150 à 170, psaume 55 : Edom.

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Au niveau de l’Empire romain, cette génération est à cheval entre le règne d’Antonin le Pieux (138/161) et de celui de Marc Aurèle (161/180).

 

Hadrian_founder_Aelia_CapitolinaLa situation des Juifs en Judée après la défaite de la révolte de Bar Kokhba est des plus terribles :

  • Les[1] suites du soulèvement furent peut-être encore plus catastrophiques et retentissantes que celles de la première guerre. Du côté des Romains, Hadrien se fit une nouvelle fois acclamer comme empereur, mais il renonça toutefois à son défilé triomphal et se contenta de décerner à son général victorieux Julius Sévérus les ornements triomphaux. L’omission de la formule habituelle mihi et legionibus bene (moi et les armées, nous sommes en bonne santé) à la fin du rapport qu’Hadrien fit parvenir au sénat indique également combien la victoire fut chèrement acquise. Pour les Juifs de Palestine, les conséquences tant immédiates qu’à plus long terme furent sans aucun doute encore pires. Dion Cassius écrit : « Cinquante de leurs principales forteresses et neuf cent quatre-vingt-cinq localités furent détruites, cinq cent quatre-vingt mille hommes périrent dans les attaques et les combats. Mais le nombre des victimes de la faim, de la maladie et du fer est infini de sorte qu’il s’en fallut de peu que la Judée ne fût changée en désert, comme on leur avait prédit, avant la guerre ; car la tombe de Salomon qu’ils révéraient s’écroula d’elle-même. Nombre de loups et d’hyènes se ruèrent en hurlant dans leurs villes ». Même si les chiffres indiqués par Dion sont exagérés, il n’en demeure pas moins que les pertes parmi la population et les destructions à travers la province auront été considérables. D’après Jérôme, de nombreux Juifs furent vendus en esclavage, il y en eut tant, paraît-il, que le prix des captifs juifs sur le marché des esclaves d’Hébron fit une chute libre pour ne pas dépasser celui d’un cheval. Les structures économiques du pays s’étaient effondrées. Toute la vie culturelle et économique des Juifs de Palestine se vit transférée en Galilée. Artist's_reconstruction_of_life_in_a_Roman_cardo_of_Jerusalem_during_the_Aelia_Capitolina_period_(15607472376)
  • Jérusalem fut définitivement transformée en colonie romaine avec l’appellation officielle de Colonia Aelia Capitolina (Aelia du nom de famille d’Hadrien : P. Aelius Hadrianus ; Capitolina d’après Jupiter Capitolin). L’accès de la nouvelle ville romaine fut interdit aux Juifs sous peine de mort. Aelia devint donc une ville entièrement païenne, pourvue sans aucun doute des édifices publics et temples en rapport. Cependant on n’ajoute plus tellement de foi, de nos jours, aux propos de Dion selon lesquels un temple païen dédié à Jupiter Capitolin aurait été édifié à l’emplacement même du Temple juif rasé. En revanche, il est incontestable qu’une statue d’Hadrien s’élevait au centre d’Aelia, ce qui suffit pleinement à profaner la Jérusalem juive. De ce fait, on parle à juste titre d’une paganisation totale de Jérusalem.

L’ensemble de cette situation est rappelé dans le début du psaume de cette génération :

Prête l’oreille, ô Dieu, à ma prière, et ne Te dérobe point à ma supplication. Accorde-moi ton attention et exauce-moi : je m’agite dans ma douleur et je pousse des soupirs, à cause des cris de l’ennemi, sous l’oppression du méchant ; car ils m’accablent de maux et me persécutent avec fureur. Mon cœur frémit dans mon sein, des transes mortelles viennent m’assaillir. L’effroi, le tremblement m’envahissent, je suis enveloppé d’épouvante. « Ah ! Me dis-je, que n’ai-je des ailes comme la colombe ? Je m’envolerais pour établir (ailleurs) ma demeure. Oui, je fuirais au loin, je chercherai un asile dans le désert ; Sélah ! Je m’assurerais à la hâte un refuge contre le vent de la tempête, contre l’ouragan! »

symbole christianisme primitifLa place ne restera pas vide bien longtemps, les Chrétiens d’origine païenne non concernés par les interdictions d’Hadrien à l’inverse des Judéo-Chrétiens peuvent s’y installer:

  • Par[2] ailleurs, à un moment où il n’y a pas encore de législation antichrétienne précise (du côté romain), les Ébionites (de façon plus générale, les Judéo-chrétiens) tombent, en tant que Juifs, parce que circoncis, sous le coup de l’interdiction faite par Hadrien à tout Israël de pénétrer et de vivre dans Jérusalem/Aelia. La Ville sainte n’est plus leur ville. La grande Église peut alors les y remplacer. C’est au lendemain de la guerre qu’une communauté de chrétiens de la gentilité s’organise à Jérusalem, sous le gouvernement de l’évêque Marcus. Cette installation en un pareil moment, a valeur de symbole. Elle consacre à la fois la faillite du Judéo-christianisme, renié d’un côté comme il l’est de l’autre (par les Juifs), et l’opposition irréductible entre le christianisme et Israël : c’est parmi le malheur des Juifs, et comme dans les fourgons de Rome, que les chrétiens venus du paganisme, adoptés à la place du peuple rebelle, font leur entrée dans Sion.

C’est cet opportunisme des premiers pagano-chrétiens qui prennent leur distance avec les Juifs et les judéo-chrétiens à un moment ou ceux-ci sont dans une position particulièrement vulnérable que la suite du psaume condamne :

Seigneur, détruis, fends-leur la langue ; car je ne vois que violence et désordre dans la ville. Jour et nuit, ils font la ronde sur ses murs ; et, dans son enceinte, ce n’est que crime et injustice. De violentes passions sévissent dans son sein, l’oppression et la fraude ne bougent pas de ses places.

Jérusalem est interdite aux Juifs, les chrétiens non concernés par cette interdiction peuvent y pavoiser au milieu des païens romains sur lesquels ils vont maintenant porter leur effort de conversion pour la course au pouvoir politique.

Le christianisme naissant s’était déjà, alors qu’il était encore purement judéo-chrétien, désolidarisé des Juifs lors de la révolte de 66 (celle qui précéda la destruction du Temple) en préférant fuir à Pella en Transjordanie plutôt que rester combattre à Jérusalem. Là encore, la révolte de Bar Kokheba sert l’opportunisme politique de la nouvelle religion :

  • Il[3] convient de ne pas oublier qu’à cette époque (avant la révolte de Bar Kokheba) rien ne différenciait un Juif d’un Judéo-chrétien. Les deux fréquentaient la synagogue et respectaient les observances rituelles du judaïsme. Ainsi, dans ce climat de contacts quotidiens, on ne peut que supposer que des facteurs d’influences doctrinaux, ceux-là mêmes contre lesquels les Sages (juifs) entendaient lutter.
  • D’un point de vue politique et social, on peut enfin souligner que progressivement les Judéo-chrétiens sortent inéluctablement du cadre de la société juive et sont engagés dans une ascension vers l’autonomie et la quête de pouvoir dans l’empire. À ce titre-la, la continuité juive devient nécessairement de type minoritaire et fermé.

C’est cette « trahison » de ceux que la synagogue avait continué a accepté en son sein que la suite du psaume évoque :

Car ce n’est pas un ennemi qui m’outrage, – je pourrais le supporter — ce n’est pas un adversaire haineux qui me traite de haut, – je pourrais me mettre à l’abri contre lui – mais c’est toi, un homme en tout mon pareil, mon ami et mon confident ; car ensemble, nous échangions de douces confidences, en nous rendant avec une foule bruyante dans la maison de Dieu.

Cette ascension du christianisme, du pagano-christianisme, aux dépens du judaïsme sera déterminante dans l’histoire du peuple Juif lors du reste de la nuit et sera la cause de nombreux malheurs pour le peuple élu.

Rome, symbole d’Esaü qui vie par son épée éprouvera longuement le peuple Juif mais sans arriver à lui faire renoncer à sa foi. Car les descendants de Jacob savent que l’aurore finira par pointer à l’horizon.

C’est sur cette détermination, que le psaume se termine :

Que la mort s’empare d’eux ! Qu’ils descendent vivants dans le Cheol ! Car les mauvaises passions peuplent leur demeure, leur cœur. Quant à moi, je crie vers Dieu, et l’Éternel me vient en aide. Soir et matin, et en plein midi, je me répands en plaintes et en soupirs, et il écoute ma voix. Il me délivre et me met en sûreté, me défendant contre toute attaque, si nombreux que soient ceux qui m’assaillent. Que Dieu entende et les humilie, lui qui trône de toute éternité ! Sélah ! Car pour eux il n’est point de retour : ils ne craignent pas Dieu ! (le perfide !), il porte la main sur ses amis, il viole son alliance. Suaves comme la crème sont ses lèvres, et son cœur respire la guerre ; ses paroles sont plus onctueuses que l’huile, et ce sont des lames d’épée ! Décharge-toi sur Dieu de ton fardeau, il prendra soin de toi : jamais il ne laisse vaciller le juste. Et c’est toi aussi, ô Dieu, qui les fera descendre dans le gouffre de la perdition, les hommes de sang et de perfidie ; ils n’atteindront pas la moitié de leurs jours. Quant à moi, je mets ma confiance en toi.

 

 

[1] Peter Schäfer/Histoire des Juifs dans l’antiquité/Chapitre : « Le soulèvement de Bar Kokheba » (P185/186)

[2] Marcel Simon/Verus Israel/Chapitre « L’Église et Israël » (p.39)

[3] Dan Jaffé/Le judaïsme et l’avènement du christianisme/Introduction générale (p. 39/40)