510 à 530, psaume 73 : Dsou-Nowas.

acces-psaume-fotolia_102515739_subscription_monthly_mhelp-bouton-fotolia_61356253_subscription_monthly_mButton aus zwei Puzzlestücken zeigt E-Mail KontaktButtonsButtonsEgnazio_Danti_-_Arabian_penisula_-_Google_Art_ProjectCette génération, pour l’occident maintenant uniquement représenté par Byzance en attendant que les états nations d’Europe prennent leur place dans l’histoire, voit la fin de règne d’Anastase (1er (491-518) et le début de celui de Justin 1er (518-527).

Le règne d’Anastase sera surtout marqué par la lutte entre l’orthodoxie et les monophysites, dont Anastase était d’ailleurs partisan. Son successeur Justin renforce l’orthodoxie et, sous l’empreinte de Justinien, son neveu et futur empereur, amorce le tournant de l’empire vers une nouvelle ère glorieuse.

Pendant ce temps, en Perse, c’est toujours Qobâd qui règne pendant cette génération (498-531), occupé à défendre ses frontières septentrionales contre les Huns, après que les accords avec Byzance aient été rompus puis rétablis.

Mais en orient, l’histoire s’écrit ailleurs pendant cette génération.

Les événements précurseurs à l’éclosion de l’islam s’accélèrent dans la péninsule arabique, en particulier la lutte à laquelle se livrent les deux religions monothéistes alors représentées : le christianisme et le judaïsme, pour ce dernier celui des rois himyarites convertis au judaïsme car les tribus juives du Hedjaz n’ont pas de velléité politique hégémonique.

Cela commence par une attaque des chrétiens de Nadjran à l’égard de juifs de passage. S’ensuit la réaction du prince himyarite qui craint vraisemblablement une contamination à son royaume et qui réagit violemment (ce qui aura pour effet la perte de son royaume par la réaction des princes abyssins soutenus par Byzance) :

  • Dsou-Nowas[1] fit creuser un énorme fossé, long comme un abîme, de la profondeur d’une lance, et très large, le fit remplir de matières combustibles et y fit mettre le feu. Il fit venir les habitants un à un, et fit jeter dans ce feu tous ceux qui ne voulurent pas embrasser le judaïsme. Environ vingt mille hommes furent tués de cette manière ; les autres s’enfuirent. Le roi fit détruire tout ce qui était encore resté debout dans la ville ; il fit brûler les croix et les Evangiles ; ensuite il retourna dans le Yémen.

Cet événement a laissé des traces dans la mémoire collective de la péninsule arabique (même si les vraies justifications étaient politiques et non religieuses), il est en particulier évoqué dans le Coran :

  • Périssent[2] les gens de l’Hudûd (les Himyarites) par le feu plein de combustible, cependant qu’ils étaient assis tout autour, ils étaient ainsi témoins de ce qu’ils faisaient des croyants (les chrétiens de Nadjran), à qui ils ne leur reprochaient que d’avoir cru en Allah, le Puissant, le Digne de louange.
  • Auquel appartient la royauté des cieux et de la terre, Allah est témoin de toute chose.
  • Ceux qui font subir des épreuves aux croyants et aux croyantes (règle applicable a priori également pour les musulmans envers les chrétiens et les juifs), puis ne se repentent pas, auront le châtiment de l’Enfer et le supplice du feu.
  • Ceux qui croient et accomplissent les bonnes œuvres auront des Jardins sous lesquels coulent des ruisseaux. Cela est le grand succès.

Il faut, avant de s’intéresser au psaume de cette génération, rappeler qui en est l’auteur (ou tout du moins identifié comme tel). Il s’agit d’Assaf qui avait déjà signé un psaume marquant une génération charnière pour le peuple Juif, puisque c’est celui attaché à la génération cinquante, celle de la destruction du second temple et du début de l’exil au sein des nations.

Nous avions évoqué pour ce psaume le rôle d’Assaf aux côtés de David dans le service du Temple: servir Dieu par le chant. Ce qui l’amènera naturellement à promouvoir dans le psaume cinquante à privilégier la prière au culte sacrificiel qui ne peut plus se faire du fait de l’absence de temple et donc d’autel.

Il n’exclut pas dans ce contexte ceux qui prient Dieu en dehors du Judaïsme, tout en se montrant sévère envers ceux, comme Paul, qui veulent le servir sur le dos du peuple Juif.

On voit là la différence, Assaf dirigeait le culte et ne s’occupait pas de l’aspect politique du pays qui était de la responsabilité de David, celui-ci d’ailleurs gouvernait le pays sans tenter de porter la bonne parole à ses voisins, la religion juive n’a pas une nature prosélyte. Les seuls rois juifs (Dsou-Nowas et Hérode) qui ont eu une attitude prosélyte agressive étaient eux-mêmes issus de conversions.

La personnalité d’Assaf est de fait adaptée à l’analyse des événements de cette génération à travers son psaume ou un roi Juif essaye de combattre un satellite du pouvoir chrétien Byzantin alors que dans le même temps, Justin 1er durcit sa politique envers les juifs de son empire et qu’ainsi semblent gagner ceux qui s’attaquent aux Juifs.

L’objet du psaume, à la lumière des événements de cette génération,  est de montrer que le combat entre le « bien et le mal » ne peut se faire à la lumière d’une seule génération

C’est ce qu’Assaf explicite dans le psaume de cette génération:

Ah ! Dieu est bon pour Israël, pour ceux qui ont le cœur pur. Pour moi, cependant, peu s’en faut que mes pieds n’aient bronché ; pour un rien, mes pas auraient glissé. Car je portais envie aux insensés : je voyais le bonheur des méchants. En effet, ils sont à l’abri de ces coups qui amènent la mort, et leur force devient intacte. Ils n’ont pas leur part des misères humaines, ne subissent point les maux qui atteignent les autres.

Assaf bien que servant Dieu pouvait déjà constater qu’il n’y a pas de rétribution directe des actes en fonction du bien ou du mal. ceux qui font le mal peuvent en apparence être mieux lotis que ceux qui s’efforcent de suivre la voie du bien.

Aussi sont-ils bouffis d’orgueil, et se drapent-ils dans leur violence comme dans un manteau. Leurs yeux brillent à travers la graisse ; les fantaisies de leur cœur dépassent toute borne. Ils ricanent et se tanguent méchamment de tyrannie ; ils parlent du haut de leur grandeur. Leur bouche s’attaque au ciel, leur langue promène ses ravages sur la terre. C’est pourquoi son peuple en arrive au même point, et il absorbe de larges rasades d’eau, tout en disant : « Comment le Tout-Puissant peut-il savoir ? Le Dieu suprême possède-t-il la science ? » Voyez ces méchants ! Éternellement en sécurité, ils voient croître leur puissance.

De même que Dsou-Nowas a pu ressentir une certaine injustice dans la défiance des gens de Nadjran envers lui-même, envers son peuple et plus gravement envers Dieu, Assaf avaient dû affronter des provocations du même style.

C’est donc en vain que j’ai gardé mon cœur pur, et lavé mes mains pour qu’elles fussent sans tache : je suis frappé sans relâche, ma peine se renouvelle chaque matin. Si je me fusse rendu à redire tout cela, certes j’aurais commis une trahison contre toute une génération de tes enfants.

Mais la sagesse d’Assaf qui sera explicitée dans la suite du psaume a permis à ce dernier d’éviter de tomber dans le piège des « méchants ». Il n’a pas cherché à les imiter en sombrant dans la violence des représailles mais s’est au contraire réfugié auprès de Dieu de façon à faire triompher le bien en comprenant que le combat entre bien et mal n’est pas un combat furtif qui se gagne par la force. Il désapprouve ainsi l’attitude de Dsou-Nowas qui, sous prétexte de défendre le bien, de combattre pour Dieu, a utiliser le mal à l’encontre des gens de Nadjran. De fait il n’a pas servi le bien.

Je me mis donc à réfléchir pour comprendre la chose : ce fut une tâche pénible à mes yeux, jusqu’à ce que, pénétrant dans le sanctuaire de Dieu, je me fusse rendu compte de leur fin. Oui, tu les as mis sur un chemin glissant, tu les précipites dans la ruine. Oh ! Comme, en un instant, ils sont réduits à la désolation ! Ils sont perdus, ils finissent dans l’épouvante. Comme un songe s’évanouit après le réveil, ainsi, Seigneur, quand Tu te lèves, tu dissipes les vaines images.

Assaf justifie sa position en indiquant que la justice ne pourra effectivement être rendue que par Dieu et que chacun ne doit pas s’écarter du bien et utiliser les armes du mal sous prétexte de vouloir redresser la voie de son voisin.

Ainsi, quand mon cœur s’aigrissait et que mes reins étaient transpercés, j’étais un sot, ne sachant rien ; j’étais comme une brute à ton égard.

Le jugement que s’auto-administre Assaf est en fait dirigé à Dsou-Nowas.

Mais désormais je resterai toujours avec Toi : Tu as saisi ma main droite ; Tu me guideras par ton conseil, et finalement Tu me recueilleras avec honneur. Qui donc aurais-je (sans Toi) au ciel ? À côté de Toi, je ne désire rien sur terre. Ma chair peut se dissoudre ainsi que mon cœur, Dieu sera à jamais le rocher de mon cœur et mon partage. Certainement ils périront ceux qui s’éloignent de Toi, Tu anéantis tous ceux qui Te deviennent infidèles. Pour moi, le voisinage de Dieu fait mon bonheur ; j’ai mis ma confiance dans le Seigneur Dieu, (prêt) à proclamer toutes les œuvres.

Assaf conclue en renouvelant sa confiance en Dieu, en la destinée qu’Il a tracé pour le peuple Juif.

Pour appuyer cet optimisme, à côté des batailles, il y a l’établissement de Mar Zoutra bar Mar Zoutra (Mar Zoutra III) à Tibériade qui y fonde une académie talmudique (en 520) qui apportera une certaine lumière au peuple Juif pendant encore quelques siècles : le Saadia Gaon témoignera de l’érudition des gens de Tibériade encore au Xe siècle.

 

[1] Tabari/Histoire des prophètes et des rois : « De Salomon à la chute des Sassanides », chapitre : Histoire des gens du fossé (p.263)

[2] CORAN, Sourate 85 : Les Constellations, versets 3 à 11