifs dans l’Europe du XIXe siècle, comme l’exprime Montesquieu dans « Les Lettres Persanes » (publié anonymement  en 1721 à Amsterdam) :-Persiska_brev-_av_Montesquieu_-_Skoklosters_slott_-_56543.tif

  • Tu me demandes[3] s’il y a des Juifs en France ? Sache que, partout où il y a de l’argent, il y a des Juifs. Tu me demandes ce qu’ils font ? Précisément ce qu’ils font en Perse ; rien ne ressemble plus à un Juif d’Asie qu’un Juif européen. Ils font paraître parmi les Chrétiens, comme parmi nous, une obstination invincible pour leur religion, qui va jusqu’à la folie.
  • La religion juive est un vieux tronc qui a produit deux branches qui ont couvert toute la terre, je veux dire le mahométisme et le christianisme ; ou plutôt, c’est une mère qui a engendré deux filles qui l’ont accablé de mille plaies ; car en fait de religion, les plus proches sont les plus grandes ennemies. Mais, quelques mauvais traitements qu’elle en ait reçus, elle ne laisse pas de se glorifier de les avoir mises au monde ; elle se sert de l’une et de l’autre pour embrasser le monde entier, tandis que d’un autre côté sa vieillesse vénérable embrasse tous les temps.
  • Les Juifs se regardent donc comme la source de toute sainteté et l’origine de toute religion ; ils nous regardent au contraire comme des hérétiques qui ont changé la loi, ou plutôt comme des Juifs rebelles.

Montesquieu shutterstock_229536313Plus tard, dans « L’Esprit des Lois » (1748), Montesquieu est plus explicite lorsqu’il fait dire à un Juif victime des Inquisiteurs :

  • Vous nous[4] faites mourir, nous qui ne croyons que ce que vous croyez, parce que nous ne croyons pas tout ce que vous croyez. Nous suivons Esprit_Loix_1749une religion que vous savez vous-même avoir été autrefois chérie de Dieu ; nous pensons que Dieu l’aime encore, et vous pensez qu’il ne l’aime plus ; et parce que vous jugez ainsi, vous faites passer par le fer et le feu ceux qui sont dans cette erreur si pardonnable de croire que Dieu aime encore ce qu’il a aimé.

L’utopie d’un monde meilleur, d’une humanité plus fraternelle et plus juste qui nourrit cette génération et qui est précurseur de la Révolution française, de l’émancipation du XIXe siècle, mais, qui n’évitera pas le retour aux vieux démons au XXe siècle est évoquée par le psalmiste dans le psaume de cette génération :

Qu’il est doux à des frères de vivre dans une étroite union.

La longueur du psaume de cette génération est exceptionnellement courte à l’image de l’étroitesse de l’espoir qui repose sur le courant des penseurs de cette génération.

Certains, d’ailleurs comme Voltaire, reviendront à la charge contre le peuple Juif, ne pouvant prolonger un antisémitisme religieux, il innovera dans un antisémitisme intellectuel et athée.

En fait le Siècle des Lumières doit son appellation au fait que le philosophe se doit d’éclairer le monde.

Ce que Salomon reconnaissait déjà. À l’accumulation de richesses, la sagesse de Salomon consiste à savoir rechercher ou plutôt identifier les bonheurs simples.

Belz_hasidic_synagogueAinsi pendant que les Philosophes des Lumières déterminent la façon de vivre le bonheur ensemble dans un monde où Belz Fotolia_102515739_Subscription_Monthly_MDieu n’a plus une place centrale, en Europe de l’est, de nombreux Juifs y associent un bonheur simple, toujours associé à la présence divine mais appréciant chaque instant heureux dans une parfaite coexistence entre les hommes :

  • Deux[5] courants de renouveau traversèrent le judaïsme au XVIIIe siècle.
  • Tandis que l’orthodoxie judaïque alimentée par le Talmud suscitait toujours de grands théologiens, tel à Prague Ézéchiel Landau (1713-1773), le hassidisme apparaissait en Podolie (Aujourd’hui en Ukraine, à l’époque en Pologne) vers 1720 et gagnait rapidement les communautés juives de Pologne et de Russie. S’adressant plus à la sensibilité qu’à l’intelligence, opposant la simple piété (hassid : homme pieux) et la charité à l’érudition et à la connaissance livresque, exaltant la ferveur des sentiments et des actes, le hassidisme correspond au besoin du temps. Les persécutions qui, au siècle précédent, avaient plongé les communautés juives dans la misère, les souffrances endurées avaient déjà rendu les esprits réceptifs au mouvement messianique de Shabbetaï Zevi (1620-1716) qui avait entraîné les foules dans un faux espoir de rédemption et d’une prompte délivrance de leurs tribulations. La ruine de ce mouvement aggrava encore l’effondrement spirituel et moral. Mais tandis que les lettrés se reposaient de leur découragement, dans l’étude de la Thora, les simples trouvaient dans le hassidisme Synagogue_du_Baal_Shem_Tovprêché par Israël Baal Shemtob Besht (1700-1760) une issue à leur désespoir. C’est dans le présent, dans le contexte de la vie quotidienne et dans la joie, que le croyant peut avoir part à une bienheureuse rédemption. La prière, si elle s’accompagne d’exaltation joyeuse Chassid22et de ferveur mystique, est le moyen idéal de communion avec Dieu. Pour y atteindre, les chants et la danse constituent des stimulants ; les plaisirs de ce monde et la joie de vivre ont aussi leur valeur positive, ils sont manifestation du divin. […] Le hassidisme constitua finalement un apport remarquable à la vie spirituelle et à la culture juives, contribuant à l’enrichissement de la langue hébraïque et à la création d’un trésor de contes merveilleux, suscitant une morale nouvelle et une nouvelle philosophie de la vie.

C’est ainsi que le psalmiste peut conclure le psaume de cette génération, ou l’utopie des philosophes des Lumières est associée à l’espoir des hassidiques pour redéfinir un monde meilleur de cohabitation entre les hommes à la recherche de bonheurs simples avec ou sans présence divine :

(Qu’il est doux à des frères de vivre dans une étroite union) C’est comme l’huile parfumée sur la tête, qui coule sur la barbe, la barbe d’Aaron et humecte le bord de sa tunique ; comme la rosée du Hermon qui descend sur les monts de Sion, car c’est là que Dieu a placé sa bénédiction, la vie heureuse pour l’éternité.

 

 

[1] D’après (Sous la direction de) Jean Delumeau : « Histoire du monde, de 1492 à 1789 ». Chapitre : « Luis XV- Le Bien Aimé » (p. 402 à 405)

[2] (collectif) A. Soboul : « Le siècle des Lumières – l’essor, 1715-1750 ». Chapitre : « La philosophie des Lumières ». (p. 377/378)

[3] Passage des « Lettres persanes » (chapitre LX) de Montesquieu sélectionné par Léon Poliakov : « Histoire de l’antisémitisme, 2 – L’âge de la science ». Chapitre : « Le siècle des Lumières ». (p. 26/27)

[4] Passage de « Esprit des Lois » (chapitre XXV, 13) de Montesquieu sélectionné par Léon Poliakov : « Histoire de l’antisémitisme, 2 – L’âge de la science ». Chapitre : « Le siècle des Lumières ». (p. 28)

[5] (collectif) A. Soboul : « Le siècle des Lumières – l’essor, 1715-1750 ». Chapitre : « Dieu et le procès de la révélation». (p. 463/464)