730 à 750, psaume 84 : À travers la vallée des larmes.

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Pour Byzance, cette génération commence par la poursuite du règne de Léon III (717-741). La montée de l’Islam et l’influence du Judaïsme malgré tout présent, influence vraisemblablement ce dernier dans la naissance de l’Iconoclasme (la destruction des images) :

  • En 725[1], il (Léon III) prononça une série de sermons dans lesquels il soulignait les excès les plus flagrants des iconolâtres, comme on appelait les adorateurs des images, qu’il considérait comme des transgresseurs de la loi de Moïse explicitée dans le second testament.

IrenekirkenEn 726, il passe aux actes en détruisant une icône à Sainte Sophie. Mais c’est en 730 qu’il décrète que toutes les images (pieuses) doivent être détruites, prenant le risque de s’opposer à la papauté.

Cette crise marque le début de la division entre Église d’Orient et Église d’Occident.

C’est Constantin Copronyme qui succède à Léon III en 741 pour un long règne qui s’achèvera en 775, si l’on excepte la tentative de prise de pouvoir d’Artavasde (son beau-frère qui prit le pouvoir pendant seize mois en 742).

Du côté de l’Islam, c’est la dernière génération de la dynastie Omeyyade, première dynastie de l’Islam.

Les derniers califes qui se succèdent sont : Hisham (724-743), Al Walid II (743-744), Yazîd III (744), Ibrahim (744) et Marwân II (744-750). La dynastie Omeyyade disparaît au profit de la dynastie Abbasside. Cette fin de dynastie est le signe de la fin des conquêtes et de la consolidation des territoires conquis par les armées arabes.

En attendant l’avènement de la dynastie Abbasside, la vie juive se réorganise au sein de l’empire arabe et en particulier en terre d’Israël.

L’accaparement de la zone du temple par l’Islam permet à Jérusalem de retrouver une place de choix au sein du monde arabe et indirectement à être plus accessible aux populations juives :

  • Dès[2] l’époque des premiers califes, le changement de statut juridique des Juifs et leur essor démographique concoururent à l’embellissement et à la prospérité de Jérusalem, favorisés par les Omeyyades. Les uns comme les autres reconnaissaient une autorité particulière aux dirigeants juifs d’Erets Israël, installés avant la conquête arabe à Tibériade et qui, désormais, asseyaient leur autorité à Jérusalem. Nombre de ses habitants étaient des Juifs qui ne pouvaient pas payer la taxe « per capita » dans leur ville d’origine – à Jérusalem la capitation était réglée collectivement et n’était pas imposée aux chefs de famille. Les dirigeants juifs d’Erets Israël se trouvaient désormais dans un monde nouveau, ayant pour centre Damas. Leur voix pouvait se faire entendre à l’échelle internationale : Jérusalem était également une ville de pèlerinage pour les musulmans et, de toute façon, elle se trouvait sur la route empruntée par les caravanes de marchands à certaines saisons. La sécurité sur les voies d’accès était donc assurée par le pouvoir musulman. Les relations avec les communautés juives du reste du monde et avec certains califes omeyyades étaient aisées – ce qui n’était pas le cas auparavant – du fait de la connaissance de l’arabe.

Stones of the wailing wall in JerusalemLes juifs peuvent maintenant se lamenter à Jérusalem sur la gloire passée au seuil des nouvelles mosquées musulmanes trônant sur l’ancien emplacement du temple de Salomon.

C’est l’objet du début du psaume de cette génération :

Que tes demeures sont aimables, Éternel-Cébaot ! Mon âme soupirait et languissait après les parvis du Seigneur : que mon cœur, tout mon être célèbrent le Dieu vivant ! Même le passereau trouve un abri, l’hirondelle a son nid où elle dépose ses petits. (Moi, je rêvais) de tes autels, Éternel-Cébaot, mon roi et mon Dieu. Heureux ceux qui habitent dans ta maison, et sans cesse récitent tes louanges ! Sélah !

Les luttes internes arabes mènent au changement de dynastie mais auront également comme conséquence le gel de l’expansion musulmane.

conquete arabe 750Les Berbères qui ont conquis l’Espagne au nom de l’Islam se voient rejetés des terres fertiles par les « vrais » arabes, ce qui explique vraisemblablement leur tentative de conquérir de nouvelles terres plus au nord. Mais la ils se heurtent aux Francs qui enraient leur poussée.

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À cette défaite des armées musulmanes en territoire franc vient se greffer une lutte idéologique entre chrétiens d’Orient et chrétiens d’Occident, une fracture religieuse de trop :

  • L’histoire[3] de la division entre Rome et Constantinople est déjà ancienne lorsque commence le VIIe siècle, puisqu’elle remonte lointainement à la division de l’Empire romain. Les sources de contentieux ne manquent pas : rivalités au sujet du titre de patriarche œcuménique, interventions des empereurs byzantins dans les débats théologiques, divergences dans l’interprétation de la Tradition chrétienne, mépris hautain envers un Occident bien fruste d’un côté et incompréhension devant des querelles « byzantines » de l’autre. […]
  • Plus graves encore sont les conséquences de la longue crise iconoclaste qui commence sous les pontificats de Grégoire II (715-731) et Grégoire III (731-741) et se poursuit jusqu’au dénouement de 843. Les Occidentaux ont sur le sujet un point de vue qui peut être qualifié de modéré : ils admettent les images pour des raisons pédagogiques mais se défient de l’iconodoule, tout comme de l’iconoclasme.
  • La défiance réciproque est accentuée par la conjoncture politique : l’affaiblissement militaire de l’Empire byzantin conduit la papauté à rechercher du côté des Francs la protection dont elle a besoin contre les Lombards. Cette alliance scellée par les sacres de Pépin le Bref (751) et par le couronnement impérial de Charlemagne en l’an 800, apparaît comme une opération politique dirigée contre l’empereur byzantin, dévalorisé, et finalement dépossédé du monopole impérial.

La volonté d’indépendance idéologique de la papauté envers l’église d’Orient associée à l’émergence du royaume des Francs comme force de premier plan fait de cette génération celle de la naissance de l’Occident, de l’Europe.

Le centre du monde qui oscillait entre la Perse, la Mésopotamie et le pourtour Méditerranéen se déplace lentement vers le nord.

Les Juifs, de par leur situation particulière, ni musulman ni chrétien, jouent un rôle prépondérant dans les échanges commerciaux entre ces deux mondes : l’Orient musulman et l’Europe chrétienne.

L’empire musulman sert également de porte d’accès à l’extrême orient : Chine et Inde, où de nombreuses communautés juives se créent dès cette époque. L’Europe Chrétienne centrée sur le royaume Franc ouvre les routes commerciales vers l’est : les futurs empires germaniques et hongrois.

Empires_voies_commerciales annoteLa présence de communautés Juives dans les terres d’Europe est bien antérieure à cette génération, mais le nouvel essor de l’Europe crée des opportunités nouvelles pour les Juifs.

Sur ces nouvelles routes commerciales d’Europe de nombreuses communautés juives se créent ainsi pour le meilleur et pour le pire, car l’Europe sera pour les Juifs à la fois une terre d’épanouissement intellectuel mais également un vaste cimetière – la vallée des larmes — pour les Juifs qui vont y subir des massacres de plus en plus effroyables à travers les générations à venir.

Au seuil de ce nouveau monde qui s’ouvre aux Juifs, la suite du psaume évoque cet avenir fait d’espoir mais aussi de larmes qui ne suffisent pas à rompre la confiance du peuple Juif envers son Dieu :

Heureux l’homme qui met sa force en toi, dont le cœur connaît les vraies routes ! En traversant la vallée des larmes, ils en font un pays de sources, qu’en outre une pluie précoce couvre de bénédictions. Ils s’avancent avec une force toujours croissante, pour paraître devant Dieu à Sion. Éternel, Dieu-Cébaot, écoute donc ma prière, prête l’oreille, Dieu de Jacob. Sélah ! Regarde, ô Dieu, celui qui est notre bouclier, fixe les yeux sur la face de ton oint.

C’est la réaffirmation de l’alliance que le psaume de cette génération conclut :

Assurément, un jour dans tes parvis vaux mieux que mille (autres) ;

Qu’importe si le peuple Juif se voit refuser la souveraineté sur Jérusalem à travers les générations de l’exil. Ce qui importe c’est la conclusion de l’exil et le retour définitif à Sion.

je préfère me tenir au seuil de la maison de mon Dieu, plutôt que de séjourner dans les tentes de l’impiété.

Cette patience est préférable à la tentation de se soumettre aux vainqueurs du moment. En effet la conversion à l’Islam est tentante et permettrait aisément aux juifs de revenir prier (en tant que Musulman) sur l’emplacement historique du Temple de Salomon. Mais mieux vaut garder sa foi et sa confiance (se tenir au seuil de la maison de mon Dieu) que de se laisser convaincre pour en apparence pénétrer plus profondément car les Mosquées nouvellement construites (tentes de l’impiété) ne remplacent pas le temple détruit.

Car le Seigneur Dieu est un soleil, un bouclier : l’Éternel octroie grâce et honneurs ; Il ne refuse pas le bonheur à ceux qui marchent dans la droiture. Éternel-Cébaot, heureux l’homme qui a confiance en toi !

Le psalmiste renouvelle une nouvelle foi sa confiance.

 

[1] John Julius Norwich : « Histoire de Byzance ». Chapitre 9 : « L’Iconoclasme ». (p137)

[2] Shmuel Trigano : « Le monde Sépharade : I Histoire ». Chapitre : « Histoire des Juifs sous la domination musulmane : L’époque de la conquête (632-750) ». (p. 48/49)

[3] Jean Pierre Moisset : « Histoire du catholicisme ». Chapitre : « Une église, deux cultures : Orient et Occident » (p. 172-173)