390 à 410, psaume 67 : La Vulgate.

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Cette génération voit tout d’abord la fin de règne de Théodose 1er Le Grand (346-395).

À sa mort son empire est divisé entre ses deux fils Arcadius, pour l’orient et Honorius pour l’occident, ce qui mettra fin définitivement à l’unité de l’Empire romain.

Ces fils trop jeunes pour gouverner, ce seront en fait deux autres personnages qui piloteront les deux moitiés de l’empire : Stilicon à l’ouest et Rufin à l’est.

Checa-HunChargeMappa_Impero_RomanoDans le même temps s’intensifient la pression des Huns qui prennent Antioche et celle des Wisigoths qui prennent Athènes. Eutrope succède à Rufin. Les Goths occupent provisoirement Constantinople avant d’être massacrés en 400,

OLYMPUS DIGITAL CAMERAArcadius redevient le maître de l’empire d’Orient, il accroît la pression sur le paganisme.

Arcadius, premier empereur de Byzance, pour préserver son empire, pactise avec les peuples « barbares », son avènement marque pour beaucoup la fin de l’antiquité et le début du moyen-âge. Son fils

Théodose II lui succédera à l’âge de sept ans à sa mort en 408.

Pendant cette génération, le nouveau pouvoir bien qu’ayant adopté officiellement le christianisme reste bienveillant envers le Judaïsme même si le pouvoir religieux essaie de le combattre. Le pouvoir continue à s’en prendre au paganisme tout en préservant le Judaïsme.

Cette bienveillance du pouvoir politique envers les Juifs permet au moins pour cette génération de vivre dans une certaine quiétude. Nous savons déjà que celle-ci ne sera pas éternelle et que les prochaines générations juives seront bien moins protégées dans le monde chrétien.

1024px-Codex_Fuldensis_296-297Dans cette paix toute relative, l’événement qui marque cette génération vient du côté chrétien par la rédaction de la Vulgate de 391 à environ 405 par Jérôme:

  • Les[1] chrétiens du monde latin ont utilisé très tôt des traductions latines de la version grecque de la Bible juive (la Septante) ainsi que du Nouveau Testament, rédigé originellement en grec. On parle à propos de ce type de traduction de Vetus latina, (« vieille latine »). Au IVe siècle, cette Bible latine est jugée imparfaite. Jérôme, au cours de son séjour à Rome (382-385), avait déjà entrepris une révision de la traduction des Évangiles. Installé à Bethléem, en 386, Jérôme entend tout d’abord réviser la traduction latine de la Septante à partir des Hexaples d’Origène (Bible en six colonnes, quatre versions grecques et deux hébraïques). Ensuite, dans les années 390, il entreprend une traduction nouvelle de l’Ancien Testament à partir du texte hébreu, le seul inspiré à ses yeux. Il n’arriva pas au bout de cette traduction qui fut continuée par d’autres. Ce retour à « la vérité hébraïque », au détriment de la Septante, ne s’imposa pleinement qu’au VIIe siècle. Désignée à partir du XIIIe siècle comme vulgata versio, « texte communément employé », la Vulgate fut déclarée traduction authentique par le concile de Trente en 1546. Elle comprend bien pour l’essentiel les traductions de Jérôme sur l’hébreu et ses révisions des Évangiles, mais également d’autres traductions latines qui ne sont pas de lui. Une version latine moderne, appelée Nova Vulgata, a été promulguée par Jean-Paul II en 1979.

1024px-Plaques_reliure_psautier_Dagulf_Louvre_MR_370-371Le travail de Jérôme sera important dans la « réécriture » des textes :

  • Bien[2] qu’il ne soit ni d’origine palestinienne, ni de langue grecque, c’est ici qu’il faut mentionner Jérôme, un des pères latins les plus importants du siècle, avec Augustin et Ambroise. Né en Dalmatie vers 345, Jérôme a en effet passé à Bethléem la deuxième moitié de sa vie (386-419/420), après avoir séjourné une dizaine d’années à Antioche et en d’autres lieux d’Orient, où il s’est essayé un temps à la vie érémitique, puis à Rome. Il est l’auteur d’une œuvre monumentale : commentaire de l’écriture (tous les prophètes – ainsi le « commentaire sur Jonas », plusieurs autres livres de l’Ancien et du Nouveau Testament, ainsi le « commentaire sur saint Matthieu »), ouvrages historiques (Chronique), hagiographies, pamphlets (Apologie contre Rufin), Lettres. D’autre part, son grand titre de gloire a été de faire la première traduction latine de la Bible hébraïque ; il a également traduit en grec quelques œuvres de théologiens grecs (Origène, Didyme l’Aveugle).

Le travail de Jérôme est plus fidèle au texte hébreu que la Septante, utilisée jusqu’à présent.

La traduction qu’il effectue sur certains versets utilisés jusqu’à présent par les exégèses chrétiennes pour justifier à partir de l’ancien Testament la réalité messianique de Jésus est plus neutre (il[3] évite d’utiliser le terme « vierge » à la place de « jeune fille » dans Isaïe 7,14 et de même, il ne reprend aucune des traductions « chrétiennes » de Psaume 22,17 telle que « Ils ont percé mes mains et mes pieds » ou « comme un lion sont mes mains et mes pieds »).

De même que la Septante avait été « fêtée » par le psalmiste (voir psaume 33, relatif à la génération de la rédaction de cette version), la rédaction de cette nouvelle version qui permettra aux nations de se rapprocher de Dieu est également saluée. La version des Septante avait permis aux nations, alors complètement païennes, de connaître la foi monothéiste ; mais, également avait servi de support à la foi de nombreux Juifs hellénisés ne comprenant pas les textes hébreux originaux.

Pour la Vulgate, seules les nations, adhérant au Christianisme sont impliquées ; elle ne sera d’aucune utilité pour les Juifs.

Par contre, elle sera largement utilisée dans les controverses entre Juif et Chrétien pour expliquer la déchéance du peuple juif et l’invalidation finale de son élection au profit du nouvel Israël que représentent les Chrétiens.

C’est le partage entre l’espoir que les nations s’enrichiront un peu plus de la connaissance divine à travers l’apport de la Vulgate par Jérôme et la crainte que l’ascension de ces mêmes nations fait peser sur l’avenir d’Israël que le psaume de cette génération évoque :

Que Dieu me prenne en grâce et me bénisse ! Qu’Il fasse luire sa face sur nous ! Sélah !

David commence ce psaume par se rappeler à la grâce de Dieu, afin que l’apport aux nations ne soit pas fatal au peuple d’Israël.

Pour que, par toute la terre, on connaisse tes voies, parmi tous les peuples, ton secours sauveur. Que les nations, ô Dieu, te rendent hommage ! Oui, qu’elles te rendent hommage, toutes les nations ! Que les peuples se réjouissent et entonnent des chants ! Puisque Tu juges les nations avec équité, et diriges les peuples sur la terre ! Sélah ! Que les nations, ô Dieu, te rendent hommage ! Qu’elles te rendent hommage, toutes les nations !

Après ce rappel, David salue le nouveau pas des nations vers Dieu à travers ce nouvel apport qui ne manquera pas de les rapprocher de Dieu. D’ailleurs parmi les chants que les nations vont entonner, les psaumes de David tiendront une place d’honneur.

La terre prodigue ses dons. Que Dieu, notre Dieu, nous bénisse ! Que Dieu nous bénisse, et que toutes les extrémités de la terre le vénèrent !

David, conclut ce psaume comme il l’a initialisé, il salue l’ouverture des nations à Dieu mais n’oublie pas de rappeler que le peuple Juif ne doit pas en payer le prix.

 

 

[1] Encyclopedia Universalis /article : « Vulgate de saint Jérôme, 391-405 environ »

[2] Pierre Maraval/Le Christianisme de Constantin à la conquête arabe/Chapitre : « L’expansion du christianisme/L’expansion chrétienne en Orient » (p.77/78)

[3] Suivant (textes présentés par) Marie Françoise Baslez : « Les premiers temps de l’Église »/Chapitre : « L’Église et l’État » (p.755).