610 à 630, psaume 78 : L’Hégire.

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Au niveau de l’empire Byzantin, cette génération débute par le règne d’Héraclius (610-641) qui vient au secours de l’empire en débarquant à Constantinople, puis destitue et exécute l’ex empereur Phocas.

La situation n’est guère encourageante:

  • À l’ouest[1], les Avars et les Salves ont envahi les Balkans ; à l’est, on voit clairement les feux de camp des Perses à Chalcédoine, de l’autre côté du Bosphore. Il est vrai que le mur de Théodose (construit pour protéger Constantinople) était en bon état et que les Perses n’avaient pas de bateaux pour traverser le détroit, mais si la capitale était en sécurité, les provinces tombaient les unes après les autres. Durant l’année qui suivit l’accession au trône d’Héraclius, le général Perse Schahrbaraz prit Antioche. En 613, il ajouta Damas à ses conquêtes, et en 614 Jérusalem où il ne laissa presque aucun chrétien en vie.

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Toutefois, Héraclius réussit à réorganiser son armée et les finances de l’Empire. En 622, après un accord avec les Avars, il repart à l’offensive envers les Perses et remporte de nombreux succès jusqu’à l’abandon par les Perse du siège avorté de Constantinople. Après une dernière offensive d’Héraclius, les Perses lâchent leur roi Chosroês pendant que l’armée Byzantine rentre chez elle.

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Du côté Perse[2], la réussite militaire du début de cette génération n’a donc pas duré.

À la débâcle militaire, vient s’ajouter la débâcle politique. Khosrô II qui refuse de faire la paix avec Héraclius est assassiné par le fils qu’il a eu de la fille de Maurice (en 590, c’est l’empereur Maurice qui aide Khosrô à reprendre le pouvoir et qui lui donne sa fille en mariage mais se fait payer en annexant l’Arménie), Maria/Maryam. Entre la mort du roi, en 628 et l’avènement du dernier sassanide Yasdegerd III, en 632, pas moins d’une douzaine de souverains se succèdent sur le trône. L’empire est dévasté et épuisé par les guerres, le peuple écrasé par les impôts et les levées de troupes.

En apparence une nouvelle ère de paix s’ouvre pour l’empire byzantin, toutefois cette dernière guerre vient d’affaiblir gravement une nouvelle fois les deux protagonistes de cette guerre : les Byzantins et les Perses. Ce qui facilite l’arrivée d’une troisième force encore inconnue au début du conflit : les armées musulmanes.

En effet pendant que les deux empires du moment s’entre-détruisent, cette nouvelle force est en train d’éclore dans le désert de la péninsule arabique. En 622, pendant que Héraclius reprend les hostilités envers les Perse, Mahomet entame son exil de La Mecque vers Médine, ce qui initialise l’Hégire et le début du calendrier musulman.

En fait jusqu’à cette date, Mahomet essayait de convertir à l’Islam par la persuasion, mais devant le refus des polythéistes de La Mecque de suivre la nouvelle religion, voire de la combattre, Mahomet modifie le mode de diffusion en autorisant la guerre pour gagner de nouveaux adeptes, celle-ci était auparavant interdite dans les premiers préceptes que Mahomet avait annoncés.

Pour cela un repli était nécessaire, Médine en est le lieu idéal, car Mahomet y avait envoyé auparavant de nombreux émissaires qui avaient largement entamé le travail de conversion des habitants, alors que les convertis à La Mecque étaient encore peau de chagrin au moment de l’exil.

C’est ce basculement de l’Islam en religion conquérante que ses adeptes ont retenu comme début de l’ère Islamique.

siyer-i_nebi_-_imam_ali_und_hamza_bei_dem_vorgezogenen_einzelkampf_in_badr_gegen_die_gotzendienerDepuis Médine, Mahomet cherche à affronter les Mecquois. Après quelques rendez-vous manqués et escarmouches, la première bataille eut lieu deux ans après l’Hégire à Bedr où Mahomet, projetant d’attaquer une caravane, mis finalement en déroute, suivant la tradition musulmane, l’armée Mecquoise venue au secours de celle-ci.

Mahomet avait dans un premier temps essayé de convertir les Juifs à l’islam. N’ayant pas réussi, il conclut avec eux un accord de paix, ceux-ci détenant de nombreuses forteresses dans les alentours de Médine.

Cela ne l’empêche pas de s’attaquer à la tribu juive des Béni-Qainoqa, prétextant une intervention divine :

  • Les[3] Béni-Qainoqa étaient des juifs qui habitaient près de Médine, avec lesquels le Prophète avait conclu un traité, il fut informé qu’ils raillaient les Qorayshites (Mecquois), en disant : Nous aurions dû assister au combat de Bedr, nous aurions donné une leçon à Mohammed ; les Qorayshites auraient dû nous avertir, nous les aurions secourus, car ils ne s’entendent pas à faire la guerre. Le Prophète était irrité de leur propos, et désirait les attaquer ; mais il était lié par son traité. Enfin Gabriel (l’ange) lui apporta le verset suivant : « Si tu crains quelque trahison de certaines gens, renvoie-leur leur traité, pour établir l’égalité ». Le Prophète, heureux de cette révélation, se mit en campagne, de sa personne, avec cent de ses compagnons.

Après un siège de quinze jours, les Béni-Qainoqa se rendent sans combattre. Ils doivent abandonner leurs biens aux troupes musulmanes et partir en exil:

  • Ces[4] Juifs (les Béni-Qainoqa) étaient au nombre de sept cents hommes, en dehors des infirmes, des vieillards et des enfants. Ils n’avaient pas de champs, ni vergers de dattiers (cela est précisé car les principales oasis de Médine étaient exploitées par des Juifs) mais ils avaient un nombreux bétail et des armes (cela explique vraisemblablement l’expédition). Ils étaient artisans ; toute l’industrie de Médine, tous les ouvrages de forgerie, de cordonnerie et de joaillerie, étaient entre leurs mains. Ils partirent ainsi, se rendant en Syrie, avec leurs femmes et leurs enfants, et abandonnant tous leurs biens, que le Prophète confisqua. Ensuite il détruisit leur forteresse.

Cette première attaque de Mohammed envers les Juifs de Médine avec lesquels pourtant il avait un traité de paix lui permit de prendre un premier avantage envers les Qorayshites. Le butin rassemblé, bien et armes lui permet de consolider son armée et d’autre part les Qorayshites perdent dans le même temps vraisemblablement leur meilleur pourvoyeur en armes.

Toutefois cela n’est pas encore suffisant pour que Mohammed puisse affronter frontalement les Qorayshites. Il décide avant d’attaquer une autre tribu juive les Béni-Nadhir de les désorganiser en faisant assassiner leur chef Ka’b, homme puissant et à la tête de la tribu.

Mohammed_receiving_the_submission_of_the_Banu_NadirPour cela, il envoie le frère de lait de celui-ci, converti à l’Islam et en lequel Ka’b a une confiance aveugle :

  • Ka’b[5] était un juif, l’un des principaux des Béni-Nadhir. Il s’était arrogé le commandement de la forteresse des Béni-Nadhir, et il possédait lui-même, en face de cette forteresse, un château fort, renfermant des plantations de dattiers. Il récoltait chaque année, une grande quantité de blé et de dattes, qu’il vendait à crédit, et il avait acquis une fortune considérable. Il avait de l’éloquence et était poète, car son père était de la tribu de Tayy, tandis que sa mère appartenait aux Béni-Nadhir. […] Silkân (frère de lait de Ka’b envoyé par Mahomet) lui dit (il cherche à rencontrer Ka’b avec des hommes de main dissimulés) : J’ai à te parler. – Que peux-tu avoir à me dire à cette heure-ci (la rencontre se fait en pleine nuit) ? demanda Ka’b. – Je suis venu pour te consulter sur une affaire, répliqua l’autre. SI tu peux, descends ; si tu ne peux pas, je m’en retournerai. Ka’b se leva pour descendre ; mais sa femme (qu’il venait d’épouser) saisit le pan de sa robe et le pria de ne pas y aller. Ka’b lui dit : C’est mon frère de lait, dont la porte m’est ouverte la nuit comme le jour ; ce serait mal de lui fermer la mienne, puisque je ne me suis jamais présenté en vain chez lui. La femme dit de nouveau : N’y va pas, il fait nuit, tu ne sais pas ce qui peut arriver. – Je suis, répondit Ka’b, plus sûr de lui que de moi-même. (… La rencontre se fait et Silkân mets Ka’b en confiance, puis au bout de quelques heures…) Quand ils furent arrivés au milieu du verger, Silkân saisit fortement Ka’b par les cheveux (qu’il caressait longuement auparavant) et dit : Chargez ! Mohammed, fils de Maslama, le serra également, et ‘Harith, fils d’Aus, vint à leur aide, et tous les trois le maintinrent ainsi. Les autres prirent leurs sabres et le frappèrent.

D’après la version d’Ibn’Ishâq[6], Ka’b était de la tribu des Tayy, du clan des Banû Nabhân, et sa mère était de Banû al-Nadir (Béni-Nadhir). La raison pour laquelle Mohammed décide de son assassinat était « qu’il composait des poèmes érotiques qui visaient des femmes musulmanes, de manière à leur faire tort».

Mais le texte montre plutôt que ce sont ses poèmes à l’éloge des morts Mecquois de la bataille de Bedr qui ont décidé Mohammad. Si de nombreux musulmans se réjouirent de la mort de Ka’b, ce meurtre commence à ternir l’image de Mohammad auprès des Juifs, à l’instar du poète Juif Sammâk :

  • Si vous[7] vous vantez d’avoir tué Ka’b al-’Ashraf – puisque vous considérez cela comme quelque chose dont on peut s’enorgueillir…
  • Le jour où vous avez accompli son meurtre, Et pourtant il n’a ni trahi ni agi avec mauvaise foi.
  • Peut-être le temps et les vicissitudes du sort Frapperaient « Le juste et l’équitable (Mohammad) » à son tour.
  • En vengeance du meurtre de (Banû) Al Nadhir et de leurs alliés
  • Et de l’arrachage des dattiers qui n’étaient pas encore cueillis (le poème continue sur des promesses de vengeance).

Après avoir tué Ka’b, une expédition est menée avec succès pour tuer le chef des Juifs de Khaibar :

  • Sallâm[8], surnommé Abou-Rafi, était le chef des Juifs de Khaibar, et résidait dans cette ville. C’était un homme considérable, très riche et maniant bien la parole. […] Khaibar était une forteresse telle qu’il n’y en avait pas de plus solide dans le monde, elle se composait de sept forts, l’un entourant l’autre, et chaque fort était muni d’une porte de fer.

À la suite de ses deux assassinats, Mohammed obtient un accord de paix global avec toutes les tribus juives de Médine et peut alors se tourner vers les Qorayshites.

Ceux-ci décidèrent de la contre-offensive à la bataille de Bedr, cela donnera lieu à la bataille d’O’hod.

L’armée de Mahomet prend tout d’abord le dessus, la victoire semble acquise.

Le dénouement de la bataille, qui se transforme en défaite pour Mahomet montra que la majorité de la troupe de Mahomet était encore à cette époque bien plus intéressée par les biens de ce monde que par une quête de spiritualité pure en vue de l’accession aux plaisirs du monde futur:

  • Tous[9] les musulmans chargèrent en même temps les Qorayshites, qui au premier choc, furent mis en fuite. Le chameau qui portait l’idole de Hobal fut jeté par terre, et l’idole renversée. Abou-Sofyân (commandant des troupes Qorayshites) était en fuite. Les femmes, qui étaient derrière l’armée (qorayshite) et qui ne pouvaient pas courir se disposèrent à se rendre comme prisonnières ; elles retroussèrent leurs jupes et gravirent la montagne. Pour y rester jusqu’à que le combat fût terminé et qu’on les fît prisonnières. […] Alors les musulmans cessèrent de poursuivre les Qorayshites et de combattre, comme il est dit dans le Coran : « Certes, Dieu avait déjà accompli la promesse qu’il vous avait faite ; vous les aviez anéantis par sa permission, lorsque vous perdîtes courage et que vous vous disputâtes sur l’ordre du Prophète».
  • Les musulmans tuèrent les infidèles et se mirent à piller. Les cinquante archers que le Prophète avait placés à l’entrée du défilé pour le garder (défilé stratégique qui tenu par les musulmans empêchait les « infidèles » de les prendre par revers), voyant cet état de choses, se dirent entre eux : L’ennemi est en fuite et les musulmans prennent du butin ; nous n’aurons rien ; allons aussi pour piller. Leur chef dit : Ne désobéissez pas aux ordres du Prophète, restez ici. Alors ils disputèrent entre eux : les uns disaient qu’il fallait rester, les autres qu’il fallait prendre part au pillage. Enfin trente d’entre eux allèrent pour piller, et vingt restèrent à l’entrée du défilé. Khalid, fils de Walid, tourna la montagne, avec environ deux cents hommes, attaqua ces vingt archers et les tua sur place. Il sortit par le défilé et tomba sur les derrières de l’armée musulmane, qu’il fit charger avec le sabre. Un cavalier courut après Abou-Sofyân et l’armée Qorayshite pour les avertir. Abou-Sofyân ramena les Qorayshites, qui recommencèrent la lutte et chargèrent avec leurs sabres l’armée musulmane par-devant et par-derrière.

Malgré la bravoure des fidèles de Mahomet (suivant le récit de Tabari), cette bataille tourne à l’avantage des Qorayshite et est la première défaite de Mahomet qui fut blessé (ses partisans dans un premier temps crurent qu’il était mort). Bien que les survivants musulmans fussent peu nombreux et en mauvais état, les Qorayshites renoncèrent à les poursuivre et rentrèrent à La Mecque laissant ainsi la possibilité à Mahomet de se reconstruire une armée.

De fait, si Muhammad essuya une défaite, il semble que cela soit en partie du fait de la défection de certains de ses alliés Juifs.

Ainsi au moment de la bataille, les Ansârs, alliés naturels des Juifs avant l’arrivée de Muhammad, demandèrent au Prophète:

  • « Ô envoyé d’Allah[10]! Allons-nous appeler à notre aide nos alliés juifs ? » Il répondit « Nous n’avons pas besoin d’eux ».

Ibn Ishâq indique de façon indirecte, plus loin, la raison de cette défection, qui n’émanait pas d’une volonté de Muhammad d’écarter les Juifs du combat mais du fait que la bataille avait lieu un jour de Shabbat :

  • Ibn Ishâq dit : Mukhayriq fut parmi les tués dans la bataille de ‘Uhud. Il était du clan de Banû Thalabah b. al-Fityun. Le jour de la bataille de ‘Uhud, il dit aux Juifs : « Ô Juifs ! Vous savez bien que vous avez le devoir d’aider Muhammad. » Ils répondirent : « Aujourd’hui est un samedi. » Il dit : « Il n’y a pas de Shabbat pour vous. » Il prit son épée et ses armes et dit : « Si je suis tué, mes biens seront à Muhammad, il peut en disposer comme il veut. » Puis il sortit rejoindre l’Envoyé d’Allah ; il combattit jusqu’à qu’il fût tué, à côté de l’envoyé d’Allah. D’après ce qui nous est transmis, l’envoyé d’Allah dit alors : « Mukhayriq est le meilleur des Juifs ».

Par ailleurs, Ibn’Ishâq précise :

  • L’Envoyé d’Allah[11] reçut les biens de Mukhayriq (après sa mort). La majorité des aumônes de l’Envoyé d’Allah à Al Madinâh venaient de ces biens.

Illustration #005 Hands Giving & Receiving Money_black whiteAinsi un des cinq piliers de l’Islam (l’aumône) put être réalisé par le Prophète lui-même grâce à la générosité spontanée de Juifs de Médine.

De fait, Mohammed combat certaines tribus juives pour des raisons stratégiques : s’assurer à travers leurs richesses le pouvoir à Médine puis à La Mecque et isoler les Mecquois de forts soutiens potentiels, en effet les tribus combattues étaient alliées aux Mecquois.

Ce combat ne signifie pas pour autant une opposition aux Juifs dans leur ensemble. De nombreuses autres tribus juives sans lien avec les Qurayshites s’étaient alliées à Mohammed, en conservant leur religion avec un statut semblable aux combattants musulmans de Mohammed (par la suite de nombreux commentateurs chrétiens assimileront les troupes musulmanes à des troupes sous contrôle juif).

Ainsi nous pouvons citer le pacte suivant que Mohammed signa avec un certain nombre de tribus juives au début de l’Hégire qui les intègre dans l’Ummah (la communauté) :

  • Au nom de Dieu[12], miséricordieux et plein de miséricorde c’est un écrit de la part de Muhammad le Prophète (qui établit) les relations entre les croyants et les musulmans de Quraysh et de Yathrib aussi bien que ceux qui les ont rejoints et ont lutté côte à côte avec eux. Ils sont une seule communauté (Ummah) à l’exclusion de tous les autres hommes.
  • […]
  • Les Juifs contribuent aux frais de guerre tant qu’ils combattent à côté des croyants (les musulmans). Les Juifs des Banû ‘Awf forment une seule communauté avec les croyants – les Juifs ayant leur propre religion et les musulmans ayant la leur – et leur mawâlis et leurs personnes, à l’exception de ceux qui commettent des injustices et des crimes, car chacun de ceux-ci ne ruine que lui-même et les gens de sa maison. Ce qui s’applique aux Juifs de Banû ‘Awf s’applique également aux Juifs de Banû al-Najjâr et aux Juifs de Banû al-Harith, et aux Juifs de Banû Tha’labah – à l’exception de celui qui commet une injustice et un crime, car il ne ruine que lui-même et les gens de sa maison. Jafnah est un sous-clan de Tha’labah et sont dans le même cas que ceux-ci : A Banû al-Shutaybah s’applique ce qui s’applique aux Juifs de Banû ‘Awf. La bonté s’oppose au péché. Les mawâlis de Tha’labah sont dans le même cas qu’eux ; les familiers des Juifs sont comme eux-mêmes.
  • Aucun (des Juifs) ne peut faire la guerre sans la permission de Muhammad, mais il ne sera pas empêché s’il s’agit de la vengeance pour une blessure. Celui qui tue un homme sans l’avertir ne tue que lui-même et les gens de sa maison, à moins qu’il ne soit celui qui a commis une injustice. Dieu approuve cela.
  • Les Juifs doivent payer leurs propres dépenses, et les musulmans doivent payer leurs propres dépenses. Les deux s’engagent à combattre celui qui fait la guerre aux gens de cet écrit (le présent pacte), entre eux ils échangent les conseils, entre eux il y a la bonté et non le crime. Personne n’est responsable du crime commis par son allié. On doit venir en aide à celui qui est lésé. Les Juifs doivent payer avec les croyants tant que dure la guerre.
  • Yathrib (Médine) sera un sanctuaire pour les gens de cet écrit.

Après la défaite de Uhud, Si Mahomet veut mener son projet à bien, il lui faut trouver de nouvelles ressources pour éviter que ses hommes se détournent à nouveau du combat au moment opportun.

La solution est trouvée auprès des tribus juives de Médine qui ne lui sont pas fidèles et qui soutiennent plus ou moins directement les Qurayshites.

La première à en faire les frais est la tribu des Béni-Nadhir:

  • Les Béni-Nadhir[13] étaient des juifs qui avaient une grande forteresse aux portes de Médine, à un parasange de la ville, et séparée ce celle-ci par des plantations de dattiers. Ils avaient conclu un traité avec le Prophète, de même que les Juifs de la tribu de Qoraizha et de Fadak, et tous les autres Juifs qui demeuraient aux alentours de Médine.

Pour rompre le traité, Mahomet, ou tous du moins les chroniqueurs de la vie de Mahomet, évoquent un complot (le monde moderne n’a rien inventé) dévoilé par l’ange Gabriel. En dehors de cette révélation, aucun élément matériel ne vient étayer ce complot !

En réponse, Mahomet propose dans un premier temps l’exil au Béni-Nadhir (ce qui est particulièrement clément, car le complot reproché visait l’assassinat du Prophète) :

  • Le Prophète chargea Mohammed, fils de Maslama, de porter aux Béni-Nadhir le message suivant : Vous m’avez trahi et vous avez rompu le traité qui vous liait envers moi ; je suis donc dégagé envers vous. Prenez vos biens, vos femmes et vos enfants, quittez ce pays et allez où vous voudrez. Si vous ne voulez pas partir, préparez-vous à la guerre.

Suite au refus des Béni-Nadhir, Mahomet prépare le siège (il est vraisemblable que contrairement au récit qui se veut illustrer certains versets du Coran que ce siège ait eu lieu sans proposition préalable d’exil) :

  • Le Prophète[14], après avoir établi Ibn-Oumm-Maktoum son lieutenant à Médine, sortit de la ville avec son armée et vint investir la forteresse des Béni-Nadhir, qui s’y étaient enfermés. Il ordonna de couper les dattiers, et lorsque, après avoir toute une journée abattu les arbres, on se disposa, sur l’ordre du Prophète, à continuer pendant plusieurs jours, les Juifs crièrent du haut de la forteresse : O Mohammed, s’il nous est permis de donner un avis, nous te dirons que ces arbres nous appartiennent, et, s’ils doivent t’appartenir, ils te seront utiles ; pourquoi donc les couper ? Le Prophète répondit : C’est Dieu qui l’ordonne. Ils lui répliquèrent : Dieu n’ordonne pas les crimes, et couper des arbres est un crime. Dieu révéla le verset suivant : « C’est avec la permission de Dieu que vous avez coupé un certain nombre de palmiers et que vous en avez laissé debout un certain nombre d’autres, » etc. Ensuite le Prophète défendit de couper les autres palmiers.
  • Le Prophète assiégea les Béni-Nadhir pendant onze jours. Enfin ils capitulèrent et acceptèrent les conditions que le Prophète leur imposa, savoir : qu’ils quitteraient le pays, avec leurs femmes et leurs enfants, et abandonneraient leurs biens.

Alors qu’ils ne pouvaient emporter qu’une partie restreinte de leurs richesses, la priorité alla vers ce qui touchait à leur piété religieuse :

  • (les Béni-Nadhir) prièrent[15] l’Envoyé d’Allah de les déporter, et d’épargner leur sang, à condition qu’ils puissent emporter avec eux ce que les chameaux peuvent porter de leurs biens, à l’exception des armes. L’Envoyé d’Allah accéda à leur 34_nahalat_shiva_mezuzah-scrolls_210412demande. Alors ils emportèrent de leurs biens, ce que les chameaux pouvaient porter. Alors on voyait quelques-uns parmi eux démolir les linteaux des portes et les mettre sur les dos de leurs chameaux et partir.

Les Béni-Nadhir emportèrent ainsi avec eux les Mézouzas attachés aux linteaux de leurs portes.

L’exil des Béni-Nadhir ne sera pas forcément unanimement ressenti comme une chose positive par l’ensemble des musulmans. Certains n’hésiteront pas à exprimer leur regret en en faisant l’éloge, ainsi Abbas b. Mirdas :

  • Si[16] les gens de la maison ne s’étaient pas séparés,
  • Vous auriez vu à l’intérieur de la maison du divertissement et du jeu
  • Par ma vie, te montrerai-je des femmes en litières
  • Qui sont parties pour Shatât et Tay’ab
  • Elles avaient de larges yeux comme les gazelles de Tabâlah
  • Des demoiselles qui enchanteraient l’homme pondéré et expérimenté
  • Lorsque quelqu’un vient chercher l’hospitalité, elles lui disent tout à coup
  • Avec leurs visages qui ressemblent à de l’or : « Sois deux fois le bienvenu !
  • Le bien que tu cherches ne te sera pas refusé
  • Tu n’auras rien à craindre de notre part »

Abbas b. Mirdas reprend son éloge alors qu’il est contredit par un autre musulman défendant l’action contre les Béni-Nadhir :

  • Tu[17] as satirisé les purs Cohénites (Cohen, nom associé aux prêtres Juifs), lorsqu’ils vous ont accordé
  • Des bienfaits reconnus depuis longtemps
  • Ceux-ci sont plus dignes d’être pleurés par toi
  • Et par ton peuple, s’ils veulent accomplir leur devoir envers la vérité
  • Leur devoir de gratitude, en effet, la gratitude est l’acte qui produit les meilleurs résultats,
  • Et est la manière d’agir la plus juste et la plus droite
  • Tu es comme celui qui couperait sa tête
  • Pour obtenir le pouvoir qui se trouve en elle !
  • Pleure – plutôt les Banû Hârûn (les descendants d’Aaron donc les cohénites) et mentionne leurs hauts faits
  • Et comment ils ont tué la faim quand vous étiez affamés
  • Ô ‘Akhawwât (nom de celui qui s’oppose en poésie à Abbas) ! Verse des pleurs après des pleurs sur eux
  • Et abstiens-toi de leur faire du mal
  • Car si tu les rencontres dans leurs maisons
  • Tu trouveras de quoi te détourner de dire ce que tu as dit
  • Ce sont des gens qui se pressent pour accomplir de hauts actes, et qui sont généreux en guerre
  • Et qui disent à celui qui veut le bien : « Tu es le bienvenu »

Du fait de l’absence de combat, il n’y eut pas de partage du butin, que Mahomet s’attribua pleinement.

Entre-temps, lors de la cinquième année de l’Hégire, les Qorayshites se sont reconstitués et sont prêts à attaquer Médine. Mahomet organise la défense de la ville en construisant un grand fossé tout autour afin principalement d’empêcher l’action des cavaliers. Les Qorayshites lèvent le siège quasiment sans combattre.

Mahomet profite du répit pour combattre les Béni-Qoraizha (qu’il accusait d’avoir soutenu les Qorayshites) une nouvelle tribu juive :

  • Le Prophète[18] leur dit (au Béni-Qoraizha) : O vous singes et cochons, comment avez-vous observé la volonté de Dieu ? Les Juifs répliquèrent : O Mohammed, tu ne nous as jamais ainsi insultés, pourquoi le fais-tu aujourd’hui ? « C’est Dieu qui le fait » répondit le Prophète. Il les assiégea pendant vingt-cinq jours.

Les Juifs finirent par se rendre bien que connaissant le sort que Mohammed leur réservait :

  • Ceux[19] d’entre les Juifs qui pouvaient s’enfuir gagnèrent le désert ; les autres restèrent ; ils étaient huit cents hommes (quatre cents suivant Ibn Ishâq). Le Prophète leur fit lier les mains et fit saisir leurs biens. On rentra à Médine à la fin du mois de dsoul’l-qa’da.Banu_Qurayza
  • Les Juifs restèrent dans les liens pendant trois jours, jusqu’à ce que tous leurs biens fussent transportés à Médine. Ensuite le Prophète fit creuser une fosse sur la place du marché, s’assit au bord, fit appeler Ali, fils d’Abou-Talib, et Zobaïr. Fils d’Al-Awwâm, et leur ordonna de prendre leurs sabres et d’égorger successivement tous les Juifs, et de les jeter dans la fosse. Il fit grâce aux femmes et aux enfants ; mais il fit tuer également les garçons qui portaient les signes de la puberté.

La bravoure des Béni-Qoraizha étonna les musulmans à l’instar de la seule femme exécutée parce qu’elle avait tué un des assiégeants en lui jetant une pierre de la muraille :

  • A’ishah[20] disait étonné de son cas : « Je n’oublierai pas la sérénité de son âme et la fréquence de son rire tout en sachant qu’elle allait être tuée ! »

De même dans la version d’Ibn Ishâq, le sort réservé aux Béni Qoraizha n’est pas admis facilement par les partisans de Mahomet qu’il faut convaincre par des arguments hors du cadre rationnel :

  • Ibn Ishâq[21] dit : l’Envoyé d’Allah avait dit : « Tuez tout homme juif dont vous vous emparez (ce récit est à la suite du récit du meurtre de Ka’b des Béni-Nadhir, celui qui est tué fait partie des Béni-Qoraizha qui sont exécutés). » Alors, Muhayyisah b. Mas’ûd sauta sur Ibn Sunaynah, un commerçant juif qui le fréquentait et faisait du commerce avec lui et le tua. Huwaysah b. Mas’ûd (le frère de Muhayyisah) n’était pas encore musulman, et il était plus âgé que Muhayyisah. Quand Muhayyisah tua Ibn Sunaynah. Huwaysah se mit à battre Muhayyisah en disant : « ô ennemi de Dieu ! L’as-tu tué ? Peut-être y a-t-il de la graisse de ton ventre qui vienne de son argent ! » Alors Muhayyisah répondit : « Je jure par Dieu que celui qui m’a ordonné de le tuer est quelqu’un qui, s’il m’ordonne de te tuer, je te couperai le cou ».

D’après la version d’Ibn Ishâq, ce sont les Khajraz (dont font partie Huwaysah et Muhayyisah) qui exécutèrent les Juifs des Béni-Qoraizha, bien que cette tribu et les Juifs fussent très liés avant l’éclosion de l’Islam :

  • Aucune[22] tribu n’était au courant de la mission de l’envoyé d’Allah, quand elle fut mentionnée et avant qu’elle ne fût mentionnée ; mieux que les tribus des ‘Aws et des Khajraz, et c’est par suite du fait de ce qu’ils avaient entendu de la bouche des rabbins Juifs qui étaient leurs alliés et qui vivaient avec eux, dans leur pays.

Le lien[23] entre Juifs et Khajraz étaient si fort, avant l’Islam, que ces derniers déclenchèrent une guerre (la guerre de Hâtib) contre les Aws car ceux-ci avaient tué un Juif qui était leur protégé. Si seul dorénavant ne compte que le combat aveugle pour l’Islam, ce n’est pas sans laisser quelque amertume aux musulmans qui devront dorénavant faire abstraction d’une cohabitation passée heureuse avec les Juifs :

  • Salue[24] les maisons dont les vestiges
  • Sont effacés par la longue usure et l’altération des temps
  • Comme si les Juifs avaient écrit leurs vestiges
  • À l’exception de la clôture et des pieux de cordes
  • Elles sont devenues si désertes comme si tu n’y as pas joué
  • Dans le bonheur avec des demoiselles du même âge que toi
  • Mais laisse de côté le rappel de la vie passée
  • Et du lieu qui est devenu vétuste et en ruine

Dans la sixième année de l’Hégire, Mohammed conclut une trêve avec les Qorayshites, il en profite la septième année de l’Hégire pour s’attaquer à la tribu juive de Khaibar.

Cette expédition que nous avons déjà évoquée se conclut par la reddition des Juifs de Khaibar qui peuvent rester à cultiver leurs plantations mais en en payant la moitié au Prophète.

Egypte oasis de SiwaSuite à l’expédition de Khaibar, la tribu juive voisine de Fadak demande à conclure un accord similaire avec le Prophète :

  • Dans la même semaine[25], le Prophète conclut un traité avec les habitants de Fadak, qui était une forteresse habitée par des Juifs, et entourée de plantations de dattiers. Elle était située non loin de Khaibar, mais elle était plus petite ; car il n’y avait pas de forteresse qui fût aussi grande et aussi forte que Khaibar, et qui renfermât tant d’habitants et tant de richesses. Les habitants de Fadak, voyant ce qui venait d’arriver à Khaibar, se hâtèrent d’envoyer au Prophète un message ; ils demandèrent à être traités de la même façon que les habitants de Khaibar, et à conserver leurs plantations de dattiers. Ils choisirent pour intermédiaire un homme des Béni ‘Haritha, nommé Mo’hayyiça, fils de Mas’oud. Le Prophète accepta leurs propositions ; il partit, sans emmener l’armée, pour Fadak, en face de Khaibar, et conclut le traité avec les habitants.Ramadan traditional islam digital art painting from photo. Big strokes when zooming.
  • Il déclara Fadak sa propriété personnelle, et n’en attribua rien à personne. Tandis que le produit des plantations de Khaibar (la part concédée par la tribu de Khaibar) appartenait aux musulmans, celui de Fadak appartenait en propre au Prophète, et servait à sa subsistance personnelle et à celle de sa famille ; il en disposait à son gré, en aumônes aux pauvres et en présents.

La reddition de Fadak fut suivie par celle de Wâdî’l-Qora une autre forteresse juive, après une semaine de siège. Riche de ses conquêtes contre les tribus juives médinoises, Mahomet peut se présenter à La Mecque et effectuer la « visite de l’accomplissement », soit principalement les tournées rituelles autour de la Kabba.

Cette « visite de l’accomplissement » marque le début effectif de la conquête musulmane :

  • Dieu[26] révéla le verset suivant : « Dieu a réalisé le songe du Prophète, dans lequel il avait vu que vous entreriez dans le Saint Temple, » etc. Ce verset était une réponse aux préoccupations des compagnons des compagnons du Prophète, qui s’étaient demandé, à Médine, pourquoi le songe du Prophète ne s’était pas réalisé. Or Dieu l’avait réalisé cette année, et au verset que nous venons de citer il ajouta : « Il sait ce que vous ignorez. Il voulait vous accorder, avant cela une victoire prochaine, » c’est-à-dire la conquête de Khaibar. En effet, il y avait une alliance entre les Mecquois et les habitants de Khaibar. Si l’on n’avait pas traité à ‘Hodaibiya et que le Prophète dût entrer à La Mecque par force, les Mecquois seraient venus avec une armée au secours de Khaibar, comme ils avaient secouru les Béni Qoraizha, lors de la guerre des confédérés. C’est pour cette raison que Dieu fit revenir les musulmans de ‘Hodaibiya, en exécution du traité, afin que le Prophète pût faire la conquête de Khaibar, sans que les Mecquois vinssent au secours de cette ville, et afin que l’année suivante il pût accomplir sa visite des lieux saints de La Mecque. C’est suivant les commentateurs, lors de cette visite à La Mecque, que ce verset du Coran fut révélé.
  • […] Dans la huitième année de l’Hégire, du commencement du mois de mo’harrem au mois de djoumâda premier, il (le Prophète) fit partir huit corps de troupes : les uns périrent en combattant ; d’autres remportèrent la victoire, et d’autres revinrent sans avoir combattu.

Mohammed aura donc pendant cette génération tout d’abord défié les Qorayshites. À force de harcèlement sur leurs caravanes, sans réellement les menacer militairement, il réussit à obtenir de leur part un pacte qui lui laisse les mains libres pour s’attaquer à la réelle puissance économique de la région : les tribus Juives de Médine.

Celles-ci avaient organisé leur protection par le biais de forteresses mais ne s’étaient pas préparées à affronter seules une armée, celle de Mohammed, abandonnées par leurs alliés naturels, les tribus arabes de La Mecque. Face à cette menace, le sort était jeté et Mohammed pouvait s’approprier sans trop de difficulté des richesses et de la puissance des tribus juives, y compris leur puissance intellectuelle.

Car en marge des événements dramatiques que nous venons d’évoquer, nombreux sont les Juifs qui suivirent les troupes de Mohammed dans leurs conquêtes sans renoncer à leur foi.

À son retour à La Mecque, Mohammed devient naturellement le nouvel homme fort de la péninsule arabique. Les polythéistes de La Mecque le suivirent aisément y compris sur le plan religieux, les croyances idolâtres qui préexistaient n’étaient pas suffisamment ancrées pour résister à l’attrait de l’Islam qui vient de marquer ses premiers succès.

Ce qui marque par contre la réaction des Juifs de Médine par rapport à la nouvelle menace que représentent les troupes de Mahomet, c’est leur complète abnégation Ils savent qu’ils vont tout perdre sur le plan matériel, voire qu’ils vont devoir être sacrifiés. Malgré cela, ils restent fidèles à la loi de Moïse, alors qu’il leur suffirait d’une phrase, la profession de foi de l’Islam, pour se mettre à l’abri.

Bien que la religion présentée par Mahomet respecte de nombreux points de la loi de Moïse, les Juifs de Médine restent fidèles à l’intégralité de la loi donnée sur le mont Sinaï. Ainsi les Juifs rappellent qu’ils resteront fidèles à la religion de leurs pères lorsque Mahomet les incite à se convertir à l’Islam :

  • L’envoyé[27] d’Allah a invité les Juifs, qui sont des gens qui ont l’écriture, à embrasser l’Islam et les y intéressa et en même temps les avertissait du tourment de Dieu et de son châtiment. Alors Rafi’b. Khâryjah et Malik b. Awf lui dirent : « Non, Muhammad. Nous suivrons ce qu’ont suivi nos pères, car ils étaient plus savants et mieux que nous. Dieu a fait descendre, au sujet de leur parole, le verset suivant « Si on leur dit : Suivez ce que Dieu a révélé (à travers le Coran), ils disent : « Non, nous suivrons ce que nous avons trouvé nos pères faire. Et si leurs pères n’avaient rien compris, n’avaient pas été bien guidés ? »

C’est cette fidélité des Juifs aux préceptes de la Torah transmis de génération en génération, qui les met à l’abri de toute tentative de conversion, que le psaume de cette génération tient tout d’abord à rappeler :

Écoute, ô mon peuple, mon enseignement, prête l’oreille aux paroles de ma bouche. J’ouvre les lèvres pour des sentences poétiques, j’énonce des aphorismes venant des temps anciens. Ce que nous connaissons pour l’avoir entendu, ce que nos pères nous ont raconté, nous ne le laissons pas ignorer à leurs descendants ; à la génération la plus reculée nous voulons raconter les œuvres glorieuses de l’Éternel, sa puissance et les merveilles qu’Il a accomplies. Il a établi un code dans Jacob, institué une loi en Israël ; et Il ordonna à nos pères de les enseigner à leurs enfants, pour que la génération future soit mise au courant, pour que les enfants qui viendraient à naître se lèvent (à leur tour) en instruisent leurs fils. Qu’ils mettent donc leur confiance en Dieu, se gardent d’oublier les hauts faits du Tout-Puissant, et observent ses prescriptions !

Pourtant, les Juifs de Médine auraient eu la possibilité de combattre Mahomet voire de le vaincre s’ils avaient décidé de rompre la fidélité avec la loi de Moïse. Ainsi les Juifs des Béni-Qoraizha préférèrent la défaite à la renonciation de leur foi, voire à la violation du shabbat :

  • Les Juifs[28] (les Béni-Qoraizha) avaient pour chef Ka’b, fils d’Asad, qui leur parla ainsi : il y a pour vous trois partis à prendre. Le premier, c’est de sortir et d’aller déclarer à Mohammed que vous croyez en lui. Vous sauverez ainsi vos vies, vos biens et vos familles. Les Juifs répondirent : Nous ne pouvons pas prendre ce parti : nous ne voulons pas abandonner la croyance du Pentateuque pour une autre. Ka’b dit : Prenez donc vs sabres et égorgez vos femmes et vos enfants ; brûlez vos biens et cachez-en tout ce que vous pourrez, puis jetez-vous dans le combat ; si vous succombez, vos femmes et vos enfants ne tomberont pas au pouvoir de l’ennemi, et personne ne jouira de vos biens ; si vous êtes vainqueur, vous pourrez acquérir d’autres biens. Les Juifs dirent : Tant que nous vivrons, nous ne tuerons ni nos femmes ni nos enfants ; que nous importerait la vie après avoir perdu nos femmes, nos enfants et nos biens ? Ka’b reprit : Cette nuit est la nuit du shabbat : Mohammed se croit en sûreté, sachant que vous ne combattez pas le jour du shabbat. Faites cette nuit, à l’improviste, une sortie, tombez sur Mohammed et ses soldats, et massacrez-les. – Nous ne pouvons pas violer le shabbat, dirent les Juifs. – Maintenant, dit Ka’b, vous êtes avertis.

De même les Juifs de Khaibar acceptèrent de se rendre à la seule condition de conserver leur religion :

  • On[29] avait combattu pendant trois jours sans résultat. Alors les habitants des deux forts demandèrent à capituler. Ils voulaient que le Prophète leur accordât la vie sauve et se contentât de prendre leurs biens, et qu’il les laissât demeurer dans le pays, et conserver la religion juive.

Les Juifs de Fadak se contentèrent des mêmes conditions et se rendirent sans combat.

Les Juifs de Médine étaient de valeureux guerriers reconnus et respectés. Lorsque Mahomet est apparu, les Juifs se trouvèrent soit dans ses rangs soit opposés à lui. Dans les deux cas, et quelles qu’en soient les conséquences, les Juifs de Médine n’ont renié ni leur foi ni les lois reçues à travers Moïse.

En cela, ils montrent la maturité du peuple Juif qui est armé à résister à toutes les menaces de l’exil au sein des nations. Maturité qui a manqué à leurs ancêtres lorsqu’ils avaient pris possession de la terre promise et qu’ils furent tentés par l’idolâtrie et finirent ainsi par perdre la terre que Dieu leur avait dédiée.

C’est cette évolution qui permet au peuple Juif d’arriver à traverser la nuit que la suite du psaume tient à mettre exergue en rappelant la défaillance des aînés :

Et qu’ils ne soient pas, comme leurs ancêtres, une génération insoumise et rebelle, une génération au cœur inconstant et à l’esprit non sincèrement fidèle à Dieu. Les fils d’Ephraïm, armés de l’arc, habiles tireurs, ont tourné le dos au jour du combat ! Ils ont répudié l’alliance de Dieu et refusé de suivre sa loi.

La religion musulmane se veut unificatrice par rapport aux religions monothéistes antérieures, c’est ainsi qu’elle considère la Torah et les Evangiles entre autres comme des livres sacrés. Elle reconnaît les prophètes et patriarches des deux religions.

Les Juifs resteront attachés à leur religion et en particulier à la loi de Moïse qui n’est reprise que très partiellement par l’Islam, bien que le Coran en particulier fasse une grande place à la sortie d’Égypte qui est l’élément fondateur du peuple d’Israël.

Ainsi, si on se limite aux principales évocations (de nombreuses autres sourates évoquent cet épisode plus ou moins brièvement), en particulier dans la sourate la plus importante du Coran (au moins par sa longueur), la sourate de la Vache :

  • Et[30] rappelez-vous (enfants d’Israël), lorsque Nous vous avons délivré des gens de Pharaon, qui vous infligeaient le pire châtiment en égorgeant vos fils et épargnant vos femmes. C’était là une grande épreuve de la part de votre Seigneur,
  • Et (rappelez-vous), lorsque Nous avons fendu la mer pour vous donner passage ! Nous vous avons délivrés, et noyé les gens de Pharaon, tandis que vous regardiez.
  • Et (rappelez-vous), lorsque nous donnâmes rendez-vous à Moïse pendant quarante nuits ! Puis en son absence vous avez pris le Veau pour idole alors que vous étiez injustes.
  • Mais en dépit de cela Nous vous pardonnâmes, afin que vous reconnaissiez (nos bienfaits à votre égard)
  • Et (rappelez-vous), lorsque Nous avons donné à Moïse le Livre et le discernement afin que vous soyez guidés.
  • Et (rappelez-vous), lorsque Moïse dit à son peuple : « Ô mon peuple, certes vous vous êtes fait du tort à vous-mêmes en prenant le veau pour idole. Revenez donc à votre créateur ; puis tuez donc les coupables vous-mêmes : ce serait mieux pour vous, auprès de votre Créateur » ! C’est ainsi qu’Il agréa votre repentir ; car c’est Lui, certes, le Repentant et le Miséricordieux !
  • Et (rappelez-vous), lorsque vous dites : « Ô Moïse, nous ne te croirons qu’après avoir vu Allah clairement » Alors la foudre vous saisit tandis que vous regardiez.
  • Puis Nous vous ressuscitâmes après votre mort afin que vous soyez reconnaissants.
  • Et Nous vous couvrîmes de l’ombre d’un nuage, et fîmes descendre sur vous la manne et les cailles : – « Mangez des délices que Nous vous avons attribués ! » – Ce n’est pas à Nous qu’ils firent du tort, mais ils se firent tort à eux-mêmes.
  • Et (rappelez-vous) lorsque Nous dîmes : « Entrez dans cette ville, et mangez y à l’envie où il vous plaira ; mais entrez par la porte en vous prosternant et demandez la « rémission » (de vos péchés) ; Nous vous pardonnerons vos fautes si vous faites cela et donnerons davantage de récompenses pour les bienfaisants. »
  • Mais, à ces paroles, les pervers en substituèrent d’autres, et pour les punir de leur fourberie Nous leur envoyâmes du ciel un châtiment avilissant.
  • Et (rappelez-vous), quand Moïse demanda de l’eau pour désaltérer son peuple, c’est alors que Nous dîmes : « Frappe le rocher avec ton bâton ». Et tout d’un coup, douze sources en jaillirent, et certes, chaque tribu sut où s’abreuver !- « Mangez et buvez de ce qu’Allah vous accorde ; et ne semez pas de troubles sur la terre comme des fauteurs de désordre ».
  • Et (rappelez-vous), quand vous dîtes : « Ô Moise, nous ne pouvons plus tolérer une seule nourriture. Prie donc ton Seigneur pour qu’Il nous fasse sortir de la terre ce qu’elle fait pousser, de ses légumes, ses concombres, son ail (ou blé), ses lentilles et ses oignons ! » – Il vous répondit : « Voulez-vous échanger le meilleur pour le moins bon ? Descendez donc à n’importe quelle ville ; vous y trouverez certainement ce que vous demandez ! » L’avilissement et la misère s’abattirent sur eux ; ils encoururent la colère d’Allah. Cela est parce qu’ils reniaient les révélations d’Allah, et qu’ils tuaient sans droit les prophètes. Cela parce qu’ils désobéissaient et transgressaient.

Aussi dans la sourate « Le Purgatoire (Ce terme est une traduction approximative) » :

  • Et[31] ils (les Égyptiens à Moïse) dirent : « Quel que soit le miracle que tu apportes pour nous fasciner, nous ne croirons pas en toi ».
  • Et Nous avons alors envoyé sur eux l’inondation, les sauterelles, les poux, les grenouilles et le sang, comme signes explicites. Mais ils s’enflèrent d’orgueil et demeurèrent un peuple criminel.
  • Et quand le châtiment les frappa, ils dirent : « Ô Moïse, invoque pour nous ton Seigneur en vertu de l’engagement qu’Il t’a donné. Si tu éloignes de nous le châtiment, nous croirons certes en toi et laisserons partir avec toi les enfants d’Israël ».
  • Et quand nous eûmes éloigné d’eux le châtiment jusqu’au terme fixé qu’ils devaient atteindre, voilà qu’ils violèrent l’engagement.
  • Alors Nous Nous sommes vengés d’eux ; Nous les avons noyés dans les flots, parce qu’ils traitaient de mensonges Nos signes et n’y prêtaient aucune attention.
  • Et les gens qui étaient opprimés, Nous les avons fait hériter les contrées orientales et occidentales de la terre (terre d’Israël que malgré ce verset les musulmans d’aujourd’hui dénomment Palestine et Jordanie alors que le Coran ne remet en cause dans aucun passage que cette terre est l’héritage éternel du peuple Juif) que Nous avons bénies. Et la très belle promesse de Ton Seigneur sur les enfants d’Israël s’accomplit pour prix de leur endurance. Et Nous avons détruit ce que faisaient Pharaon et son peuple, ainsi que ce qu’ils construisaient.

C’est donc parallèlement aux récits du Coran que la suite du psaume rappelle à son tour la sortie d’Égypte et l’attitude décevante des juifs dans le désert :

Ils ont oublié ses grandes œuvres et ses merveilles, dont il les avait rendus témoins. Sous les yeux de leurs pères Il accomplit des prodiges, sur la terre d’Égypte, dans les champs de Çoân. Il fendit la mer pour leur ouvrir un passage, fit se dresse les ondes comme une digue. Le jour, Il les dirigeait au moyen de la nuée, et toute la nuit, par l’éclat du feu. Il entrouvrit des roches dans le désert, et offrit à leur soif des flots abondants. Il fit jaillir des torrents du granit et couler les eaux comme des fleuves. Mais ils continuèrent à pécher contre lui, à s’insurger contre le Très-Haut de ces régions arides. Au fond de leur cœur, ils mirent Dieu à l’épreuve, en demandant une nourriture selon leur goût. Ils tinrent des propos contre Dieu, disant : « Dieu pourra-t-il dresser une table dans le désert ? Sans doute a-t-il frappé un rocher, et les eaux ont jailli, des torrents se sont précipités : pourra-t-Il aussi donner du pain ? Sera-t-Il capable d’apprêter de la viande à son peuple ? » C’est pourquoi l’Éternel, les ayant entendus, s’irrita ; un feu s’alluma contre Jacob, et sa colère s’éleva contre Israël, parce qu’ils n’avaient pas eu foi en Dieu, ni témoigné de leur confiance en son secours. Il commanda aux nuages d’en-haut, et ouvrit les portes du ciel. Il fit pleuvoir sur eux de la manne comme nourriture, et leur octroya du blé céleste. Tous eurent à manger de ce pain de délices : Il leur avait envoyé des vivres à satiété. (Puis) Il abattit le vent d’Est sous les cieux, et Sa puissance déchaîna le vent du midi. Il fit pleuvoir sur eux de la viande drue comme la poussière, des oiseaux ailés (nombreux) comme le sable de la mer ; Il les fit tomber au milieu de leur camp, tout autour de leurs tentes. Ils mangèrent et furent pleinement rassasiés : Il leur accorda l’objet de leur convoitise.

Mais le rappel de la sortie d’Égypte permet également au Coran de rappeler les errements du peuple Juif par rapport à sa confiance en Dieu. Ainsi dans une autre sourate d’importance, la sourate de « La Table servie » :

  • Ô gens du Livre[32] (les Juifs) ! Notre Messager (Muhammad) est venu pour vous éclairer après une interruption des messagers afin que vous ne disiez pas : « il ne nous est venu ni annonciateur ni avertisseur ». Voilà, certes, que vous est venu un annonciateur et un avertisseur. Et Allah est omnipotent.
  • (souvenez-vous) lorsque Moïse dit à son peuple : « Ô, mon peuple ! Rappelez-vous le bienfait d’Allah sur vous, lorsqu’il a désigné parmi vous des prophètes. Et Il a fait de vous des rois. Et il vous a donné ce qu’il n’avait donné à nul autre aux mondes.
  • Ô mon peuple ! Entrez dans la Terre sainte qu’Allah vous a prescrite. Et ne revenez point sur vos pas (en refusant de combattre) car vous retourneriez perdants ».
  • Ils dirent : « Ô Moïse, il y a là un peuple de géants. Jamais nous n’y entrerons jusqu’à ce qu’ils en sortent. S’ils en sortent, alors nous y entrerons ».
  • Deux hommes d’entre eux qui craignaient Allah et qui étaient comblés par Lui de bienfaits dirent : « Entrez chez eux par la porte ; puis quand vous y serez entrés, vous serez sans doute les dominants. Et c’est en Allah qu’il faut avoir confiance, si vous êtes croyants ».
  • Ils dirent : « Moïse ! Nous n’y entrerons jamais, aussi longtemps qu’ils y seront. Va donc, toi et Ton Seigneur, et combattez tous deux. Nous restons là où nous sommes ».
  • Il dit : « Seigneur ! Je n’ai pas de pouvoir, vraiment, que sur moi-même et sur mon frère (Aaron) : sépare-nous donc de ce peuple pervers ».
  • Il (Allah) dit : « Eh bien, ce pays leur sera interdit pendant quarante ans, durant lesquels ils erreront sur la terre. Ne te tourmente pas pour ce peuple pervers ».

Ainsi derrière les exposés où le Coran rappelle l’élection privilégiée du peuple Juif jusqu’à mettre mal à l’aise les commentateurs musulmans[33], la suite des Sourates essaie de justifier la révélation de la nouvelle religion (l’Islam) par l’infidélité du peuple Juif, ainsi faisant suite aux versets précédemment cités de la Sourate 2 (La vache) nous trouvons :

  • Certes[34], ceux qui ont cru, ceux qui se sont judaïsés, les Nazaréens, et les Sabéens, quiconque d’entre eux a cru en Allah, au Jour dernier et accompli de bonnes œuvres, sera récompensé par son Seigneur ; il n’éprouvera aucune crainte et il ne sera jamais affligé.
  • (Et rappelez-vous), quand Nous avons contracté un engagement avec vous et brandi sur vous le Mont (le mont Sinaï) – : « Tenez ferme ce que Nous vous avons donné et souvenez-vous de ce qui s’y trouve afin que vous soyez pieux ! »
  • Puis vous vous détournâtes après vos engagements, n’eût été donc la grâce d’Allah et Sa miséricorde, vous seriez parmi les perdants.
  • Vous avez certainement connu des vôtres qui transgressent le Sabbat. Et bien nous dîmes : « Soyez des singes abjects ! »
  • Nous fîmes donc de cela un exemple pour les villes qui l’entouraient alors et une exhortation pour les pieux.
  • (Et rappelez-vous) lorsque Moïse dit à son peuple : « Certes Allah vous ordonne d’immoler une vache (c’est de ce verset et de ce qui suit qu’est tiré le nom de la Sourate, la vache en question correspond au rite du sacrifice de la Vache rousse décrit dans la Torah) ». Ils dirent : « Nous prends-tu en moquerie ? » « Qu’Allah me garde d’être du nombre des ignorants » dit-il.
  • Ils dirent : « Demande pour nous à ton Seigneur qu’il nous précise sa couleur ».
  • Il dit : « Allah dit que c’est une vache jaune, de couleur vive et plaisante à voir.
  • Ils disent : « Demande pour nous à ton Seigneur qu’Il nous précise ce qu’elle est car pour nous, les vaches se confondent. Mais, nous y serions certainement bien guidés, si Allah le veut».
  • Il dit : « Allah dit que c’est bien une vache qui n’a pas été asservie à labourer la terre ni à arroser le champ, indemne d’infirmité et dont la couleur est unie».
  • Ils dirent : « Te voilà enfin, tu nous as apporté la vérité » Ils l’immolèrent alors mais il s’en fallut qu’ils ne l’eussent pas fait.
  • Et quand vous aviez tué un homme et que chacun de vous cherchait à se disculper ! Mais Allah démasque ce que vous dissimuliez.
  • Nous dîmes donc : « Frappez le tué avec une partie de la vache (pour ressusciter le mort afin qu’il désigne son assassin) ». Ainsi Allah ressuscite les morts et vous montre les signes (de Sa puissance) afin que vous raisonniez.
  • Puis, en dépit de tout cela, vos cœurs se sont endurcis ; ils sont devenus comme des pierres ou même plus durs encore ; car il y a des pierres d’où jaillissent les ruisseaux, d’autres qui se fendent pour qu’en surgisse de l’eau, d’autres s’affaissent par crainte d’Allah. Et Allah n’est certainement jamais inattentif à ce que vous faites.
  • Eh bien, espérez-vous (Musulmans) que des pareils gens (les Juifs) vous partageront la foi ? Alors qu’un groupe d’entre eux, après avoir entendu et compris la parole d’Allah, la falsifièrent sciemment (en supprimant ce qui annonce la nature prophétique de Mahomet).
  • Et quand ils rencontrent des croyants (Musulmans), ils disent : « Nous croyons » ; et, une fois seuls entre eux, ils disent : « Allez-vous confier aux musulmans ce qu’Allah a révélé pour leur fournir, ainsi, un argument contre vous devant votre Seigneur ! Êtes-vous donc dépourvus de raison ? ».

La déchéance des Juifs au profit des musulmans est confirmée par ailleurs dans une sourate ayant pour thème principal le christianisme :

  • Vous[35] (les Musulmans) êtes la meilleure communauté qu’on ait fait surgir pour les hommes, vous ordonnez le convenable, interdisez le blâmable et croyez à Allah. Si les gens du Livre (les Juifs) croyaient (à la révélation du Coran), ce serait meilleur pour eux, il y en a qui ont la foi, mais la plupart d’entre eux sont des pervers (n’adhèrent pas à l’Islam).
  • Ils ne sauront jamais vous causer de grand mal, seulement une nuisance (par la langue) ; et s’ils vous combattent, ils vous tourneront le dos, et ils n’auront point de secours.
  • Où qu’ils se trouvent, ils sont frappés d’avilissement, à moins d’un secours providentiel d’Allah ou d’un pacte avec les hommes. Ils ont encouru la colère d’Allah, et les voilà frappés de malheur, pour n’avoir pas cru aux signes d’Allah, et assassiné les prophètes, et aussi pour avoir désobéi et transgressé.

Aussi :

  • Certes[36], Nous avons établi les Enfants d’Israël dans un endroit honorable, et leur avons attribué comme nourriture de bons aliments. Par la suite, ils n’ont divergé qu’au moment où leur vint la science. Ton Seigneur décidera entre eux, au jour de la Résurrection sur ce qui les divisait.
  • Et si tu es en doute sur ce que nous avons fait descendre vers toi (Le Coran), interroge alors ceux qui lisent le Livre révélé avant toi (La Torah). La vérité certes t’est venue de ton Seigneur : ne sois donc pas de ceux qui doutent.
  • Et ne sois point de ceux qui traitent de mensonge les versets d’Allah. Tu serais alors du nombre des perdants.

Et également, dans la Sourate « La Table servie » (déjà citée) :

  • Et Allah[37] certes prit l’engagement des enfants d’Israël. Nous nommâmes douze chefs d’entre eux. Et Allah dit : « Je suis avec vous, pourvu que vous accomplissiez la Salât (la prière), acquittiez la Zakat (l’aumône), croyiez en Mes messagers (cela inclut donc Mahomet), les aidiez et fassiez à Allah un bon prêt. Alors, certes, J’effacerai vos méfaits, et vous ferez entrer aux Jardins sous lesquels coulent les ruisseaux (le Paradis). Et quiconque parmi vous, après cela, mécroit, s’égare certes du droit chemin ! »
  • Et puis, à cause de leur violation de l’engagement, Nous les avons maudits et endurci leurs cœurs : ils détournent les paroles de leur sens et oublient une partie de ce qui leur a été rappelé (concernant Mahomet). Tu ne cesseras de découvrir une partie de ce qui leur a été rappelé. Tu ne cesseras de découvrir leur trahison, sauf d’un petit nombre d’entre eux. Pardonne-leur donc et oublie (leurs fautes). Car Allah aime, certes, les bienfaisants.

Pour faire  écho à cet exposé, la suite du psaume rappelle une nouvelle fois les événements de la sortie d’Égypte en n’omettant pas de citer les rebuffades du peuple d’Israël mais en concluant, contrairement à ce que pourrait laisser penser les extraits précédents, que la colère divine envers son peuple n’est en rien définitive :

Eux n’avaient pas encore assouvi leur désir, la nourriture était encore dans leur bouche, que la colère de Dieu s’éleva contre eux ; Il en décima les plus vigoureux et coucha à terre les gens d’élite en Israël. Il mit donc fin à leurs jours par un souffle, à leurs années par des coups soudains. Quand Il les faisait ainsi périr, ils le recherchaient, venant à résipiscence, ils se mettaient en quête de Dieu. Alors ils se souvenaient que Dieu était leur rocher, le Dieu suprême leur libérateur. Ils l’amadouaient avec leur bouche, en paroles ils lui offraient des hommages menteurs, mais leur cœur n’était pas de bonne foi à son égard ; ils n’étaient pas sincèrement attachés à son alliance. Mais lui, plein de miséricorde, pardonne les fautes, pour ne pas consommer des ruines ; bien souvent il laisse sa colère s’apaiser, et n’a garde de déchaîner tout son courroux. Il se souvint donc que c’étaient de faibles créatures, un souffle qui s’évanouit sans retour.

Mais la suite du psaume va aller plus loin que le Coran en évoquant les infidélités du peuple d’Israël après la sortie d’Égypte, une fois établi en terre promise, période qui n’est évoquée que succinctement dans le Coran.

Celui-ci en effet se limite principalement au récit biblique du Pentateuque puis aux personnages principaux qui suivirent tels Salomon et David.

Ainsi la suite du psaume fait le lien entre infidélité dans le désert et infidélité en terre d’Israël :

Que de fois ils s’insurgèrent contre lui dans le désert et l’offensèrent dans ces lieux solitaires ! Ils revenaient sans cesse à la charge, mettant à l’épreuve le Tout-Puissant, et défiant le Saint Israël. Ils étaient oublieux de sa puissance, oublieux du jour où Il les délivra de l’ennemi ; car Il fit éclater ses prodiges en Égypte, et ses miracles dans les champs de Çoân. Il changea en sang leurs fleuves, et leurs cours d’eau ne furent plus potables. Il lança contre eux des bêtes malfaisantes pour les dévorer, des grenouilles pour les ruiner. Il livra leurs plantations aux locustes, et le produit de leur travail aux sauterelles. Par la grêle il fit périr leurs vignes, et leurs sycomores par les giboulées. Il abandonna leur bétail en proie à la grêle, et leurs troupeaux aux ravages de la foudre. Il lâcha sur eux le feu de sa colère, courroux, malédiction et fléaux, tout un essaim d’anges malfaisants. Il donna libre cours à Sa colère, ne les préserva pas eux-mêmes de la mort, mais les fit succomber, victimes de la peste. Il frappa tout premier-né en Égypte, les prémices de leur vigueur dans les tentes de Cham. Il mit en marche son peuple comme des brebis, et les conduisit comme un troupeau dans le désert. Il les fit avancer en sécurité, sans qu’ils n’eussent rien à craindre, alors que la mer s’était refermée sur leurs ennemis. Il les amena sur son saint territoire, sur cette montagne acquise par sa droite. Il chassa des peuplades devant eux, leur en distribua le pays par lots héréditaires, et établit dans leurs tentes les tribus d’Israël. Mais, redevenus rebelles, ils tentèrent le Dieu suprême, et cessèrent d’observer ses statuts. Ils se dévoyèrent, devinrent infidèles comme leurs pères, se retournèrent comme un arc perfide. Ils irritèrent Dieu par leurs hauts-lieux, et, par leurs images sculptées, allumèrent sa jalousie.

Cette infidélité entraîne la colère divine envers son peuple.

Or nous sommes encore au cœur de la nuit, les Juifs sont dans l’exil la proie des nations et ce que subissent une nouvelle fois les Juifs de cette génération est une nouvelle illustration de cette colère divine.

Ainsi celle-ci qui est décrite dans la suite du psaume illustre dans le même temps ce que subirent les Juifs de Médine durant la génération de ce psaume :

Dieu entendit et s’emporta, eut un profond dégoût d’Israël. Il délaissa la résidence de Silo, le tabernacle qu’Il avait établi parmi les hommes. Il laissa s’en aller en captivité sa puissance, et sa gloire tomber entre les mains de l’ennemi.

Les tribus juives de Médine durent se soumettre à Mahomet. Alors que celles-ci dominaient le Hidjab, elles durent abandonner leur pouvoir au nouveau maître des lieux et pour certaines d’entre elles accepter un nouvel exil. Ce fut le cas en particulier pour la première tribu attaquée par Mahomet : les Béni-Qainoqa. Puis il en fut de même pour les Béni-Nadhir.

Il livra son peuple au glaive, et s’emporta sur Son héritage.

Après l’exil des Béni-Qainoqa. Les attaques suivantes de Mahomet envers les tribus juives devinrent plus violentes. Ainsi Ka’b, un des chefs des Béni Nadhir puis Sallâm chef des Juifs de Khaibar furent exécutés. Et ce fut le sort réservé aux hommes des Béni-Qoraizha.

Ses jeunes gens, le feu les dévora, ses jeunes filles ne connurent aucun chant d’hyménée.

Parmi les Béni-Qoraizha entre autres, les jeunes gens (dès qu’il avait un signe de puberté) furent exécutés (l’image du feu ici donnée est à associer à leur jeune âge plutôt qu’à la façon dont ils ont été exécutés) et, les jeunes filles firent partie du butin, abandonnant tout projet de mariage avec des fiancés disparus et durent se résigner à s’unir à ceux qui les avaient assiégés.

Ses prêtres tombèrent par l’épée, et ses veuves ne pleurèrent point.

Pour ce dernier verset du psaume que nous reprenons, nous avons déjà vu qu’Abbas b. Mirdas dans ses poèmes à l’éloge des Béni-Nadhir évoque des « Cohénites ». Nous pouvons également illustrer ce verset par un autre poème (de Jabal b. Jawwâl al Thalabi) à l’éloge des Béni Nadhir et des Béni Qoraizha, qui fait référence aux « Cohen » parmi les victimes :

  • Malheur[38] à Sa’d, Sa’d b. Muâd !
    • Celui à qui Mahomet donna le pouvoir de décider du sort des Béni Qoraizha et qui décida d’exécuter tous les hommes.
  • À cause de ce que Qoraizha et Al Nadhir ont souffert
  • Par ta vie, Sa’d b. Muâd
  • Le jour de leur départ était la vraie souffrante
  • Quand à Abu Hubâb al Khazrajy
  • Il avait dit à Qainoqa : ne partez pas !
  • Les alliés de Hudayr et de ‘Usayd furent changés
  • Et il arrive que les tours soient échangés
  • Al Buwayrah est désert de Salâm
  • De Sa’yah et d’Ibn ‘Akhtab
  • Ils étaient, en leur ville, de grands poids
  • Aussi pesants que les rochers en la montagne Mîtân
  • Si Abu Hakam Salâm est tué,
  • Il ne fut pas mal armé, ni paresseux
  • Et tous les Cohen – et il était l’un d’eux
  • Sont généreux et faucons, mais avec tendresse
  • Nous avons vu qu’ils ont persévéré dans la gloire
  • Une gloire que les temps n’ont pas ternie
  • Séjournez-y, Ô notables d’al ‘Aws
  • Comme si vous étiez privés de (cette) honte,
  • Vous avez abandonné votre marmite vide
  • Quand la marmite des gens était chaude et bouillonnante.

Le psaume de cette génération cite à deux reprises les champs de Çoân qui ne sont pas cités lors du récit de la sortie d’Égypte dans le Pentateuque.

Par contre, cette région est citée deux fois également dans les prophéties d’Isaïe.

Le récit de ce psaume permet donc de faire un parallèle avec le texte d’Isaïe qui présente bien plus de similitudes que le simple rappel d’une région d’Égypte, et en particulier le passage suivant:

  • Malheur[39], enfants rebelles, dit le Seigneur, vous qui machinez des plans en dehors de moi, contractez des alliances contre mon gré et accumulez ainsi faute sur faute, vous qui vous mettez en route pour descendre en Égypte, sans avoir demandé mon avis, avec l’espoir de trouver une force dans l’appui de Pharaon et un abri à l’ombre des Égyptiens ! Mais l’appui de Pharaon sera votre honte, et l’abri des Égyptiens votre déshonneur. C’est que déjà ses princes sont à Çoân, et ses messagers ont atteint Hanès. Mais tous seront déçus au sujet d’un peuple qui ne leur sera d’aucun secours, qui ne sera ni un appui ni une force, mais seulement une cause de déboire et même d’opprobre. Oracle à propos des animaux du Midi : À travers un pays de détresse et d’angoisse, où vient lions et lionnes, aspics et dragons volants, ils transportent sur la croupe des ânons leurs richesses, et sur le dos des chameaux leurs trésors, chez un peuple qui n’est d’aucun secours. L’appui de l’Égypte, en effet, est vain et illusoire, aussi je dis de cette nation : « Ils font beaucoup de bruit, mais ils restent cois ». Maintenant donc rentre, mets cela par écrit sur une tablette en leur présence, fixe-le sur un livre pour durer jusqu’au jour le plus reculé, toujours et toujours. Car c’est un peuple indocile, des enfants déloyaux, des enfants qui refusent l’enseignement du Seigneur.
  • Qui disent aux voyants : « Ne voyez point ! » et aux prophètes : « Ne nous révélez pas de vérités ! Débitez-nous des choses agréables ; prophétisez de quoi nourrir nos illusions ! Éloignez-vous du chemin, détournez-vous de la route, laissez-nous en paix avec le Saint d’Israël! »
  • C’est pourquoi le Saint d’Israël parle ainsi : « Puisque vous avez méprisé mes exhortations, placé votre confiance et cherché un appui dans la fraude et le mensonge, ce crime sera pour vous tel qu’une lézarde menaçante, apparaissant dans un mur élevé qui s’écroule brusquement, en un instant, et qui tombe en ruines comme on brise un vase de potiers, en l’écrasant sans pitié, de telle sorte que dans ses débris on ne peut même pas ramasser un tesson pour prendre du feu au foyer ou puiser de l’eau à la citerne. »
  • Car ainsi avait parlé le Seigneur, le Dieu Éternel, le Saint d’Israël : « C’est la paix et la douceur votre salut, la quiétude et la confiance qui seront votre force, » mais vous vous y êtes refusés. Vous disiez : « Non ! Nous voulons galoper sur les chevaux » – eh bien ! vous galoperez pour fuir – « nous voulons monter des coursiers rapides », – eh bien ! ils seront rapides, ceux qui courront après vous. Au nombre de mille, vous fuirez devant la menace d’un seul, devant la menace de cinq, de façon à vous trouver isolés comme un mât sur le sommet de la montagne, comme une bannière sur la hauteur. Pourtant, le Seigneur ne demande qu’à vous rendre sa faveur ; pourtant, il se lèvera pour vous prendre en pitié, car le Seigneur est un Dieu de justice : heureux ceux qui espèrent en Lui !
  • Oui, ô peuple de Sion, qui habite dans Jérusalem, tu ne pleureras pas toujours : il accueillera avec bienveillance ta voix suppliante ; dès qu’il l’entendra, Il te répondra. Le Seigneur vous accordera du pain dans la détresse et de l’eau dans la pénurie ; ton guide ne se dérobera plus à ton regard, tes yeux pourront voir ton guide, et tes oreilles entendre ces paroles qui seront prononcées derrière toi : « Voici la route ! Suivez-la, que vous preniez à droite ou que vous preniez à gauche. » Alors vous déclarerez impurs le revêtement de vos idoles d’argent et l’enveloppe de vos statues d’or, vous les rejetterez au loin comme des immondices : « Hors d’ici ! » leur direz-vous. Et Dieu dispensera la pluie à la semence que vous confierez au sol ; le pain que produira la terre sera substantiel et savoureux, tes troupeaux paîtront en ce jour dans de vastes prairies. Les bœufs et les ânes, employés aux travaux des champs, mangeront un fourrage assaisonné de sel et qu’on aura vanné avec la pelle et le van. Sur toute haute montagne et sut toute colline élevée, il y aura des ruisseaux, des eaux courantes, au jour du grand massacre, lors de la chute des tours fortifiées. La lune, alors, brillera du même éclat que le soleil, et la lumière du soleil sera sept fois plus vive, comme la lumière des sept jours, à l’époque où l’Éternel pansera les blessures de son peuple et guérira les meurtrissures qui l’ont atteint.

Ce texte est relatif au règne du roi Ézéchias qui ne put éviter la colère divine mais qui par la grandeur de ses actes obtint une rémission dans l’application de celle-ci.

De même pour la génération qui nous intéresse, elle ne peut éviter que se déroulent de nouveaux actes tragiques pour les Juifs car nous sommes encore dans le cœur de la nuit. L’attitude exemplaire des Juifs par rapport à l’adversité qui confirme leur fidélité à l’alliance contractée avec Dieu alors qu’en reniant celle-ci, ils auraient pu éviter aisément les malheurs qui les atteignent permet à l’auteur des psaumes de rappeler une nouvelle foi, comme le fait Isaïe, que Dieu n’a pas oublié lui aussi son alliance avec le peuple d’Israël, et que la nuit finira par se terminer et qu’alors les promesses de l’aube se réaliseront.

C’est ce que rappelle la fin du psaume :

Alors le Seigneur se réveilla, tel un homme qui a dormi, tel un guerrier exalté par le vin. Ses coups firent reculer ses adversaires : Il leur infligea un opprobre éternel. Mais il rejeta le tabernacle de Joseph, et cessa de préférer la tribu d’Ephraïm. Il porta son choix sur la tribu de Juda, sur le mont Sion, qu’il avait pris en affection ; il bâtit son sanctuaire, (solide) comme les hauteurs célestes, comme la terre qu’il a fondé pour l’éternité. Il élut David, son serviteur, et lui fit quitter les parcs de troupeaux. Du milieu des brebis allaitant leurs petits, il l’amena pour être le pasteur de Jacob, Son peuple, et d’Israël, Son héritage. Et lui, (David) fut leur pasteur selon l’intégrité de son cœur, et les dirigea d’une main habile.

Rappelons que le Coran ne remet pas réellement en cause cette alliance et reconnaît même d’une certaine façon l’attribution définitive de la terre promise aux enfants d’Israël :

  • (Pharaon) voulut[40] donc les expulser du pays. Alors Nous les noyâmes tous, lui et ceux qui étaient avec lui.
  • Et après lui, Nous dîmes aux Enfants d’Israël : « Habitez la terre ». Puis, lorsque viendra la promesse de la (vie) dernière (aux temps messianiques), Nous vous ferons venir en foule.

Bien que la nuit ne soit pas encore terminée pour le peuple d’Israël, les Juifs récupèrent durant cette génération et pendant un temps relativement limité la souveraineté sur Jérusalem illustrant ainsi d’une autre manière la fin du psaume de cette génération.

Ainsi pendant que Mahomet est en train de poser les fondations de la conquête musulmane, Perses et Byzantins en sont encore à se combattre et à s’affaiblir mutuellement. Parmi les conquêtes Perses du début de cette génération figure Jérusalem en 614.

D’importantes reliques (dont un présumé fragment de la vraie croix) sont emportées en Perse. Cette prise de Jérusalem par les Perse pour un temps alliés des Juifs crée un espoir de résurrection chez les Juifs qui fait rapidement place à la désillusion :

  • Au[41] début de 614, partant de Damas, les Perse s’emparèrent d’un seul élan de Tibériade, Séphoris, Césarée, Lod et Jérusalem. Les événements qui se déroulèrent à Jérusalem sont incertains, car les deux principales sources n’en donnent pas une idée claire. Il semble que la ville ait commencé par se rendre (comme, auparavant, Césarée) pour se révolter peu de temps après (début mai ?). Fin mai 614, les Perses enlevèrent à nouveau Jérusalem, en détruisant cette fois-ci de nombreuses églises, en pillant la ville et en organisant un bain de sang parmi la population chrétienne. Puis ils remirent la ville aux Juifs qui, espérant une restauration semblable à celle du roi Perse Cyrus en 538 avant J.C., se mirent à former une administration juive autonome. […]
  • Le gouvernement messianique radical des Juifs à Jérusalem fut toutefois de courte durée. Après la conquête de Jérusalem, les Perses envisageaient des attaques contre l’Égypte et contre Constantinople qu’ils assiégèrent en vain durant près de dix ans (à partir de 615). En Palestine, ils parvinrent encore à s’emparer d’Acco, avec l’aide de la population juive de la ville. En revanche, ils échouèrent devant Tyr, autre ville côtière très importante, entre autres parce que les autorités locales avaient fait interner leurs concitoyens juifs. Ce siège manqué (617 ?) semble avoir opéré un revirement dans la politique des Perses. Ceux-ci s’aperçurent que les Juifs n’étaient pas en mesure de leur fournir une aide militaire adéquate dans leur guerre ultérieure contre Byzance et qu’ils ne parviendraient pas non plus à tenir la Palestine conte l’écrasante majorité chrétienne de la population en ne s’appuyant que sur les seuls Juifs. C’est ainsi qu’ils leur retirèrent Jérusalem, probablement au cours de la même année, pour la rendre aux Chrétiens. Il est possible que le passage de l’apocalypse de Zorobabel fasse allusion à cela :
    • Dans la cinquième année (du gouvernement) de Néhémie ben Chushiel et du rassemblement du peuple des saints, Schiroi (Chosroes ?) le roi des Perses, se lèvera contre Néhémie et contre Israël et il régnera une grande détresse en Israël […] Schiroi pourfendra Néhémie ben Chushiel […] et Israël sera dispersé dans le désert.

 

[1] John Julius Norwich : « Histoire de Byzance » / Chapitre : « Les premiers siècles/Héraclius part en guerre » (p. 112)

[2] D’après Yves Porter : « Les Iraniens » (p.98 à 100)

[3] TABARI : « La Chronique/Mohammed, sceau des prophètes » / Chapitre : « Expédition contre les Béni-Qainoqa » (Volume II, p. 178). Le passage cite : CORAN/Sourate 8 (Al-Anfal – Le butin), verset 60

[4] TABARI : « La Chronique/Mohammed, sceau des prophètes » / Chapitre : « Expédition contre les Béni-Qainoqa » (Volume II, p. 179)

[5] TABARI : « La Chronique/Mohammed, sceau des prophètes » / Chapitre : « Meurtre de Ka’b, fils d’Ashraf » (Volume II, p. 181 à 184)

[6] Ibn Ishâq : « Muhammad » (Traduction de Abdurrahmân Badawî), chapitre : « Le meurtre de Ka’b b. al-‘Ashraf. (T. II, p. 18 à 25)

[7] Ibn Ishâq : « Muhammad » (Traduction de Abdurrahmân Badawî), chapitre : « Poèmes composés au sujet de l’affaire des Banû al-Nadhir ». (T. II, p. 154)

[8] TABARI : « La Chronique/Mohammed, sceau des prophètes » / Chapitre : « Meurtre de Sallâm, fils d’Abou’l-‘Hoqaiq » (Volume II, p. 186 et 187)

[9] TABARI : « La Chronique/Mohammed, sceau des prophètes » / Chapitre : « Combat d’O’hod » (Volume II, p. 189 à 187)

[10] Ibn Ishâq : « Muhammad » (Traduction de Abdurrahmân Badawî), chapitre : « La bataille de ‘Uhud » (T.II, p.32)

[11] Ibn Ishâq : « Muhammad » (Traduction de Abdurrahmân Badawî), chapitre : « Le cas de Mukhayriq» (T.I, p.422)

[12] Ibn Ishâq : « Muhammad » (Traduction de Abdurrahmân Badawî), chapitre : « Le pacte entre les immigrés et les Ansârs et la réconciliation avec les Juifs » (T.I, p.406 à 410)

[13] TABARI : « La Chronique/Mohammed, sceau des prophètes » / Chapitre : « Expédition contre les Béni-Nadhir» (Volume II, p. 214)

[14] TABARI : « La Chronique/Mohammed, sceau des prophètes » / Chapitre : « Expédition contre les Béni-Nadhir» (Volume II, p. 218)

[15] Ibn Ishâq : « Muhammad » (Traduction de Abdurrahmân Badawî), chapitre : « La déportation de Banû al-Nadir en l’an IV (de l’Hégire) » (T.II, p.148)

[16] Ibn Ishâq : « Muhammad » (Traduction de Abdurrahmân Badawî), chapitre : « Poèmes composés au sujet de l’affaire des Banû al-Nadhir ». (T. II, p. 156/157)

[17] Ibn Ishâq : « Muhammad » (Traduction de Abdurrahmân Badawî), chapitre : « Poèmes composés au sujet de l’affaire des Banû al-Nadhir ». (T. II, p. 158)

[18] TABARI : « La Chronique/Mohammed, sceau des prophètes » / Chapitre : « Expédition contre les Béni-Qoraizha» (Volume II, p. 230)

[19] TABARI : « La Chronique/Mohammed, sceau des prophètes » / Chapitre : « Expédition contre les Béni-Qoraizha» (Volume II, p. 231/232)

[20] Ibn Ishâq : « Muhammad » (Traduction de Abdurrahmân Badawî), chapitre : «Le massacre des Banû Qoraizha ». (T. II, p. 193)

[21] Ibn Ishâq : « Muhammad » (Traduction de Abdurrahmân Badawî), chapitre : « L’affaire de Muhayyisah et de (son frère) Huwaysah ». (T.II, p. 25)

[22] Ibn Ishâq : « Muhammad » (Traduction de Abdurrahmân Badawî), chapitre : « Al Walid b. al-Mughirah : sa haine pour l’envoyé d’Allah et son avis sur le Coran ». (T.I, p. 215)

[23] Voir Ibn Ishâq : « Muhammad » (Traduction de Abdurrahmân Badawî), chapitre : « La guerre de Hâtib». (T.I, p. 220)

[24] Ibn Ishâq : « Muhammad » (Traduction de Abdurrahmân Badawî), chapitre : «Les poèmes composés au sujet de la bataille du fossé et de la campagne contre Banû Qoraizha ». (T. II, p. 208)

[25] TABARI : « La Chronique/Mohammed, sceau des prophètes » / Chapitre : « Expédition de Fadak» (Volume II, p. 258)

[26] TABARI : « La Chronique/Mohammed, sceau des prophètes » / Chapitre : « Visite de l’Accomplissement» (Volume II, p. 258), ce passage cite le verset suivant du Coran : Sourate 48, verset 27.

[27] Ibn Ishâq : « Muhammad » (Traduction de Abdurrahmân Badawî), chapitre : « Leur réponse (des Juifs) quand le Prophète les appela à l’Islam » (T.I, p.457), qui cite le Coran /Sourate 3, versets 12 à 14

[28] TABARI : « La Chronique/Mohammed, sceau des prophètes » / Chapitre : « Expédition contre les Béni-Qoraizha» (Volume II, p. 230)

[29] TABARI : « La Chronique/Mohammed, sceau des prophètes » / Chapitre : « Expédition de Khaibar» (Volume II, p. 256)

[30] CORAN, Sourate 2 (Al Baraqah  – La vache), versets 49 à 61

[31] CORAN, Sourate 7 (Al A’ raf – « Le purgatoire »), versets 132 à 137

[32] CORAN, Sourate 5 (Al Ma’idah – La Table servie), versets 19 à 26

[33] Ainsi dans la sourate 2, lorsque le verset 47 indique, lorsque Dieu s’adresse au peuple d’Israël « Je vous ai préférés à tous les peuples », le traducteur officiel se sent obligé de rajouter au Coran « de l’époque », rassurant ainsi les fidèle musulmans en limitant la portée de cette préférence.

[34] CORAN, Sourate 2 (Al Baraqah  – La vache), versets 62 à 76. Pour les préceptes de la Torah sur la vache rousse, se reporter à NOMBRES, Chapitre 19.

[35] CORAN, Sourate 3 (Al ‘Imran – La famille d’Imran), versets 110 à 112

[36] CORAN, Sourate 10 (Yunus – Jonas), versets 93 à 95

[37] CORAN, Sourate 5 (Al Ma’idah – La Table servie), versets 12 et 13

[38] Ibn Ishâq : « Muhammad » (Traduction de Abdurrahmân Badawî), chapitre : « Les poèmes composés au sujet de la bataille du fossé et de la campagne contre Banû Qoraizha » (T.II, p.222)

[39] ISAÏE, Chapitre 30, versets 1 à 26

[40] CORAN, Sourate 17 (Al Isra – Le voyage nocturne (ou Les enfants d’Israël) ), verset 103 et 104

[41] Peter Schäfer : « Histoire des juifs dans l’antiquité » / Chapitre « Du soulèvement de Bar Kokheba » (p. 220 à 223)