350 à 370, psaume 65 : Julien.

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À la mort de Constantin, les rênes de l’empire furent partagées entre ses deux fils Constant et Constance, le troisième fils Constantin II étant vite éliminé.

Ce partage, Constant pour l’occident et Constance pour l’orient, dure dix ans jusqu’en 350, soit jusqu’à l’aube de notre génération.

Constant est renversé par Magnence, un commandant de légion. Celui-ci devient maître de la Gaule de l’Afrique et de l’Italie. Constance commence à le combattre et de 351 et 353 le vainc et Young_Folks'_History_of_Rome_illus358devient ainsi maître de l’empire entier qu’il dirige pendant huit ans jusqu’à sa mort en 361.

C’est Julien qui lui succède, il veut restaurer le paganisme, mais la courte durée de son règne (361-363) ne lui permet pas d’ébranler le christianisme triomphant.

1024px-31-manasses-chronicleSes successeurs, Valentinien et Valens, deux frères divisent une nouvelle fois l’empire en deux. Valentinien prend l’occident et Valens, l’orient. Ce partage reste de vigueur jusqu’à la fin de cette génération.

Face à la montée inexorable des monothéismes concurrents que sont le Christianisme et l’Islam, cette génération marque une très courte pause. En arrivant au pouvoir, Julien essaie de contrer le Christianisme en rétablissant les anciens cultes païens et en essayant de favoriser le judaïsme sans sympathie, mais uniquement par calcul politique.

Passionné par le culte sacrificiel (païen) il tente de faire reconstruire le Temple de Jérusalem :

  • Un[1] court intermède sans grandes suites pour le judaïsme de Palestine fut offert par le règne de l’empereur Julien, nommé « l’Apostat » par les chrétiens ; intermède, certes, mais qui ne vit pas moins ressurgir les espoirs d’une renaissance nationale.
  • Julien était le neveu de Constantin le Grand et demi-frère de Gallus ; Constance l’institua césar en Gaule, en 355. Cinq ans plus tard, les troupes l’acclamaient auguste. Il n’y eut pas de lutte ouverte avec Constance, car celui-ci mourut soudainement en novembre 361. Ce faisant, Julien se retrouvait seul à la tête de l’Empire, et en décembre 361, il se rendait à Constantinople.
  • C’est au cours de la même année que Julien publia les premiers « édits de tolérance » qui réactivaient les cultes païens et réduisaient l’influence du christianisme. Partisan d’une religion héllénistico-syncrétique (teintée de néoplatonisme), Julien tenta de ressusciter les institutions païennes, en particulier les sacrifices, et d’abolir les prérogatives chrétiennes au sein de l’État et de la société. À cet effet, il autorisa les évêques déclarés « hérétiques » par ses prédécesseurs à regagner leur siège épiscopal dans l’espoir – non illusoire — d’affaiblir l’Église en faisant renaître les querelles dogmatiques.
  • Vis-à-vis du judaïsme, il avait une position ambiguë. D’un côté, il y voyait l’origine du christianisme qu’il combattait, et, refusait avant tout la revendication de peuple élu des Juifs. D’un autre côté, le culte juif du Temple rejoignait sa prédilection pour les sacrifices et lui apparaissait comme un bon moyen de battre en brèche le christianisme. S’ajoutait à cela le calcul politique que les Juifs de Mésopotamie pourraient lui être d’un grand secours sans sa campagne contre les Perses s’il optait pour une politique résolument philosémite. Dans l’attitude de Julien envers les Juifs, il se mêle donc des considérations de politique religieuse et de politique « politicienne » qu’il est difficile de discerner.
  • En se décidant de partir en guerre contre les Perses en 362, Julien semble avoir poursuivi entre autres le but de démontrer par une victoire sur les Perse et une pacification « définitive » de la frontière orientale de l’empire, le bien-fondé de sa nouvelle politique et la puissance des dieux païens. En juillet 362, il arrivait à Antioche où il entrait aussitôt en conflit avec la population qui semblait aimer le luxe et où il ordonnait entre autres choses la fermeture de la plus grande église. Aux dires des sources chrétiennes – les sources juives ignorent tout à cet endroit —, il recevait également une délégation juive à laquelle il donnait l’autorisation, lors d’une audience officielle, de reconstruire le Temple.

Cette reconstruction du Temple fait évidemment partie des aspirations du peuple Juif comme le rappelle David dans le début du psaume de cette génération :

À Toi, ô Dieu, qui réside dans Sion, l’attente confiante, la louange ! Envers Toi, on s’acquitte de ses vœux. Tu entends les prières : toute créature se présente devant Toi. Des actes criminels avaient pris le dessus sur moi : nos fautes, c’est Toi qui les effaces. Heureux celui que Tu choisis et admets en Ta présence, pour qu’il habite dans tes parvis ! Puissions-nous nous délecter de la beauté de ta maison, de la sainteté de Ton palais.

1024px-Julian_Campaign_363Julien qui commence pourtant à prendre le dessus sur les Perses meurt prématurément durant la campagne. La construction du Temple n’aboutit pas :

  • En[2] mars 363, Julien part en guerre contre les Parthes. C’est l’époque où l’on aurait débuté, à Jérusalem, les travaux préliminaires à l’érection du Temple. Un haut fonctionnaire d’empire, Alypius d’Antioche, en est chargé. Mais dès le mois de mai de la même année, les travaux paraissent avoir été interrompus. Les causes en sont mystérieuses. Les sources chrétiennes parlent de tremblements de terre et d’un feu qui serait tombé du Ciel ainsi que de nombreux miracles qui auraient accompagné ces événements. L’historien romain Ammien Marcellin, peut-être la source la plus sûre, évoque de terrifiantes boules de feu jaillissant chaque fois « auprès des fondations » et qui brûlèrent plusieurs ouvriers ; l’écrivain ecclésiastique Rufin parle lui aussi de feu et de tremblement de terre. Certains ont supposé que ce feu a été la cause principale de l’abandon des travaux et que les chrétiens n’ont pas été étrangers à l’incendie. Un tel acte de sabotage n’est certes pas à exclure, mais il paraît plus vraisemblable qu’il y ait eu un tremblement de terre (chose fréquente à l’époque) ayant entraîné un embrasement. Il va de soi que les chrétiens attribuèrent les événements à une intervention divine directe.

David confirme cette cause naturelle en rappelant dans la suite du psaume que Dieu est le maître des éléments :

De façon merveilleuse Tu nous exauces dans Ton équité, Dieu de notre salut, espoir des limites les plus reculées de la terre et de l’océan ; qui consolides les montagnes par ta force, qui est ceint de puissance ; qui apaise le tumulte des mers, le tumulte de leurs flots et l’agitation des peuples.

De fait, cette reconstruction du temple n’était pas forcément du goût des Juifs, pour laquelle elle était à la fois injustifiée et prématurée.

Injustifiée, car la construction voulue par Julien n’a pas pour but de glorifier le Dieu d’Israël mais plutôt de le banaliser en le faisant entrer dans le panthéon des dieux de la Rome païenne et ainsi qu’il soit au service de Rome par le biais des sacrifices.

Prématurée, car la reconstruction du temple ne doit se faire que simultanément à la venue du Messie, c’est-à-dire quand le peuple Juif sera réunifié sur sa terre et qu’il aura terminé son exil au sein des nations, et, que celles-ci suffisamment imprégnée de monothéisme Chrétien ou Musulman seront à même de reconnaître l’élection du peuple d’Israël.

Or dans la génération qui nous intéresse, même si le Christianisme commence son parcours dominateur, le monde n’est pas encore sensibilisé au monothéisme, seule une élite du nouvel empire y est sensibilisée, bientôt les peuples « barbares » de l’Europe qui sont aux portes de cet empire y entreront et accéderont alors à leur tour à la nouvelle religion.

Dans le même temps, la résistance de l’empire Perse vis-à-vis des armées de l’empire favorisera la dichotomie Orient/Occident qui dans quelques générations, après l’apparition de Mahomet, se transformera en dichotomie Christianisme/Islam.

Cette génération est donc plus une étape de semence du monothéisme dans les nations, c’est la priorité, l’aurore du peuple d’Israël sera pour plus tard.

C’est dans ce contexte que David conclut son psaume :

Les habitants des rives lointaines sont pris de crainte devant tes prodiges ; Tu fais résonner de chants les régions où naissent matin et soir.

David évoque la propagation de la crainte de Dieu aux nations à travers les monothéismes naissants.

Tu veilles sur la terre et tu l’abreuves, Tu la combles de richesses, car le fleuve de Dieu déborde d’eau, Tu leur assures leur blé. C’est dans ce but que Tu la prépares.

Bien que ces monothéismes soient en apparence concurrents au Judaïsme et qu’ils vont même durement s’y opposer, Dieu va favoriser leur éclosion afin d’ouvrir les yeux des nations. Car sa bonté (le fleuve de Dieu déborde d’eau) ne se limite pas à Israël.

Tu en inondes les sillons, en écrases les glèbes, par les ondées Tu la détrempes, Tu en bénis les plantes. Tu couronnes l’année de tes bienfaits ; les sentiers que Tu foules ruissellent de délices. Ruissellent aussi les pâturages du désert ; les collines se ceignent d’allégresse. Les prairies sont revêtues de troupeaux, les vallées se couvrent de blé comme d’un manteau. Partout des clameurs de joie et des chants !

Aucune région du monde ne sera oubliée, y compris les zones désertiques, afin que la connaissance de Dieu inonde le monde de ses bienfaits.

L’élection de peuple d’Israël n’a pas pour but de léser les nations amies, mais, au contraire, de les faire éclore à la connaissance de Dieu. Cette conclusion du psaume est en sorte une réponse à l’interrogation de Julien sur cette élection :

  • Lorsqu’il[3] (Julien) s’adresse directement aux Juifs eux-mêmes, il leur reproche surtout leur exclusivisme, leur prétention à être le peuple élu et leur monothéisme fondamental. L’erreur essentielle, c’est d’avoir élevé au rang de divinité suprême et unique un Dieu national et local, un « ethnarque » qui, pourvu qu’il consentît à n’être que cela, pouvait trouver place dans le panthéon de l’hellénisme restauré (par Julien). « Pourquoi ce Dieu, s’il est dieu non seulement des Juifs mais aussi des Gentils, a-t-il donné largement aux Juifs le don de prophétie, et Moïse et le clergé, les prophètes et la Loi, et tout ce merveilleux dont parlent les mythes ?… Pourquoi à nous ne nous a-t-il rien donné de tout cela ?…. Il a, pendant des myriades ou tout au moins des milliers d’années, laissé les peuples, dans la pire des ignorances, du levant au couchant, du nord au midi, servir des idoles – comme vous dites — à l’exception d’une race insignifiante qui, depuis deux mille ans à peine, était établie dans un coin de Palestine. Pourquoi, s’il est vraiment notre Dieu à tous, créateur de bonnes choses, a-t-il fait de nous si peu de cas ? »

 

 

[1] Peter Schäfer (traduction de Pascale Schulte)/Histoire des Juifs dans l’antiquité/Chapitre « Du soulèvement de Bar Kokheba/La restauration de Julien l’Apostat (361-363 » (p210/211)

[2] Peter Schäfer (traduction de Pascale Schulte)/Histoire des Juifs dans l’antiquité/Chapitre « Du soulèvement de Bar Kokheba/La restauration de Julien l’Apostat (361-363 » (p212/213)

[3] Marcel Simon/Verus Israël/Chapitre : « Rome, Judaïsme et Christianisme » (p140)