1410 à 1430, psaume 118 : Tortosa.

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Vista_de_Tortosa_el_1563_per_Athonie_van_den_Wijngaerde annoteCette génération clôt le XIVe siècle qui fut un siècle de massacres pendant lequel le peuple Juif a failli disparaître à plusieurs reprises. Le siècle qui s’ouvre réserve de nombreux autres écueils au peuple Juif mais pas en termes de massacres. Cela viendra plus tard.

C’est pourquoi le psalmiste remercie l’Éternel d’avoir permis au peuple Juif de survivre à ce siècle de malheurs :

Rendez hommage au Seigneur, car Il est bon, car sa grâce est éternelle. Qu’ainsi donc dise Israël, car sa grâce est éternelle ; qu’ainsi dise la maison d’Aaron, car sa grâce est éternelle ; qu’ainsi disent ceux qui révèrent le Seigneur, car sa grâce est éternelle. Du fond de ma détresse j’ai invoqué l’Éternel : il m’a répondu (en me mettant) en large.

La conclusion « au large » de ce passage se justifie par les nombreux exodes que les Juifs ont été obligés de pratiquer pour se mettre à l’abri des persécutions. Les communautés florissantes d’Europe (France, Allemagne) ont été remplacées par de nouvelles communautés plus à l’est, en Pologne et Lituanie et dans d’autres contrées dont les Juifs n’imaginaient pas l’existence au début de leur exil à la destruction du second temple. Cet inexorable exode à travers les nations ne s’arrêtera pas  et se poursuivra encore jusqu’au retour final en terre d’Israël.

Lors du siècle précédent, et dans la lignée des massacres de la première croisade de 1096, les Juifs craignaient principalement pour leur vie et malheureusement à juste titre. Cette génération marque une nouvelle stratégie de la part du christianisme envers les Juifs : la conversion ou une vie de paria enfermé dans des ghettos. La situation des Juifs en Espagne chrétienne, principalement dans le Royaumes de Castille, le plus important des quatre royaumes chrétiens d’Espagne, déjà précarisée aux décennies précédentes s’aggrave donc à cette génération, même si les menaces ne sont plus réellement d’ordre vital.

La situation des Juifs dans le royaume d’Aragon se détériore également, ayant déjà subi les événements de 1391, les Juifs de ce royaume seront en première ligne à subir les effets de la dispute de Tortosa (1413-1414). Cela malgré une attitude mesurée de la couronne aragonaise.

De nombreux Juifs des royaumes de Castille et d’Aragon trouvent refuge au royaume musulman de Grenade ainsi qu’aux royaumes chrétiens du Portugal ou de Navarre.

Toutefois[1] l’accueil du Royaume de Navarre doit être relativisé car ce royaume a vu sa population passer de 100 000 habitants au début du XIVsiècle à 30 000 en 1430, dans un tel contexte tout apport humain est le bienvenu. Le royaume du Portugal connaît aussi pendant cette période un déficit de démographie. À la fin du XVe siècle lorsque ces problèmes de démographie auront disparu, la situation des Juifs de ces royaumes évoluera négativement.

Pour les principaux royaumes d’Espagne, les exactions sur les Juifs auront des conséquences directes ou indirectes sur leur avenir dans la péninsule ibérique

Pendant que le judaïsme Sépharade (« espagnol ») vit ses dernières années dans sa sphère d’origine (l’Espagne) en se préparant au prochain exil, la longue dégradation des communautés Juives d’Europe occidentales (Angleterre, France et Allemagne) pourtant autrefois si prometteuses se poursuit à la présente génération surtout en Allemagne.

Celle-ci se poursuivra aux générations suivantes configurant ainsi durablement le judaïsme Ashkénaze (« allemand ») pour sa survie lui aussi hors de sa sphère de naissance (la « grande » Allemagne englobant une forte partie de la France actuelle). Les Juifs qui restent en Allemagne, délaissent les grandes villes pour se mettre à l’abri dans les villages et bourgades.

La situation critique dans laquelle se trouve le judaïsme sépharade, qui semble rejoindre ainsi le sort du judaïsme allemand et français est ainsi évoquée dans la suite du psaume de cette génération :

L’éternel est avec moi, je ne crains rien, les hommes, que pourraient-ils contre moi ? L’Éternel est pour moi, avec ceux qui m’assistent ; aussi me repaitrai-je de la vue de mes haïsseurs. Mieux vaut s’abriter en l’Éternel que de mettre sa confiance dans les hommes. Mieux vaut s’abriter en l’Éternel que de mettre sa confiance dans les grands.

Mais ce passage en même temps qu’il évoque la défiance des nations envers le peuple d’Israël donne également un signe d’espoir. Quel que soit le sort que réservent les nations au peuple d’Israël, celui-ci continuera à chercher son salut final auprès de l’Éternel.

Ce diagnostic explique pourquoi le judaïsme sépharade réussira à survivre à deux siècles d’attaques continues, le Quatorzième siècle avec ses massacres et le Quinzième siècle avec les tentatives massives de conversion.

Nous avons vu à la génération précédente comme le doute pouvait pénétrer même les Juifs les plus endurcis à l’image de Joshua Ha-Lorki qui interrogeait Salomon Ha-Levi son ex-maître à penser maintenant converti sous le nom de Pablo Santa Maria.

Ha-Lorki entre-temps a également succombé aux sirènes du christianisme et adopte son nouveau nom de converti Geronimo de Santa Fé (Hyeronymus de Sancta Fide). C’est avec ce nouveau nom, et comme beaucoup de convertis avant lui ou après lui, qu’il se fera un devoir de combattre ses anciens coreligionnaires :

  • (Deux décennies après 1391, fort de ses nouvelles convictions) ha-Lorki[2] chercha à organiser une dispute publique à Alcañiz. Mais ce débat, qui semblait au départ ne devoir être qu’une modeste chose, se trouva transformé en une confrontation majeure entre les représentants des communautés juives d’Aragon et les chrétiens conduits par ha-Lorki. Le pape lui-même envoya des lettres à chacune des communautés juives leur demandant d’envoyer leurs meilleurs lettrés à la cour papale à Tortosa pour prendre part à ce débat. Pour les Juifs d’Aragon, qui ne s’étaient pas encore remis des émeutes de 1391 et de la vague de conversions (soit par la force, soit par choix) qui s’en était ensuivi, le moment n’aurait pu être plus mal choisi. Ils étaient parfaitement conscients que la dispute était mise en scène pour encourager encore plus de membres de leur peuple à se convertir. Et quels fastes ! Quand les Juifs arrivèrent à la cour papale le 7 février 1413, pour l’ouverture officielle de la dispute, ils trouvèrent dans la grande cour 70 sièges occupés par des cardinaux, des évêques et des archevêques tous vêtus de leurs plus beaux atours. L’assistance, qui comptait presque mille personnes, était composée de membres éminents de la cour papale, de la noblesse locale et de la municipalité ; des intellectuels et des chefs politiques juifs de tout le royaume d’Aragon étaient également présents.
  • La méthode employée par les débatteurs chrétiens et juifs n’avait pas changé depuis 1263, quand Pablo Christiani avait affronté Nahmanide. À la différence de la dispute de Barcelone, cependant, celle-ci traîna pendant des mois.

Toutefois les Juifs de la péninsule Ibérique s’étaient endurcis et la dispute de Tortosa n’eut pas les résultats escomptés, elle réussit même peut-être à ressouder et reconstruire une communauté qui avait été malmenée par les événements de 1391 :Avignon_palais_serrur_benoit_XIII

  • Jaloux[3], sans doute, du succès de Ferrer, l’antipape Benoît XIII entreprit, à son tour, avec le concours de l’apostat Joshua Ha-Lorki ou Geronimo de Santa Fé, son médecin, de faire des prosélytes. Quoique déclaré schismatique, hérétique et parjure par le concile général de Pise, il était cependant reconnu comme pape dans la péninsule ibérique, et il espérait confondre ses ennemis et se relever avec éclat aux yeux de la chrétienté en amenant, par ses efforts, la conversion en masse des Juifs Disputationd’Espagne. (il organisa ainsi avec l’aide de Ferrer la dispute de Tortosa). Il fit convoquer (fin de l’année 1412) les plus savants rabbins et écrivains juifs d’Aragon à un colloque religieux, à Tortose. […]. La discussion traînait depuis soixante jours, sans qu’un seul des représentants juifs parût encore disposé à se convertir. Ils s’affermissaient, au contraire, dans leurs convictions par la lutte même. […]. Le pape et ses acolytes ne parvinrent pas à ébranler dans sa foi un seul des vingt-deux représentants du judaïsme. Avant de renoncer définitivement à l’espoir de convertir les notables juifs, le pape usa à leur égard Pedro_Rodriguez_de_Miranda-san_vicente_ferrerd’un dernier moyen d’intimidation. Pendant qu’on discutait à Tortose, Vincent Ferrer avait continué sa campagne de prosélytisme avec l’aide de sa troupe de flagellants, et sous l’action de la terreur qu’ils inspiraient et des discours enflammés du dominicain, des milliers de 1255px-Nuremberg_chronicles_-_Flagellants_(CCXVr)Juifs s’étaient fait baptiser (février – juin 1414). Il n’y eut qu’un petit nombre de convertis dans les grandes communautés de Saragosse, Calatayud et Daroque, mais, par contre, plusieurs petites communautés, dont l’existence était menacée par les chrétiens au milieu desquels elles se trouvaient isolées, passèrent tout entières au christianisme. Tous ces nouveaux convertis, la cour papale les fit venir par groupes à Tortose, où ils se présentèrent tous ensemble à la salle des séances et firent publiquement leur profession de foi de chrétiens. C’étaient là, pour l’Église, des trophées vivants, et le pape pensait qu’à leur vue les défenseurs du judaïsme perdraient enfin courage et se déclareraient vaincus. […] Mais le pape fut déçu dans ses prévisions, les Juifs ne se convertirent pas en masse. À part quelques défaillances, les grandes communautés de l’Aragon et de la Catalogne demeurèrent inébranlables dans leur foi, et Benoît XIII n’eut pas la joie de se présenter en triomphateur, comme il l’espérait, devant le prochain concile de Constance. […] Dans sa déconvenue, il s’en prit au Talmud et à la pauvre petite dose de liberté dont jouissaient encore les Juifs. […]
  • Heureusement, à ce moment, le pouvoir de ce pape était presque nul, car Benoît_XIII_Déposition_par_le_concile_de_Constance,_Rosengartenmuseumpendant qu’il persécutait les Juifs, il fut destitué par le concile de Constance, et les prédications fanatiques de Vincent Ferrer lui enlevèrent encore les derniers partisans qui lui restaient. […] Au Portugal, les Juifs n’eurent pas à souffrir du fanatisme de Ferrer. Le souverain de ce pays, Don João 1er avait alors des préoccupations plus sérieuses que celle d’aider à convertir des Juifs, il se préparait à faire en Afrique les premières conquêtes qui marquèrent le début de la puissance anoniem_-_koning_johan_i_van_portugal_1450-1500_-_lissabon_museu_nacional_de_arte_antiga_19-10-2010_16-12-61maritime des Portugais. Aussi, quand Ferrer lui demanda l’autorisation de venir combattre également en Portugal les péchés des chrétiens et l’aveuglement des Juifs, il lui fit dire qu’il pouvait venir, mais la tête ceinte d’une couronne de fer incandescente. Grâce à la tolérance du roi, les Juifs du Portugal jouissaient d’une complète sécurité, et bien des Juifs baptisés d’Espagne se réfugièrent dans ce pays. Du reste, Don João 1er défendit expressément de maltraiter les nouveaux convertis émigrés en Portugal ou de les livrer à l’Espagne. Mais il y eut beaucoup d’autres contrées en Europe où Ferrer, soit par ses prédications, soit par la réputation de ses exploits, causa un mal considérable aux Juifs. […] Au milieu de leurs inquiétudes, les Juifs virent subitement luire pour eux un rayon d’espoir. Le concile de Constance Martin_Vvenait en effet, d’élire Martin V (qui suite entre autres aux démarches de nombreux juifs d’Europe, Espagne comprise) promulgua une bulle (31 janvier 1419), qui peut être considérée jusqu’à un certain point comme une protestation contre les mesures prises par l’antipape Benoît XIII. Elle débutait ainsi :
  • Puisque les Juifs sont faits à l’image de Dieu et que les débris de leur nation trouveront un jour le salut, nous décrétons, à l’exemple de nos prédécesseurs, qu’il est défendu de les troubler dans leurs synagogues, d’attaquer leurs lois, us et coutumes, de les baptiser par contrainte, de les forcer à célébrer les fêtes chrétiennes, de leur imposer le port de nouveaux signes distinctifs ou de mettre obstacle à leurs relations commerciales avec les chrétiens.

C’est ce résultat salutaire que le psalmiste décrit dans la suite du psaume de cette génération :

Que tous les peuples m’enveloppent : au nom du Seigneur, je les taille en pièces. Qu’ils m’entourent, qu’ils me cernent de toutes parts : au nom du Seigneur je les taille en pièces. Qu’ils m’entourent comme des abeilles, soient brûlants comme un feu de broussailles : au nom du Seigneur, je les taille en pièces. On m’a violemment poussé pour me faire tomber, mais l’Éternel m’a prêté assistance. Il est ma force et ma gloire, l’Éternel : il a été un sauveur pour moi.

De fait, les attaques successives des chrétiens sur les communautés juives ibériques ont eu pour effet de nombreuses conversions. Dans un premier temps, beaucoup d’entre elles étaient sincères et correspondaient à une aspiration de certains à enfin appartenir au nouveau peuple espagnol qui se créait depuis quelques générations en fur et à mesure de l’avancée de la reconquête. D’autres encore considéraient que finalement le christianisme n’était qu’un prolongement du judaïsme qui ne lui était pas incompatible. La plupart se convertirent surtout dans l’espoir d’éviter des mesures de ségrégations mais restaient profondément juifs dans l’âme :

  • La plupart des conversos[4], entrés dans le christianisme par facilité, par opportunisme ou par crainte, continuent en secret (ou à peine en secret) à pratiquer le judaïsme. Certes, leur enfant est baptisé ; mais au retour de la cérémonie, la famille pratique sur lui le rite du « hadas » ou de la « vijola » ; le bébé est plongé dans de l’eau lustrale, où on a trempé des joyaux et des herbes odoriférantes, pour le purifier et pour le promettre à une future fécondité. Puis, le garçon est circoncis. Le calendrier hébraïque des semaines et des fêtes continue à être observé. Le vendredi soir, la cuisine est préparée, la lampe est allumée, la famille se vêt de propre, puis ne travaille plus au long du shabbat jusqu’au samedi soir. On allume rituellement les huit lumières pendant la fête de Hanoukka ; la Pâque est célébrée, avec son alimentation particulière, comme celle de Soukkot avec ses cabanes de feuillages, comme toujours sont observés les grands jeûnes du 9 de Av et du Yom Kippour. Les funérailles sont également pratiquées selon le rituel israélite, et les clercs de l’Inquisition qui recherchent les faux convertis pour les condamner « post mortem », en faisant ouvrir les caveaux, savent reconnaître les corps enveloppés du châle de prière, à même la terre, les mains posées sur la poitrine. L’alimentation quotidienne est toujours kasher ; un converso célèbre comme Diego Arias Davila de Ségovie, prête toujours son four aux juifs de la ville, car lui-même mange volontiers avec eux ; il est resté ouvertement juif, tout le monde la sait dans la ville, car il va prier avec les juifs à la synagogue et les rejoindre pour compléter le minyan.

Cet attachement des Juifs dans l’adversité au judaïsme qui malgré les apparences continuent à vénérer chez eux (dans leurs « tentes ») les préceptes de l’alliance continuent à faire d’eux des justes qui par leurs prières (leurs chants) continuent à puiser leur force et leur foi en un futur favorable, même si pour ce dernier point les prochaines générations ne leur donneront pas raison.

C’est ce que le psalmiste loue dans la suite du psaume de cette génération :

Le son des chants est ma force et ma gloire, l’Éternel : il a été un sauveur pour moi. Le son des chants de joie et de salut (retentit) dans les tentes des justes : la droite de l’Éternel procure la victoire. La droite de l’Éternel est sublime : la droite de l’Éternel procure la victoire. Je ne mourrai point, mais je vivrai, pour proclamer les œuvres du Seigneur. Dieu m’avait durement éprouvé, mais il ne m’a point livré en proie à la mort.

De fait, l’épisode de 1391 a permis aux Juifs sépharades de se montrer plus offensifs sur le plan idéologique. Même si cela ne leur permettra pas de sauver leurs communautés quelques décennies plus tard au sein de la péninsule ibérique, cette combativité permettra au judaïsme sépharade de survivre à l’expulsion de 1492 hors de l’Espagne et du Portugal.

Un autre intellectuel Juif, converti au Christianisme en 1391, puis revenu au judaïsme, et après un passage en terre d’Israël, se mit en première ligne pour défendre le judaïsme contre les dogmes chrétiens :

  • Furieux de la trahison de Bonet (un de ses amis convertis qui refusa de retourner au judaïsme), et certainement conscient de la grande habileté qu’il faudrait pour écrire une lettre ouverte attaquant la foi religieuse nouvellement appréciée par son ami. Duran rédigea une missive pleine de sarcasmes et d’amertume.
  • Duran écrivit que sa propre foi n’avait pas vacillé depuis sa conversion et que le rejet présent par son ami de ses ancêtres juifs théologiques et réels était un rejet du peuple juif et du judaïsme. […]
  • Sur la suggestion de Crescas avec qui il était, semble-t-il, en contact à l’époque, et encouragea par lui, il rédigea un texte polémique antichrétien subtil intitulé « kelimat ha goyim » (La Honte des Gentils) dans lequel il tentait de montrer l’exactitude du judaïsme.

Cette réaction d’intellectuels Juifs en amont de cette génération à l’offensive culturelle chrétienne a permis aux Juifs de cette génération, comme on l’a vue à la dispute de Tortosa et comme on le constatera en 1492 où un nombre important de Juifs de préférer l’exil à l’abandon de leur foi.

La réaffirmation de la pensée juive en dehors des influences philosophiques confortée par le respect de la loi juive suivant une tradition établie (la Halakha) est la « pierre angulaire » de l’édifice de l’alliance, celle qui évite que celui-ci se fissure définitivement entraînant la disparition de la communauté juive.

C’est cette réaction salutaire (« portes du salut ») que relève le psalmiste dans la suite du psaume de cette génération:

Ouvrez-moi les portes du salut, je veux les franchir, rendre hommage au Seigneur. Voici la porte de l’Éternel, les justes la franchiront ! Je te rends grâce pour m’avoir exaucé, tu as été mon sauveur. La pierre qu’ont dédaignée les architectes, elle est devenue la plus précieuse des pierres d’angle. C’est l’Éternel qui l’a voulu ainsi, cela paraît merveilleux à nos yeux. Ce jour, le Seigneur l’a préparé, consacrons-le par notre joie, par notre allégresse.

Toutefois le psalmiste ne peut se permettre de conclure sur une note essentiellement positive, il est évident que si grâce à son attachement aux préceptes de la loi transmises par Moïse, les Juifs en tant que peuple pourront miraculeusement traverser les âges comme ils l’ont fait jusqu’à présent et pendant les cinq siècles à venir, nombreux seront les juifs en tant qu’individu qui le paieront de leur vie ou de celles de leurs proches.

Si le psalmiste accepte ce sacrifice (« attachez la victime ») il ne manque pas de rappeler l’engagement divin sur la finalité de celui-ci (« donne-nous le succès »).

C’est donc ainsi qu’il conclut le psaume de cette génération :

De grâce, Éternel, secours-nous ; de grâce, Éternel, donne-nous le succès. Béni soit celui qui vient au nom de l’Éternel ! Nous vous saluons du fond de la maison de l’Éternel. L’Éternel est le Dieu tout-puissant, il nous éclaire de sa lumière. Attachez la victime par des liens tout contre les angles de l’autel. Tu es mon Dieu, je te rends hommage, mon Dieu, je veux t’exalter. Rendez hommage au Seigneur, car il est bon, car sa grâce dure éternellement.

 

[1] Suivant : Denis Menjot : « Les Espagnes médiévales, 409-1474 ». (p. 210 et 228)

[2] (sous la direction de) David Biale : « Les Cultures des Juifs ». Chapitre de Benjamin R. Gampel : « Lettre à un maître indocile – De 1391 à 1498».  (p. 401-402)

[3] Henri Graetz : « HISTOIRE DES JUIFS / TROISIÈME PÉRIODE — LA DISPERSION ». Deuxième époque — La science et la poésie juive à leur apogée. Chapitre XII — Conséquences de la persécution de 1391. Marranes et apostats. Nouvelles violences — (1391-1420). (Extrait du site web : «histoiredesjuifs.com »)

[4] Béatrice Leroy : « Les Juifs dans l’Espagne chrétienne avant 1492 ». Chapitre : « Le sort d’une minorité religieuse ». (p. 102-103)