330 à 350, psaume 64 : Constantinople.

acces-psaume-fotolia_102515739_subscription_monthly_mhelp-bouton-fotolia_61356253_subscription_monthly_mButton aus zwei Puzzlestücken zeigt E-Mail KontaktButtonsButtonsNuremberg_chronicles_-_CONSTANTINOPELCette génération comprend la fin du règne de Constantin (jusqu’en 337) et le pouvoir partagé entre ces deux fils jusqu’en 350 : Constant en Occident et Constance II en orient (qui se trouvera seul à régner sur tout l’empire de 350 à 360) et commence par la naissance officielle de Byzance devenant la nouvelle Rome.

Constantine_with_his_three_sons_among_whom_he_divided_his_empireConstantin à la fin de son règne rompt avec la politique de tolérance envers les Juifs :

  • Constantin[1] ne modifie pas la politique traditionnelle, qui tolère le culte des Juifs et accorde des privilèges à leurs prêtres. Toutefois, vers la fin de son règne, il se préoccupe de protéger les Juifs convertis au christianisme des représailles de leurs anciens coreligionnaires et il interdit aux Juifs de circoncire leurs esclaves chrétiens.

En adoptant le christianisme comme religion officielle, Constantin amorce un processus lent mais inexorable de marginalisation des Juifs :

  • Une[2] des premières mesures de Constantin après sa victoire sur Maxence vise à la répression du prosélytisme. Ce n’est pas encore, en rigueur, une modification substantielle du statut traditionnel (des Juifs), car l’activité propagandiste n’avait jamais été explicitement reconnue comme un droit des Juifs ; elle était tolérée, non pas autorisée. Mais il est clair que cette mesure formelle répond à des mobiles religieux et non pas politiques. Elle rend à supprimer une concurrence dangereuse pour l’Église. Le contexte de l’interdiction est significatif. Elle constitue, en effet, la seconde partie d’une loi dont la première a pour objet de protéger contre les sévices et les représailles de leurs anciens coreligionnaires les Juifs, venus au Christ. Liberté de propagande pour le christianisme, protection officielle aux Juifs convertis, et pour le judaïsme interdiction absolue de se répandre : déjà l’égalité théorique tend à faire place à une flagrante inégalité de fait.
  • Cette loi constantinienne est suivie de toute une série d’autres mesures, qui se continuent jusqu’à la rédaction du Code Théodosien. Elles tendent, d’une part, à réduire à néant les possibilités d’action des Juifs sur les Gentils, païens et surtout chrétiens, et par le fait même à les cantonner dans leur situation particulière, en dehors des cadres de la société ; d’autre part, comme aucun espoir ne subsiste d’une conversion massive et spontanée d’Israël à la foi chrétienne, elles visent à accentuer encore le caractère exceptionnel du statut juif, mais de telle sorte qu’il perde son aspect privilégié et apparaisse de plus en plus comme une charge, un châtiment divin pesant sur une classe de réprouvés.
  • L’évolution s’accentuera après la période qui nous occupe (de 135 à 425). Elle mènera finalement au ghetto. Mais dès le IVe et le Ve siècles, c’est à la vie intérieure du judaïsme elle-même et non plus simplement à ces relations avec le dehors que tendent à s’appliquer contrôle et restrictions. Et ceci tout à la fois parce que la théologie exige que les Juifs supportent la peine de leur infamie, et parce que leur contact apparaît dangereux pour la foi, souvent encore mal affermie, des chrétiens.
  • Les mesures […] relatives aux esclaves chrétiens au service des Juifs, et aux mariages mixtes, ont pour double objet de réprimer des formes indirectes de prosélytisme et d’accentuer l’isolement juif.

Les nouveaux rapports entre le monde (l’Empire romain) devenu chrétien et le judaïsme qui s’initialise réellement dans cette génération sont parfaitement résumés dans le psaume de cette génération :

Écoute, ô Dieu, ma voix lorsque je me plains, préserve ma vie de la crainte de l’ennemi.

David exprime ses craintes envers le nouvel empire chrétien qui naît.

Protège-moi contre le complot des malfaiteurs, contre le tumulte des artisans d’iniquité, qui aiguisent leur langue comme un glaive, décrochent comme des flèches des paroles amères, tirant en secret sur l’homme intègre, le visant soudainement sans rien craindre.

Jusqu’à présent le christianisme était une religion dissidente vis-à-vis du pouvoir et souvent combattue par les empereurs romains précédents. Les attaques anti-juives se résumaient alors à des joutes théologiques. Maintenant que le christianisme est passé du « bon coté du sceptre » de façon définitive, ses attaques donnent lieu à des attaques politiques mettant en réel danger la communauté juive.

Ils s’affermissent dans leurs funestes desseins, se vantent hautement de dresser des embûches, se demandant qui les verra. Ils s’ingénient à inventer de mauvais coups, exécutent des plans biens médités : l’être intime de l’homme, son cœur, est insondable.

Sur de leur pouvoir, c’est sans crainte qu’il pense pouvoir s’attaquer aux Juifs apparemment sans défense pendant toute la durée restante de la nuit. Nous avons suffisamment de recul aujourd’hui pour mesurer les résultats de ce plan lentement élaboré de marginalisation des Juifs.

Toutefois dans ce contexte défavorable, les Juifs trouvent paradoxalement du réconfort :

  • L’adhésion[3] au christianisme de Constantin qui deviendrait, dix-huit ans plus tard, le dirigeant incontesté de l’empire, devait avoir une influence décisive sur la culture et le caractère politiques et religieux de la Palestine. Les rabbins locaux, dont les réactions réelles à cette grande transformation ne nous sont pas parvenues, trouvèrent quelque consolation dans ce changement et la forme de leurs attentes du salut imminent s’adapta aux nouvelles circonstances. Le soutien d’un personnage officiel aussi important que Constantin laissait présager la christianisation de l’empire entier. Dans leur for intérieur, c’était là le dilemme historique et théologique auquel les rabbins se trouvaient confrontés : alors que Rome se convertissait du paganisme au christianisme, devaient-ils considérer l’empire chrétien comme une entité nouvelle ou simplement comme une mutation de l’ancien système ? Si la dernière hypothèse était juste, fidèles à leur propre affirmation de la rédemption viendrait quand « l’empire tombera (it) dans l’hérésie » (Mishnah Sotah 9,15), le salut était proche. En conséquence, un sage contemporain reformula ce point dans le schéma eschatologique de la « Fin des Jours » : « Rabbi Isaac dit : Jusqu’à que tout l’Empire se soit converti à l’hérésie » (Talmud de Babylone, Sanhédrin, 97a). Par cette correction textuelle, non seulement la date estimée de la Fin des Jours était reculée mais, paradoxalement, les Juifs s’alliaient aux Chrétiens pour hâter la transformation certes pour des raisons contraires.

C’est sur cette espérance sans faille à la rédemption finale du peuple Juif, dont les nations qui auront largement adhéré au monothéisme (Christianisme et Islam) ne pourront que reconnaître, que David conclut son psaume :

Mais Dieu les atteint ; à l’improviste des flèches leur infligent des blessures. Leur propre langue prépare leur chute ; quiconque les aperçoit hoche la tête. Tous les hommes en seront saisis de crainte ; ils proclameront l’œuvre de Dieu, et comprendront le sens de ses actes. Le juste aura sa joie en l’Éternel et se mettra sous son abri, et tous les cœurs droits pourront se féliciter.

 

 

[1] Pierre Maraval/Le Christianisme de Constantin à la conquête arabe/Chapitre : « La politique religieuse de Constantin à Héraclius et des rois barbares » (p11)

[2] Marcel Simon/Verus Israël/Chapitre : « Rome, Judaïsme et Christianisme » (p156/157)

[3] David Biale/Les cultures des Juifs/Chapitre : « Confrontation avec un empire chrétien : La culture juive dans le monde byzantin » (par Oded Irshaï)/(p194 – version originale :184/185)