50 à 70, Psaume 50 : Prières en Guise de sacrifices

acces-psaume-fotolia_102515739_subscription_monthly_mhelp-bouton-fotolia_61356253_subscription_monthly_mButton aus zwei Puzzlestücken zeigt E-Mail KontaktButtonsButtonsRoberts_Siege_and_Destruction_of_JerusalemCette génération est celle de la destruction du second temple (70).

Elle commence au niveau politique par la royauté d’Agrippa II. La mort d’Agrippa I a supprimé tout espoir à la Judée de rester une grande puissance, devenue une province romaine,

Agrippa II a été élevé à Rome. Le royaume qui lui est confié est illusoire, il ne remet pas en cause la vassalité de la Judée envers Rome. Il sera un souverain hellénistique fidèle à Rome qui n’hésite pas à se mettre du côté de Rome lors du soulèvement qui débute en 66.

Après la destruction de Jérusalem, il continue à gouverner des provinces juives et meurt sans lignée aux environs de 92 sans laisser de grandes traces dans l’histoire.

Pendant cette génération et jusqu’à la révolte de 66, de nombreux procurateurs romains se succèdent à la tête de la Judée poussant l’exaspération des Juifs jusqu’à la révolte de 66.

La révolte Juive éclate effectivement en 66 :

  • La mainmise[1] du procurateur Gessius Florus (64-66) sur le trésor du temple marque la transition d’actions subversives de groupes isolés à une révolte ouverte générale. Josèphe nous en livre même la date : le 16 Artémisios (avril/mai) 66. Florus dut battre en retraite à Césarée et ne laissa à Jérusalem qu’une cohorte romaine. Les zélotes s’emparèrent de Massada et à Jérusalem, le capitaine du Temple, Eléazar, dont le père était Ananie le grand prêtre, ordonna la cessation du sacrifice quotidien dû à César. Cette initiative constitua l’acte décisif de la rébellion et la rupture officielle de la communauté cultuelle hiérosolymitaine d’avec l’autorité romaine.

Suite à une première victoire contre la douzième légion romaine en 66, la révolte prend de l’ampleur.

NAF-21013_f191_Vespasien_marchant_contre_les_JuifsMais les romains menés par Vespasien puis Titus employèrent alors des moyens Titus Fotolia_77031498_Subscription_Monthly_M rogneplus adéquats, puisque ce sont trois légions qui essaient de reconquérir la Judée accompagnée de la douzième légion qui avait été vaincue par les Juifs.

En 67, la Galilée est déjà tombée et les combats se concentrent sur Jérusalem.

Les insurgés de Jérusalem auraient dû employer le peu de temps qu’il leur restait avant l’affrontement avec les romains pour renforcer leurs défenses et préparer le siège.

Au lieu de cela, les différentes factions en présence menaient une lutte fratricide pour le pouvoir provoquant la mort prématurée de nombreux combattants et la destruction de vivres qui auraient permis de tenir le siège de nombreuses années.

Le manque d’effort pour renforcer les fortifications permettra à Rome d’effectuer une brèche et de finir par s’engouffrer jusqu’au cœur de la ville. La mauvaise gestion des vivres causera la mort de nombreux insurgés et affaiblira la plupart des autres réduisant de beaucoup leur capacité à combattre.

Cette guerre en faction ruine Jérusalem bien avant l’assaut romain. Mais Rome dans le même temps est aussi sujette à la guerre civile dans les batailles de succession après la mort de Néron. Rome et Jérusalem, Jacob et Esaü prouvent encore une fois leur gémellité.

1024px-Arch_of_Titus_Menorah_22Après un siège laborieux, où les Juifs essayèrent tardivement d’opposer une farouche mais inutile résistance aux Romains, Jérusalem tombe et dans la confusion de la bataille, le Temple est incendié.

Avant de relier le psaume à l’histoire tragique de cette génération que les Juifs commémorent chaque année à la date anniversaire de la destruction du second temple, qui coïncide, suivant la tradition, à celle du premier Temple et à de nombreux événements tragiques pour les Juifs à travers leur histoire, il faut tout d’abord s’intéresser à l’auteur du psaume.

Ce psaume, en effet, est décliné par Assaf et vient ainsi rompre la série de huit psaumes, des psaumes quarante-deux à quarante-neuf qui étaient l’œuvre des fils de Coré.

Ces psaumes étaient en quelque sorte un plaidoyer pour Coré leur aïeul qui s’était opposé au grand prêtre Aaron. En effet lors de la génération quarante-deux, Aristobule grand prêtre, descendant d’Aaron, s’était officiellement proclamé roi et cumulait ainsi les deux pouvoirs, le religieux et le politique, alors que ceux-ci avaient toujours été séparés depuis le couple Moïse/Aaron.

Cette génération largement tourmentée, où la Judée est une province romaine et le roi Agrippa II manquant d’envergure ne peut empêcher la catastrophe qui s’annonce, voit la grande prêtrise encore plus bafouée à la veille du siège de Jérusalem:

  • Dans[2] la crainte et l’abattement où était le peuple, la présomption et le pouvoir de ces factieux (ceux qui avaient pris le pouvoir à Jérusalem) allèrent à un tel excès qu’ils osaient même disposer de la grande sacrificature. Ils rejetaient les familles qui avaient été accoutumées de la posséder successivement, et établissaient dans cette haute dignité des personnes sans nom et sans naissance, afin de les rendre complices de leurs crimes ; des gens indignes d’un si grand honneur ne pouvant refuser d’obéir à ceux qui les y avaient élevés.

La cinquantième génération est la première génération de la deuxième garde de la nuit.

Les quarante-neuf premières générations correspondaient à la fois aux quarante-neuf malédictions du Lévitique qui ont été égrenées une à une pour chaque génération, et aux quarante-neuf générations où les Juifs ont pu vivre en présence du Temple (l’exil de Babylone ne représente qu’un court épisode où la présence divine ne s’était pas vraiment éloignée du peuple Juif, à n’en juger qu’aux prophètes qui ont accompagné les Juifs dans cette déportation).

La cinquantième génération voit la fin du temple et le début du véritable exil d’Israël au sein des nations qui dure quatre-vingt-dix-huit générations soient les deux dernières gardes de la nuit.

Les quarante-neuf malédictions du Lévitique viennent de libérer le peuple Juif de la faute du veau d’or, pour lequel Moïse avait symboliquement sacrifié les deux temples en brisant les deux tables de la loi.

Les quatre-vingt-dix-huit malédictions du Deutéronome laveront le peuple d’Israël de ses deux autres fautes majeures dans le désert lorsqu’il demande, par manque de confiance en Dieu, de l’eau et qu’il prend peur de s’établir en terre promise après l’expédition des explorateurs.

L’importance de ces fautes est que malgré que le peuple d’Israël ait assisté aux miracles divins pour l’extraire de l’esclavage en Égypte, celui-ci aux premières contrariétés fait vœu de revenir en Égypte et repousse la terre promise.

La première garde avait comme but de dégoûter le peuple d’Israël du culte idolâtre, assimilable au culte du veau d’or pour qu’il devienne ainsi un peuple fidèle à l’alliance divine.

Ainsi, les malédictions du Deutéronome qui se dérouleront pendant les deux dernières gardes de la nuit, pendant le long exil du peuple d’Israël au sein des nations, finiront par construire une identité nationale forte à ce peuple, de façon à ce que définitivement il ne cherche plus son salut qu’en terre promise en cessant de se laisser tenter de vivre au sein des nations.

Le Lévitique décrit en détail le culte sacrificiel.

Dans le Deutéronome, qui est une redite par Moïse de la loi déjà énoncée dans les autres livres du Pentateuque, celui-ci est inexistant. Moïse se focalise sur les lois qui subsisteront après la destruction du second temple, instaurant s’il le faut des lois de substitution pour celles dépendant du Temple.

Ainsi au début du Pentateuque, Moïse rappelle les événements qui ont amené le peuple Juif au seuil de la terre promise, là où il doit l’abandonner. Il résume d’ailleurs à cette occasion, l’exil d’Israël lorsqu’il évoque Esaü, censé représenter Rome puissance dominante tout au long de cet exil.

Ainsi l’avenir d’Israël au sein des nations est tracé : Israël survivra mais ne pourra subsister qu’en tant que paria. Il ne retrouvera sa dignité qu’au sein de la terre promise, il ne pourra partager sereinement le sort des nations au sein d’elles.

Moïse annonce également l’exil du peuple d’Israël, s’il ne respecte pas la sainteté de la terre d’Israël :

  • L’Éternel[3] vous dispersera parmi les peuples et vous resterez en petit nombre parmi les peuples vers lesquels l’Éternel vous conduira.

Avant d’énoncer les commandements du Deutéronome, Moïse en rappelle leur validité à travers le temps, donc valide à la foi pour le séjour du peuple d’Israël en terre promise et lors de l’exil au sein des nations.

Moïse rappelle les substituts aux lois qui imposent une dépendance avec le Temple de Jérusalem. Les Juifs dans le désert avaient réclamé de pouvoir manger de la viande, Dieu les en a autorisés, bien que cela éloigne des préceptes du monde futur, mais uniquement en respectant un minimum de lois visant à respecter autant qu’il se peut l’âme animale des animaux considérés suffisamment purs pour être mangés.

En particulier, les règles de l’abattage sont strictes et doivent être faites au temple.

Toutefois, du fait de l’étendue du pays dans un premier temps, l’abattage est autorisé ailleurs suivant certaines conditions. Ces règles établies dans le Deutéronome permettent en fait surtout d’effectuer un abattage conforme pendant l’exil.

Dans cette génération qui bascule d’un culte centré sur le temple et le sacrifice à celui basé sur une relation directe avec Dieu basée sur la prière, le chantre qui ne faisait qu’accompagner le grand prêtre est projeté au premier plan.

C’est pour cette raison que le psaume de cette génération est décliné par Assaf qui prend la suite des psaumes des fils de Coré.

Ceux-ci remettaient en cause le pouvoir confié à Aaron et à ses descendants, ils obtiennent gain de cause car les prescriptions du Lévitique concernant le temple ne pourront plus avoir lieu pendant près de deux mille ans.

Avant d’évoquer donc la destruction du second temple, il est donc nécessaire d’identifier le rôle d’Assaf dans le sacerdoce.

Ce sont les Chroniques qui précisent l’origine familiale d’Assaf et son rôle :

  • C’est[4] ce jour-là que David confia la direction des chants de grâce à l’Éternel à Assaf et à ses frères.

Les psaumes d’Assaf sont déjà cités par Ézéchias qui le surnomme « voyant » :

  • Alors[5] le roi Ézéchias et les chefs ordonnèrent aux Lévites de louer le Seigneur sur les paroles de David et d’Assaf, le voyant, et ils chantèrent avec allégresse, s’inclinèrent et se prosternèrent.

Il est donc normal qu’Assaf, qui assure le culte divin via ses chants plutôt que par des holocaustes soit celui qui inaugure à travers son psaume l’époque de l’exil, celle associée aux deux dernières gardes de la nuit. Le service des descendants d’Aaron, qui eux assuraient le service divin par les holocaustes,  est mis en sommeil comme cela avait été indiqué par Dieu à la suite de la faute du veau d’or lorsque Moïse s’était proposé comme victime expiatoire.

La destruction du deuxième temple arrive à un moment clé, celui ou l’irrationnel (le service du temple associé au Lévitique) laisse la place au rationnel (le Deutéronome associé à l’exil). Les Juifs se tourneront maintenant  vers les nations en payant le prix fort tout au long des quatre-vingt-dix-huit générations des deux gardes correspondantes de leur cohabitation nouvelle.

C’est ce qu’exprime le début du psaume de cette génération :

Le Dieu tout puissant, l’Éternel parle ; il adresse un appel à la terre,

Le message des dix commandements et de la Torah qui va maintenant être connu des nations

du soleil levant jusqu’à son couchant

Du soleil levant : l’orient et par suite l’Islam, le couchant : l’occident et par suite le Christianisme.

De Sion, ce centre de beauté, l’Éternel rayonne. Il s’avance, notre Dieu, et ce n’est pas en silence : devant lui, un feu qui dévore, autour de lui grande la tempête.

Ici est annoncée la destruction du second temple

Il adresse son appel aux cieux d’en haut ainsi qu’à la terre, en vue de juger son peuple : « Rassemblez-Moi Mes pieux serviteurs, qui ont sanctionné Mon alliance par un sacrifice ! »

Ici il est fait référence au péché du veau d’or qui a été ainsi sanctionné et pour lequel maintenant le peuple d’Israël est pardonné à travers la destruction du second temple, qui constitue le pieu sacrifice effectué par Moïse.

Et les cieux proclament sa justice, car c’est Dieu qui est le juge. Sélah ! Écoute, mon peuple, Je veux parler ; Israël, Je veux t’adjurer solennellement : Je suis Dieu, ton Dieu ! Ce n’est pas pour tes sacrifices que Je te reprends : tes holocaustes sont constamment sous mes yeux. Je ne réclame pas de taureau de ta maison, ni des béliers de tes parcs. Car à Moi sont tous les fauves de la forêt, les bêtes qui peuplent par milliers les montagnes. Je connais tous les oiseaux des hauteurs, tout ce qui se meut dans les champs est à ma portée. Dussé-Je avoir faim, Je ne te le dirais pas, car l’univers, avec ce qu’il renferme, m’appartient. Est-ce donc que Je mange la chair des taureaux ? Est-ce que Je bois le sang des béliers ? En guise de sacrifice, offre à Dieu des actions de grâce, ainsi tu acquitteras tes vœux envers le Très-Haut. Alors tu pourras M’appeler au jour de la détresse, Je te tirerai du danger, et tu M’honoreras !

Cette partie annonce la fin du culte sacrificiel qui accompagne la destruction du second temple. Cela ne doit pas être considéré comme une punition, car ces sacrifices n’étaient pas réellement un besoin divin mais avaient été ordonnés pour éloigner le peuple d’Israël du culte idolâtre. Aujourd’hui, le peuple d’Israël a la maturité suffisante pour vénérer son Dieu sans avoir à lui offrir de sacrifices. Ainsi durant tout l’exil, le peuple d’Israël pourra directement s’adresser à son Dieu par des actions de grâce sans avoir à effectuer d’offrandes. Le peuple d’Israël est ainsi armé pour survivre à l’exil.

C’est naturellement dans cette direction que le Judaïsme Palestinien s’engage emmené par le mouvement pharisien.

En attendant que le Judaïsme s’organise suite à la destruction du second temple qui interviendra dans cette génération, et donc à la fin du culte sacrificiel, une autre religion prend naissance : le Christianisme.

Après la mort de Jésus, la Christianisme n’était qu’une secte juive qui avait accolé à la loi mosaïque la croyance que Jésus était bien le Messie tant attendu.

Certains textes anciens le rappellent:

  • Lui[6] (Origène) du moins a nettement vu et dégagé les rapports qui unissaient l’ébionisme d’une part au Judaïsme, d’autre part à l’Église primitive. Répondant au polémiste païen, qui reproche aux Chrétiens issus du Judaïsme d’avoir changé leur nom et leur mode de vie, il déclare : « Celse ne sait pas que ceux des Juifs qui croient en Jésus n’ont pas abandonné la loi de leurs pères ; ils vivent en conformité avec elle et leur nom vient de la pauvreté de cette loi. Car le pauvre s’appelle chez les Juifs « ebion » et ceux des Juifs qui reconnaissent Jésus comme le Christ se nomment Ebionéens ». Et il ajoute : « Pierre lui-même semble avoir observé longtemps les coutumes juives selon la loi de Moïse, comme il n’avait pas appris de Jésus à s’élever de la loi littérale à la loi spirituelle ». Suit, d’après le récit des Actes, un exposé précis des démêlés entre Palestiniens et Hellénistes dans la première communauté chrétienne. C’est là l’exacte perspective historique, méconnue de la plupart des hérésiologues anciens.

Mais les premiers Chrétiens issus du Judaïsme se trouveront bientôt minoritaires.

Car de nombreux païens sont séduits par la religion naissante. Ceux qui adoptent la nouvelle religion sont souvent ceux qui auparavant étaient déjà attirés par le Judaïsme de façon générale.

Le Judaïsme était religion licite dans l’Empire romain à cette époque, le Dieu d’Israël était respecté par de nombreux romains qui soit le considérait comme Dieu unique soit lui réservaient une place de choix dans leur panthéon polythéiste.

Avant l’avènement du Christianisme, en marge du Judaïsme et des Juifs, vivaient de nombreux païens fidèles aux principes du Judaïsme, sans pouvoir y adhérer, les « craignant-Dieu ». Par rapport à cette clientèle potentielle du Christianisme, les premiers apôtres essaient, comme les Juifs avant eux, de les convaincre de la valeur de leur message sans remettre en cause les fondements de la religion initiale, la religion Juive.

La facilité d’adhésion au Christianisme par les craignant Dieu est évoquée à plusieurs reprises, en particulier pour la conversion de Lydie.

Cette plus grande perméabilité des craignant-Dieu que les Juifs aux préceptes Chrétiens est également évoquée dans les Évangiles. La résistance des Juifs au Christianisme ne change pas l’attitude des premiers apôtres à leur égard ou envers la loi mosaïque.

Elle provoque la rupture avec Paul qui refuse de voir le Christianisme à côté du Judaïsme.

Paul_de_TarsePaul veut que tout le monde adhère au Christianisme. Ainsi la résistance des Juifs aux prêches de Paul attire sa colère. Du fait de la résistance des Juifs vis-à-vis du Christianisme, Paul se tourne naturellement vers ce réservoir de païens déjà sensibilisés au Monothéisme. Au lieu de se contenter de les autoriser à n’appliquer qu’une partie de la loi, il préfère la déclarer caduque.

Si les premiers Chrétiens étaient les représentants d’une secte juive qui avaient ajouté à la loi mosaïque la croyance que le Messie tant attendu avait été incarné en Jésus, ainsi c’est Paul qui vraisemblablement fait basculer cette secte en la religion que nous connaissons.

C’est en particulier dans l’Épître aux Romains, que Paul promulgue les fondements du Christianisme : la foi à la place de la loi et ainsi initialiser la rupture entre le Judaïsme, la religion mère et la religion naissante : le Christianisme.

Il justifie par Jésus le passage de la loi à la foi, la mort et la résurrection de Jésus justifiant, entre autres,  ce passage de la loi à la foi. La foi, car la loi est maintenant caduque.

Le discours de Paul, destiné aux païens semble dans la première partie de son épître sceller la déchéance du peuple d’Israël au profit des Chrétiens, le nouvel Israël. La deuxième partie essaie de rétablir la destinée particulière de celui-ci, ou tout du moins d’une partie (« le reste ») de celui-ci.

Mais en quelque sorte le mal est fait, ce que retiendront les chrétiens, ou tout du moins la majorité d’entre eux, au cours des vingt siècles qui suivront c’est la déchéance définitive de la loi et du peuple Juif au profit de la foi et du peuple Chrétien, le nouvel Israël.

Lorsque Paul évoque la validité de l’ancien Testament il n’hésite pas à employer à titre d’image le caractère temporel de David. Le fait que David ait été directement « impliqué » par le discours de Paul, justifie encore que ce soit Assaf qui décline ce psaume, David pouvant être taxé de « non-objectivité».

Cette liberté que prend Paul sur la validité de la loi, n’hésitant pas à s’appuyer sur le personnage de David lui attire les foudres d’Assaf, rédacteur de ce psaume, dont les versets qui suivent sont bien un jugement sans complaisance de la doctrine de Paul :

Quant au méchant, Dieu lui dit : « Qu’as-tu à proclamer Mes statuts et à porter Mon alliance sur tes lèvres ? Tu détestes pourtant la loi morale, et rejettes avec dédain mes paroles. Vois-tu un voleur ? Tu fais cause commune avec lui tu t’associes avec des gens dissolus. Tu donnes libre carrière à ta bouche pour le mal, et ta langue enfile des discours astucieux ».

Colère d’Assaf d’autant plus justifiée que Paul ne se contente pas de sacrifier la loi pour permettre aux païens d’améliorer leur connaissance de Dieu, Il n’hésite pas en effet à rejeter en même temps que la loi son propre peuple.

Paul n’hésite pas dans l’épître à Tite à prononcer la rupture avec son ancien peuple.

C’est cette position qu’Assaf reproche à Paul dans la suite du psaume. Car de ces théories, le peuple Juif s’est trouvé exposé à la haine de la part des chrétiens pendant près de deux mille ans, pendant toute la durée de l’exil :

« Tu t’installes pour déblatérer contre ton frère, sur le fils de ta mère tu jettes le déshonneur. Voilà ce qui tu fais et Je me tairais ! T’imagines-tu que je puisse être comme toi ? Je te reprendrai et te mettrai mes griefs sous les yeux. ».

De fait la position de Paul était singulière, car la plupart des apôtres désiraient un Christianisme proche du Judaïsme respectueux de la loi. Mais le choix de Paul est bien plus séduisant pour l’ensemble des candidats au Christianisme issus du monde païen.

Par rapport à cette population, les Chrétiens d’origine Juive deviendront vite minoritaires et leur volonté de garder la loi s’éteindra rapidement au sein de la nouvelle église. Déjà Jacques s’inquiète au nom de tous les Juifs de Jérusalem attirés par la foi Chrétienne de l’éventuel abandon de la loi de Moïse découlant des positions de Paul.

Mais Assaf, au nom de Dieu ne désire pas bannir les gens de bonne volonté y compris parmi les païens qui se tournent vers le Christianisme. Ceux qui sauront préserver la justice et qui louent Dieu, quelle que soit sa liturgie seront reconnus par Dieu comme des justes.

C’est ce qui est exprimé dans la conclusion du psaume de cette génération :

Faites-y donc attention, vous qui oubliez Dieu, de peur que Je ne sévisse, sans que personne puisse détourner mes coups. Quiconque offre comme sacrifice des actions de grâce m’honore ; quiconque dirige avec soin sa conduite, Je le ferai jouir de l’aide divine.

Cela vaut évidemment pour le peuple Juif qui, privé du culte sacrificiel, instaure, sous l’égide du mouvement pharisien, un culte basé sur la prière, la synagogue et donc les actions de grâce. C’est de ce mouvement que sont issues les lignées de rabbins qui se succéderont pour établir l’orthodoxie juive.

 

[1]  « Histoire des Juifs dans l’Antiquité » de Peter Schäfer, traduction de Pascale Schulte, Chapitre « La première guerre Juive », p 145.

[2] Flavius Josèphe/Guerre des Juifs/Livre quatrième/Chapitre 11

[3] DEUTERONOME, Chapitre 4, verset 27

[4] I CHRONIQUES, Chapitre 16, verset 7

[5] II CHRONIQUES, Chapitre 29, verset 30

[6] VERUS ISRAËL de Marcel Simon, « Contacts et Syncrétismes/Destinées du Judéo-Christianisme », page 286