1050 à 1070, Psaume 100 : Rachi.

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Ce nouveau millénaire qui s’ouvre pendant lequel, l’Occident, principalement l’Europe, marquera sa suprématie s’initialise sur une émancipation religieuse par rapport aux restes de l’ancien empire de la deuxième garde de la nuit : Byzance, successeur de Rome.

Les bases de cette évolution ont commencé au siècle précédent :

  • Au début[1] du Xe siècle, la religion catholique présente un visage peu édifiant on Occident. Les invasions ont poussé moines, reliques et manuscrits hors des monastères, pour plusieurs décennies parfois. En sens inverse, la confusion des charges spirituelles et temporelles, les pratiques simoniaques ou le droit de gîte ont introduit dans les monastères des abbés laïques et des guerriers accompagnés de leur famille. Pourtant le redressement commence grâce à des laïcs soucieux de rétablir une Église digne à partir de fondations monastiques. […]
  • (en 909), soucieux d’assurer le salut de son âme, Guillaume d’Aquitaine donne abbaye de clunyson domaine de Cluny « aux saints apôtres Pierre et Paul » afin qu’il soit établi un monastère bénédictin. […] Par ce privilège d’exemption (la formulation le fait dépendre du Siège apostolique), le monastère échappe aux ingérences laïques ou ecclésiastiques pour ne relever que de Rome. Ainsi se met en place l’un des plus puissants leviers de la rénovation du monachisme occidental. […] Les ferments d’un renouveau naissent à Cluny. […] L’indépendance de Cluny est confirmée en 932. […]. Au cours de la première moitié du XIe siècle, sous la longue direction de son abbé Odilon (994-1049), l’ordre de Cluny devient un organisme riche et puissant, étendu jusqu’à l’Angleterre et à la Germanie.

En parallèle[2] du mouvement Clunisien, d’autres mouvements vont dans le sens du renouveau, en particulier Jean de Gorze initialise un mouvement similaire au nord de l’Europe. Après avoir forgé ses propres forces religieuses, l’Europe est prête à se libérer de la tutelle byzantine.

Le christianisme[3] latin sort de sa torpeur grâce à l’impulsion des nouvelles communautés telle l’emblématique Cluny. Retrouvant le chemin de la liberté et de l’action, la rénovation de l’édifice est possible, d’autant que le contexte s’y prête, puisque la période qui court du milieu du XIe siècle à la fin du XIIIe siècle se caractérise par un essor général (économique, démographique, urbain, commercial) de l’occident.

Cette génération confirme que nous sommes bien entrés dans la troisième garde de la nuit, celle de la domination du monde par l’Europe.

L’Europe est en pleine gestation, les Juifs d’Europe ignorent encore la nature de la bête qui est en train de naître, même si certains signes devraient les inquiéter. Ainsi déjà en 1065 une expédition contre les musulmans entraîne des exactions contre les Juifs, signe avant coureur des prochaines croisades.

Déjà opposé au baptême forcé des Juifs (il s’oppose en ce sens en 1065 au prince de Bénévent en Italie), Alexandre II, pape élu en 1061, qui transforme la reconquête en guerre sainte, essaie encore de la limiter aux seuls musulmans :

  • Quand[4] les croisés d’Espagne exercent, en route, leurs talents guerriers en Pope_Alexander_IIs’attaquant aux Juifs, Alexandre II leur rappelle, en 1063, la distinction à observer entre Musulmans et Juifs : ceux-là, il faut les combattre parce qu’ils s’attaquent aux chrétiens et les chassent des cités, non pas ceux-ci, les Juifs, qui partout sont prêts à servir.

Il est écouté en Espagne, les Juifs ne subiront pas de réelles attaques chrétiennes dans les prochaines générations. Cela ne sera pas le cas ailleurs en Europe, lorsque la première vraie croisade se constituera. En attendant celle-ci, les Juifs du reste de l’Europe font plutôt l’objet de mesures pouvant être interprétées comme favorables.

Pendant ce moment de répit relatif, émerge la personnalité vraisemblablement la plus influente de l’exil dans la sauvegarde spirituelle du peuple Juif. Il est difficile en effet d’imaginer quel aurait été le destin du peuple Juif, ashkénaze et sépharade confondus, à travers les générations à venir sans l’énorme travail de Rachi :

  • Parmi[5] les disciples de Rabbenu Gershom se trouvait Rabbi Jacob ben Yakar. Celui-ci devint à son tour le maître de Rabbi Salomon ben Isaac, connu sous le nom de Rashi, formé à partir des premières lettres de son nom hébreu. Rashi fut à la fois le reflet et le créateur du style de vie des Juifs ashkénazes. Né en 1040 dans une famille d’érudits, il grandit à Troyes. […]1024px-Raschihaus
  • Il voyagea jusqu’à Worms, au sud de Mayence, et devint élève dans la yeshiva de Rabbi Jacob ben Yakar. […]
  • Rashi passa de nombreuses années dans cette yeshiva de Worms puis revint à Troyes. […]
  • Il avait pour dessein d’établir, en la transcrivant, la tradition orale ainsi que les explications sur le texte apprises auparavant et de les enrichir des pensées de son cru. Il est resté le plus grand commentateur du Talmud, celui vers lequel on se tourne en premier lieu lorsque le texte présente une difficulté : un mot étrange, un passage dont le raisonnement tortueux est à peine perceptible en raison de phrases elliptiques qui le composent, un jeu de références complexe, des principes légaux obscurs et des contradictions apparentes.

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  • Dans son commentaire de la Bible, on découvre le même désir de clarté. Mais il prend une autre forme et semble destiné à un autre public ; il s’adresse non plus à ces érudits penchés sur une page du Talmud pendant de longues heures, mais à l’homme du commun, cultivé, dont l’esprit est cependant moins discipliné dans l’étude, à l’artisan pressé par son travail, au marchand, tous plus intéressés, même s’ils sont des étudiants de Loi, par la vie des hommes de la Bible que par une explication des termes et préférant une leçon de morale à une étude de la structure du texte. […] Les commentaires de Rashi doivent leur originalité en grande partie aux explications philologiques. On y trouve moins souvent un commentaire original qu’une sélection méticuleuse des enseignements prodigués par les anthologies éditées par les soins des rabbins palestiniens de l’époque de Rabbi Judah le Prince. Cette sélection est faite judicieusement, elle a été dotée d’un style travaillé. Rashi choisit, dans la vaste littérature de la Midrash, ces histoires, ces valeurs, ces tournures de phrases qui, d’après lui, réfléchissent et renforcent à la fois les sentiments les plus profonds des Juifs de son temps.

Le travail de Rashi, réellement commencé lors de cette génération, permettra au peuple Juif de survivre dans un monde nouveau qui rapidement dévoilera son hostilité. Il permettra de renforcer, la foi des Juifs de par le rôle que Dieu leur a donné auprès des nations :

  • Le travail[6] de Rachi n’avait par pour ambition de servir aux masses ignorantes ; une certaine familiarité avec le texte biblique et quelques-unes de ses difficultés sont nécessaires pour aborder son œuvre. Mais la communauté juive qui l’entourait n’était pas sophistiquée et elle se consacrait moins à l’interrogation et à la recherche philosophique que les communautés séfarades. Leur foi était simple et Rashi chercha à la renforcer par ses commentaires de la Bible. Israël est l’élu de Dieu car seule Israël a accepté le joug de la Torah. Les autres nations, elles, l’ont refusé. Rashi répète trois fois au cours de son commentaire ce point de vue talmudique sur l’élection. Israël est différent des autres nations, seul Israël étudie la Torah, préoccupation considérée comme la plus haute vertu. Israël est par conséquent la nation la plus proche de Dieu et celle qui Lui est la plus chère. La présence divine est au sein d’Israël même dans les pays de l’exil, et toutes seront rachetées au moment voulu, quand les Justes seront récompensés et les pécheurs punis. Dieu et Israël sont intimement liés par l’amour et la dépendance mutuelle ; il s’agit d’une union éternelle et mystique.

En l’absence d’événement politique majeur, il est naturel que le psaume de cette génération rende hommage à la contribution de Rashi largement initialisée lors de cette génération en en résumant le message :

Acclamez l’Éternel, toute la terre ! Adorez l’Éternel avec joie, présentez-vous devant lui avec des chants d’allégresse. Reconnaissez que l’Éternel est Dieu : c’est Lui qui nous a créés ; nous sommes à Lui, son peuple, le troupeau dont II est le pasteur Entrez dans ses portes avec des actions de grâce, dans ses parvis, avec des louanges. Rendez-lui honneur, bénissez son nom. Car l’Éternel est bon, sa grâce est éternelle, sa bienveillance s’étend de génération en génération.

[1] Jean Pierre Moisset : « Histoire du catholicisme ». Chapitre : « Une Église, deux cultures : Orient et Occident ». (p. 178-179)

[2] Suivant Jean Pierre Moisset : « Histoire du catholicisme ». Chapitre : « Une Église, deux cultures : Orient et Occident ». (p. 179-180)

[3] Suivant Jean Pierre Moisset : « Histoire du catholicisme ». Chapitre : « L’affirmation de la chrétienté latine». (p. 185)

[4] Bernhard Blumenkranz : « Juifs et Chrétiens dans le monde occidental, 430-1096 ». Chapitre : « Les Juifs dans la cité ». (p. 35)

[5] Chaïm Potok : « Une histoire du peuple Juif ». Chapitre : « Le Christianisme : perdus dans le pays enchanté ». (p. 474-476) (extraits)

[6] Chaïm Potok : « Une histoire du peuple Juif ». Chapitre : « Le Christianisme : perdus dans le pays enchanté ». (p. 478)