670 à 690, psaume 81 : Le feu grégeois.

acces-psaume-fotolia_102515739_subscription_monthly_mhelp-bouton-fotolia_61356253_subscription_monthly_mButton aus zwei Puzzlestücken zeigt E-Mail KontaktButtonsButtonsfeu gregeois shutterstock_5040898

Du côté de Byzance, Constant II meurt assassiné en 668 et c’est son fils Constantin IV qui lui succède. Il règne de 668 jusqu’en 685, soit une bonne partie de la génération qui nous intéresse. Constantin IV meurt prématurément à 33 ans et c’est son fils Justinien II qui lui succède pour régner de 685 jusqu’en 695.

Le règne de Constantin est marqué par un nouvel épisode de la lutte entre Byzance et les armées musulmanes qui pour la première fois tourne à l’avantage de Byzance :

  • La première[1] décennie de son règne (Constantin IV) fut marquée par un retournement dans l’histoire de la chrétienté : pour la première fois, les armées du Croissant furent repoussées et mises en fuite par celles de la Croix. Ce bref répit ne dura pas. Depuis qu’en 661 le calife Ali avait été assassiné, Muawiya régnait en maître ; il avait établi sa capitale à Damas et fondé la dynastie omeyyade qui devait durer quatre-vingts ans. Maintenant que ses ressources étaient immensément accrues, il reprit son ancienne tactique (du temps du califat d’Otman, c’est déjà Muawiya qui menait les troupes musulmanes et qui avait entre autres pris Chypre en dotant en particulier l’armée musulmane d’une force navale qu’elle ne possédait pas auparavant) : son armée en Anatolie et sa flotte le long de la côte ionienne pillèrent une à une les villes et les îles impériales. Enfin, en 672, ses vaisseaux pénétrèrent dans la mer de Marmara, où il prit la péninsule de Cyzique, à quatre-vingts kilomètres de Constantinople. Deux ans plus tard commençait le siège.
  • Les vaisseaux sarrasins transportaient de lourds engins de siège et d’énormes catapultes, mais les fortifications le long de la mer de Marmara et de la Corne d’Or pouvaient résister à leurs assauts. Les Byzantins, de plus, possédaient une arme secrète. Aujourd’hui encore, nous ne connaissons pas exactement la composition du « feu grégeois ». On ne sait pas avec certitude s’il était pulvérisé sur les vaisseaux ennemis ou versé dans de longues cartouches étroites et catapulté sur l’objectif. Mais le résultat était presque invariablement catastrophique : le liquide enflammé, huileux, se répandait à la surface de l’eau, mettait le feu aux coques en bois des bateaux et causait la mort de ceux qui tentaient de se sauver en sautant par-dessus bord. Pendant longtemps, les musulmans refusèrent d’admettre leur défaite. Ce n’est qu’au bout de cinq ans que les survivants épuisés de la flotte sarrasine firent demi-tour pour rentrer chez eux. En 679, Muawiya accepta, bon gré mal gré, la paix proposée par Constantin, qui stipulait l’évacuation des îles de la mer Egée nouvellement conquises et un tribut annuel. Un an plus tard, il était mort. Constantin, en revanche, était au plus fort de sa popularité. Il avait inspiré à ses sujets un moral qui leur avait fait supporter cinq ans de siège par une puissance jusque-là invaincue, et ce faisant, il avait sauvé la civilisation occidentale. Si les sarrasins avaient pris Constantinople au VIIe siècle plutôt qu’au XVe, toute l’Europe – et l’Amérique serait sans doute musulmane aujourd’hui.

Du côté musulman, Muawiya avait réussi après la mort d’Ali à apaiser les tensions avec ses successeurs en faisant abdiquer Hasan et en refusant de combattre Husayn un autre fils d’Ali qui refusait de lui faire allégeance.

Brooklyn_Museum_-_Battle_of_Karbala_-_Abbas_Al-Musavi_-_overallSon successeur Yazîd 1er (680-683) va lui à affrontement. Pensant investir la ville de Koufa, Husayn est pris de vitesse par Yazîd 1er dont les envoyés exécutent d’abord les émissaires d’Husayn puis vont à la rencontre de Husayn en route pour Koufa et déciment ses troupes à Kerbela, lui-même étant tué et son corps mis en pièces alimentant ainsi pour de longs siècles les dissensions de l’Islam : Husayn était fils d’Ali le premier croyant homme, cousin du Prophète, et petit-fils du prophète puisque fils de Fatima, fille du prophète.

À Yazîd 1er, succède son fils Muawiya II (683 – 684). À celui-ci mort sans héritiers succède Marwân 1er (684 – 685), issue d’une autre branche « omeyyade ». Son fils Abd al-Malik règne à son tour de 685 à 705.

De fait cette génération est une génération clé, par l’échec des troupes musulmanes contre Constantinople, elle symbolise la séparation du monde entre Orient et Occident entre monde chrétien et monde musulman.

Le monde musulman est lui-même être partagé entre un Islam intransigeant, prôné par les shiites, et un Islam ouvert sur le monde prôné par la dynastie Omeyyade, d’ailleurs sous forte influence de l’élite chrétienne encore très influente (au fur et à mesure des générations, les notables chrétiens finiront par se convertir à l’Islam).

Le nouvel empire musulman qui se voit fermer l’entrée de l’Europe par la porte Byzantine se tourner alors vers la porte occidentale que constitue l’Espagne aux mains des Wisigoths fraîchement convertis au Christianisme et qui applique leur zèle pour leur nouvelle religion contre les Juifs de la péninsule Ibérique qui y sont pourtant implantés de longue date.

Great Mosque of Kairouan, Tunisia, africaAvant cette entrée en Europe, les musulmans continuent leur conquête du pourtour méditerranéen vers l’ouest et fondent de nouvelles villes telle Kairouan en 670. Ces nouvelles villes sont des opportunités de développement pour de nouvelles communautés juives, avant que l’Espagne soit conquise et permette aux Juifs de s’associer durablement à l’histoire de cette contrée.

C’est ce tournant historique qui permette aux Juifs l’écriture d’une nouvelle page de leur histoire mais aussi de s’éloigner un peu plus de leur terre et ainsi de s’installer un peu plus durablement dans l’exil que le psaume de cette génération résume:

Célébrez Dieu, notre force, acclamez le Dieu de Jacob ! Chantez des hymnes, faites retentir le tambourin, la harpe suave ainsi que le luth, sonnez le Chofar à la nouvelle lune, au jour fixé pour notre solennité. Car c’est une loi en Israël, une coutume en l’honneur du Dieu de Jacob ; c’est un témoignage qu’il établit dans Joseph, quand il marcha contre l’Égypte. J’entendis alors des accents inconnus pour moi… « J’ai déchargé du fardeau son épaule, ses mains sont affranchies du lourd panier. Dans la détresse tu as appelé, et je t’ai délivré, je t’ai exaucé du sein mystérieux de la foudre, je t’ai éprouvé auprès des eaux de Meriba. Sélah ! »

Ainsi la foudre et les eaux de Mériba font le parallèle avec la défaite subie sur mer (les eaux) par l’armée musulmane du fait du feu grégeois (la foudre) et assure la survie du peuple d’Israël grâce à l’équilibre qui prévaudra pendant de nombreux siècles entre empire chrétien et empire musulman.

Ceci est d’autant plus conforté si l’on se réfère à l’événement biblique des eaux de Mériba.

Mériba signifiant querelle.

De fait suite à la querelle de Mériba, Amalek fait son apparition et s’attaque au peuple Juif. Malgré la faute du peuple Juif envers Moïse, qui est le fait générateur de l’attaque, Moïse soutient son peuple envers son ennemi Amalek. Mais au bout d’un moment, la volonté de Moïse ne suffit pas : il a besoin de soutien.

L’action de Moïse semble quelque peu surnaturelle et inadaptée.

Moïse évoque trois périodes de jeûne de quarante jours pour soutenir auprès de Dieu le peuple d’Israël afin d’en éviter l’extermination du fait des trois fautes commises :

  • Lorsque le peuple d’Israël se querella à Refidime pour obtenir de l’eau (les eaux de Mériba)
  • Lorsque le peuple d’Israël, dirigé par Aaron, érigea le veau d’or,
  • Lorsque le peuple d’Israël eut peur de rentrer en terre promise lors du retour des explorateurs.

Le premier jeûne de quarante jours correspondant au veau d’or a été évoqué lors du psaume quarante (correspondant ainsi à la fin du jeûne de Moïse lié au veau d’or).

Depuis la génération quarante et un, nous entrons dans deux périodes de quarante générations correspondant aux deux jeûnes de Moïse liés aux deux autres fautes.

En particulier, depuis la génération quarante et un, le peuple Juif côtoie les Romains, précurseurs de l’empire chrétien, c’est-à-dire Esaü. Si Esaü avait de l’amour pour Jacob son frère, il avait aussi de la haine liée à la concurrence entre les deux frères, cette haine est symbolisée par Amalek, fils d’Esaü et ennemi héréditaire du peuple Juif.

Pendant quarante générations, le peuple Juif a pu survivre au contact des Romains et de l’empire Chrétien. Pendant quarante générations la bienveillance de Moïse a été suffisante, non pas pour l’emporter mais pour survivre. Mais à l’issue de ces quarante générations, les efforts de Moïse sont insuffisants, si le Christianisme continue à se répandre, les Juifs sont appelés à disparaître.

L’arrivée des musulmans contrecarre ce sort funeste pour le judaïsme et, à travers le partage du monde (connu), permet aux Juifs de survivre encore quarante générations soient jusqu’à la fin de la « reconquête » espagnole en 1492, la fin de l’épisode musulman en Europe.

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C’est ce soutien inattendu qu’est évoqué dans le chapitre de l’exode, car Moïse, épuisé, a besoin d’une pierre pour continuer son soutien à son peuple contre Amalek. Or la pierre, est, à travers la pierre noire de la Ka’ba à La Mecque, le symbole de l’Islam, comme le bois (bois de la croix) est celui du christianisme.

De fait, l’arrivée des musulmans permet aux Juifs de survivre à travers les siècles à venir. Mais au lieu de se contenter de l’exil, les Juifs auraient pu vivre souverain sur leur terre plutôt que de devenir des parias au sein des nations.

C’est cela que la fin du psaume rappelle, alors que s’initialise la troisième période de quarante générations encore sous la protection des prières de Moïse:

« Écoute, mon peuple, je veux t’adjurer ; ô Israël, puisses-tu m’écouter ! Qu’il n’y ait pas chez toi de divinité étrangère, ne te prosterne pas devant un dieu du dehors. Je suis, Moi, l’Éternel, Ton Dieu qui t’a tiré du pays d’Égypte. Ouvre largement ta bouche et Je la remplirai. » Mais mon peuple n’a pas écouté ma voix, Israël a refusé de m’obéir. Je les ai donc abandonnés à l’entraînement de leur cœur, ils suivirent leurs propres inspirations. Ah ! Si mon peuple voulait m’écouter, Israël marcher dans mes voies ; bien vite, je dompterais leurs ennemis, Je ferais peser ma main sur leurs adversaires. Ceux qui haïssent l’Éternel ramperaient devant lui, mais leur bonheur à eux durerait toujours. Il les nourrirait de la moelle du froment, et les rassasierait avec le miel des rochers.

 

 

[1] John Julius Norwich : « Histoire de Byzance ». Chapitre 8 : « La lignée d’Héraclius » (p. 124/125)

[2] Voir DEUTERONOME Chapitre 9, versets 6 à 29 (déjà reproduit)