1510 à 1530, psaume 122 : Soleïman Le Magnifique.

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soleiman magnifique shutterstock_147116216Avant d’essayer de comprendre le corps du psaume lui-même, il faut s’intéresser à son titre, en effet, après un long silence, David est de nouveau associé à ce psaume.

La dernière fois que David s’était officiellement exprimé dans un psaume c’était pour le psaume 110. Or dans le psaume de cette génération (110) du fait de la dispute de Barcelone, Nahmanide avait émigré en Palestine en créant une nouvelle synagogue à Jérusalem.

Si la dispute de Barcelone est le signe du changement à venir du sort des Juifs en Espagne chrétienne qui se confirmera largement dans les générations qui précèdent la présente génération, le départ de Nahmanide pour la Terre sainte est aussi précurseur d’un mouvement d’émigration des populations juives ibériques vers la Terre sainte qui s’intensifient en même temps que la situation des Juifs se dégrade en Espagne et au Portugal. Cela est particulièrement le cas à la présente génération ou la Terre sainte passe de la domination Mamelouk à la domination Ottomane.

Ce nouveau pouvoir facilite largement à la fois l’installation des Juifs en Terre sainte et le renouveau de Jérusalem, la cité de David. C’est pourquoi après avoir salué le retour de Nahmanide à Jérusalem marquant le nouveau départ d’une présence juive continue à Jérusalem, David a gardé le silence pour le rompre à la présente génération qui elle marque l’avant dernière étape de l’évolution du statut de Jérusalem par rapport au peuple Juif. La dernière étape sera la prise de possession officielle et définitive de la ville par son peuple, en cours aujourd’hui.

Les Juifs de la péninsule Ibérique qui ont pu s’échapper ont trouvé refuge certains au Maghreb d’autres en Italie et nombreux également sont ceux qui se réfugient dans l’empire Ottoman qui par la prise de Constantinople se révèle une puissance montante de la Méditerranée.

Après avoir conquis la Hongrie, celui-ci se tourne vers Vienne à la fin de cette génération (1529) mais sans succès, ce qui met fin aux visées européennes de cet empire. Par contre, en Méditerranée, l’empire Ottoman accroît sa présence en combattant à la fois le nouvel empire perse et surtout en mettant fin au pouvoir Mamelouk avec, comme conséquence immédiate pour le judaïsme, le contrôle de la terre d’Israël et de Jérusalem à cette génération.

OttomanEmpireIn1683 rearrangeEn effet, si les Ottomans échouent à étendre leurs conquêtes en Europe, ils assoient leur domination sur le monde méditerranéen, assurant ainsi encore une fois une bipolarisation du monde, au moins pour ce qui concerne les contours du monde ancien (Europe, Orient).

La conquête de la Palestine permet aux Juifs de se réinstaller en terre d’Israël et en particulier à Jérusalem en attendant que cette terre redevienne une terre juive quatre à cinq siècles plus tard. En effet, si l’on excepte l’occupation britannique, les Ottomans sont les derniers colonisateurs de la terre d’Israël :

  • Quand[1] les voyageurs juifs parlent d’une Jérusalem « dans la ruine et la désolation », ils entendent par là que la Ville sainte est soumise à une domination étrangère et que le Temple n’y est pas rebâti. De fait, Moïse Bassola, qui visite Jérusalem en 1521, décrit une ville avenante et animée :
  • « Bien que Jérusalem soit dans la ruine et la désolation, on y trouve encore un peu de sa beauté, au moins dans ses belles maisons et dans ses marchés. Jérusalem compte quatre marchés couverts : un marché est réservé aux musulmans commerçants en tissus, un autre aux juifs, pour la plupart merciers et parfumeurs, le troisième est un marché aux fruits, dans la quatrième on vend toutes sortes de nourritures et de fruits. Il existe un cinquième marché, plus beau que tous les autres, qui comporte plusieurs boutiques réservées au commerce du coton. À l’extrémité de ce marché une porte donne directement sur le Temple… »

Ainsi l’image de Jérusalem, vivante, qui apparaît aux Juifs de cette génération qui ont la chance de s’y rendre correspond bien à la ville harmonieuse que le début du psaume de cette génération commémore avec si ce n’est un temple rebâti, un accès au moins à ses portes (les portiques du psaume) :

Je suis dans la joie quand on me dit : « Nous irons dans la maison de l’Éternel. » Nos pieds s’arrêtent dans tes portiques, ô Jérusalem, Jérusalem qui est bâtie comme une ville d’une harmonieuse unité !

Star_of_David_near_Lion's_Gate-2_(14986742072)Cette rénovation de Jérusalem se poursuit sous le règne de Soliman le Magnifique, de nombreux Juifs profite de ce renouveau et de la sécurité nouvelle pour s’établir en Terre sainte.

C’est ce retour à Sion qui augure d’un retour définitif quelques siècles plus tard que le psalmiste évoque dans la suite du psaume, Jérusalem telle qu’elle est bâtie par les Ottomans ne changera quasiment plus jusqu’à la prise de possession par le peuple juif au XXe siècle :

Car c’est là que montent les tribus, les tribus de l’Éternel, selon la charte d’Israël, pour célébrer le nom du Seigneur. Car c’est là que sont établis les sièges de la justice, les sièges pour la famille de David. Présentez vos saluts de paix à Jérusalem : « Qu’ils soient heureux ceux qui t’aiment ! ». Que la paix règne dans tes murs, la sécurité dans tes palais ! Pour mes frères et mes amis, je t’offre tous mes vœux de bonheur. Pour l’amour de la maison de l’Éternel, notre Dieu, je te souhaite pleine prospérité.

 

[1] Gérard Nahon : « La terre sainte au temps des Kabbalistes ». (p. 24 à 26)