530 à 550, psaume 74 : Sainte Sophie.

acces-psaume-fotolia_102515739_subscription_monthly_mhelp-bouton-fotolia_61356253_subscription_monthly_mButton aus zwei Puzzlestücken zeigt E-Mail KontaktButtonsButtonsPendant cette génération deux grands personnages vont prennent simultanément le règne des deux grandes puissances d’orient et d’occident, Byzance et la Perse.

Ainsi Justinien 1er (qui règne de 527 à 565) accède au pouvoir à Byzance

Justinian_mosaik_ravennaKhosrô 1er (qui règne de 531 à 579) accède au pouvoir en Perse.

Ces deux monarques, bien qu’appelés à s’affronter à diverses reprises consolident politiquement et 1024px-Anoushiravanéconomiquement leurs empires respectifs.

Khosrô 1er entreprend un grand travail de reconstruction des infrastructures de l’empire, réorganise l’armée et rend la « fiscalité » plus juste et plus efficace. La politique envers les Juifs comme envers les chrétiens marque un certain apaisement par rapport aux excès de son prédécesseur.

Justinien[1] avait déjà en 519, sous le règne de Justin 1er, œuvré à la réunification des Églises de l’ancienne et de la nouvelle Rome (Rome et Byzance).

1024px-Flickr_-_USCapitol_-_Tribonian_(c._500-547)Avec l’aide de Tribonien (dès 529), il s’attelle à la refonte du droit romain. Une émeute au début de son règne (532) cause des ravages à Constantinople ; en particulier, Sainte Sophie est incendiée et détruite. La révolte est finalement matée dans le sang, Justinien réforme lui aussi la « fiscalité », une des sources de la révolte.

Angel_shows_a_model_of_Hagia_Sofia_to_Justinian_in_a_visionSa gestion de la crise met fin aux turbulences de l’empire augurant d’un règne stable pour Justinien. En symbole de ce règne, Sainte Sophie est reconstruite. Cette stabilité intérieure permet à Justinien de consolider son empire.

Avec l’aide de Bélisaire, Justinien reconquiert en 534 l’Afrique du Nord alors aux mains des Vandales. Puis il s’occupe de l’Italie alors contrôlée par les Goths qui tombe finalement en 540 après la chute de Ravenne.

Cette victoire est vite ternie, car dans le même temps, Khosrô 1er rompant son accord avec Byzance envahit la Syrie, Antioche tomba à la même date en 540. Le pillage d’Antioche était vraisemblablement suffisant pour Khosrô qui conclut une paix avec Byzance moyennant paiement d’un tribut annuel. La fin de cette génération est marquée par une fragilisation des nouvelles conquêtes byzantines en Afrique du Nord par une insurrection Maure et en Italie par une tentative de reconquête par les Goths.

Au-delà de ces aspects, l’arrivée de Justinien au pouvoir marque un tournant pour l’attitude du monde chrétien envers les Juifs, préfigurant des relations tendues qui prévaudront pendant de longs siècles en terre chrétienne.

Cette génération, la soixante-quatorzième est de fait la vingt-cinquième du deuxième cycle de la nuit qui en comporte quarante-neuf, elle en est donc la génération médiane.

De même, si l’on considère les trois cycles de quarante-neuf générations chacun, soit les cent quarante-sept générations de la nuit, cette génération est encore la génération médiane, puisque soixante-treize générations se sont succédé avant celle-ci, et il en reste encore soixante-treize après celle-ci avant que la nuit se termine.

Ceci explique le début de ce psaume où son auteur marque son inquiétude.

Pendant la première moitié de la nuit, le royaume Juif a été disloqué, le temple a été détruit deux fois et le peuple Juif s’est enfoncé dans l’exil.

Dans le même temps le monde antique s’est écroulé, les empires grecs et romains font désormais partie du passé.

La seconde moitié de la nuit s’ouvre sur le nouveau partage du monde, d’un côté l’occident chrétien qui met en place son organisation à travers le nouvel empereur de Byzance, de l’autre l’orient où la Perse consolide son emprise qui servira bientôt de terreau à l’expansion musulmane.

Ce nouveau monde qui naît est loin d’être prometteur pour les Juifs.

Les nouvelles législations de Justinien entérinent un statut de paria qui collera pendant de longs siècles aux Juifs d’occident jusqu’à conduire aux catastrophes du vingtième siècle après un espoir déchu d’émancipation.

Du côté de l’orient, l’Islam cantonnera vite les Juifs dans un statut de Dhimmi, qui là encore les enfermera dans un statut de paria, même si celui-ci, a priori, engendrera moins de massacres qu’en occident.

La patience des Juifs pendant cette première partie de la nuit sera malheureusement encore nécessaire pour la deuxième partie de la nuit.

C’est ce constat qu’exprime Assaf dans le début du psaume de cette génération :

Pourquoi, à Dieu, nous délaisses-Tu obstinément, Ta colère embrasée contre le troupeau de ton pacage ? Souviens-Toi de Ta communauté, que Tu as acquise jadis, de Ta tribu ; Ta propriété, que Tu délivras, de ce mont Sion où Tu fixas Ta résidence !

Assaf peut conclure cette première partie par la ruine du sanctuaire, car si celui-ci a été détruit pendant la première parte de la nuit, pendant la seconde partie de la nuit, les nations s’acharneront à essayer de démontrer que le peuple Juif est le peuple de Dieu définitivement déchu remplacés par le Vérus Israël, qui sera soit la communauté chrétienne en occident soit l’oumma (communauté) musulmane en orient.

Ces deux nouvelles communautés religieuses qui valident en particulier les écrits prophétiques de l’ancien Testament ne retiennent de ceux-ci que ceux qui accablent les Juifs mais pas ceux qui prédisent la résurrection du peuple Juif.

Ainsi dans cette génération, la construction de l’église Sainte Sophie à Constantinople à la frontière de l’orient et de l’occident est symbolique de cette attitude de dédain envers les Juifs qui perdurera pendant des siècles.

Les nouvelles églises et cathédrales se doivent de marquer la suprématie de la nouvelle religion par rapport au judaïsme, elles se doivent donc de surpasser le symbole de celle-ci, le Temple de Salomon.

ste-sophie-interieur-shutterstock_141463375L’écrin se doit supérieur mais aussi les trésors contenus :

  • La splendeur [2]de l’église (Sainte Sophie) ne se limitait pas à sa décoration : son architecture même sembla un véritable miracle à ses premiers visiteurs. Pour la plupart d’entre eux, l’élément le plus magique était l’extraordinaire coupole, de trente-deux mètres de diamètre, à cinquante-huit mètres du sol, plus grande et plus haute que toutes les autres, mince coquille percée de quarante fenêtres à sa base pour qu’elle semble « suspendue au ciel par une chaîne d’or ». Il ne faut pas non plus oublier les meubles : l’iconostase de près de vingt mètres en argent massif, l’autel incrusté d’or et de pierres précieuses, l’immense déambulatoire circulaire pour les prêtres, illuminé par le marbre polychrome et les mosaïques, les innombrables lampes en or. Les reliques aussi étaient plus précieuses que celles de toutes les autres églises, à commencer par la Vraie Croix qu’avait ramenée de Jérusalem, avec d’autres instruments de la Passion, l’impératrice Hélène. Il y avait aussi des langes de Jésus et la table où les apôtres l’avaient entouré pour la Cène. On ne s’étonnera pas que Justinien, pénétrant pour la première fois dans l’édifice le 27 décembre 537 – cinq ans, dix mois et quatre jours après la pose de la première pierre – soit resté un long moment silencieux avant de murmurer : « Salomon, je t’ai surpassé ».

1024px-Jean-Guillaume_Moitte_-_Spoils_of_the_Temple-_After_a_Relief_from_the_Arch_of_Titus,_RomePendant que le Christianisme crée un écrin de choix à ses emblèmes, ceux du Judaïsme poursuivent leur odyssée dans une certaine indifférence :

  • La procession[3] (en 534, à Constantinople pour célébrer la victoire de Bélisaire à Carthage sur les Vandales) continuait avec une succession de chariots transportant le trésor de guerre – y compris la Ménorah, le chandelier sacré à sept branches dont l’empereur Titus s’était emparé à Jérusalem en l’an 71 au Temple de Jérusalem afin de l’emporter à Rome. Genséric l’y avait prise en 455 pour l’emporter à Carthage. (Plus tard sur la demande de représentants de la communauté juive, Justinien la renvoya à Jérusalem avec d’autres objets liturgiques du Temple)

C’est cette substitution d’emblèmes que la suite du psaume évoque :

Dirige Tes pas vers ces ruines irréparables : l’ennemi a tout dévasté dans le sanctuaire. Tes adversaires ont poussé des rugissements dans l’enceinte de Ton lieu de rendez-vous ; (), ils ont imposé leurs emblèmes comme emblèmes.

Fort de ces constatations la suite du psaume marque l’impatience d’Assas quand au sort du peuple Juif qui a subi l’attaque des nations pendant toute la moitié de la nuit et qui vraisemblablement devra continuer à les subir pendant la seconde partie de la nuit :

Ils y ont paru comme des gens qui brandissent la hache en plein fourré ; et puis, à coups de marteaux et de cognées, ils y ont abattu toutes les sculptures à la fois. Ils ont livré aux flammes Ton sanctuaire, jeté à bas et profané la résidence de Ton nom. Ils ont dit en leur cœur : « Nous allons les dompter tous ! » Ils ont brûlé tous les centres consacrés à Dieu dans le pays. Nous n’y voyons plus nos emblèmes à nous ; plus de prophètes ! Plus personne avec nous, qui sache combien de temps (cela durera) ! Jusqu’à quand, ô Dieu, l’adversaire blasphémera-t-il, l’ennemi insultera-t-il sans relâche à ton nom ?

Et Assas de rappeler à Dieu ses promesses de rédemption finale du peuple Juif, en rappelant les merveilles de la création que les exactions de ses créatures ne doivent pas ternir dans la fin du psaume de cette génération.

[1] Suivant John Julius Norwich/Histoire de Byzance/Chapitre : les premiers siècles (p. 81 à 84)

[2] John Julius Norwich/Histoire de Byzance/Chapitre : « Les premiers siècles » (p. 84,85)

[3] John Julius Norwich/Histoire de Byzance/Chapitre : « Les premiers siècles/La prise de Carthage » (p. 87)

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