190 à 210, psaume 57 : Michna.

acces-psaume-fotolia_102515739_subscription_monthly_mhelp-bouton-fotolia_61356253_subscription_monthly_mButton aus zwei Puzzlestücken zeigt E-Mail KontaktButtonsButtonsMS_Kaufmann_A_50Cette génération correspond approximativement au règne de Septime Sévère (146-211, empereur de 193 à 211).

Il succède à Commode le dernier des Antonins (après le passage très bref de ses deux successeurs Publius Helvius Pertinax et Didius Julianus, sans lien héréditaire, tous deux assassinés).

Dans ce psaume, il faut encore tout d’abord s’intéresser à son titre.

1024px-Buste_de_Septime_Severe_Bibliotheque_Mazarine_Paris_(Cutted)Dans le psaume précédent, le titre faisait référence à l’épisode de I SAMUEL, lorsque David fuyant Saül se trouve aux mains d’Akhich, roi de Gath.

Le présent psaume, fait référence cette fois à la suite de cet épisode, c’est-à-dire au refuge de David dans la caverne.

Or dans la génération précédente, le Christianisme primitif, passant aux mains des pagano-chrétiens, crée les matériaux qui nourriront, pendant des siècles et jusqu’aux temps modernes, l’humanité d’un antisémitisme viscéral et irrationnel.

La réaction à cela est justement pour le peuple Juif de se créer les conditions d’une survie à travers les siècles, c’est ce qui sera fait lors de cette génération sur la finalisation de la Michna (la loi orale, définitivement rédigée en 218).

Tanaite

Ceci permettra d’abord d’enchaîner sur la rédaction du Talmud (celui de Jérusalem puis celui de Babylone) et ainsi de jeter les bases d’une spiritualité toute particulière permettant aux Juifs depuis près de vingt siècles de traverser les vicissitudes de l’histoire en conservant pleinement leur foi.

Les attaques chrétiennes visent à couper le peuple Juif de ses racines et par conséquent de son alliance avec Dieu qui se transmet de génération en génération.

Cela est vain, après près de deux mille ans de persécutions, même si le peuple Juif a souffert, il est toujours là, fidèle à son alliance et avec toujours les mêmes espoirs. De même que David sortit victorieusement de la caverne d’Adoulam, le peuple Juif sortira grandi de l’exil.

Cette promesse contenue indirectement dans le titre du psaume est réaffirmée dans le psaume lui-même.

Pour se pencher sur celui-ci, il faut tout d’abord rappeler le contexte politique de cette génération, dominée par le règne de Septime Sévère. Celui-ci, vis-à-vis des Juifs, sans trancher réellement avec ses prédécesseurs initialise en douceur une phase de repli :

  • Les[1] cent années qui suivent son règne (d’Hadrien), c’est-à-dire l’époque des derniers Antonins et des Sévères, représentent du point de vue des relations entre l’Empire et le christianisme d’une part, le judaïsme de l’autre, une période étale. Du côté chrétien, des persécutions locales mais, à part l’affaire de Lyon en 177, pas d’événements très marquants. Du côté juif, le calme le plus complet succède à la tempête de 135. Sous Antonin, les deux religions bénéficient d’une même bienveillance, Marc-Aurèle, empereur et stoïcien, n’a guère plus de sympathie pour l’une que pour l’autre. Il méprise les chrétiens, qui meurent par opiniâtreté pure, en jouant la tragédie. La turbulence juive lui rappelle, en pire, les Barbares du Danube. Mais ni les uns ni les autres n’ont été sérieusement inquiétés sous son règne et de son fait. Il réprime la délation avec plus de rigueur encore, si nous en croyons Tertullien, que ses devanciers. Commode, indifférent aux affaires de l’État et à ses devoirs de souverain, est pour les deux religions un empereur tolérant. Les Sévères, africains, d’affinités sémitiques encore accentuées par les mariages, moins préoccupés que leurs prédécesseurs de la stricte tradition romaine, très accessibles aux influences religieuses de l’Orient, sont les amis avérés des Juifs, qui ont rendu hommage à leur bienveillance ; « Judaecos plurinum dilexerunt », dira de Septime Sévère et de Caracalla saint Jérôme, rapportant l’opinion des rabbins eux-mêmes. Les chrétiens n’ont pas d’avantage à se plaindre d’eux : de même que Caracalla entretient d’excellentes relations avec le patriarche juif, Julia Mammaea discute théologie avec Origène. Tout se passe, comme si les empereurs avaient, de propos délibéré, tenu la balance entre les deux cultes. Septime Sévère interdisant aux Juifs le prosélytisme, l’interdit en même temps aux chrétiens, mais sans mettre, semble-t-il, à faire appliquer cet édit plus d’énergie et d’obstination dans un cas que dans l’autre.

Si l’interdiction de prosélytisme n’est pas stricte, elle jette les ponts d’un nouveau rapport de Rome avec le Judaïsme.

La religion était jusqu’alors « religion licite », ce statut n’avait pas réellement varié malgré la guerre de 66 et la révolte de Bar Kokheba. Jusqu’alors, Rome, lorsqu’il avait défini des entraves auprès de la religion juive, ce n’était jamais dans un but philosophique ou religieux mais toujours pour des raisons politiques.

Ce n’est plus le cas, et cela vraisemblablement du fait de l’apparition de la religion chrétienne, beaucoup plus à la recherche du pouvoir que le judaïsme et visant à imposer un universalisme dans le monde romain.

La religion juive, quelque part, se satisfait de ce nouveau statut. En effet, la religion juive est une religion d’élection, les Juifs ont été choisis par Dieu, ils n’ont pas besoin du monde pour être légitimés.

Les autres religions monothéistes qui émergent à partir du judaïsme auront besoin de se construire eux-mêmes leur propre panthéon, leurs propres dogmes.

Dans ce cas, lorsque c’est l’homme qui choisi ou crée son Dieu et non le contraire, il a besoin de se rassurer, d’être sur de ne pas s’être trompé.

Pour cela, il faut convaincre le monde entier, être missionnaire. Cela sera le cas du Christianisme, bien sûr, mais également de l’autre religion monothéiste : l’Islam.

Ainsi si les mesures prises par Septime Sévère ont peu d’impact sur le Judaïsme (en dehors de son repli sur lui-même), en revanche, elles entravent largement les désirs d’expansion du christianisme naissant.

C’est vraisemblablement en refusant de se soumettre à cette nouvelle donne que le Christianisme primitif subit quasiment un siècle de persécution :

  • Mais[2] l’équilibre ainsi réalisé pendant un siècle (jusqu’au règne de Septime Sévère) entre les deux religions, à la faveur d’une tolérance générale, s’est trouvé par la suite définitivement rompu au bénéfice du Judaïsme. Pour les chrétiens, la période d’anarchie qui s’ouvre à la mort de Sévère Alexandre (222-235) et les essais consécutifs de restauration marque l’avènement d’une politique d’intolérance active : l’ère des grandes persécutions commence. Envers les Juifs, au contraire la bienveillance impériale ne se démentira pas. Leur propagande même, nous le verrons à l’instant, ne paraît pas avoir été sérieusement entravée au cours du IIIe siècle. Ainsi, en l’espace d’une centaine d’années, la situation réciproque des deux religions devant l’autorité impériale s’est totalement renversée. Les espoirs qui ont pu naître au début, chez les apologistes chrétiens, des difficultés des Juifs se sont trouvés déçus. Sous Hadrien, le judaïsme était l’ennemi, et l’église a pu croire un moment qu’elle recueillerait le bénéfice de cette situation. À partir de Dèce, c’est aux chrétiens que l’Empire déclare la guerre. Dans l’intervalle les Juifs n’ont pas tardé à rentrer en grâce. C’est chose faite sous les Antonins, alors que les chrétiens ne sont pas encore explicitement mis au ban de l’Empire.

C’est l’ensemble de cette nouvelle donne qui prend naissance dans la génération qui nous intéresse que David décrit dans son psaume :

Sois-moi propice, ô Dieu, sois-moi propice, car en Toi s’abrite mon âme ; je me mets à couvert à l’ombre de tes ailes, jusqu’à que le malheur ait passé.

En finissant de rédiger la Michna, les Juifs, sous la direction de Rabbi Yéhouda Ha Nassi (135/220, Nassi à partir de 170) vont s’enfermer dans une enveloppe de spiritualité qui va leur permettre de traverser les siècles malgré les nombreuses attaques de ce monde bien matériel.

Je crie vers le Dieu suprême, vers le Tout-Puissant qui prendra ma cause en main. Que du haut du ciel il m‘envoie son secours, – celui qui m’opprime aura beau m’insulter, Sélah ! Que Dieu envoie sa grâce et sa bienveillance ! Je pourrai me coucher parmi des lions aux regards flamboyants, parmi des hommes dont les dents sont des lances et des flèches, et la langue un glaive tranchant.

David rappelle la force que le peuple Juif trouve ainsi dans cette spiritualité qui lui permettra d’affronter les ennemis les plus redoutables.

Montre, ô Dieu, ta grandeur qui dépasse les cieux ; que Ta gloire brille sur toute la terre ! On avait dressé des filets sous mes pas pour me faire ployer, on avait creusé une fosse devant moi : ils y sont tombés eux-mêmes.

Le christianisme primitif s’était désolidarisé du judaïsme le croyant moribond après les deux guerres contre Rome (66 et Bar Kokheba). Cela est un mauvais calcul, car dès à présent, le judaïsme montre sa vivacité retrouvée alors que les chrétiens s’apprêtent à affronter Rome à leur tour. Cela se retrouvera à travers les siècles, car quelle que soit l’âpreté de l’adversité, les Juifs resteront toujours au-devant de la scène pour montrer que Dieu ne les abandonne pas malgré les apparences.

Sélah ! Mon cœur reste ferme, ô Dieu, mon cœur reste ferme : je puis chanter, célébrer tes louanges. Réveille-toi, ô mon âme, réveillez-vous, ô luth et harpe : je veux réveiller l’aurore. Je te louerai parmi les nations, ô Seigneur, je te chanterai parmi les peuples. Car ta grâce s’élève jusqu’aux cieux, et ta bonté atteint jusqu’au firmament. Montre, ô Dieu, ta grandeur qui dépasse les cieux ; que ta gloire brille sur toute la terre!

C’est dans ces conditions que David renouvelle sa foi en Dieu. Il sait qu’à la fin des temps (l’aurore), l’élection du peuple Juif finira par être reconnue par les nations qui, se joignant au peuple d’Israël rendront grâce à leur créateur.

[1] Marcel Simon/Vérus Israël/Chapitre « Rome, Judaïsme et Christianisme » (p129/130)

[2] Marcel Simon/Vérus Israël/Chapitre « Rome, Judaïsme et Christianisme » (p130)