490 à 510, psaume 72 : Fin de l’Empire romain.

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Pendant cette génération, c’est Anastase (491-518) qui règne sur Byzance. Son règne est surtout marqué par des querelles religieuses internes au christianisme.

Pour l’empire Perse, c’est Qobâd qui règne quasiment pendant toute la génération. En fait, ce règne se déroule en deux phases : 488-496 puis 498-531.

Avant de s’intéresser à l’(ex) empire chrétien d’Occident, il faut tout d’abord s’intéresser au titre de ce psaume : « De Salomon ».

Si David ne s’est pas identifié comme auteur de tous les psaumes précédents, ce psaume est le premier revendiqué par Salomon.

Si on exclut les psaumes « non signés », le premier psaume non revendiqué par David est le psaume quarante-deux qui a pour auteur les fils de Coré. Or le psaume quarante-deux commence officiellement le deuxième livre des psaumes alors que le psaume de cette génération, le psaume soixante-douze clos ce même livre.

Le premier livre des psaumes (jusqu’au psaume quarante et un) s’intéressait à l’épopée biblique qui se termine par Jean Hyrcan, le dernier personnage biblique.

La génération du psaume quarante-deux est celle d’Aristobule, fils d’Hyrcan, descendant d’Aaron qui se fit couronner roi, cumulant ainsi les deux fonctions, sacerdotale et royale. Aristobule surnommé, Philellès, c’est-à-dire amateur des Grecs, enclenche le déclin progressif du royaume Juif et l’amène lentement vers sa destruction.

L’affaiblissement du grand-prêtre favorise des mouvements religieux de réaction comme celui des Pharisiens, qui donnent naissance au judaïsme tel que nous le connaissons aujourd’hui faisant une grande place à la loi orale, relayée par le Talmud. Talmud de Jérusalem et surtout Talmud de Babylone qui est définitivement clos dans cette dernière génération du second livre du psaume.

Tout au long des six siècles liés au trente et une générations du second livre des psaumes, se construit ainsi la religion de l’exil pour le peuple Juif.

Dans le même temps, la fin de la Jérusalem royale, telle que construite par Salomon est inéluctable. Il est vrai que Nabuchodonosor avait commencé cette destruction, mais les ruines laissées par ce dernier ont permis de reconstruire la ville de Salomon, cela ne sera pas possible après le passage des romains.

Aristobule a déclenché le compte à rebours, Jérusalem tombe quelques générations plus tard, le temps que les fils de Coré égrainent leurs psaumes du début de ce livre.

Ce sont les Romains qui font tomber la ville construite par Salomon, ce sont eux encore qui materont les révoltes des survivants lors des générations suivantes jusqu’à que la ruine du royaume de Salomon soit complète.

Le livre lié à cette ruine ne peut se clore si ceux qui ont été les artisans de la ruine de Jérusalem ne connaissent pas le même sort, c’est ce qui se produit à cette génération.

Ceux qui ont détruit son œuvre sont détruits à leur tour.

Ainsi cette génération voit la fin officielle et définitive de l’Empire romain.

C’est en effet en 493 que Odoacre met officiellement fin à l’empire, décision qui n’est qu’un simple constat sur les ruines d’un empire désagrégé.

Ce second livre des psaumes commence par le début de la désintégration de l’ex-royaume de Salomon et le début de l’organisation d’une religion de l’exil.

Ce second livre des psaumes se conclut avec la désintégration définitive de l’empire qui a détruit ce royaume et la conclusion du Talmud de Babylone qui permet au peuple Juif de survivre intellectuellement en exil.

Dans ce contexte, il est logique que ce soit Salomon qui conclut ce livre initialisé par les fils de Coré.

De fait, la fin de l’Empire romain marque également le début de l’ère des nations, à l’empereur succède des rois:

  • C’est chez les Goths et chez ensuite les Vandales ensuite que Theodorich_Ostrogotsemble être née au Ve siècle, pour se développer aux VI-VIIe siècles l’idée de nation. Intervient le rôle exceptionnel du peuple des Goths dans la transformation du monde romain. Quand les deux principaux rameaux de ce peuple parvinrent à constituer d’une part le royaume ostrogothique d’Italie – Théodoric entre en Italie en 489 et devient roi en 493 -, d’autre part le royaume wisigothique de Tolède, on voit se construire une idéologie gothique qui trouve son achèvement dans l’Espagne du VIIe siècle. Qui ne voit l’extrême importance de la formation de cette idée de nation ? Elle commande la constitution des États nationaux. Jusqu’au IVe siècle, tous ces peuples germains vivaient dans des structures tribales, obéissant à des chefs de guerre. Il y eut, çà et là, à plusieurs reprises des tentatives de regroupement dans des ligues ou des confédérations. Œuvres de chefs particulièrement prestigieux, elles furent toutes éphémères. Chez les Goths on décèle une évolution propre : avec d’abord la formation d’un sentiment communautaire de @@la gens, puis avec la naissance d’une idéologie royale qui prit sa source dans l’idéologie impériale de la fin du IVe siècle, pour aboutir à la création en Espagne d’une patria Gothorum dans laquelle intervient peut-être pour une part le sentiment provincial hispanique. Car en fait, ce qu’on vit naître en Espagne c’est une entité hispano-romano-gothique.

Dans cette émergence des nations, les Francs jouent un rôle significatif.

Le roi Childéric 1er[1], règne en maître sur la région de Tournai, capitale de la Gaule. Roitelet germanique établi en territoire impérial et lié à Rome pour un contrat de fédéré, Childéric fut de ceux qui aidèrent les troupes romaines à combattre les envahisseurs de la Gaulle septentrionale et centrale. Il meurt à Tournai en 481.Son fils Clovis lui succède. Il avait vu, avant de mourir le dernier empereur romain d’Occident.

François-Louis_Dejuinne_(1786-1844)_-_Clovis_roi_des_Francs_(465-511)Clovis initialise un nouveau tournant dans l’histoire de l’occident :

  • Les Francs[2], étaient païens, et leur occupation fut souvent brutale (vis-à-vis du christianisme), n’épargnant ni les églises, ni les clercs. Mais le baptême de Clovis, roi des Francs saliens, par l’évêque Rémi de Reims (à la Noël de 496 ou de 506), suivi de celui d’un grand nombre de ses guerriers, changea complètement la situation. Elle valut au roi franc la faveur des catholiques gallo-romains de son royaume, tout en ayant un grand retentissement dans toute la Gaule et bien au-delà (les évêques du royaume franc et d’autres de pays voisins avaient été invités à la cérémonie). L’évêque Avit de Vienne, pourtant fidèle sujet et conseiller des rois burgondes, lui écrivit pour l’en féliciter. Ce baptême devait avoir d’importantes conséquences. Clovis était devenu le premier roi Catholique, le seul souverain catholique à côté de l’empereur de Constantinople, légitimé par lui. Une ambassade impériale lui apporta les vêtements d’un roi officiellement reconnu, et les rois francs s’inséreront parfaitement dans le monde hiérarchique de l’Empire romain, tout en étant de fait indépendants. L’aristocratie gallo-romaine pouvait désormais s’unir par des alliances matrimoniales à l’aristocratie franque, ce qui assurait l’unité du royaume.

De fait Salomon, le premier vrai roi Juif (ni Saül, ni David n’avaient pu asseoir leur royauté sans essuyer de contestations), s’adresse aux rois de ces nouveaux royaumes qui hébergeront une partie de ses sujets dans une nouvelle phase de l’exil du peuple Juif.

Il s’adresse en particulier à Clovis, fils de roi mais premier roi Chrétien et fondateur de la première dynastie chrétienne.

C’est ce qui est exprimé dans le début du psaume de cette génération :

Ô Dieu, inspire au Roi des sentences équitables, Ta justice au fils du Roi. Qu’il juge ton peuple avec droiture, et tes pauvres avec loyauté !

Salomon s’adresse aux rois des nouvelles nations de l’occident et en particulier à Clovis.

Que les montagnes soient fécondes en paix pour le peuple, ainsi que les collines – par l’action de la justice !

Les montagnes représentent de façon générale les nations. En y associant les « collines », Salomon généralise son discours à l’ensemble des nations petites ou grandes.

Qu’il fasse droit aux pauvres du peuple, qu’il prête son assistance aux fils de l’indigent, et accable celui qui use de violence !

Salomon espère que ces nouveaux rois auront le même sens de la justice et se montrent droits en particulier envers ses sujets qui font partie des sujets les moins favorisés de ces nouveaux royaumes.

Puisse-t-on te vénérer tant que brillera le soleil, tant que luira la lune, d’âge en âge !

Si l’ère associée à Salomon était pour le peuple Juif le jour et donc sous le signe du soleil, depuis celui-ci est entré dans la nuit de l’exil donc sous le signe de la lune. Pendant cette période où le peuple Juif sera sous la domination des nations de génération en génération jusqu’à apparition de l’aurore, Salomon espère qu’à travers le christianisme, les nations, par leur amour de Dieu seront justes envers son peuple.

Qu’il soit comme la pluie, arrosant la prairie nouvellement fauchée, comme les ondées humectant la terre ! Que, sous son règne, le juste soit florissant, et la paix abondante jusqu’à extinction de la lune ! Que sa domination s’étende d’une mer à l’autre, du Fleuve jusqu’aux extrémités de la terre !

Salomon, dans sa sagesse, espère que cette expansion du christianisme soit au moins pour le monde des nations, la possibilité de se rapprocher de Dieu.

Du côté Perse, Mazdak, nouveau prophète fut à l’origine du culte Mazdéen qui séduit Qobâd lui-même.

Cela lui valut d’être destitué au profit d’un de ses frères, mais il reprit son sceptre par la suite. Pendant ce temps le monothéisme s’installe un peu plus en orient. Au niveau du royaume d’Himyar, après un flottement dans la succession d’As’ad (celui qui se convertit au judaïsme), c’est finalement Zor’a le fils cadet qui finit par régner.

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De fait, cette génération représente l’apogée du royaume Juif (ou considéré comme tel) d’Himyar, la génération suivante verra ce royaume se confronter au Chrétiens de Nadjran ce qui entraînera la réplique de Byzance à travers le royaume Éthiopien. Mais Himyar, bien que n’ayant laissé peu de souvenirs dans l’histoire des civilisations aura, associé aux autres îlots monothéistes juifs, voir chrétiens, un rôle prépondérant dans l’éclosion de l’Islam :

  • La science[3] européenne a commencé à s’intéresser à la religion musulmane et à ses origines au début du XIXe siècle. Très vite il est apparu que l’une de ses principales sources d’inspiration du Coran était le judaïsme, dont la trace est aisément identifiable dans le lexique, les concepts, les pratiques rituelles ou les récits exemplaires. La question s’est alors posée de savoir comment le premier islam avait été influencé par le judaïsme. Les sources islamiques dont nous disposons aujourd’hui, composées plus de deux siècles après les événements – ce qui amène certains chercheurs à les récuser – suggèrent trois types de réponses :
    • La première est la présence d’importantes communautés juives dans les oasis du Nord du Hedjaz, principalement Khaybar, Tayma ou Yathrib. Or, c’est dans cette dernière oasis (renommée par la suite Médine) que Muhammad fonde la première principauté musulmane en 622. Il était donc naturel de supposer que Muhammad tirait ses connaissances d’un contact direct avec les juifs de Yathrib, sans exclure une transmission secondaire par les prosélytes de la même oasis, qui étaient les clients des tribus juives avant de former le noyau initial de la communauté musulmane.
    • La deuxième réponse est donnée par le métier exercé par Muhammad à La Mecque. On sait qu’il fut pendant une vingtaine d’années un négociant aisé, conduisant des caravanes de marchandises vers le Yémen, la Syrie ou l’Arabie orientale, pays où il était aisé de rencontrer des adeptes de toutes sortes de croyances.
    • La troisième source d’influence pourrait être la conversion du Yémen au judaïsme, sous des rois nommés Abû Karib et Joseph (Youssouf), de nombreuses générations avant Muhammad.
  • Il apparaît aujourd’hui (écrit en 2004) que cette troisième explication s’impose. Le judaïsme acquiert une position dominante dans la moitié Sud-ouest de la péninsule près de 250 ans avant la fondation de la principauté musulmane de Yathrib et la conserve pendant 150 ans (soit jusqu’à la génération qui nous intéresse).

L’auteur conclut son article par les éléments suivants :

  • C’est[4] probablement le judaïsme himyarite qui a profondément remodelé l’univers mental et religieux de l’Arabie occidentale pendant les 250 années qui précèdent l’Islam. Je rappelle les faits suivants :
    • Dans les inscriptions himyarites, on relève une quinzaine de termes empruntés à l’hébreu et au judéo-araméen ; les plus notables sont les mots « prière » et « faveur, contribution » ; ils apparaissent au Yémen vers 400 et connaissent une extraordinaire fortune dans l’Islam, puisqu’ils désignent deux des cinq piliers de la nouvelle religion.
    • […]
    • Aux premiers temps de l’Islam, les savants yéménites jouent un rôle de premier plan dans la transmission des traditions juives appelées communément isra’iliyyat : les plus connus sont Ka’b al-Ahbar, c’est-à-dire « Le Ka’ab des sages », un contemporain de la première génération de musulmans, et Wahb b. Munabbih, postérieur d’une génération ; c’est l’indice qu’il a sans doute existé au Yémen une école religieuse juive, et que les récits d’origine biblique ou parabiblique ont été transmis par ce canal à l’islam naissant.

De fait, Salomon, après avoir clos la période de six siècles de domination romaine dans le début du psaume, entrouvre, dans la suite du psaume de cette génération, la phase suivante qui verra l’éclosion de l’Islam et dont les germes se dessinent déjà dans cette génération.

C’est ce qu’indique la suite du psaume:

Que devant lui les habitants du désert ploient le genou,

Allusion à la prochaine éclosion de l’Islam qui transformera les habitants du désert arabique en fervents adorateurs de Dieu.

et que ses ennemis lèchent la poussière. Que les rois de Tharsis et des îles apportent des offrandes, que les rois de Cheba et Seba présentent des cadeaux !

Derrière cette énumération se cache l’ensemble des acteurs de l’épanouissement de l’Islam. Ainsi si nous assimilons les oasis du désert à des îles, nous trouvons les communautés juives qui participeront malgré elles à l’éclosion de l’Islam de même que Cheba et Seba évoque l’Éthiopie et le Yémen. Soit d’un côté l’empire Himyarite et le royaume Abyssin qui lui succédera.

Que tous les rois, enfin, lui rendent hommage, que tous les peuples deviennent ses tributaires ! Car il délivre l’indigent qui implore, le pauvre qui n’a de secours de personne. Il prend compassion de l’humble et du malheureux, et protège la vie des faibles. Il délivre leur personne de l’oppression et de la violence, et leur sang est d’un haut prix à ses yeux.

L’apparition de l’Islam est une avancée pour le monde dans la reconnaissance de Dieu et dans la diffusion des notions de générosité et de partage que reprendra l’Islam et qui était déjà une valeur essentielle du Judaïsme.

Ainsi, ils vivront et lui offriront de l’or de Cheba ; sans cesse ils prieront en sa faveur, tout le temps, ils le béniront : « Qu’il y ait profusion de blé dans le pays, jusque sur la cime des montagnes ; que ses moissons frémissent comme le Liban ; que les villes voient croître leurs habitants comme l’herbe des champs ! Que son nom vive éternellement ! Que sa renommée grandisse à la face du soleil ! Que l’on se souhaite d’être heureux comme lui ; que tous les peuples proclament sa félicité ! » Loué soit le Seigneur Dieu, le Dieu d’Israël qui seul accomplit des merveilles ! Loué soit à jamais son nom glorieux ! Que toute la terre soit remplie de sa majesté ! Amen et Amen ! Ici se terminent les prières de David, fils de Jessé.

Salomon (puisque c’est lui qui signe ce psaume) dans sa sagesse conclut positivement ce psaume, car bien que les rapports entre l’Islam et les juifs ne soient pas teintés que de rose, l’apparition de cette religion en complément du christianisme déjà installé complète l’évolution des peuples vers la reconnaissance du Dieu unique et l’assimilation de ses valeurs de justice.

[1] D’après Marcel Le Glay/ROME – II, grandeur et chute de l’Empire/Chapitre : « Les barbares et la chute de Rome » (p. 876-877)

[2] Pierre Maraval/Le Christianisme de Constantin à la conquête arabe/Chapitre : « L’expansion chrétienne en Occident » (p.147)

[3] Christian Julien Robin/Académie des inscriptions et belle lettre : « Himyar et Israël » (année : 2004, volume 2, p 831/832). Accessible sur http://www.persee.fr

[4]  Christian Julien Robin/Académie des inscriptions et belle lettre : « Himyar et Israël » (année : 2004, volume 2, p 880). Accessible sur http://www.persee.fr