770 à 790, psaume 86 : Les Omeyyades de Cordoue.

acces-psaume-fotolia_102515739_subscription_monthly_mhelp-bouton-fotolia_61356253_subscription_monthly_mButton aus zwei Puzzlestücken zeigt E-Mail KontaktButtonsButtonsandalousie 0shutterstock_428796748(1)Pour la dynastie Abbasside, cette génération commence par la poursuite du règne de Al Mansur (754-775) qui a succédé au premier calife Abbasside Al Saffâ’h (749-754). C’est Al Mahdi (775-785) qui lui succède puis Al Hadi (785-786) et Haroun Al Rachid (786-809).

Les califes Abbassides de cette génération se concentrent principalement sur la consolidation de leur pouvoir contre les Alides, qui leur contestaient leur légitimité au profit des descendants d’Ali. Ils essaient de ramener dans leur giron El Andalus, mais abandonnent rapidement toute prétention devant la détermination des califes Omeyyades en particulier celle d’Abd Al Rahman.

Abbassides_dégustation_de_vinCette période initialise l’âge d’or de la domination Abbasside qui s’étendit sur près de cinq siècles sous des fortunes diverses.

L’éclosion de cette dynastie autour de la nouvelle capitale Bagdad profite aux Juifs attachés aux académies Babyloniennes, au moins dans un premier temps (au siècle suivant, des mesures discriminatoires contre les Juifs seront adoptées par les Abbassides).

Du côté de l’empire carolingien, cette génération voit le début du règne de Charles, fils de Pépin le Bref et futur Charlemagne après la mort de son frère Carloman en 771.

À Cordoue, cette génération est principalement marquée par la poursuite du califat Omeyyade de Abd Al-Rahman 1er (756-788). C’est Hisham 1er (788-796) qui assure sa succession.

Nombreux furent les chefs berbères ou arabes de la péninsule ibérique à vouloir remettre en cause le pouvoir Omeyyade.

Devant la résistance d’Abd Al-Rahman, en 777, ceux-ci n’hésitent pas à recourir à l’aide de Charlemagne, chef de l’autre empire émergent d’Occident.

Battle_of_Roncevaux_PassL’expédition échoue car Charlemagne dut repartir pour contrer la nouvelle menace des Saxons. Cette retraite se fit au prix de nombreuses pertes dans l’armée de Charlemagne et eut vraisemblablement pour effet de figer la frontière entre les deux nouveaux royaumes occidentaux pour de nombreuses générations.

La dynastie Omeyyade parvient ainsi à se faire une place reconnue entre les deux empires du moment : l’empire Abbasside musulman et l’empire Chrétien d’Occident dirigé par les rois Carolingiens.

Pour la génération qui nous intéresse, ces trois entités ont une politique conciliante envers les Juifs qui prospèrent dans chacun des empires.

Cette parenthèse salutaire pour le peuple Juif en continuité de la génération précédente est louée par David lui-même qui s’exprime dans le psaume de cette génération. Il remercie la protection divine dans le début de ce psaume (la suite du psaume confirmera que cet introduction est un remerciement et non une supplique):

Incline l’oreille, ô Éternel, exauce-moi, car je suis pauvre et malheureux. Protège mon âme, car je suis fidèle ; prête secours, toi, mon Dieu, à ton serviteur, qui met sa confiance en Toi. Prends-moi en pitié, Seigneur, car vers Toi je crie toute la journée. Réjouis l’âme de ton serviteur, car vers Toi, Seigneur, j’élève ma pensée. C’est que Toi, Seigneur, Tu es bon et clément, plein d’amour pour tous ceux qui t’invoquent. Écoute, Éternel, ma prière, sois attentif à mes accents suppliants. Au jour de ma détresse, je t’appelle, car c’est toi qui me réponds. Personne, parmi les divinités, n’est comme Toi, Seigneur ; rien n’égale tes œuvres.

Jusqu’à présent, la diffusion du monothéisme, à travers le Christianisme et l’Islam était principalement circonscrite au monde antique : le pourtour méditerranéen et les terres allant de l’Égypte à la Perse.

La montée en puissance de l’empire Carolingien, sous l’égide de Charlemagne, son plus prestigieux représentant étend l’emprise du Christianisme et lui permet d’atteindre des terres nouvelles au cœur de la future Europe.

Charlemagne, fervent défenseur de la chrétienté, est à travers sa foi un réel propagateur du monothéisme.

Dans un de ses capitulaires (daté de 789), il indique :

  • À tous[1]. Avant toute chose, que la doctrine de la foi catholique soit lue et prêchée à tout le peuple avec ferveur, par les évêques et les prêtres, car c’est le premier commandement du Seigneur, Dieu Tout-Puissant, dans la Loi : « Écoute, Israël, c’est Yahvé qui est ton Dieu, Yahvé seul. Tu aimeras Yahvé ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. »

Cette nouvelle avancée du monothéisme est saluée dans la suite du psaume :

Puissent tous les peuples que Tu as créés venir se prosterner devant Toi, Seigneur, et honorer Ton nom ! Car Tu es grand, et fécond en miracles ; Toi seul, Tu es Dieu. Instruis-moi dans Tes voies, je veux marcher dans Ta vérité ; dispose mon cœur à révérer Ton nom.

Alors que près d’un siècle plus tôt les Juifs d’Espagne risquaient l’anéantissement, au moins sur le plan religieux, cette génération voit une nouvelle Espagne où les Juifs trouvent la liberté d’exercer leur culte et qui deviendra un point d’attraction pour l’ensemble des Juifs du Moyen-Orient.

C’est ce revirement que célèbre David dans la suite du psaume :

Je veux Te louer, Seigneur mon Dieu, de tout cœur, honorer Ton nom à tout jamais. Car grande est Ta bonté pour moi : Tu as sauvé mon âme du gouffre profond. Ô Dieu, des audacieux s’étaient levés contre moi, une bande de gens violents avaient attenté à ma vie ; ils n’avaient nulle pensée pour toi. Mais toi, Seigneur, Tu es un Dieu clément et miséricordieux, tardif à la colère, plein de bienveillance et d’équité.

Cette nouvelle terre promise pour les Juifs est le résultat de l’invasion arabe en Espagne.

Mais cette domination n’aurait pas suffi à elle seule, car si l’Espagne était restée un satellite du pouvoir Abbasside, il est vraisemblable que la tolérance religieuse aurait été moins prononcée, à la fois en terre d’Espagne mais également dans l’empire abbasside lui-même : la présence de forces adverses fortes a vraisemblablement poussé la dynastie abbasside à ménager les minorités au moins dans un premier temps.

De fait, c’est bien l’installation de la dynastie Omeyyade de Cordoue, par l’éclosion d’une terre de cohabitation, qui laisse une empreinte forte dans la formation de l’Europe occidentale.

Son fondateur, Abd Al-Rahman ne peut pas se permettre de se mettre à dos les minorités chrétiennes et juives, ayant déjà suffisamment d’ennemis à combattre.

Il est lui-même issu, par sa mère, de tribus berbères chrétiennes, qui elles-mêmes étaient vraisemblablement judaïsantes à une époque plus ancienne.

  • Abd Al Rahman[2] allait de l’Orient vers l’Occident (lors de sa fuite, poursuivi par les Abbassides) mais, bien des années plus tôt, sa mère avait parcouru en sens inverse les mêmes chemins quand elle fut réduite en esclavage par les Arabes qui faisaient la guerre aux tribus berbères, et emmenée dans un harem de Syrie. Si une esclave, engrossée par son maître, mettait au monde un enfant mâle, elle acquerrait automatiquement sa liberté et recevait le titre de « umm wallad », « la mère du fils », qui lui octroyait une position privilégiée dans la maison. Sans aucun autre lieu où se cacher, Abd Al Rahman, le prince exilé, trouva l’hospitalité dans la tribu dont sa mère avait été arrachée, emportée comme butin de guerre. Le hasard (!) qui l’avait tant de fois sauvé l’amenait dans les lieux mêmes qu’elle ne revit jamais. Cette tribu s’appelait Nafza et son territoire était dans les environs de Ceuta.

C’est à ce personnage providentiel, fils d’esclave (« prête assistance au fils de ma servante ») qui permet, aux communautés juives de prospérer en terre espagnole pour les siècles à venir que David poursuit son psaume :

Tourne-Toi vers moi et sois-moi propice, accorde Ton puissant secours à ton serviteur, et prête assistance au fils de ta servante. Fais éclater en ma faveur un signe de bonheur ;

David en profite ainsi pour conclure son psaume sur le secours divin qui s’est exprimé ici par l’émergence dans l’histoire d’un personnage qui n’avait initialement quasiment aucune chance de survie et qui a pourtant réussi à créer un royaume qui servira d’embryon à l’Europe occidentale :

que mes ennemis soient confondus, en voyant que c’est Toi, Eternel, qui me prodigues secours et consolations.

 

 

 

[1] Christian Bonnet et Christine Descatoire : « Les Carolingiens (741-987) ». (p.47)

[2] Antonio Munoz Molina : « Cordoue des Omeyyades ». Chapitre : « Le prince fugitif » (p. 56)