290 à 310, psaume 62 : La scission de l’Empire romain.

acces-psaume-fotolia_102515739_subscription_monthly_mhelp-bouton-fotolia_61356253_subscription_monthly_mButton aus zwei Puzzlestücken zeigt E-Mail KontaktButtonsButtons1024px-Prima_tetrarchia_DiocletianusCette génération voit la fin du règne de Dioclétien et un nouveau découpage politique du monde, tout du moins du monde connu, du monde romain. Cela sera surtout le point de départ de l’ascension de Constantin le futur empereur du nouvel empire romain d’Orient :

  • En 293[1], l’empereur Dioclétien décida de partager le pouvoir impérial en quatre, gardant l’Est pour lui et confiant les trois autres Young_Folks'_History_of_Rome_illus342régions à un vieux compagnon d’armes, Maximien, à un soldat professionnel dur et brutal de Thrace qui s’appelait Galère, et à Constance Chlore (père de Constantin). Même à l’époque, les écueils d’une telle organisation durent être évidents. Dioclétien eut beau insister sur le fait que l’empire restait un et indivisible, tôt ou tard, les fractures seraient inévitables. Pendant quelques années, tout se passa assez bien – des années que le jeune Constantin passa à la cour de Dioclétien. Mais en 305 se produisit un événement sans égal dans l’histoire de l’Empire romain : l’abdication volontaire de l’empereur. Après vingt ans sur le trône impérial, Dioclétien se retira du monde, contraignant un Maximien furieux à abdiquer avec lui.

Constantine_-_geograph.org.uk_-_609228Galère et Constance Chlore sont proclamés Augustes. Le 25 juillet 306, à la mort de Constance son père, Constantin est nommé « empereur » par ses hommes à York. Mais il reste en Gaule et en Grande Bretagne pendant six années soit approximativement jusqu’à la fin de cette génération.

Cette génération marque ainsi la fin de l’Empire romain tel qu’il a existé depuis des siècles.

Ce que résume le début du psaume de cette génération :

Ah ! En Élohim, silence, mon être, mon salut vient de Lui ! Lui seul est mon roc, mon salut, ma culmination ! Je ne chancellerai guère.

Alors qu’un nouvel empire qui en son temps a été ennemi du peuple d’Israël disparaît, David rappelle la solidité du peuple Juif qui sans terre, et ne tenant que par l’alliance divine survit encore à ce nouvel empire en déclin, malgré les nombreuses attaques rappelées dans les psaumes précédents.

Jusqu’où agresserez-vous l’homme ? Vous êtes des assassins, vous tous, comme un mur qui s’effondre, clôture croulante.

L’image représente bien Rome qui a meurtri Jérusalem en abattant ses murs, en tuant sa population et en incendiant le Temple. Mais en assimilant l’assassin (Rome) à un mur qui s’effondre, le psalmiste évoque la chute de Rome qui est en train de se réaliser. Rome a meurtri le peuple Juif, mais s’effondre à cette génération alors que le peuple Juif se reconstruit.

Cet empire est scindé et bientôt émergeront deux entités, l’Empire romain d’Occident avec encore Rome comme capitale et l’Empire romain d’Orient avec Byzance, la future Constantinople pour capitale.

En plus de la naissance de ces nouvelles entités, le christianisme prend de plus en plus pied dans les deux empires. La tentative de Dioclétien de combattre cette nouvelle force sera vaine, bientôt la religion deviendra religion officielle de l’Empire romain d’Orient avant de devenir également celle de l’empire d’Occident et finalement de toute l’Europe.

La résistance des partisans des anciens cultes romains ne pourra endiguer la montée du christianisme qui se propage non pas par les élites mais par la base de la société romaine :

  • Le succès du christianisme à Rome n’empêche pas la longue persistance des religions traditionnelles. Le calendrier des fêtes païennes reste en vigueur, les temples sont encore entretenus au IVe siècle – quelques-uns même alors sont construits —, les cultes orientaux (Mithra, Cybèle) sont toujours pratiqués. C’est surtout dans l’aristocratie sénatoriale que la religion traditionnelle garde ses partisans les plus actifs. Au début du Vie siècle, seules quelques familles sont chrétiennes (les Anicii, les Probi), et les sénateurs répugnent à faire cette chose si peu romaine, qu’est l’adoption de la nouveauté chrétienne. Un sermon d’Augustin relève aussi le motif de classe de leurs réticences : « J’adopterai la religion de ma concierge à la place de celle de Platon ? ».

Les Juifs qui avaient assimilé l’Empire romain païen à Edom l’ennemi héréditaire parce qu’ils avaient détruit le second temple et causé la ruine de la Judée doivent se rendre à l’évidence, le Christianisme, successeur de Rome est bien plus redoutable. L’empire qui se forme en son nom apportera encore bien plus de 1024px-St._Benedict_Parish_(Terre_Haute,_Indiana),_interior,_detail_of_apse_mural,_the_Trinity_and_the_Heavenly_Courtdéboires à la nation juive.

Du message initial de Jésus, il ne restera pas grand-chose, la doctrine officielle transformera Jésus, l’homme juif pieux, en une divinité complexe qui permettra d’asseoir un certain pouvoir dans le monde.

C’est cette perspective que David dénonce dans la suite du psaume :

Ah, de sa hauteur ils délibèrent pour le bannir ; ils veulent la tromperie. De leur bouche, ils bénissent ; en leur sein, ils maudissent.

Confronté à cette nouvelle donnée géopolitique qui refaçonnera le monde, David au nom de son peuple réaffirme sa foi en Dieu et sa ferme détermination à ne pas abandonner l’alliance.

C’est ce qui est exprimé dans la suite du psaume :

Sélah. Ah ! Pour Élohim, fais silence, mon être ; mon espoir vient de lui ! Ah ! Il est mon roc, mon salut, ma culmination, lui ! Je ne chancellerai pas ! Sur Élohim, mon salut et ma gloire ; le roc de mon énergie et mon abri sont en Élohim.

the magnificent masterpiece golden mosaics from the domed ceiling of the ancient byzantine church of Saint Chora showing scenes from the nativity, peacocks and the virgin mary

Par l’avènement de Constantin émergera bientôt l’empire d’Orient avec pour capitale Constantinople, nouveau nom de Byzance. Cet avènement sera aussi celui du Christianisme en tant que pouvoir qui naîtra ainsi dans la pourpre :

  • Au[2] commencement était… le nom – certainement un des plus magiques qui ait résonné dans l’histoire. Même si l’empire n’avait jamais existé, Byzance serait certainement restée imprimée dans les esprits et les mémoires par la simple musique de son nom – visions d’or, de malachite et de porphyre, de cérémonies grandioses et solennelles, de lourds brocards ornés de rubis et d’émeraudes, de somptueuses mosaïques luisant dans des salles embrumées d’encens.

C’est contre ce faste, dont Byzance sera le synonyme, à venir qui ne va cesser d’accompagner l’expansion chrétienne que réagit David.

David, dans la suite du psaume, s’il accepte que d’autres peuples, à travers le christianisme se rapprochent de Dieu les met en garde en les invitant à ne pas oublier l’essentiel du message divin qui ne peut être remplacé par ces fastes:

Fiez-vous à lui en tout temps, ô peuples ! Épanchez votre cœur devant lui : Dieu est un refuge pour nous. Sélah ! Certes, les fils d’Adam ne sont qu’une ombre vaine, les fils de l’homme – qu’une déception. Qu’on les mette sur la balance : ensemble ils pèsent autant qu’un souffle. Ne mettez pas votre confiance dans la concussion, et dans la rapine ne placez pas un vain espoir. Dût la richesse couler à plein bord, n’y attacher pas trop d’importance.

Pour conclure, David rappelle que seul Dieu a une nature divine et que nul ne peut lui être associé donnant ainsi des limites à la doctrine chrétienne qui bientôt réellement se construira.

Ainsi en parodiant la future formule trinitaire chrétienne (le père, le fils et le Saint-Esprit) David rappelle le credo fondamental du judaïsme (Dieu est Un) :

Une fois Dieu l’a énoncé, deux fois je l’ai entendu : que la puissance appartient à Dieu. Oui Seigneur, tienne est ta bonté, car tu rémunères chacun selon son œuvre.

 

[1] John Julius Norwich : « Histoire de Byzance ». Chapitre : les premiers siècles/Constantin le Grand. (p. 18)

[2] John Julius Norwich/Histoire de Byzance/Chapitre I: Constantin le Grand/p.17