970 à 990, psaume 96 : Chanter un cantique nouveau.

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En Andalus, en 976 Al Hakam II meurt après 15 ans de règne, en désignant comme successeur son fils encore adolescent Hisham II. Cette succession est illusoire et entrainera la chute du Califat Omeyyade de Cordoue.

En Occident, l’empire créé par Otton 1er s’affirme et se consolide. Dans ce nouvel empire, de nombreuses communautés juives prennent leur essor.

Alors que l’empire Abbasside continue à s’étioler, les Fatimides essaient d’en tirer profit en continuant leur expansion vers l’est.

Mis à part quelques intermèdes malheureux (en particulier lors du règne d’al Hakim de 996 à 1021 qui persécute Juifs et Chrétiens, et qui sera finalement détesté par les musulmans eux-mêmes), le pouvoir fatimide est favorable aux Juifs :

  • La position[1] marginale de l’ismaïlisme dans la communauté musulmane est sans doute une des raisons qui expliquent sa tolérance à l’égard des dhimmis suivant la règle qui veut que les communautés minoritaires au pouvoir sont, en général, bien disposées en faveur des minorités.

1024px-Cairo_-_Coptic_area_-_Ben_Ezra_Synagogue annoteLa conquête s’accompagne d’une réforme favorable aux minorités :

  • L’armée[2] arriva en Égypte en juin 969. Ghawar lança une proclamation promettant des réformes financières, la fin des abus et garantissant le respect de la liberté religieuse des Égyptiens, aussi bien musulmans sunnites que minoritaires chrétiens et juifs (dhimmi).

Le fait marquant de cette génération est le renouveau culturel Juif, dans les domaines profane et religieux, et tout d’abord en Espagne:

  • Les historiens[3] de la littérature hébraïque emploient souvent à ce sujet des expressions telles « poussée nouvelle », « d’un jour à l’autre », « ex nihilo », « acte révolutionnaire », etc. « En Espagne […] par un miracle unique, a fleuri sur la scène de l’histoire […] un certain judaïsme vierge […] qui à vécu jusque-là totalement isolé ou presque et a commencé soudain à s’imprégner […] des bases culturelles juives et arabes ». Les hommes de l’âge d’or eux-mêmes considéraient les débuts de la poésie comme un grand renouveau. Abraham ibn Dawud, chroniqueur juif du XIIe siècle, déclare dans son « Livre de la Cabale » : « Du temps de Hasdaï Ha-Nassi, ils commencent à siffloter et du temps de Shlomo ha-Naguid ils chantent à haute voix » ; Moshe ibn Ezra (1055-1140), dans son livre classique sur la poétique, dit au chapitre de la poésie de l’Âge d’or : « En ces temps, les esprits sortent de leur torpeur ».

Les efforts de Hasdaï ibn Shaprut pour promouvoir le renouveau du judaïsme commencent à porter leurs fruits. Ainsi, les poètes qu’il protège revigorent la langue sacrée :

  • Stimulé[4] par l’exemple de ses deux maîtres Abdul Rahman et Al Hakim, Hasdaï protégeait les savants et les poètes juifs, et c’est à lui principalement que revient le mérite d’avoir implanté la civilisation juive en Espagne. Parmi les hommes de talent qu’il appela auprès de lui, les plus remarquables étaient sans contredit Menahem ben Saruk et Dounasch ben Labrat. Tous les deux ont approfondi l’étude de la langue hébraïque et grandement enrichi et ennobli cette langue. Ils ont dépassé de beaucoup, dans cette voie, leurs prédécesseurs, notamment les grammairiens caraïtes et même Saadia.
  • Dounasch ben Labrat donna à la langue sainte une harmonie et une symétrie qu’elle ne connaissait pas auparavant, il introduisit, dans l’hébreu le mètre, la strophe et une richesse d’assonances que personne ne soupçonnait avant lui. Saadia le blâma de ce qu’il appelait une innovation inouïe et lui reprocha de faire violence à la langue.
  • En même temps que la forme, le fond de la poésie hébraïque subit également de profondes modifications. Jusqu’alors la poésie hébraïque était restée purement synagogale, elle avait des allures contrites de pénitente, sans jamais être égayée par un sourire. Même quand elle s’élevait jusqu’à l’hymne, elle restait austère, inégale et prolixe. Kaliri était son modèle. Dans les écrits didactiques et polémiques, elle descendait à une plate vulgarité, comme dans les œuvres de Salmon ben Yeroham, d’Abou Ali Yephet, de Ben-Acher et de Sabbataï Donnolo. Hasdaï fournit à la poésie l’occasion de varier ses thèmes. Son extérieur imposant, sa situation élevée, ses talents, sa générosité enflammaient l’imagination des poètes. En le célébrant dans des vers d’un lyrisme élevé, ils rajeunissaient la langue hébraïque, qui paraissait déjà morte, et lui donnaient de la vigueur et de l’harmonie. Tout en imitant les Arabes, comme ils l’avouaient eux-mêmes, Dounasch et les autres poètes hispano-juifs ne suivaient cependant pas servilement leurs modèles, ils n’imposaient pas à la langue hébraïque des mètres qui ne pouvaient convenir qu’à l’arabe, mais tenaient toujours compte, dans leurs œuvres, de la nature particulière de l’hébreu. Ils imprimaient à la nouvelle poésie une allure vive, rapide, sautillante. Du temps de Hasdaï, cette poésie était cependant restée un peu raide et guindée ; comme dira plus tard un critique, les chanteurs ne faisaient encore entendre qu’un gazouillement vague et incertain Les thèmes favoris des poètes étaient alors les panégyriques et les satires, mais ils cultivaient aussi la poésie liturgique.

Dounasch ben Labrat initialise réellement le renouveau de la poésie hébraïque en Espagne :

  • Il[5] ne fait aucun doute que grâce à Donash […] elle est sortie (la poésie hébraïque) d’un isolement de près de mille ans.

Ce renouveau initialisé par Hasdaï ibn Shaprut se poursuit après sa mort :

  • Pendant[6] que la civilisation juive déclinait graduellement en Orient et arrivait peu à peu à une complète décadence, elle s’épanouissait pleine de vigueur sur les bords du Guadiana et du Guadalquivir. Dans les communautés andalouses, on cultivait avec une activité féconde les diverses branches des connaissances humaines ; maîtres et élèves rivalisaient de zèle et d’ardeur. Ces magnifiques résultats étaient certainement dus à la libéralité de Hasdaï, à l’enseignement de Moïse ben Hanok et aux travaux de Ben Saruk et de Ben Labrat. La semence avait été bonne et abondante, la moisson fut brillante. En Andalousie, parmi les juifs comme parmi les musulmans, les savants et, en général, les esprits cultivés étaient honorés et nommés aux plus hautes dignités. À l’exemple de l’illustre Abdul Rahman, des princes chrétiens et musulmans d’Espagne appelaient à leur cour des conseillers et des ministres juifs. Ceux-ci se faisaient pardonner leur situation par leur bonté et leur générosité, et, à l’instar de Hasdaï, ils encourageaient et protégeaient la science et la poésie. Les plus cordiales relations régnaient entre les musulmans et les juifs, qui écrivaient souvent l’arabe avec élégance et pureté. On ne voyait pas, comme dans certains pays, les talmudistes témoigner de l’hostilité aux autres savants. Exégètes, talmudistes, philosophes, poètes, vivaient entre eux dans un parfait accord et savaient s’estimer et se respecter les uns les autres.

Ce renouveau engendre des générations de poètes juifs en Espagne qui marqueront définitivement la culture juive en enrichissant son héritage et en renouvelant jusqu’à la liturgie.

C’est cette renaissance culturelle que le début du psaume de cette génération évoque :

Chantez à l’Éternel un cantique nouveau, chantez à l’Éternel, toute la terre !

Alors que les Juifs Séfarades (traditionnellement les Juifs d’Espagne et par suite les Juifs d’Orient que l’on considère comme leurs successeurs après l’expulsion d’Espagne) se construisent sur le plan spirituel, les Juifs Ashkénazes (traditionnellement les Juifs d’Allemagne et par la suite l’ensemble des Juifs d’Occident jusqu’à la Seconde Guerre mondiale) émergent également spirituellement grâce à un homme[7] formé à l’académie de Poumbédita, né à Metz qui effectue une partie de son parcours à Byzance mais qui devra, suite à des intrigues de cour, s’exiler à Mayence : Rabbi Guershom Ben Yéhouda dit « Méor Ha-Golah » soit « La lumière de l’exil ».

MainMayence dépend du nouvel empire allemand qui à cette époque est propice aux Juifs. L’émigration de Rabbenu Guershom à Mayence déclenche au cours des générations suivantes l’éclosion d’un judaïsme européen :

  • Les[8] générations ultérieures décrivirent Rabbenu Guershom comme la « lumière de l’exil ». Sa poésie liturgique fit partie des prières de toutes les communautés juives allemandes. Ce talmudiste et poète allait marquer par son œuvre une étape dans le développement culturel des Juifs ashkénazes.
  • Tandis que les Juifs de l’Espagne musulmane écrivaient des ouvrages de linguistique et de philosophie sophistiqués et profonds, des chants d’amour, des chansons à boire, des odes à Dieu et à Sion, alors qu’ils jouissaient du soleil et des senteurs de leur pays dans le Sud, les Juifs ashkénazes faisaient les premiers pas vers une littérature talmudique et les commentaires bibliques, les sermons, les traités kabbalistiques, une poésie religieuse à la fois triste et exaltée, des codes de lois et un mysticisme piétiste.

C’est cette éclosion d’un judaïsme nouveau aussi bien en Orient qu’en Occident, au sein des nations, que la suite du psaume de cette génération décrit :

Chantez à l’Éternel, bénissez son nom, publiez de jour en jour l’annonce de son secours. Proclamez parmi les peuples sa gloire, parmi toutes les nations, ses merveilles. Car grand est l’Éternel et infiniment digne de louanges. Il est redoutable plus que toutes les divinités. Car tous les dieux des nations sont de vaines idoles ; mais l’Éternel est l’auteur des cieux.

Alors que dans l’ensemble du monde médiéval, le judaïsme prend un nouvel essor, les derniers peuples païens d’Europe se convertissent au christianisme.

Ainsi le nouvel empire russe, finit par adopter la religion de Byzance. Basile II (958-1025), devant la menace russe aux portes de Constantinople finit par accepter de donner sa sœur Anna en union à Vladimir. Le prince russe, se transforme radicalement à l’issue de cette union :

  • En larmes[9], Anna, âgée de vingt-cinq ans, accepta l’inévitable et s’embarqua à Vasnetsov_Bapt_Vladimircontrecœur sur le bateau qui devait l’emmener à Kherson où son promis l’attendait. Vladimir devait l’y épouser, et la colonie (de Kherson) être immédiatement rendue à Basile comme cadeau traditionnel de la part du marié. Juste avant de célébrer le mariage, l’évêque de Kherson baptisa (en 988) le prince de Kiev au cours de la cérémonie religieuse la plus décisive de toute l’histoire russe.
  • La conversion de Vladimir marquait l’entrée de la Russie dans le giron du christianisme. Après leur mariage, son épouse et lui furent escortés jusqu’à Kiev par le clergé de Kherson, qui entreprit immédiatement sa mission de prosélytisme, convertissant en masse villes et villages. La nouvelle église russe fut donc dès le départ subordonnée au patriarcat de Constantinople, et on a quelques raisons d’espérer que la pauvre Anna trouva sa nouvelle vie un tout petit peu moins intolérable qu’elle ne l’avait craint : son mari, après son baptême, fut un autre homme. Il renvoya ses épouses précédentes (au nombre de quatre), et ses concubines (au nombre de huit cent) aussi. Dès lors, il passa son temps à superviser les conversions, à assumer le rôle de parrain aux baptêmes et à construire des églises et des monastères partout où il allait. Les saints ne peuvent jamais être des époux faciles, et saint Vladimir de Kiev ne fut sans doute pas une exception, mais la jeune femme, qui s’attendait à partager la couche d’un ogre, dut néanmoins être soulagée.

C’est à cette avancée nouvelle de la célébration de Dieu par le biais des religions monothéistes que sont le Christianisme et l’Islam, que la suite du psaume de cette génération évoque:

Majesté et splendeur forment son avant-garde, forme et magnificence son sanctuaire. Célébrez l’Éternel, groupes de nations, célébrez sa gloire et sa puissance. Rendez hommage au nom glorieux de l’Éternel, apportez des offrandes et venez en ses parvis. Prosternez-vous devant l’Éternel en un saint apparat, que toute la terre tremble devant lui !

Ainsi se prépare de génération en génération le monde de la troisième garde de la nuit. Un monde, avec un judaïsme varié et renouvelé au sein d’un monde qui partage le monothéisme du judaïsme même s’il associe ses propres prophètes avec des degrés divins variés.

Cette foi n’est toutefois pas suffisante, les nations ne doivent pas se contenter de reconnaître l’œuvre de Dieu mais se doivent d’appliquer la justice et l’équité. En tant que peuples païens, il pouvait avoir certaines excuses, en reconnaissant la majesté divine, ce n’est plus le cas.

C’est ce qu’exprime la suite du psaume.

Dites parmi les peuples : « L’Éternel est roi ! » [Grâce à lui], l’univers est stable et ne vacille point ; il juge les nations avec droiture. Que les cieux se réjouissent, que la terre soit dans l’allégresse, que la mer gronde avec ce qu’elle contient ! Qu’en même temps tous les arbres de la forêt résonnent joyeusement, à l’approche de l’Éternel ! Car il vient, il vient pour juger la terre ; il va juger le monde avec équité et les nations avec son intégrité.

 

 

[1] André Raymond : « Le Caire ». Chapitre : « Le Caire, ville fatimide » (p.51)

[2] André Raymond : « Le Caire ». Chapitre : « Le Caire, ville fatimide » (p.43)

[3] (Sous la direction de Ron Barkaï) : « Chrétiens, musulmans et juifs dans l’Espagne médiévale ». Tova Moqed-Rosen : « La poésie juive espagnole ». (p. 106). L’auteur inscrit une citation d’E. Fleischer.

[4] Henri Graetz : « HISTOIRE DES JUIFS / TROISIÈME PÉRIODE — LA DISPERSION ». Deuxième époque — La science et la poésie juive à leur apogée. Chapitre premier — Saadia, Hasdaï et leurs contemporains (928-970). (Extrait du site web : «histoiredesjuifs.com »)

[5] (Sous la direction de Ron Barkaï) : « Chrétiens, musulmans et juifs dans l’Espagne médiévale ». Tova Moqed-Rosen : « La poésie juive espagnole ». (p. 106). L’auteur fait une citation de H. Shirmann.

[6] Henri Graetz : « HISTOIRE DES JUIFS / TROISIÈME PÉRIODE — LA DISPERSION ». Deuxième époque — La science et la poésie juive à leur apogée. Chapitre II – Fin du gaonat en Babylonie, aurore de la civilisation juive en Espagne (970-1070)

[7] Suivant : www.hebraica.org  « Chroniques / Xe siècle »

[8] Chaïm Potok : « Une histoire du peuple Juif ». Chapitre : « Le Christianisme : perdus dans le pays enchanté ». (p. 474)

[9] John Julius Norwich : « Histoire de Byzance ». Chapitre : « L’apogée ». (p. 245).