910 à 930, psaume 93 : Les Khazars.

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À Cordoue, cette génération est marquée par le début du règne d’Abdar Rahman III (912-962) qui met fin à une période de troubles et initialise un nouvel âge d’or. D’autant plus facilement que la guerre civile qui l’a précédé a épuisé tous les protagonistes qui sont las d’en subir les conséquences désastreuses et sont prêts à se soumettre pour retrouver un certain ordre.

La_civilització_del_califat_de_Còrdova_en_temps_d'Abd-al-Rahman_IIIAbdar Rahman s’entoure d’hommes brillants, pour les Juifs c’est l’occasion d’apparaître pour une première fois dans des rôles décisionnaires de premier ordre (Cela sera en particulier vrai dès la prochaine génération).

A cette génération émerge les Fatimides, dont le nom dérive de Fatima, la fille de Muhammad et épouse d’Ali, dont les califes Fatimides se déclarent descendre. Cette nouvelle dynastie empiète progressivement sur les terres Abbassides, la conquête a d’abord lieu au Maghreb avant d’atteindre l’Égypte en 969.

L’empire Carolingien ou ce qu’il en reste continue à se désagréger.

Si à l’ouest l’ex empire Carolingien se fragilise, à l’est le Saint Empire Germanique est en train d’éclore.

Lors[1] de cette génération, Saadia Gaon (882-942) est un acteur reconnu du Judaïsme grâce en particulier à ses interventions sur la dispute qui opposait la Communauté Palestinienne et le Judaïsme Palestinien à propos de la fixation du calendrier.

Grâce à son intervention, le schisme est évité, l’assurant de la faveur de l’exilarque David Ben Zakkaï, qui lui ouvre la voie vers le gaonat. Toutefois, cette faveur n’est pas éternelle, une dispute opposera les deux hommes, Saadia Gaon devra vivre en exil quelques années (aux environs de 930).

Cette émergence de Saadia Gaon est salutaire au Judaïsme qui réussit à confirmer sa foi et sa tradition malgré la résurgence de la pensée grecque et du rationalisme, contre lesquels l’exégèse traditionnelle aurait été insuffisante.

L’action de Saadia Gaon qui sera poursuivie dans les siècles à venir permet de réaffirmer la toute-puissance divine. La découverte des sciences et l’ouverture du monde sur la modernité ne reviendront pas remettre en cause le fait que l’univers et le temps sont des créations divines.

C’est ce qu’exprime le début du psaume :

L’Éternel règne ! Il est revêtu de majesté ; l’Éternel se revêt, se ceint de puissance. Aussi (par lui) l’univers est stable et ne vacille point. Dès l’origine Ton trône est ferme : Tu es de toute éternité.

Sur le plan politique, pour la plupart des empires connus, cette génération est une génération de transition. Les anciens empires vacillent pendant que les futurs commencent leur gestation. Pendant cette parenthèse, ce sont les peuples des fleuves qui marquent cette génération.

Les Khazars s’étaient déjà illustrés à l’époque d’Héraclius (en 626), et lui avaient vraisemblablement permis de résister aux Perses alors alliés aux Avars et aux Slaves.

Les Khazars s’imposent comme une force régionale incontournable à l’époque de Justinien.

NE_800ad annoteLes Khazars s’affirment comme une force incontournable entre empire byzantin et empire arabe contre lequel également ils surent jouer à armes égales :

  • En 717[2], Constantinople fut assiégée et faillit être prise par les Arabes. Mais ces derniers ne purent renouveler leur attaque car leurs forces étaient entravées par les Khazars, qui ne cessaient d’attaquer l’Arménie et l’Albanie. Constatant l’impossibilité de vaincre les Byzantins, les Arabes décidèrent de lancer leurs forces contre la Khazarie. En 724, Balanger (ville Khazare) fut capturée par Jarrach, général arabe qui un an plus tard infligea une grave défaite aux Alains, vassaux des Khazars. Pendant la campagne de 729, passant le col de Daryal, il réussit à atteindre Samandar. Mais encore une fois, les Khazars envahirent l’Albanie – Jarrach fut tué. Cette nouvelle invasion fut si épouvantable que les Arabes durent employer toutes leurs forces disponibles pour y résister.

S’ensuivit une série de victoires et défaites qui s’achève par une période de paix entre Khazars et Arabes et qui mit fin aux espoirs de conquête de Byzance par ces derniers. Conscients du rôle qu’ils peuvent jouer au milieu des Byzantins et des Arabes, c’est vraisemblablement à cette époque (vers 740 pour les premières conversions, plusieurs générations furent nécessaires à une conversion large) qu’ils décident d’adopter une religion monothéiste :

  • Les khazars[3] ne pouvaient éviter l’adoption du monothéisme, car une religion païenne n’aurait pas fourni l’unité politique et culturelle si nécessaire à la survie de l’état. Cependant, opter pour le Christianisme ou pour l’Islam signifiait accepter une dépendance, soit vis-à-vis de Byzance soit à l’égard du Califat, ce que les Khazars ne souhaitaient évidemment pas. Ils trouvèrent la solution en adoptant la plus ancienne des religions monothéistes, le Judaïsme, déjà très répandu dans la région.

La Khazarie devint au début du Xe siècle un modèle parfait de cohabitation entre religions :

  • Pour régler[4] les conflits religieux, il y avait à Atil (capitale Khazare) sept juges : deux pour les juifs, deux pour les musulmans, deux pour les chrétiens, un pour les païens ; chacun jugeait selon les règles de sa religion. Cet élément indique que la ville comptait un nombre important de sujets de l’empire Khazar qui n’observait pas la religion officielle de l’État. Par conséquent, en plus des synagogues, on trouvait à Atil de nombreuses églises et mosquées. […]
  • Après les conflits religieux du IXe siècle, la Khazarie devint presque un « paradis terrestre » du point de vue de la tolérance religieuse, surtout si on la compare avec un autre état médiéval. Cette tolérance s’explique par la sérieuse nécessité de conserver la paix avec ses voisins et ses propres sujets, mais aussi par des préoccupations commerciales.

Bien que le Xe siècle verra la fin de l’Empire Khazar du fait de son affaiblissement militaire croissant (en s’affermissant politiquement, les Khazars délaissent progressivement le volet militaire en le confiant à des mercenaires, ce qui leur sera finalement fatal), au cours de la génération qui nous intéresse, les Khazars savent encore se défendre :

  • Vers 913-914[5], sous le règne du roi Khazar Benjamin (depuis leur conversion, tous les rois Khazars portèrent des noms typiquement juifs), les Byzantins organisèrent contre les Khazars une coalition réunissant les Petchenègues, les Oghouz et les Assies. Mais les Khazars étaient encore assez forts pour résister et Benjamin demanda aux Alains de l’aider. Après une courte mais violente guerre, les Khazars et les Alains furent vainqueurs. Les Assies, seuls de la coalition antikhazare à être sédentaires, subirent de grands dommages ; leurs terres furent dévastées par les forces gouvernementales.
  • À la même époque, les Russes entreprirent une campagne sur la mer Caspienne. Ils venaient de remporter une victoire brillante contre les Byzantins, ce qui les rendait redoutables. Le roi des Khazars les laissa descendre la Volga en direction de la mer Caspienne. Il n’avait sans doute pas les moyens de les affronter, se trouvant déjà en guerre avec Byzance ; peut-être aussi avait-il des comptes à régler avec les musulmans des régions bordant la Caspienne, auquel cas les Russes lui servaient en quelque sorte de supplétifs. Ce qui est certain, c’est qu’il laissa les Russes dévaster la côte ouest de la Caspienne, tuer et piller, sans qu’un prince musulman puisse leur résister.
  • Lorsque les Russes rentrèrent par la Volga et envoyèrent au roi une partie de leur butin, le parti musulman d’Atil exigea de lui qu’il leur livre bataille. En raison de sa faiblesse politique ou de la peur que lui inspiraient les Russes s’ils devenaient trop forts, le roi consentit. Les Russes furent massacrés et seulement une partie de leur armée en réchappa.

À défaut peut-être d’atteindre son apogée militaire, cette génération est vraisemblablement l’apogée politique pour l’empire Khazar, ainsi :

  • Constantin VII[6], qui était au Xe siècle empereur de Byzance (913-959) et historien connu, raconte que les lettres adressées à son époque au pape à Rome, ainsi qu’à l’empereur d’Occident, portaient un sceau de deux sous d’or, tandis que les messages destinés au roi des Khazars le sceau valait trois sous d’or au moins.

C’est sur cette réputation, que Hasdaï Ibn Chaprut quelques années plus tard (en 958) essaiera de rentrer en contact avec le khagan Joseph roi des Khazars pour en connaître un peu plus sur ce royaume Juif qui ne pouvait que faire rêver des Juifs en exil.

Les Khazars règnent sur des terres marquées par l’eau, que ce soient des rivières ou la mer. Le royaume Khazar au cours des siècles a inclus la mer Caspienne, la mer Noire (qui un temps fut appelée « mer Khazare » avant de s’appeler plus tard « mer Russe »), la mer d’Azov, le Danube, le Don, la Volga, le Dniepr. C’est sur l’embouchure de la Volga, que la capitale Khazare fut fondée : Atil, ce qui signifie « fleuve ».

C’est à ce royaume Juif, aujourd’hui oublié mais qui joua un rôle prépondérant dans la fondation de l’Europe, dans l’équilibre entre Byzance et le monde arabe, que la suite du psaume tient à rendre hommage :

Les fleuves font retentir, ô Éternel, les fleuves font retentir leurs grondements, les fleuves élèvent leur fracas. Plus que le tumulte des eaux profondes, des puissantes vagues de l’Océan, l’Éternel est imposant dans les hauteurs. Infiniment sûrs sont tes témoignages : à Ta maison appartient la sainteté, ô Seigneur, pour la durée des temps.

 

[1] Source : Wikipedia.

[2] Jacques Piatigorsky – Jacques Sapir : « L’Empire Khazar VII – XIe siècles ». Chapitre : « Les Khazars et l’échec de l’expansion arabe ». (p. 46-47)

[3] Jacques Piatigorsky – Jacques Sapir : « L’Empire Khazar VII – XIe siècles ». Chapitre : « Les Khazars et l’échec de l’expansion arabe ». (p. 48)

[4] Jacques Piatigorsky – Jacques Sapir : « L’Empire Khazar VII – XIe siècles ». Chapitre : « La situation religieuse ». (p. 60)

[5] Jacques Piatigorsky – Jacques Sapir : « L’Empire Khazar VII – XIe siècles ». Chapitre : « La politique extérieure khazare dans la première moitié du Xe siècle ». (p. 71-72)

[6] Jacques Piatigorsky – Jacques Sapir : « L’Empire Khazar VII – XIe siècles ». Chapitre : « Prologue, sur les traces des Khazars (de Marek Halter) ». (p. 6)