850 à 870, psaume 90 : Réponse.

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Du côté des Omeyyades de Cordoue, c’est Muhammad 1er (852-886) qui succède à son père Abd Al Rahman II (822-852). Son règne est marqué par une révolte de Tolède allié au Prince des Asturies. Révolte matée mais au prix d’une bataille qui fait près de vingt mille morts du côté Tolédan. Ces rivalités internes ne prendront réellement fin qu’au terme de la « reconquista » chrétienne de la péninsule ibérique. Elles sont un signe avant coureur de la fragilité de la domination musulmane sur la péninsule ibérique.

L’empire[1] chrétien d’Occident réparti en trois royaumes, ceux de Lothaire, Louis et Charles le Chauve depuis le traité de Verdun en 843 est l’objet de plusieurs menaces : Lothaire subit les attaques musulmanes qui vont jusqu’à menacer Rome en 846. Les musulmans se contentent de piller la basilique Saint Pierre, ils prennent de nombreuses villes en Italie. Il est également menacé par les Vikings qui multiplient les incursions en Europe incluant l’Espagne musulmane et les royaumes de Louis et Charles.

Pour être plus forts contre les envahisseurs, les trois rois essaient de construire une « union européenne » avant la lettre à Thionville en 844, à Meersen et enfin (déjà) à Maastricht (847 et 851).

Charles_the_Bald_in_CombatPendant cette génération, Louis cherche à envahir le territoire de Charles confronté à de nouvelles menaces Viking. Avec le soutien du clergé puis de ces vassaux, Charles réussit à conserver ses territoires. Les avantages consentis aux vassaux initialisent le pouvoir féodal qui sera de mise pendant tout le moyen-âge. Le royaume de Lothaire est partagé entre ses trois fils à sa mort en 855.

Du côté Abbasside, après le règne de al-Mutawakkil (847-863) se succèdent quatre califes en moins de dix ans : al-Muntasir (861-862), al-Musta’in (862-866), al-Mu’tazz (866-869) puis al-Muhtadi (869-870). Comme évoqué dans le psaume de la génération précédente, le règne d’al-Mutawakkil correspond à un renforcement du statut d’exclusion des Juifs dans la définition du dhimmi.

Cette génération est aussi celui de la renaissance de Byzance avec la fin de l’iconoclasme.

Facial_Chronicle_-_b.13,_p.414_-_Photios_baptising_king_of_BulgarsCette renaissance s’accompagne d’une nouvelle avancée du christianisme sur les terres païennes. Des émissaires de Photios portent la « bonne parole » dans les pays slaves, qui en s’ouvrant au christianisme participent à l’extension du rôle de l’Europe dans l’histoire du monde, élargissant ainsi la « vallée des larmes ».

Sur ces terres nouvelles se créent dans les générations et siècles à venir de nombreuses communautés juives.

Comme la génération précédente, cette génération est une génération charnière. L’éclatement de l’empire carolingien et la renaissance de l’empire Byzantin avec ses conséquences sur l’émergence des pays de l’est de l’Europe dont les pays slaves marquent l’éclosion de l’Europe.

Cette éclosion de l’Europe recentre le monde. Le monde antique était défini en dessous d’une ligne matérialisée par Rome, Athènes et Byzance. Le monde à venir est défini au-dessus de cette ligne. Le quatrième livre des psaumes correspond à ce basculement du monde annonciateur pour le peuple Juif de nouveaux destins mais également de nouveaux malheurs.

Ethan s’était plaint au psaume précédent que le peuple Juif venait de passer un millénaire à souffrir alors que ce même peuple n’eût cessé de marquer pendant la même période de montrer sa fidélité à Dieu. Période initialisée par la révolte des Maccabées, soit bien le refus de l’assimilation à la culture grecque au détriment de la religion juive.

Point de départ que les Juifs fêtent d’année en année par la fête de Hanoukka. Lors de cette génération, la génération 39, le psaume était déclamé par David avec Yédoutoun comme témoin, autre nom d’Ethan. Pour répondre au « réquisitoire » d’Ethan, qui au-dessus de David pouvait répondre si ce n’est Moïse lui-même. C’est donc naturellement ce dernier qui répond à Ethan dans le présent psaume.

Ainsi dès le début du psaume, Moïse évoque la toute puissance divine et par cela la perception que nous pouvons avoir du monde réel est bien sûr bien différente de ce qui est établi au niveau divin. Ainsi le millénaire évoqué par Ethan dans le psaume précédent, en tenant compte de l’écart de temps entre les deux psaumes extrêmes où celui-ci est soit auteur soit pris à témoin, n’est en fait pour Dieu que l’équivalent d’un instant :

Seigneur, tu as été notre abri d’âge en âge ! Avant que les montagnes fussent nées, avant que fussent créés la terre et le monde, de toute éternité, Tu étais le Dieu puissant. Tu réduis le faible mortel en poussière, et Tu dis : « Rentrez dans la terre, fils de l’homme ». Aussi bien, mille ans sont à tes yeux comme la journée d’hier – quand elle est passée, comme une veille dans la nuit.

La dernière phrase ainsi citée associe le millénaire à une garde de la nuit.

Comme nous l’avons indiqué déjà, la nuit d’Israël dure trois mille ans répartis en trois gardes de chacune mille ans.

Les mille ans évoqués par Ethan de domination du peuple d’Israël par les peuples du Sud (Sud de la Méditerranée) et au-delà sont à cheval sur deux des gardes de la nuit. Les mille années à venir, quasiment initialisées par le traité de Verdun voient la domination du peuple Juif par les peuples de Nord, jusqu’à que ceux-ci commencent à s’affronter pour laisser la place au reste du monde : Amérique et Asie. L’Afrique, elle, a eu son âge d’or avant que la nuit commence.

Moïse est le seul homme à avoir vu Dieu face à face sans périr. De cette rencontre, il a pu percevoir le mystère de la vie et de la mort qui reste secret pour tous les autres mortels.

Ce qui suit dans le psaume est un léger soulèvement du voile sur ce mystère afin que nous puissions comprendre que la vie à laquelle nous nous attachons n’est qu’éphémère et ne reste qu’un artifice :

Tu les fais s’écouler, (les hommes), comme un torrent ; ils entrent dans le sommeil ; le matin, ils sont comme l’herbe qui pousse, le matin, ils fleurissent et poussent, le soir, ils sont fauchés et desséchés. C’est que nous périssons par Ta colère, et à cause de Ton courroux l’épouvante nous emporte.

Avant d’interpréter la suite du psaume, il faut revenir sur un épisode relaté dans l’exode. Moïse après avoir intercédé favorablement auprès de Dieu après l’épisode du veau d’or en profite pour demander une faveur « personnelle » : connaître la gloire divine.

Dieu lui répond favorablement mais de façon mystérieuse:

  • Il[2] (L’Éternel) dit : tu ne pourras pas voir Ma face car l’homme ne peut Me voir et vivre. L’Éternel dit : Voici un endroit à côté de Moi et tu te tiendras debout sur le rocher. Ce sera quand Ma gloire passera dans la cavité du rocher, Je te couvrirai de Ma paume jusqu’à que je sois passé. Puis Je retirerai Ma paume et tu verras Mon dos mais Ma face ne sera pas vue.

Comme nous l’avons déjà interprété précédemment, derrière la « face » divine se cache le mystère de la vie et de la mort : lorsque l’homme voit la face de Dieu c’est qu’il vient de terminer sa vie et qu’il est en passe d’aller dans le monde futur. C’est pour cela que chaque homme qui voit Dieu meurt puisque cette vision signifie que la vie terrestre vient de se terminer.

C’est ce qu’exprime la suite du psaume:

Tu évoques nos fautes en Ta présence, nos défaillances cachées – à la lumière de Ta face. Car ainsi tous nos jours disparaissent par Ton irritation, nous voyons fuir nos années comme un souffle.

Nous nous attachons au monde matériel, car nous ignorons tout du monde immatériel. Nous pouvons même douter de son existence car le seul que nous pouvons appréhender c’est le monde dans lequel nous sommes en immersion depuis notre naissance.

De fait, nous nous attachons à la vie sur terre, même si celle-ci est négligeable en durée par rapport à la marche du monde. Notre vie effective, celle pendant laquelle nous pouvons nous considérer encore acteur n’excède pas dans le meilleur des cas les soixante-dix ou quatre-vingts ans. Ceux qui dépassent cet âge ne sont plus que spectateurs d’un monde qui n’est déjà plus le leur.

Nous sommes implantés dans un monde qui devient pleinement le nôtre à notre maturité, soit environs vingt ans, ce monde reste le nôtre pendant encore une à deux générations, vingt à quarante ans. On peut encore essayer d’y laisser notre empreinte pendant une génération supplémentaire soit encore vingt ans. Mais, au fur et à mesure que nous avançons en âge, le monde dans lequel nous sommes nés s’efface pour laisser place au monde de générations futures. S’effacent nos repères à l’image de tous nos proches qui disparaissent. D’abord ceux des générations qui nous ont précédées puis ceux de nos générations.

Plus ce monde disparaît, et plus nous devenons des étrangers par rapport au nouveau monde qui se met en place, la mort devient alors une sortie naturelle, qui si elle n’est pas forcément souhaitée devient une échéance attendue et moins redoutée. Tous nos rêves de puissance qui nous alimentaient alors que nous étions dans la force de l’âge deviennent alors bien dérisoires.

C’est ce cycle de la vie implacable que la suite du psaume reprend pour répondre à l’impatience d’Ethan :

La durée de notre vie est de soixante-dix ans, et, à la rigueur, de quatre-vingts ans ; et tout leur éclat n’est que peine et misère. Car bien vite le fil est coupé, et nous nous envolons.

Moïse, de par sa position privilégiée auprès de Dieu, connaît mieux que quiconque, y compris David lui-même, qu’elle est l’histoire et l’avenir du monde, quel est l’histoire et l’avenir du peuple Juif et surtout ce que sont tous les mystères de la vie. Il peut donc conclure en indiquant que tous les malheurs apparents qui affectent le peuple Juif depuis de si nombreuses générations et qui l’affecteront encore pendant de très nombreuses autres générations n’ont qu’un but initiatique permettant à ce même peuple de s’approcher encore plus de son créateur afin d’accéder au véritable monde qui leur est destiné.

C’est ce que Moïse exprime dans la suite du psaume :

Qui reconnaît le poids de Ta colère, (mesure) Ton courroux à la crainte que Tu inspires ? Apprends-nous donc à compter nos jours pour que nous acquérions un cœur ouvert à la sagesse. Reviens, ô Éternel ! Jusques à quand… ? Reprends en pitié Tes serviteurs. Rassasie-nous dès le matin de Ta grâce, et nous entonnerons des chants, nous serons dans la joie toute notre vie. Donne-nous des jours de satisfaction aussi longs que les jours où Tu nous as affligés, que les années où nous avons connu le malheur. Que Tes œuvres brillent aux yeux de Tes serviteurs, Ta splendeur aux yeux de leurs enfants ! Que la bienveillance de l’Éternel, notre Dieu, soit avec nous ! Fais prospérer l’œuvre de nos mains ; oui, l’œuvre de nos mains, fais-la prospérer.

 

 

[1] D’après : Christian Bonnet et Christine Descatoire « Les Carolingiens (741-987) ». Chapitre : « L’empire disloqué (843-888) ». (p. 82 à 88)

[2] EXODE Chapitre 33, versets 20 à 23