270 à 290 : psaume 61 : Poumbédita.

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talmud shutterstock_23082982Au niveau de l’Empire romain, cette génération est à cheval sur les règnes d’Aurélien (270-275) et de Dioclétien (284-305). Entre ces deux règnes se succédèrent Tacite, Probus, Carus et ses fils Numerianus et Carinus.

Le règne de Dioclétien de plus de vingt ans rompt avec ceux de ses Diocletien_Vaux1 rogneprédécesseurs moins stables. Dioclétien essaie de réformer le système économique romain de façon assez efficace mais peut-être un peu trop tard pour la Galilée victime d’une paupérisation grandissante :

  • La[1] pression fiscale, l’inflation, la famine, les épidémies, le prêt d’argent et l’usure (dus à une très grande inflation), l’augmentation des vols et du pillage, tout cela constituait une aggravation dangereuse des contrastes entre pauvres et riches, et donc des tensions sociales. L’assouplissement de certaines prescriptions de la Halakha concernant l’agriculture (en particulier l’obligation de l’année sabbatique), commencé déjà sous Yéhoudah Ha Nassi, ne put pas modifier grand-chose à longue échéance. Le déclin du patriarcat et en définitive de tout le judaïsme palestinien est sans aucun doute en étroite corrélation avec ces difficultés économiques qui empiraient rapidement. Lorsque l’Empire romain commença à se stabiliser sur le plan politique et économique à l’avènement de Dioclétien (284) – l’empereur combattit avec succès l’inflation et réforma le système monétaire ; dans le même temps, il introduisit une réforme administrative -, la grande époque du judaïsme palestinien est révolue.

La situation catastrophique du Judaïsme palestinien qui succède à la destruction de l’académie Babylonienne de Nehardea a de quoi inquiéter David, car il pourrait avoir des conséquences graves pour le judaïsme si le relais n’est pas assuré.

Cette inquiétude est l’objet du début du psaume de cette génération

Écoute, ô Dieu, ma supplication, soit attentif à ma prière. De l’extrémité du pays

Les Amoraïm de cette génération sont relégués sur le Lac de Tibériade soit à l’extrémité du pays.

je crie vers toi, alors que mon cœur tombe en défaillance : puisses-tu me mener sur un rocher qui domine de haut ! Car Tu es pour moi un refuge, une tour fortifiée protégeant contre l’ennemi. Je voudrais séjourner à jamais sous Ta tente, me mettre à couvert à l’abri de Tes ailes. Sélah

Babylone sera en effet le nouveau « rocher » du judaïsme de l’exil, celui qui va permettre aux Juifs de l’exil de rester proche de Dieu, hors du temps, à l’abri – sur le plan religieux — des attaques des nations.

La prière de David n’est pas vaine, car le relais est assuré par le judaïsme Babylonien qui édifie une nouvelle académie qui de nouveau fera rayonner le Judaïsme, au moins aussi prestigieuse que celle de Nehardea :

  • Sous[2] Rav Chila et Abba bar Abba, vers l’an 200, l’académie de Nehardea fut le centre spirituel du judaïsme Babylonien, le contact étant maintenu entre Yéhoudah Ha Nassi et la communauté juive d’Erets Israël. […] L’académie de Nehardea fut détruite en 259 par les alliés palmyréniens de Rome. Sous la direction de Yéhoudah bar Ézéchiel (220, env. 279), élève et successeur de Samuel, elle fut restaurée à Poumbédita où elle se maintint jusqu’au IXe siècle.

Cette reconstruction permettra la mise au point du Talmud de Babylone qui deviendra le principal ciment du peuple Juif après le lent déclin du judaïsme Palestinien durant cette génération qui s’aggravera bientôt avec le triomphe du Christianisme en Occident.

Le relais pris par le Judaïsme Babylonien au Judaïsme Palestinien en cours d’extinction justifie la louange de David à la fin du psaume.

OLYMPUS DIGITAL CAMERALe judaïsme Babylonien à travers la rédaction du Talmud de Babylone sera le véritable ciment du judaïsme de l’exil, celui qui permettra aux Juifs de « vénérer et célébrer » le Nom de Dieu en restant fidèle à l’alliance divine (acquitter de mes vœux jour par jour).

C’est la conclusion du psaume:

Certes Toi, ô Dieu, Tu accueilles favorablement mes vœux ; Tu m’accordes les biens réservés à ceux qui vénèrent Ton nom. Daigne ajouter de nouveaux jours aux jours du Roi ! Que ses années se prolongent d’âge en âge ! Qu’il trône, éternellement devant Dieu, que la grâce et la bienveillance le protègent ! De la sorte, je célébrerai Ton nom à jamais, afin de m’acquitter de mes vœux jour par jour.

 

 

[1] Peter Schäfer : « Histoire des Juifs dans l’antiquité »/Chapitre « Du soulèvement de Bar Kokheba » (P.203)

[2] Dictionnaire Encyclopédique du Judaïsme/Cerf-Laffont/Académies/Académies babyloniennes (p10).