590 à 610, psaume 77 : Mahomet.

acces-psaume-fotolia_102515739_subscription_monthly_mhelp-bouton-fotolia_61356253_subscription_monthly_mButton aus zwei Puzzlestücken zeigt E-Mail KontaktButtonsButtonsmahomet shutterstock_352319039

Du côté de Byzance, cette génération est celle des empereurs Maurice (582-602) et Phocas (602-610).

Du côté Perse, c’est Khosrô II Parviz (590-628) qui succède à Hormozd IV. Ce partage du monde est évidemment en train d’être chamboulé par l’émergence de l’Islam dans la péninsule arabique par le biais de Mahomet.

Knight-IranMaurice[1] fut un bon empereur pour Byzance mais qui, du fait de la mauvaise gestion de son prédécesseur imposa une rigueur budgétaire qui lui aliéna les militaires et permit l’ascension de Phocas, un centurion. Celui-ci réussit à Nuremberg_chronicles_f_149r_1prendre le pouvoir en 602, exécutant Maurice et ses fils.

Cette accession coïncide avec une nouvelle offensive perse en 603. Cette offensive permet aux Perses en quatre ans de conquérir de nombreux territoires byzantins et de camper quasiment aux portes de Constantinople. Dans le même temps Slaves et Avars continuent d’envahir la péninsule des Balkans.

Cette situation difficile n’empêcha pas Phocas de s’en prendre aux Juifs :

  • Au point[2] où en était la crise, Phocas aurait dû encourager des élans de solidarité. Mais il décida de procéder à une campagne de conversion forcée des Juifs. La plupart des victimes qu’il avait en vue vivaient dans les provinces orientales – sur la ligne de front, face à l’attaque perse ; se les aliéner à un tel moment était un acte de folie à peine croyable. Les juifs d’Antioche se révoltèrent et commencèrent à leur tour à massacrer les chrétiens du lieu, infligeant une mort particulièrement cruelle au patriarche Anastase. Des milliers d’habitants terrifiés, Chrétiens et Juifs mêlés, fuirent la boucherie et cherchèrent refuge en territoire perse. Tandis que l’empire s’enfonçait dans l’anarchie, les complots se succédaient à un rythme rapide. Parmi les innombrables exécutions, il y eut celle de l’ex-impératrice Constantina et de ses trois filles. Dans la capitale, les Verts (avec les Bleus : les deux factions rivales ancestrales de Constantinople), se révoltèrent et mirent le feu à plusieurs édifices publics ; dans les provinces orientales, c’était le chaos. Chrétiens et Juifs se jetaient maintenant partout à la gorge les uns des autres, ces derniers s’alliant ouvertement aux Perses qui les reçurent à bras ouverts.

Cette situation qui s’aggrave une nouvelle fois pour les Juifs suscite le début du psaume de cette génération :

Ma voix s’élève vers Dieu, et je crie, ma voix s’élève vers Dieu, et Il me prête l’oreille. Au jour de ma détresse, je recherche le Seigneur, de nuit ma main se tend vers lui sans relâche : mon âme refuse toute consolation. Je pense à Dieu et je gémis, je réfléchis et mon esprit se voile de tristesse. Sélah ! Tu tiens mes paupières ouvertes, je suis troublé au point de ne pouvoir parler. Je médite sur les jours d’un passé lointain, sur les années envolées depuis une éternité. La nuit, je me remémore mes cantiques, je médite en mon cœur, et mon esprit se plonge dans les réflexions : « Le Seigneur délaisse-t-il donc sans retour ? Ne rendra-t-il plus sa bienveillance ? Sa bonté a-t-elle disparu à jamais ? Sa promesse est-elle annulée pour la suite des temps ? Dieu a-t-il désappris la compassion ? Ou bien, dans sa colère, enchaîne-t-il sa miséricorde ? » Sélah!

Pris en tenaille entre l’empire chrétien de Byzance et l’empire Perse, les Juifs ont dans un premier temps, suite aux attaques de Byzance, cru pouvoir prendre le parti des Perses. La suite des événements, la prise de Jérusalem en 614 puis le revirement des Perse en faveur des chrétiens les fera déchanter. Dans l’état actuel du monde, il est difficile de croire en des jours meilleurs. Depuis que les Juifs sont entrés dans la nuit, l’espoir que Dieu vienne à leur secours se dérobe de génération en génération. Les revers, une nouvelle fois subis dans celle-ci, sauf changement important de la géopolitique, semblent laisser peu d’espoir à une survie des Juifs en tant que nation dans les générations à venir. C’est peut-être ce changement en marche (la naissance de l’Islam) que l’auteur du psaume évoque dans ce dernier verset : « Ou bien, dans sa colère, enchaîne-t-il sa miséricorde ? » Sélah !

La vie[3] religieuse en orient ne s’est pas arrêtée. En Babylonie, aux sept générations des Amoraim (225-500 : qui approfondissent la loi orale, la Mishnah) ont succédé les Saboraïm (500-591 : ceux qui raisonnent, donnent des opinions). Apparaissent maintenant les Gaonim. Pendant quatre siècles (589-1038), les directeurs des écoles talmudiques portent le nom de Gaon. Chefs incontestés de la vie religieuse, les Juifs d’Orient et d’Occident respectent leur autorité.

L’œuvre principale des Gaonim est d’interpréter les règles talmudiques, d’unifier les usages, d’en faire la source d’une jurisprudence. En plus, les « responsa » permettent aux communautés dispersées de rester en liaison les unes aux autres et de rester unies.

Malgré l’adversité, la confiance toujours renouvelée du peuple Juif puisant dans l’héritage divin pour se renforcer et résister est évoquée dans la suite du psaume :

Et je me dis : « C’est là ma souffrance, que la main du très-haut ait changé (à mon égard). » J’évoquerai le souvenir des œuvres du Seigneur, oui, le souvenir de tes antiques merveilles. Je méditerai sur tous tes exploits, et passerai en revue tes hauts faits.

De fait cette génération voit éclore l’Islam.

La cohabitation entre Musulmans et Juifs ne sera pas aisée et réservera de nombreux déboires au peuple Juif. Cela n’empêche pas que globalement l’apparition de l’Islam servira de contrepoids à l’immense pouvoir du monde chrétien et permettra aux Juifs de pouvoir survivre à travers les générations en naviguant entre ces deux mondes.

Mohammed_receiving_revelation_from_the_angel_GabrielLa tradition musulmane situe en effet la « révélation » à la fin de cette génération.

L’histoire de Joseph fait l’objet d’une sourate dans le Coran qui reprend le récit biblique le concernant :

  • Ainsi[4] ton Seigneur te choisira et t’enseignera l’interprétation des rêves, et il parachèvera son bienfait sur toi et sur la famille de Jacob, tout comme il l’a parfait auparavant sur tes deux ancêtres, Abraham et Isaac car ton Seigneur est omniscient et sage. Il y avait certainement, en Joseph et ses frères, des exhortations pour ceux qui s’interrogent, quand ceux-ci dirent : « Joseph et son frère (Benjamin) sont plus aimés de notre père que nous, alors que nous sommes un groupe bien fort. Notre père est vraiment dans un tort évident. Tuez Joseph ou bien éloignez-le dans n’importe quel pays, afin que le visage de votre père se tourne exclusivement vers vous, et que vous soyez après cela des gens de bien ». L’un d’eux dit : « Ne tuez pas Joseph, mais jetez-le si vous êtes disposés à agir, au fond du puits afin que quelque caravane le recueille ».

026.Joseph_Is_Sold_by_His_BrothersLe projet réalisé, le récit rappelle l’épisode de la caravane :

  • Or[5], vint une caravane. Ils envoyèrent leur chercheur d’eau, qui fit descendre son seau. Il dit : « Bonne nouvelle ! Voilà un garçon ! » Et ils le dissimulèrent (pour le vendre) tel une marchandise. Allah cependant savait fort bien ce qu’ils faisaient. Et ils le vendirent à vil prix : pour quelques dirhams comptés. Ils le considéraient comme indésirable. Et celui qui l’acheta était de l’Égypte.

La suite de la Sourate annonce l’universalité du monothéisme :

  • Et[6] j’ai suivi la religion de mes ancêtres, Abraham, Isaac et Jacob. Il ne nous convient pas d’associer à Allah quoi que ce soit. Ceci est une grâce d’Allah sur nous et sur tout le monde ; mais la plupart des gens ne sont pas reconnaissants.

C’est universalité adoptée pour le monde musulman fait d’ailleurs l’objet du prologue de cette sourate :

  • Alif[7], Lâm, Râ (trois lettres de l’alphabet arabe). Tels sont les versets du Livre explicite.
  • Nous l’avons fait descendre, un Coran en langue arabe, afin que vous raisonniez.
  • Nous te racontons le meilleur récit, grâce à la révélation que Nous te faisons dans ce Coran, même si tu étais auparavant du nombre des inattentifs (à ces récits).

Cet avènement de l’Islam fait l’objet de la suite du psaume :

Ô Dieu, sublime de sainteté est ta voie ; est-il une divinité grande comme Dieu ?

Cette reconnaissance est au cœur de l’Islam

Tu es, toi, l’Être tout-puissant, auteur de prodiges ; Tu fais éclater ta force parmi les nations.

Après s’être étendu au monde occidental via le Christianisme, le monothéisme séduit les nations de l’orient via l’Islam.

Par ton bras Tu affranchis Ton peuple, les fils de Jacob et de Joseph. Sélah !

Le rappel des personnages bibliques que sont Jacob et Joseph est comme nous venons de le voir fort à propos par rapport à l’éclosion de l’Islam.

L’Islam fait une part prépondérante à la toute-puissance de Dieu et à ses œuvres.

À des nombreuses reprises dans le Coran, cela est rappelé en particulier dans la Sourate 17 associée au voyage nocturne de Mahomet. Celle-ci rappelle l’élection du peuple d’Israël consacrée lors de la sortie d’Égypte :

  • Oui[8], nous avons conféré à Moïse neuf signes probatoires. Interroge donc les fils d’Israël ; quand il leur vint et que Pharaon lui dit : « Je pense vraiment, Moïse, que tu es un sorcier »
  • « Tu sais bien, dit Moïse, que ces choses-ci, le seul qui les ait fait descendre est le Seigneur des cieux et de la terre, pour (vous) éclairer. Et moi je pense vraiment, Pharaon, que tu vas être exterminé ».
  • L’autre voulait le faire déguerpir du pays. Nous l’avons englouti, lui et les siens, jusqu’au dernier après quoi Nous dîmes aux fils d’Israël : « Demeurez dans le pays. Quand adviendra la promesse de la vie dernière, Je vous emmènerai en masse ».

Cette Sourate reconnaît par ailleurs le caractère particulier des psaumes de David :

  • Votre[9] Seigneur connaît parfaitement ceux qui sont aux cieux et sur la terre. Nous donnons la précellence à certains prophètes sur d’autres. Ainsi conférâmes-Nous les Psaumes à David.

Ceci confirmé dans une autre Sourate, avec une formulation qui laisse entendre que les Psaumes de David contiennent des secrets à découvrir:

  • (voici) un Livre[10] que Nous avons fait descendre vers toi (David), afin qu’ils méditent sur ses versets et que les doués d’intelligence réfléchissent.

Ainsi le psaume de David de cette génération conclut sur la sortie d’Égypte, élément fondateur du peuple d’Israël, et reconnu par la nouvelle religion monothéiste, qui confirme que quels que soient les événements subis par le peuple d’Israël, la bienveillance divine envers son peuple reste d’actualité :

Les flots te virent, ô Dieu ; les flots te virent, et ils tremblèrent, les vagues profondes s’émurent de peur. Les nuées se fondirent en pluies torrentielles, les cieux furent retentir leur tonnerre, et tes flèches volèrent de toute part. Le fracas de ta foudre se mêla au tourbillon, les éclairs illuminèrent le monde, la terre gémit et vacilla. Tu frayas ta route à travers la mer, ton sentier à travers des eaux épaisses : tes traces échappèrent aux regards. Tu conduisis comme un troupeau ton peuple, par la main de Moïse et Aaron.

Cette génération marque le début de l’Islam en particulier par les premiers convertis que sont Khadîdja, la première femme de Mahomet puis Ali son neveu.

Bien que l’apport de l’Islam soit une avancée pour le monothéisme dans le monde, les musulmans considéreront leur religion comme la seule vérité et chercheront à rallier à leur cause les Juifs (entre autres). Cela fut vrai en particulier du vivant de Mahomet, toutefois la plupart des Juifs restèrent fidèles à leur religion quel qu’en soit le prix à payer. Ainsi parmi ceux qui acceptaient la polémique avec Mahomet :

  • Il y avait[11], parmi les rabbins et les infidèles juifs qui fatiguaient par des questions embarrassantes afin de confondre le vrai avec le faux, des hommes visés spécialement dans le Coran. Parmi eux, on cite Abû Yâsir b.’Akhtab, qui passa un jour par l’envoyé d’Allah (Mahomet) pendant qu’il récitait le premier verset de la sourate de la Génisse (al-Baqarah) : « A.L.M. cette Écriture, nul doute à son endroit. » Il alla à son frère Huyayy b.’Akhtab, qui était avec des juifs, et leur dit « Sachez que je viens d’entendre Muhammad réciter de ce qui est descendu sur lui — (la phrase) : « A.L.M. cette Écriture… » Ils lui demandèrent : « L’as-tu toi-même entendue ? » Il répondit : « Oui » Alors Huyayy b.’Akhtab alla avec le groupe de juifs à l’envoyé d’Allah et lui dirent : « Muhammad ! On nous a dit que tu récites de ce qui est descendu sur toi, (la phrase) : « A.L.M. Cette écriture… » L’envoyé d’Allah répondit : « Oui ! » Ils lui demandèrent : « Gabriel (l’ange) l’a-t-il apostée d’auprès de Dieu ? » Il répondit : « Oui. » Ils dirent : « Dieu a envoyé des prophètes avant toi. Nous ne savons pas qu’il n’a montré à aucun d’eux la durée de son règne et la durée de sa nation excepté à toi ! » Huyayy s’adressa alors à ses coreligionnaires et dit : « A égale un, L égale 30 et M égale 40, la somme est soixante et onze ans. Embrassez-vous une religion dont le règne et la durée de sa nation est de soixante et onze ans ? » (Huyayy et Muhammad continuent en se basant sur d’autres associations de lettres du Coran).

Il est difficile à qui que ce soit d’asseoir une prévision dans le futur lointain, ainsi Huyayy a interprété ce groupement de lettre en nombre d’années, pour que l’événement associé lui soit plus palpable.

Rappelons que ce groupement de lettre (A – Alif, L – Lâm, M – Mim) qui figure en tête de la sourate 2 (Al Baqarah – La vache), la plus importante des sourates (au moins par la taille) figure également en tête de nombreuses autres sourates (sourates 3, 7, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 19, 20, 26, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 36, 38, 40, 41, 42, 43, 44, 45, 46, 50 et 68) parmi les principales du Coran.

Le comptage effectué par Huyayy est fait à partir de la valeur numérique associée à chaque lettre de l’alphabet hébreu en correspondance à celles de l’alphabet arabe (les deux alphabets sont très proches). Si au lieu de compter en années, nous comptons en générations, comme nous l’avons déjà fait pour un décompte équivalent dans les Évangiles (voir psaume de la génération 48 qui marque la naissance du christianisme), la durée de l’Islam serait ainsi de soixante-onze générations, soit de la génération actuelle à la génération cent quarante-sept qui d’une part est la dernière de la nuit du peuple d’Israël et également est la dernière génération du christianisme, comme nous l’avons conclu dans le commentaire du psaume quarante-huit.

D’après certains commentateurs, cette abréviation A.L.M. aurait été empruntée au judaïsme :

  • Il a fallu[12] attendre le spécialiste du judaïsme Kurt Hruby, Professeur à l’Institut catholique de Paris, pour découvrir que l’abréviation ‘ALM est en usage dans la littérature rabbinique (il y en a d’ailleurs tout un système) : elle est l’abréviation de ‘El Le- Môṧâ’ot, « Dieu des victoires » (ou des saluts – rac. : ṧw’).

 

[1] D’après John Julius Norwich : « Histoire de Byzance », Chapitre : « Les premiers siècles » (p. 108 à 110)

[2] John Julius Norwich : « Histoire de Byzance », Chapitre : « Les premiers siècles » (p. 111)

[3] D’après Marianne Picard : « Juifs et Judaïsme/ de 70 à 1492 – Tome 2 » (p.68 à 74)

[4] CORAN, SOURATE 12 : « Yüsuf (Joseph) », versets 7 à 10

[5] CORAN, SOURATE 12 : « Yüsuf (Joseph) », versets 19 à 21

[6] CORAN, SOURATE 12 : « Yüsuf (Joseph) », verset 38

[7] CORAN, SOURATE 12 : « Yüsuf (Joseph) », versets 1 à 3

[8] CORAN, Sourate 17 : « Le voyage nocturne/Les fils d’Israël », versets 101 à 104 (traduction de Jacques Berque)

[9] CORAN, Sourate 17 : « Le voyage nocturne/Les fils d’Israël », verset 55 (traduction de Jacques Berque)

[10] CORAN, Sourate 38 : « Säd (du nom de la lettre qui initialise la sourate) », verset 29

[11] Ibn ‘Ishâq : « Muhammad » (traduction de ‘Abdurrahmân Badawî) – Tome 1 – Chapitre : « Les juifs sont rejoints par des ‘Ansârs hypocrites/Les hypocrites sont humiliés et chassé de la Mosquée » (p. 450)

[12] Edouard-Marie Gallez : « Le Messie et son prophète, aux origines de l’Islam – Tome II : Du Muhammad des Califes au Muhammad de l’histoire ». (p. 49)