30 à 50, psaume 49 : Le sage meurt aussi.

acces-psaume-fotolia_102515739_subscription_monthly_mhelp-bouton-fotolia_61356253_subscription_monthly_mButton aus zwei Puzzlestücken zeigt E-Mail KontaktButtonsButtonscrucifixion shutterstock_258652034Cette quarante-neuvième génération marque la fin de la première garde de la nuit, celle associée à la faute du veau d’or et qui est marquée par les malédictions annoncées dans le Lévitique.

Le temple vit ses dernières heures, le peuple Juif est en répit dans l’attente du dernier exil associé à la destruction de second temple qui marquera le début de la deuxième garde de la nuit.

Cette seconde garde et la suivante, la troisième, dureront ensemble quatre vint dix huit générations, autant de générations que de malédictions évoquées dans le Deutéronome.

Pendant ces deux dernières gardes le peuple Juif sera confronté aux nations sous la domination constante de Rome, d’Esaü. En dehors des aspects politiques liés à la Judée, cette génération est principalement marquée par la mort de Jésus qui sera le ferment pour les nations de la reconnaissance de l’Éternel.

Jésus est en quelque sorte être un nouveau prophète, non pas tourné vers le peuple Juif qui a dès lors atteint sa maturité religieuse et qui ne risque plus de se tourner vers le paganisme, mais vers les païens.

Pendant cette génération, à Rome se succèdent trois empereurs. Cela commence par la fin de règne de Tibère (14/37) suivi du règne de Caligula (37/41) et la génération se conclut par le début de règne de Claude (41/54).

La date de la mort de Jésus ne peut être déterminée avec certitude. En dehors des évangiles, les historiens romains contemporains de cette génération ne se sont pas beaucoup intéressé à ce Juif de Judée qui comme beaucoup d’autres coreligionnaires de l’époque se proclamait Messie ou plutôt était proclamé Messie par ces adeptes soucieux de redonner à la Judée une suprématie retrouvée en boutant les Romains en dehors du royaume.

Brooklyn_Museum_-_The_Last_Supper_Judas_Dipping_his_Hand_in_the_Dish_(La_Céne._Judas_met_la_main_dans_le_plat)_-_James_TissotD’après les récits des Évangiles relatifs aux derniers jours de la mort de Jésus, en particulier ceux relatifs au repas pascal, les commentateurs oscillent entre avril 30 et avril 33. De plus la mort de Jésus doit cadrer avec le mandat de Ponce Pilate à Jérusalem.

What_is_truthAu début de cette génération la Judée est donc gouvernée par Ponce Pilate dont les Évangiles ont laissé une image relativement favorable puisque, d’après ces Évangiles, celui-ci est lavé (au sens propre et au sens figuré) de toute responsabilité quant à la mort de Jésus, puisque ce sont les Juifs, suivant ces mêmes Évangiles, qui insistent pour que Jésus soit crucifié malgré ses efforts pour condamner Barrabas à sa place.

En dehors de l’avantage pour les futurs Chrétiens d’exploiter la thèse de peuple Déicide pour les Juifs, on voit mal comment les rédacteurs des évangiles pouvaient « charger » les Romains qu’ils essayaient déjà de convertir à leur nouvelle religion lors de la rédaction.

 

L’image que donne Flavius Josèphe de Ponce Pilate est bien moins flatteuse (rappelons qu’en dehors de quelques lignes largement contestées par les historiens qui les considèrent comme des ajouts ultérieurs, Flavius Josèphe comme les autres historiens de l’époque n’ont pas considéré l’épopée de Jésus comme un événement historique et donc ne fait aucunement mention des événements qui lui sont relatifs) :1024px-Caesarea_maritima_BW_5

  • Pilate[1], gouverneur de Judée, envoya en quartiers d’hiver, de Césarée à Jérusalem, des troupes qui portaient sur leurs drapeaux des images de l’empereur, ce qui est si contraire à nos lois que nul autre gouverneur avant lui n’avait rien entrepris de semblable. Ces troupes entrèrent de nuit, et ainsi on ne s’en aperçut que le lendemain. Aussitôt les Juifs allèrent en grand nombre trouver Pilate à Césarée, et le conjurèrent durant plusieurs jours de faire porter ailleurs ces drapeaux. Il le refusa en disant qu’il ne le pourrait sans offenser l’empereur. Mais, comme ils continuaient toujours de le presser, il commanda le septième jour à ses gens de guerre de se tenir secrètement sous les armes, et monta ensuite sur son tribunal, qu’il avait fait dresser à dessein dans le lieu des exercices publics, parce qu’il était plus propre que nul autre à les cacher. Alors les Juifs continuant à lui faire la même demande, il donna le signe à ses soldats, qui lui enveloppèrent aussitôt de tous côtés et il les menaça de les faire mourir s’ils insistaient davantage et s’ils ne s’en retournaient chacun chez soi. À ces paroles, ils se jetèrent tous par terre et lui présentèrent la gorge à découvert, pour lui faire connaître que l’observation de leurs lois était beaucoup plus chère que leur vie. Leur constance et ce zèle si ardent pour leur religion donnèrent tant d’admiration à Pilate qu’il commanda qu’on reportât ces drapeaux de Jérusalem à Césarée.

Autre événement montrant les tensions entre Pilate et les Juifs de Judée, cet événement rapporté par Philon d’Alexandrie au travers d’une lettre attribuée à Agrippa destinée à Caligula :

  • (Pilate)[2], non pas tant pour honorer Tibère que pour vexer le peuple, dédie, dans le palais d’Hérode, situé dans la Ville sainte, des boucliers dorés qui ne portaient ni figure ni rien d’autre interdit, mais seulement une inscription indispensable mentionnant ces deux choses : l’auteur de la dédicace et à l’intention de qui elle avait été faite. Mais dès que la foule en fut informée – le fait fut vite proclamé partout – les gens prirent pour porte-parole les quatre fils du roi (Hérode), à qui ne manquait ni le rang ni la dignité de souverain, et tous leurs autres descendants ainsi que les notables de leur cour ; ils firent demander de revenir sur la mesure subversive relative aux boucliers et de renoncer à modifier des usages ancestraux qui, dans tous les siècles, avaient été maintenus intacts tant par les rois que par les empereurs.

C’est ce personnage, gouverneur de Judée de 26 à 36, qui est un des acteurs de l’événement le plus important de cette génération au regard des destinées du monde : la mort de Jésus.

Le grand prêtre de l’époque est Caïphe. Les grands prêtres depuis Hérode sont nommés par le pouvoir en fonction de leur soumission au pouvoir. Ils sont donc révoqués aisément au moindre désaccord. Depuis que la Judée est devenue province romaine, les gouverneurs de Judée se sont logiquement attribué la fonction de nommer le grand prêtre.

Ainsi Valérius Gratus, le gouverneur qui précède Ponce Pilate, nomme trois grands prêtres dans une durée de trois années avant de nommer Caïphe. Caïphe continuera à être grand prêtre jusqu’en 37 soit pendant toute la période où Ponce Pilate sera gouverneur, c’est dire la complicité des deux personnages.

Il est donc vraisemblable que Caïphe jouissait de peu de reconnaissance de la part du peuple de Judée au même titre que Ponce Pilate, que les deux personnages représentaient pour le peuple de Judée, le pouvoir de Rome de plus en plus incompatible avec le sentiment national Juif qui se développait.

Sanhedrin1Les Évangiles telles qu’elles nous sont parvenues, assimilent le grand prêtre au Sanhédrin ainsi qu’à tout le peuple Juif, montrant ainsi un peuple Juif hostile à Jésus en contradiction avec le fait que dans de nombreux passages, les mêmes Évangile nous montrent un Jésus populaire auprès de toutes les franges de la population au même titre que Jean Baptiste.

Il est ainsi peu vraisemblable que le peuple Juif ait demandé, à un pouvoir qu’il ne reconnaissait pas, la mort de Jésus alors que celui-ci œuvrait contre le pouvoir romain, haï unanimement par les Juifs de Judée.

Lors de la génération qui nous intéresse, il est également peu vraisemblable que les premiers chrétiens qui étaient originairement Juifs aient divinisé Jésus, car cela était trop en désaccord avec leurs croyances originelles, il fallut pour cela une certaine maturation des dogmes chrétiens.

Pour ses adeptes, Jésus était le Messie tant attendu. La domination romaine rendait plausible alors l’arrivée de celui-ci. Une telle croyance ne pouvait justifier l’animosité des Juifs de l’époque envers Jésus telle que décrite dans les Évangiles, celle-ci étant plus appropriée à décrire les relations tendues entre les deux religions concurrentes quelques générations plus tard.

La revendication messianique de Jésus (directe ou via ses adeptes) n’était aucunement dérangeante pour la religion Juive :

  • La synagogue[3] n’a pas, que je sache, répudié les tenants du Messie Bar Kokhba (qui s’illustrera dans quelques générations), même après que l’échec de sa tentative eût démontré que Dieu n’était pas avec lui. Rabbi Akiba, qui l’avait suivi, est resté l’un des docteurs les plus vénérés dans le souvenir d’Israël. Aussi bien, la pierre de touche de l’orthodoxie juive n’est pas l’espérance messianique. S’attacher à un faux messie n’entraîne l’excommunication à coup sûr que si cette démarche s’accompagne d’errements caractérisés en matière de dogme et d’observance : ce n’est ni le cas des insurgés de 135 (révolte de Bar Kokhba), ni des « Nazaréens (assimilables aux premiers chrétiens, puis par la suite ceux qui restèrent fidèles à la loi Juive tout en se revendiquant chrétiens) » de Palestine. Ceux-ci n’auraient pas été traités par la synagogue autrement que ceux-là si le nom de Jésus n’avait connu en dehors d’Israël une si prodigieuse fortune et n’avait dressé contre la synagogue l’église des gentils.

Quand au rôle du Sanhédrin, la aussi, il est peu vraisemblable qu’il soit intervenu comme indiqué dans les Évangiles. Là encore il y a confusion entre les hommes du grand prêtre et le Sanhédrin. En effet, le Sanhédrin était déjà largement occupé par les crimes des zélotes et à ce titre s’était exilé de Jérusalem vraisemblablement avant le jugement de Jésus afin d’éviter à avoir à prononcer des condamnations à mort :

  • Quarante ans[4] avant que le Temple soit détruit (en 70 soit environ vers 30, vraisemblablement donc lors de l’avènement du grand prêtre Caïphe), le Sanhédrin s’exila et tint ses séances à Hanut.

Jésus clôt au début de cette génération son enseignement à destination du monde païen, c’est ce qu’évoque le début du psaume de cette génération :

Écoutez ceci, vous toutes, ô nations, soyez attentifs, vous tous, habitants du globe, les hommes d’humble condition comme les grands personnages, ensemble les riches et les pauvres ! Ma bouche prêche la sagesse, et la raison inspire les pensées de mon cœur. Je prête l’oreille aux sentences poétiques, et prélude avec la harpe aux piquants aphorismes.

Jésus, Juif pratiquant et convaincu, descendant de Jacob, n’hésite pas à s’adresser au monde païen alors dominé par Rome, considéré comme le royaume d’Esaü. Jésus confirme ainsi le rôle de Jacob vis-à-vis d’Esaü esquissé par sa naissance :

  • Et[5] lorsque les jours de la délivrance (de Rebecca) furent achevés, voici qu’elle portait des jumeaux. Le premier sortit entièrement roux pareil à une pelisse ; on lui donna le nom d’Esaü. Ensuite sortit son frère, et sa main tenait le talon d’Esaü, on le nomma Jacob.

Le peuple Juif, à travers Jésus, vient donc, comme nous l’avons déjà décrit, protéger Esaü de la voie du mal en lui désignant le bien, la voie à suivre. Le talon représentant la partie sensible de l’homme par rapport au péché (c’est là que vient piquer le serpent).

C’est ce qu’exprime la suite du psaume :

Pourquoi m’exposerais-je à avoir peur aux jours de l’adversité ? À me voir enveloppé par le péché qui s’attacherait à mes talons ?

Par rapport à cette tâche, Jésus essaie de détacher l’homme de l’attrait du matériel en essayant de lui apprendre la quête du spirituel. Particulièrement dans les Évangiles de Luc, Jésus illustre cela de façon plus étayée :

  • Du milieu[6] de la foule, quelqu’un dit à Jésus : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. » Jésus lui dit : « Qui m’a établi pour être votre juge ou pour faire vos partages ? » Et il leur dit : « Attention ! Gardez-vous de toute avidité ; ce n’est pas du fait qu’un homme est riche qu’il a sa vie garantie par ses biens. » Et il leur dit une parabole : « Il y avait un homme riche dont la terre avait bien rapporté. Et il se demandait : « Que vais-je faire ? Car je n’ai pas où rassembler ma récolte. » Puis il se dit : « Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en bâtirai de plus grands et j’y rassemblerai tout mon blé et mes biens. » Et je me dirai à moi-même : « Te voilà avec quantité de biens en réserve pour de longues années ; repose-toi, mange, bois, fais bombance. » Mais Dieu lui dit : « Insensé, cette nuit même on te redemande ta vie, et ce que tu as préparé, qui donc l’aura ? » Voilà ce qui arrive à celui qui amasse un trésor pour lui-même au lieu de s’enrichir auprès de Dieu. »

Également:

  • Il y avait[7] un homme riche qui s’habillait de pourpre et de linge fin et qui faisait chaque jour de brillants festins. Un pauvre du nom de Lazare gisait couvert d’ulcères au proche de sa demeure. Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; mais c’était plutôt les chiens qui venaient lécher les ulcères. Or le pauvre mourut et fut emporté par les anges au côté d’Abraham ; le riche mourut aussi et fut enterré. Au séjour des morts, comme il était à la torture, il leva les yeux et vit de loin Abraham avec Lazare à ses côtés. Alors il s’écria : « Abraham, mon père, aie pitié de moi et envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans l’eau pour me rafraîchir la langue, car je souffre le supplice dans ces flammes ». Abraham lui dit : « Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu ton bonheur durant la vie, comme Lazare le malheur ; et maintenant il trouve ici la consolation, et toi la souffrance. De plus, il a été disposé un grand abîme pour ceux qui voudraient passer d’ici vers vous ne le puissent pas et que, de là non plus, on ne traversa pas vers nous ». Le riche dit : « Je te prie alors, père, d’envoyer Lazare dans la maison de mon père, car j’ai cinq frères. Qu’il les avertisse pour qu’ils ne viennent pas, eux aussi, dans ce lieu de torture ». Abraham lui dit : « Ils ont Moïse et les prophètes, qu’ils les écoutent».

Ces principes déjà assimilés par le peuple Juif qui n’hésite pas, y compris pour la génération qui nous intéresse, à braver la mort plutôt que de renoncer à leur foi, enseignés par Jésus au monde païen sont évoqués dans la suite du psaume :

De ceux qui se fient à leurs biens, et se glorifient de l’abondance de leurs richesses, pas un ne saurait racheter son frère, ni donner à Dieu le coût de la rançon. Le rachat de leur âme est à trop haut prix, il faut y renoncer à jamais. Pensent-ils donc vivre toujours, ne pas voir la tombe.

Mais Jésus ne s’est pas contenté d’être en quelque sorte le prophète des païens, soutenu par ses disciples, il pensait pouvoir hâter la fin du monde.

Il est vrai qu’à l’époque beaucoup considéraient la domination romaine comme annonciatrice de la fin des temps et de la venue du Messie. C’est avec cette foi en un monde meilleur prochain que Jésus s’exprime. Annoncé comme le Messie par ses disciples, Jésus peut normalement penser que sa mort devrait être le signe de la fin des temps.

Ainsi, sa mort, ce que les chrétiens nomment la passion, est largement annoncée par Jésus dans les évangiles comme nécessaire. Il sera aidé en cela par Juda.

Il est intéressant de noter que les chrétiens ont depuis collé l’image de Juda, le « traître », à tous les Juifs oubliant que si Juda était Juif, Jésus et tous les apôtres l’étaient également comme la majorité, voire la totalité, de ses disciples d’alors et que Juda ne faisait en fait qu’accomplir la volonté de Jésus.

Jésus est finalement crucifié et trouve la mort sans que la fin du monde au sens messianique du terme n’arrive. Visiblement, Jésus en est le premier étonné :

  • Vers[8] trois heures, Jésus s’écria d’une voix forte : « Eloï, Eloï, lama sabaqthani », c’est-à-dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

De fait Jésus n’est pas crucifié seul :

  • Deux[9] bandits sont alors crucifiés avec lui (Jésus), l’un à droite, l’autre à gauche.

Si Jésus représente la sagesse, les deux bandits qui l’accompagnent représentent l’opposé à cette sagesse. Les bandits qui agissent en dehors de la crainte de l’Éternel peuvent à l’inverse être qualifiés de sots :

  • La crainte[10] de l’Éternel est le principe de la connaissance ; sagesse et morale excitent le dédain des sots.

C’est dans ce contexte que David, dans la suite du psaume, répond à l’interrogation de Jésus sur la croix en indiquant que le sage (Jésus) comme le fou ou le sot (les bandits) meurent :

Ils remarquent pourtant que les sages meurent tout comme périssent le fou et le sot, en laissant leurs biens à d’autres.

Quelle que soit la sagesse d’un homme, il n’est pas immortel et ne peut remettre en question les desseins divins.

De nombreux prophètes sont morts avant Jésus sans pouvoir changer le cours de l’histoire. Celle-ci doit arriver à son terme, ce n’est pas pendant cette génération mais près de deux mille ans plus tard que cela doit arriver.

La mort de Jésus n’aura toutefois pas été vaine.

En donnant naissance au Christianisme et plus tard à l’Islam, elle ne pourra éviter de nouveaux morts et de nouveaux massacres mais elle augmentera sensiblement la crainte de Dieu dans le monde païen et donc tracera la voie pour la victoire de la sagesse sur la sottise.

Pour revenir à l’histoire purement nationale du peuple Juif, d’autres sages et d’autres fous marquent cette génération avant d’y mourir.

Agrippa_I-Herod_agrippaAinsi Agrippa[11] le petit-fils d’Hérode, s’était introduit dans la cour de l’empereur Tibère à Rome à travers Drusus le frère de celui-ci.

À la mort de ce dernier, criblé de dettes, Agrippa se réfugia auprès de Hérode le Tétrarque qui avait épousé Hérodiade (sœur d’Agrippa).

Tiberius_head_archmus_HeraklionLa cohabitation s’envenima, Agrippa finit par retrouver la cour de Tibère et se rapprocha de Caïus (le futur empereur Caligula) et tomba en disgrâce auprès de Tibère qui le fit emprisonner. Les plans de Tibère pour établir une dynastie furent remis en cause par sa mort prématurée :

  • Au milieu d’un aussi grand trouble (Tibère était tombé subitement très malade) que celui où il était de voir que, contre son dessein, l’Empire tomberait entre les mains de celui qu’il n’avait point destiné pour son successeur (Tibère s’en remet à Caïus pour éviter que son petit-fils qui aurait dû prétendre à sa succession, soit épargné). Telles furent les dernières paroles de Tibère, et il n’y eut rien que Caïus ne lui promît, mais sans avoir dessein de le tenir ; car aussitôt après qu’il se vit le maître, il fit mourir le jeune Tibère, comme son aïeul l’avait prévu.

La mort prématurée de Tibère qui tue dans l’œuf la dynastie qu’il voulait mettre en place est illustrée dans la suite du psaume :

Ils s’imaginent que leurs maisons vont durer éternellement, leurs demeures de génération en génération, qu’ils attacheront leurs noms à leurs domaines. Or les hommes ne se perpétuent pas dans leur splendeur ; semblables aux animaux, ils ont une fin.

Caligula_02Si le sort de Tibère à Rome préoccupe David, lors de la rédaction du psaume, c’est qu’il permettra non seulement à Caïus de devenir empereur mais également à Agrippa de devenir roi de Judée et de récupérer pour quelques années une grande partie du royaume de son grand-père Hérode.

En effet Caïus remplaça comme, l’indique Flavius Josèphe, les chaînes de fer d’Agrippa en chaînes d’or et accéda à sa demande de recouvrer la royauté de Judée.

Ce revirement de fortune d’Agrippa mécontenta Hérodiade qui l’avait hébergé lorsqu’il était misérable et poussa Hérode le Tétrarque, son mari à se rebeller contre cette nomination à Caïus.

royaume agrippaCela ne lui réussit pas, car les manœuvres d’Agrippa firent qu’Hérode perdit à son profit sa tétrarchie accroissant ainsi le royaume d’Agrippa. Hérode pour sa part fut exilé à Lyon en Gaule. Le revirement du sort d’Agrippa confirme la promesse faite à Mariamne, sa grand-mère dans le psaume 45 que nous avions déjà évoquée :

  • Que la place de tes pères soit occupée par tes fils ! Puisses-tu les établir comme princes sur tout le pays !

Si en quelque sorte, Tibère illustre le sot, en ayant cru pouvoir imposer ses vues sur l’empire pour plusieurs générations sans se soucier de la volonté divine qui ruina ses plans, Caïus, surnommé Caligula illustre le fou :

  • Ce nouvel[12] empereur (Caïus) gouverna fort bien durant les deux premières années de son règne, et gagna le cœur des Romains et de tous les peuples soumis à l’Empire. Mais cette grande puissance où il se voyait élevé lui enfla ensuite tellement le cœur qu’il oublia qu’il était homme ; et sa folie alla si loin qu’il osa proférer des blasphèmes contre Dieu et s’attribuer des honneurs qui n’appartiennent qu’à lui seul. (Flavius Josèphe justifie la position de Caïus par une visite à Alexandrie ou Juifs et Grecs sont en mésentente).
  • Ce superbe prince, ne pouvant souffrir que les Juifs fussent les seuls qui refusassent de lui obéir, envoya Pétrone en Syrie pour en être gouverneur à la place de Vitellius, avec ordre d’entrer en armes dans la Judée, de placer sa statue dans le Temple de Jérusalem si les Juifs y consentaient, et de leur faire la guerre et les y contraindre par force s’ils le refusaient.

Les Juifs allèrent à la rencontre de Pétrone pour essayer de le convaincre de ne pas exécuter l’ordre de Caïus, qu’eux même avaient choisi la mort plutôt que de laisser installer la statue dans le Temple.

Les proches du roi Agrippa le rencontrèrent à leur tour en argumentant que s’il exécutait l’ordre il amènerait la ruine sur la Judée qu’il gouvernait. Pétrone se résolut alors de ne pas exécuter l’ordre en étant conscient du risque pris vis-à-vis de Caïus.

Dans le même temps, Agrippa qui était à Rome et qui s’était attiré les faveurs de Caïus obtint de sa part l’annulation de l’ordre. Mais dans le même temps, Caïus apprit la situation en Judée et confirma son ordre en s’en prenant à Pétrone.

Stich, Abbildung, gravure, engravingfrom Alma-Tadéma & J. Lavée & J. Robert : 1874Caïus s’étant montré aussi fou envers ses concitoyens qu’envers les peuples soumis à Rome fut finalement assassiné par les siens, qui tuèrent également sa femme et sa fille afin d’être sûrs d’éliminer définitivement toute trace de Caligula dans l’Empire romain. Cette exécution permit de sauver Pétrone qui fut ainsi récompensé, divinement, pour son choix salutaire et audacieux pour la Judée.

Les Juifs également virent disparaître le danger que représentait pour eux la folie de Caligula en attendant les événements dramatiques de la prochaine génération.

Le sort réservé à Caligula alors que par sa folie il se comparait l’égale des dieux (du panthéon romain) est bien illustré par la suite du psaume :

Cette attitude chez eux est pure folie : qu’ils puissent, de leur bouche, se déclarer satisfaits de l’avenir, Sélah ! Comme un troupeau ils s’avancent vers le Cheol ; le matin venu, les hommes droits auront raison d’eux ; le Cheol consume jusqu’à leur forme, ne leur servant pas longtemps de demeure.

1024px-Claude_1erBien qu’Agrippa, perdît en Caïus Caligula l’un de ses plus grands alliés, le nouvel empereur Claude lui fut tout aussi favorable. Agrippa, comme son aïeul Hérode était vraisemblablement un homme politique d’exception et s’apprêtait à redonner à son peuple et à son pays la gloire et le lustre perdu, mais la mort l’emporta avant qu’il n’aboutisse

À la mort d’Agrippa, la Judée redevient une province romaine.

Herod_Agrippa_IIAgrippa II lui succédera qu’en 50 mais sans avoir les mêmes ambitions et le même attachement à la religion de ses pères.

Plus rien ne peut arrêter la révolte des Juifs contre les romains qui amèneront à la destruction du second Temple et au début du dernier exil qui ne s’arrêtera réellement qu’à l’avènement des temps messianiques.

Après le sot (Tibère), le fou (Caligula), le sage (Agrippa) meurt à son tour avant d’avoir exécuté ses projets et il ne lui reste plus qu’à attendre dans le Cheol (le royaume des morts) la rédemption finale de son peuple.

C’est ce qu’exprime la suite du psaume de notre génération :

Toutefois Dieu délivrera mon âme du Cheol, quand il lui plaira de me retirer. Sélah !

Le sort commun de l’ensemble des sages (Jésus/Agrippa) des sots et des fous (les bandits crucifiés avec Jésus, Tibère et Caligula) permettent à David de conclure son psaume sur la fragilité de notre vie dans le monde matériel commun à tous les hommes :

Ne sois pas alarmé si quelqu’un s’enrichit, et voit s’accroître le luxe de sa maison ! Car, quand il mourra, il n’emportera rien ; son luxe ne le suivra point dans la tombe. Il a beau se dire heureux durant sa vie, s’attirer des hommages par son bien-être : il ira rejoindre la génération de ses pères, qui plus jamais ne verront la lumière. L’homme, au sein du luxe, s’il manque de raison, est pareil aux animaux : sa fin est certaine.

 

 

[1] Flavius Josèphe/Antiquités Juives/Livre Dix-huitième/chapitre 4

[2] Philon d’Alexandrie/Legation ad Caium 299-300, suivant une citation de « Le monde où vivait Jésus » de Hugues Cousin/Jean Pierre Lémonon/Jean Massonet

[3] « Verus Israël » de Marcel Simon/Chapitre « Destinées du Judéo-christianisme »

[4] Talmud de Babylone/Traité Avoda Zara/8b

[5] GENÈSE Chapitre 25, versets 24 à 26

[6] Évangile selon Luc, Chapitre 12, versets 13 à 21

[7] Évangile selon Luc, Chapitre 16, versets 19 à 29

[8] Évangile selon Marc, Chapitre 15, verset 34, versets équivalents dans les Évangiles de Matthieu et Luc.

[9] Évangile selon Matthieu, Chapitre 27, verset 38, versets équivalents dans les trois autres Évangiles.

[10] PROVERBES, Chapitre 1, verset 7

[11] Voir Flavius Josèphe/Antiquités Juives/Livre Dix-huitième/chapitre 8

[12] Flavius Josèphe/Antiquités Juives/Livre Dix-huitième/fin du chapitre 9 au début du chapitre 11