10 à 30, psaume 48 : Jérusalem universelle.

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2nd temple shutterstock_5536921La Judée étant devenue province romaine depuis que Archélaüs a été déposé par Auguste, c’est à Rome plus que jamais que la destinée de la province Juive se joue.

Cette génération qui voit la fin de règne d’Auguste (14) sera marquée par celui de Tibère (14/37).

En ce qui concerne la Judée proprement dite, c’est le procurateur Valérius Gratus (15/26) qui représente le pouvoir romain en Judée avant de céder la place à Ponce Pilate (26/36).

Dans le même temps les deux autres fils d’Hérode qui s’étaient partagé le royaume d’Hérode avec Archélaüs continuent de régner sur leur territoire.

Hérode Antipas, frère (de père et de mère) d’Archélaüs, règne sur la Galilée et la Pérée (approximativement la Transjordanie actuelle) de -4 à 39, seul monarque Juif (en dehors d’Hérode le Grand) évoqué par les Évangiles en particulier pour l’exécution de Jean Baptiste.

C’est lui encore qui refusera de juger Jésus (originaire de Galilée, Jésus est sous sa juridiction) et le rendit à Ponce Pilate suivant, entre autres, le récit des évangiles de Luc.

Philippe, demi-frère d’Archélaüs (fils de Cléopâtre de Jérusalem) est tétrarque de -4 à 34, de territoires périphériques à la Judée dominés par des populations non juives : Syriens et Grecs. Son règne se passe dans le calme et les régions qu’il gère auront peu d’impact sur la génération qui nous intéresse.

Ce n’est donc pas sur le plan politique que cette génération se distingue mais sur le plan religieux.

Cette génération voit l’éclosion du Christianisme ou, tout au moins, elle est le théâtre de la vie de Jésus qui sera le terreau du Christianisme primitif qui lui-même servira de base au Christianisme que l’on connaîtra quelques générations plus tard.

De fait la maturation de la religion chrétienne prendra quelques siècles.

Jérusalem qui n’avait alors de valeur que pour le peuple Juif devient une ville vénérée par de nouveaux peuples adhérents au Christianisme ou plus tard à l’Islam.

Ainsi l’Éternel qui n’était alors que le Dieu des Juifs sera vénéré par des populations de plus en plus nombreuses jusqu’à approximativement la moitié de la population de la terre de nos Jours.

Cette contagion se fera à travers Rome, la puissance de l’époque, à travers le Nord par rapport à Jérusalem.

Depuis près de mille ans, Jérusalem a survécu à toutes les invasions et les destructions. Les Rois de la terre qui l’avaient conquise comme un territoire anodin ont disparu sans laisser d’héritage alors que Jérusalem est encore là fièrement s’affichant encore une fois comme le nombril du monde.

C’est ce qui est évoqué dans le début du psaume de cette génération :

Grand est l’Éternel et justement glorifié, dans la ville de notre Dieu, sa sainte montagne. Comme elle se dresse magnifique, joie de toute la terre, la montagne de Sion, aux flancs dirigés vers le Nord, la cité d’un roi puissant ! Dieu réside en ses palais, il s’est fait connaître comme leur vrai rempart. Car voici, les rois s’étaient ligués, mais ensemble ils ont disparu.

Cette génération, l’avant dernière de la première garde de la nuit préfigure le second exil, celui qui suivra la seconde destruction de Jérusalem.

Cet exil sera bien plus terrible encore pour les Juifs que ne fut le premier, celui de Babylone.

Mais quelles que soient les épreuves subies elles sont globalement salutaires au peuple Juif, car à l’issue de celles-ci Dieu se souviendra de son peuple comme l’évoque les prophéties d’Isaïe.

C’est justement cette vision apocalyptique de la fin des temps ou Israël sera rétabli auprès de Dieu et les nations punies de la souffrance imposée au peuple de Dieu tout au long du second exil que Jésus, au cours de cette génération, rappelle dans ces prédications :

  • Vous[1] allez entendre parler de guerre et de rumeurs de guerre. Attention ! Ne vous alarmez pas : il faut que cela arrive, mais ce n’est pas encore la fin. Car on se dressera nation contre nation et royaume contre royaume ; il y a aura en divers endroits des famines et des tremblements de terre. Et tout cela sera le commencement des douleurs de l’enfantement.

Cette prédiction de Jésus relatif aux temps apocalyptiques associés à l’oracle d’Isaïe est bien illustrée par la suite du psaume :

C’est qu’ils ont vu : aussitôt ils furent frappés de stupeur, l’épouvante les saisit ; éperdus, ils s’enfuirent. Là un frisson s’empara d’eux, une angoisse comme d’une femme qui enfante.

Cette période apocalyptique clôturera le second exil du peuple d’Israël qui débutera lors de la destruction du second temple par les Romains.

Toutefois dans la génération qui nous intéresse l’exil a déjà commencé comme nous le raconte Flavius Josèphe :

  • Un[2] Juif qui était l’un des plus méchants hommes du monde, et qui s’était enfui de son pays pour éviter d’être puni de ses crimes, s’associa avec trois autres, qui ne valaient pas mieux que lui, et ils faisaient profession dans Rome d’interpréter la loi de Moïse. Une femme de condition, nommée Fulvie, qui avait embrassé notre religion, les prenant pour des gens de bien, s’était mise sous leur conduite. Ils lui persuadèrent de donner de l’or et de la pourpre pour envoyer à Jérusalem, et retinrent ce qu’elle leur mit entre les mains pour ce sujet. Saturnin, mari de Fulvie, en fit ses plaintes à Tibère, de qui il était fort aimé ; et ce prince ne l’eut pas plus tôt su qu’il commanda qu’on en chassât de Rome tous les Juifs. Les consuls, après une exacte recherche en firent enrôler quatre mille qui furent envoyés en l’île de Sardaigne, et châtièrent très sévèrement un grand nombre d’autres qui, pour ne point contrevenir aux lois de leur pays, refusèrent de prendre les armes. Ainsi la malice de quatre scélérats fut cause qu’il ne resta pas un seul Juif dans Rome.

Il est vraisemblable que cet exil des Juifs de Rome jouera en défaveur de Jérusalem.

Parmi les exilés, nombreux sont ceux qui auraient pu plaider pour leurs frères de Judée à Rome et éviter peut-être les événements tragiques qui atteindront Jérusalem dans les prochaines générations.

Mais cela n’était vraisemblablement pas le sort décidé par Dieu. Ces premiers exilés Juifs sont en fait le symbole de l’exil Juif. La Sardaigne est associée dans le Bible  à Tharsys (d’autres y voient Carthage ou une région d’Espagne, voire un symbole des îles lointaines).

Ainsi, venant confirmer les prédictions d’Isaïe, David, dans son psaume, confirme que le peuple d’Israël sera rassemblé des extrémités de la terre :

Par le vent d’Est, Tu briseras les vaisseaux de Tharsis.

Les vaisseaux de Tharsis symbolisent l’exil du peuple d’Israël. Dieu en les brisant, brise l’exil du peuple d’Israël. Toutefois, cette prophétie n’est valable que pour la fin des temps.

Dans la génération qu’il nous intéresse, le temple est encore debout, Jérusalem est encore la capitale de la Judée, même si celle-ci n’est plus qu’une province romaine.

Il est donc important que son souvenir soit ancré dans la mémoire juive.

C’est à ce travail de mémoire que la suite du psaume invite :

Ce que nous avions entendu, nous l’avons vu dans la ville de l’Éternel Cébaot, la ville de notre Dieu : Dieu l’a affermie pour l’éternité. Sélah ! Nous nous représentons, ô Dieu, ta bonté, dans l’enceinte de Ton sanctuaire. Comme ta renommée, ô Dieu, ainsi éclatent tes louanges jusqu’aux confins de la terre ; ta droite est pleine de justice. Qu’elle se réjouisse, la montagne de Sion, qu’elles se livrent à l’allégresse, les filles de Juda, en raison de tes jugements ! Faites le tour de Sion, parcourez-la à la ronde, comptez ses tourelles.

Cette fidélité à Jérusalem ne quittera jamais le peuple Juif à travers les générations de l’exil respectant ainsi les vœux de David. Dans le même temps où la mémoire juive est en train de se forger pour être prête à traverser près de deux mille ans d’exil, Jésus est au cœur de ses prédications.

Pendant que le peuple Juif s’apprête à sommeiller jusqu’à sa résurrection, Jésus sème dans la même ville de Jérusalem ce qui donnera naissance au Christianisme et par suite à l’Islam. Jésus sème ce qui éveillera les peuples païens de la terre à la reconnaissance de l’Éternel:

  • Comme[3] une grande foule se réunissait et que de toutes les villes on venait à lui, il dit en parabole : Le semeur est sorti pour semer sa semence. Comme il semait, du grain est tombé au bord du chemin ; on l’a piétiné et les oiseaux du ciel ont tout mangé. D’autre grain est tombé sur la pierre ; il a poussé et séché, faute d’humidité. D’autre grain est tombé au milieu des épines ; en poussant avec lui, les épines l’ont étouffé. D’autre grain est tombé dans la bonne terre ; il a poussé et produit du fruit au centuple.

Ainsi les disciples de Jésus vont semer à travers le monde la parole chrétienne. Chaque grain est assimilable à une génération puisqu’il permet d’obtenir à nouveau des grains. Le grain tombé dans la bonne terre produit au centuple : le Christianisme durera cent générations. Soit de la génération actuelle qui marque son début jusqu’à la génération cent quarante-sept qui est la dernière de la nuit du peuple d’Israël.

 

[1] Evangile selon Matthieu, Chapitre 24, versets 6 à 8 (voir également Evangile selon Marc, Chapitre 13 et Evangile selon Luc, Chapitre 21)

[2] Flavius Josèphe/Antiquités Juives/Livre Dix-huitième/chapitre 5

[3] Evangile selon Luc, Chapitre 8, versets 4 à 8 (Voir aussi Evangile selon Matthieu, chapitre 13 et Evangile selon Marc, Chapitre 4)