1030 à 1050, Psaume 99 : Europe

acces-psaume-fotolia_102515739_subscription_monthly_mhelp-bouton-fotolia_61356253_subscription_monthly_mButton aus zwei Puzzlestücken zeigt E-Mail KontaktButtonsButtonscarte europe stylisee shutterstock_169232159

La chute du Califat Omeyyade, débouche sur l’éclosion des taifas musulmans mais est aussi le signal de la reconquête chrétienne. L’essor des royaumes du Nord de l’Espagne avait largement été neutralisé depuis l’avènement de l’Espagne des Omeyyades par le biais de campagnes militaires incessantes mené par un pouvoir central musulman puissant. La disparition de ce pouvoir central libère progressivement la puissance chrétienne bridée depuis des générations.

Pour le reste de l’occident naissant, cette génération ne voit pas de grands chamboulements politiques, les premiers Capétiens essaient d’asseoir leur pouvoir mais il faudra encore attendre quelques générations avant qu’un vrai roi émerge. Même statu quo en Angleterre, en Allemagne, en Italie et dans les nouveaux royaumes de l’est.

L’explosion de l’empire Omeyyade en Espagne est le point de départ de la reconquête chrétienne qui prendra plusieurs siècles. Le déclin de Byzance entamé déjà à la génération précédente se poursuit, Byzance doit faire face à la poussée des Turcs. Malgré cela, cette génération est une génération charnière pour l’occident, car sur le plan de la foi, la fin du monde n’a pas eu lieu :

  • Entre[1] 980 et 1030, l’occident vit une période confuse, où se mêlent la peur et l’espérance. Mais, après avoir surmonté ses craintes, il connaît un essor prodigieux au cours duquel se met en place la société médiévale.
  • L’approche de l’an mil s’accompagne d’une appréhension qui est suscitée par leSatanasAntichrist chapitre XX de l’apocalypse de Saint Jean : au terme de mille ans pendant lesquels il aura été enchaîné, l’Antéchrist surgira et le mal envahira le monde. Puis le ciel s’ouvrira pour le retour du Christ en gloire, venant juger les vivants et les morts. Il convient de se tenir prêt pour ce jour et d’en guetter les signes précurseurs. Mais, la date fatidique ayant été franchie sans dommage, les contemporains reportent leurs craintes et leurs espérances sur l’année 1033, tenue pour le millénaire de la Passion du Christ […]
  • Comme pour donner raison au texte de Saint Jean, les événements malheureuxStormse succèdent entre 980 et 1030 : pluies diluviennes, hivers interminables, inondations, invasions de sauterelles provoquent disettes et famines. En même temps se multiplient les naissances de monstres. Le paroxysme est atteint dans les années 1030-1032,First snow on the wheat field.où la famine ravage une partie de l’Europe ; les gens se nourrissent de racines et d’herbes, mêlent de l’argile blanche à leur farine et le chroniqueur Raoul Glaber rapporte des cas d’anthropophagie. À d’autres moments, c’est la maladie qui décime la population. Passages de comètes, éclipses de soleil, combats d’étoiles, lunes de sang, chutes de météorites, apparition de dragons dans le ciel accompagnent les malheurs du temps. Les événements politiques eux-mêmes suggèrent que l’Antéchrist est à l’œuvre : en 997, al-Mansur détruit Saint Jacques de Compostelle : en Égypte, le calife al-Hakam inaugure une politique antichrétienne et fait détruire la Saint-Sépulcre de Jérusalem.
  • Persuadées de l’imminence de la venue du Christ sur terre, appelée Parousie par les théologiens, des bandes de pèlerins se mettent en route pour Jérusalem, dans l’espoir d’y mourir ou d’y être présents à la venue du Christ. L’Église semble elle-même emportée par la tourmente.

Cette génération, la première de la dernière garde de la nuit, a des aspects de fin du monde.

Pour l’Europe naissante, cela déclenche une nouvelle ère de recherche du spirituel avec en particulier un recentrage de la foi autour de la Terre sainte, autour de Jérusalem.

C’est ce qu’exprime le début du psaume de cette génération :

L’Éternel règne : les nations tremblent ; il siège sur les Chérubins : la terre vacille. L’Éternel est grand dans Sion, élevé bien au-dessus de toutes les nations. Qu’on rende hommage à ton nom grand et redoutable : Il est saint !

Cette fin du monde annoncée n’aura pas lieu, tout du moins pas comme prévu :

  • Et pourtant[2], pas plus que l’an mille l’année 1033 n’apporte Parousie ou fin du monde. Un sentiment de soulagement s’empare alors de tous. Une frénésie de construction anime le peuple chrétien, et la vie reprend ses droits. Un grand mouvement d’expansion anime l’Occident du début du XIe siècle au milieu du XIIIe siècle.

En fait l’interprétation de l’Apocalypse par les Chrétiens à la veille de cette génération n’est pas complètement dénuée de fondement. Un millénaire vient bien de se terminer, les quarante-neuf générations de la deuxième garde de la nuit. Cette garde a débuté sur la destruction du second temple et le début de l’exil dans un monde complètement païen.

La garde se finit sur un monde monothéiste, tout le monde connu en effet que ce soient aux extrémités de l’Europe et du moyen orient est soit sous l’emprise du christianisme soit sous l’emprise de l’Islam.

Pendant cette seconde garde, les Juifs ont subi la concurrence des religions sœurs naissantes surtout sur le plan idéologique. Ce nouveau millénaire qui correspond à la troisième garde de la nuit, s’ouvre sur la véritable naissance de l’Europe Chrétienne, une Europe qui dominera culturellement et politiquement le monde tout au long de cette garde de la nuit. Les Juifs trouveront leur place dans cette Europe nouvelle, mais ils le paieront chèrement tout au long des générations qui s’écouleront. Si l’Europe craignait avant cette génération l’avènement de l’antéchrist, elle jouera elle-même ce rôle pour les véritables élus de Dieu, le peuple Juif, au cours de la troisième garde de la nuit.

Ainsi dans l‘Apocalypse, nous trouvons le passage suivant relatif à l’accès des nations à la connaissance de Dieu :

  • Après[3] cela je vis : C’était une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient devant le trône et devant l’agneau, vêtus de robes blanches et des palmes à la main. Ils proclamaient à haute voix : « Le salut est à notre Dieu qui siège sur le trône et l’agneau ». […]
  • L’un des anciens prit alors la parole et me dit : Ces gens vêtus de robes blanches, qui sont-ils et d’où sont-ils venus ? Je lui répondis : Mon Seigneur ? Tu le sais !
  • Il me dit : Ils viennent de la grande épreuve. Ils ont lavé leurs robes et les ont blanchis dans le sang de l’agneau. C’est pourquoi ils se tiennent devant le trône de Dieu, et lui rendent un culte jour et nuit dans son temple.

Cet accès au trône de Dieu se fait à travers le sang de l’agneau et fait référence aux palmes qui sont le symbole de la fête de Souccoth.

Seven SheepPendant la fête de Pessah, chaque jour sept moutons sont sacrifiés[4], soit au total quarante-neuf moutons. À l’image des quarante-neuf malédictions évoquées dans le Lévitique, à l’image des quarante-neuf générations de malédiction entre la mort de Salomon et la destruction du second Temple.

Seven Sheep

Pendant la fête de Souccoth, chaque jour quatorze moutons sont sacrifiés, soit au total quatre-vingt-dix-huit moutons[5]. À l’image des quatre-vingt-dix-huit malédictions évoquées dans le Deutéronome, à l’image des quatre-vingt-dix-huit générations de malédiction entre la destruction du second Temple et la rédemption finale du peuple d’Israël.

Si la fête de Pessah, et ses quarante-neuf sacrifices, correspond à la première garde de la nuit, la fête de Souccoth et ses quatre-vingt-dix-huit sacrifices correspond aux deux dernières gardes de la nuit, celles de l’exil. Ses quatre-vingt-dix-huit moutons sacrifiés ce sont quarante-neuf qui ont été sacrifiés dans la garde de la nuit qui s’achève et quarante-neuf dans la garde qui s’initialise à cette génération.

Le peuple Juif, assimilable aux moutons a largement payé par son sacrifice à chaque génération du millénaire précédent pour que les nations se rapprochent du trône divin en adhérent aux deux religions monothéistes nouvelles que sont le Christianisme et l’Islam.

Sa mission n’est pas terminée, pendant le millénaire qui s’ouvre, les Juifs seront encore sacrifiés à chaque génération afin que les nations progressivement puissent faire la distinction entre le bien et le mal, et se rangent du côté du bien et de la justice.

C’est ce qu’exprime la suite du psaume, rappelant que le peuple élu qui seul a été en contact avec Dieu peut être le guide vers la voie divine :

La force du roi, c’est l’amour de la justice. C’est Toi qui as fondé solidement l’équité, exercé le droit et la justice dans Jacob.

La justice, le but à atteindre dans cette dernière garde de la nuit est clairement annoncé, de même que le rôle du peuple Juif (Jacob) dans cette quête.

Exaltez l’Éternel, notre Dieu, prosternez-vous devant l’escabeau de ses pieds : Il est saint !

C’est le message adressé aux nations.

Moïse et Aaron étaient parmi ses prêtres, Samuel parmi ceux qui invoquaient son nom : ils criaient vers l’Éternel et il leur répondait. Dans une colonne de nuée Il leur parlait ; ils demeuraient fidèles à ses statuts, aux lois qu’il leur avait données.

Le lien privilégié entre Dieu et son peuple à travers ses prophètes est ici rappelé avec le but à atteindre, le respect de la loi, seul instrument efficace pour établir la justice entre les hommes.

Éternel, notre Dieu, Tu les exauçais ; Tu étais pour eux un Dieu enclin au pardon, mais exerçant des représailles pour leurs fautes.

Le psaume rappelle que la voie n’est pas facile à atteindre, et que le peuple Juif qui s’y est essayé en a déjà payé le prix.

Exaltez l’Éternel, notre Dieu, prosternez-vous sur sa montagne sainte, car il est saint, l’Éternel, notre Dieu.

Le message final du psaume rappelle le but final de cette dernière garde de la nuit lorsque Jérusalem deviendra la capitale d’un monde unifié et pacifié.

 

[1] (Préface de) Georges Duby : « Une histoire du monde médiéval ». Chapitre : « Le nouveau millénaire entre peurs et espoirs – (980-1050) ». (p. 175-176)

[2] (Préface de) Georges Duby : « Une histoire du monde médiéval ». Chapitre : « Le nouveau millénaire entre peurs et espoirs – (980-1050) ». (p. 176)

[3] L’Apocalypse, Chapitre 7, versets 9 à 15

[4] Voir NOMBRES Chapitre 28, versets 16 à 25

[5] Voir NOMBRES Chapitre 29, versets 12 à 34