-110 à -91, psaume 42 : Alexandre Jannée.

acces-psaume-fotolia_102515739_subscription_monthly_mhelp-bouton-fotolia_61356253_subscription_monthly_mButton aus zwei Puzzlestücken zeigt E-Mail KontaktButtonsButtons040.The_Death_of_Korah,_Dathan,_and_AbiramCette génération couvre la fin de règne de Jean Hyrcan (-134/-104), le court règne d’Aristobule 1er (-104/-103) fils de Jean Hyrcan et le début de celui d’Alexandre Jannée (-103/-76) fils de Jean Hyrcan et frère d’Aristobule 1er.

Avant de replacer le psaume proprement dit par rapport à sa génération, il faut tout d’abord s’intéresser au titre de celui-ci.

Nous sommes au début du deuxième livre des psaumes qui marque donc une rupture avec la première série de psaume, et ce psaume est le premier attribué à un auteur autre que David lui-même. Celui-ci est en effet « signé » des fils de Coré. Nous allons tout d’abord rappeler qui était Coré et essayer de comprendre pourquoi il intervient dans ce psaume.

Botticcelli,_Sandro_-_The_Punishment_of_Korah_and_the_Stoning_of_Moses_and_Aaron_-_1481-82Coré est celui qui organisa la rébellion contre Moïse et Aaron contestant que tous les pouvoirs leur soient acquis. De fait, Moïse et Aaron cumulaient à eux deux les deux pouvoirs, le pouvoir politique (Moïse) et le pouvoir religieux (Aaron).

Toutefois, fort de sa conduite irréprochable, Moïse n’hésita pas à se mettre dans la balance pour épargner son peuple de la vengeance divine, malgré les liens de fraternité avec Aaron il préserva  l’équilibre du couple des pouvoirs.

Par la suite, jusqu’à l’époque qui nous intéresse, le pouvoir politique et le pouvoir religieux aura toujours été séparé :

  • Josué avait le pouvoir politique pendant qu’Eléazar s’occupait du divin,
  • Lors de la conquête de la terre d’Israël, les « juges » se succèdent à la tête du peuple d’Israël pendant que le pouvoir religieux se concentre à Silo en dehors des intrigues de pouvoir,
  • Le premier roi d’Israël Saül est associé à Samuel qui prend en charge la dimension religieuse,
  • Son successeur David est associé à son tour à Nathan qui ne manque pas de lui rappeler ses devoirs,
  • Salomon est associé à Azaryahou qui assure la charge de grand prêtre,

Et ainsi de suite jusqu’à la destruction du premier Temple.

Lors du retour en terre d’Israël, de nouveau la charge pontificale fut indépendante de la charge gouvernementale. Lors de l’arrivée de la dynastie des Maccabées, la séparation des pouvoirs était moins nette, mais jusqu’à la génération qui nous intéresse aucun des successeurs de Mattathias n’avait osé se proclamer roi évitant ainsi le cumul officiel des pouvoirs sacerdotaux et royaux.

Aristobulus-ICet équilibre des pouvoirs est rompu lors de la génération qui nous intéresse qui est celle qui est associée au premier psaume du deuxième livre des psaumes par Aristobule qui se fait couronner roi. Ainsi, un descendant d’Aaron, de la lignée des grands prêtres prend officiellement le pouvoir politique en Israël venant ainsi justifier quelques siècles plus tard les craintes émises par Coré.

Mais si Coré n’a pas pu éviter la mort lors de sa rébellion contre Aaron et Moïse, ses descendants ont été épargnés et occupent une place privilégiée dans l’histoire du peuple d’Israël. Les descendants de Coré, les fils de Coré, faisaient partie des premiers ralliés à la cause de David, lorsque celui-ci essayait de résister à Saül.

L’ensemble de ces faits permet de justifier l’intervention des fils de Coré dans le récit des générations du peuple d’Israël et la mention spécifique de ce psaume : « Au Chef des chantres. Maskîl. Par les fils de Coré ».

Ce sont encore les fils de Coré qui réciteront les psaumes suivants.

De façon explicite pour les psaumes quarante-quatre à quarante-neuf puisque cités comme auteurs en prologue de chacun de ces psaumes. De façon implicite pour le prochain psaume, le psaume quarante-trois, puisque aucun auteur ne sera cité. Nous verrons pour ce psaume que le fait qu’aucun auteur ne soit cité signifie simplement qu’il est dans la suite logique de présent psaume puisque s’intéressant à la deuxième partie du long règne d’Alexandre Jannée.

Nous avions déjà eu ce principe de « psaumes consécutifs » pour les psaumes neuf et dix qui eux aussi étaient marqués par le long règne du roi Ouzzia.

Le psaume quarante-neuf qui termine cette série de psaumes récités par les fils de Coré est le dernier psaume de la première garde de la nuit, le dernier psaume où le peuple Juif vit en présence du Temple, en présence du sacerdoce du grand prêtre qui officie au Temple en respectant les prescriptions du Lévitique.

Ce dernier psaume sera donc celui de la dernière génération à subir une malédiction évoquée dans le Lévitique.

Les fils de Coré qui viennent de prendre la parole pour initialiser le deuxième livre des psaumes et pour accompagner la destruction programmée du Temple ne peuvent qu’évoquer l’avenir douloureux du peuple Juif en dehors de ce Temple, c’est-à-dire après que celui-là sera détruit à la cinquantième génération et que le peuple Juif rentrera ainsi dans la deuxième garde de la nuit.

La première garde, si elle fut terrible pour le peuple Juif, avait l’avantage par la présence du Temple de garder un lien fort entre Dieu et son peuple.

Pour la deuxième garde, ce lien, au moins en apparence sera détruit. Si dans la première garde, le peuple Juif a failli souvent être détruit, son lien avec Dieu n’avait jamais été réellement remis en cause par ses ennemis.

En se proclamant roi, Aristobule affaiblit le rôle du grand prêtre et accroît ainsi l’importance des sectes juives comme les Pharisiens, les Saducéens et les Esséniens qui n’ont plus besoin d’être associés à la prêtrise pour faire des adeptes. Si l’ensemble de ces sectes, et plus particulièrement celle des Pharisiens, aideront à la survie du Judaïsme dans les synagogues en dehors du Temple, elles seront un terreau à l’apparition du Christianisme. Celui-ci aidé par le pouvoir romain qui marque déjà son hégémonie dénigrera vite le Judaïsme. Il en sera de même pour l’Islam quelques siècles plus tard.

Le second livre des psaumes qui intègre les générations de la destruction du second Temple intègre également la dispersion finale du peuple Juif dans les nations. Nations qui, autour des deux autres religions monothéistes que sont le Christianisme et l’Islam, s’approprieront le culte du Dieu unique considérant bien le peuple Juif comme le peuple élu – ou tout du moins le peuple ayant été élu — mais également comme peuple déchu abandonné par son Dieu.

C’est donc dans cette perspective globale de l’avenir du peuple Juif qu’il faut interpréter le début du psaume de notre génération :

Comme la biche aspire au cours d’eau,

Rappelons, que comme nous l’avons déjà indiqué (psaume 22), la biche symbolise Dieu dans son rapport avec son peuple. Celui-ci s’est éloigné de son peuple, mais ceci n’est pas définitif, et Dieu finira par pardonner à son peuple et à s’en rapprocher. Dans ce contexte, le cours d’eau symbolise l’écoulement du temps et donc les temps futurs où Dieu se souviendra de son peuple.

ainsi mon âme aspire à toi, ô Dieu ! Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant ; quand reviendrai-je pour paraître en présence de Dieu ? Mes larmes sont ma nourriture de jour et de nuit,

Les fils de Coré, qui parlent au nom du peuple attendent avec impatience ce temps de retrouvailles avec Dieu. Car pendant la longue nuit du peuple Juif, celui-ci subit de longues souffrances. De jour et de nuit, car les psaumes de Coré évoquent les générations de la nuit mais sont inspirés lors du séjour dans la grotte d’Adoulam, lorsque le peuple Juif n’est pas encore dans la nuit, donc encore dans le jour.

depuis qu’on me dit sans cesse : « Où est ton Dieu ? »

Cette question moqueuse sera le lot des Juifs pendant toute la fin de la nuit de la part des nations parmi lesquelles ils séjourneront.

Aristobule, le fils d’Hyrcan, qui venait de se proclamer roi fut victime d’un complot lui faisant croire que son frère Antigone désirait prendre sa place et le fit tuer. Ce crime perturba Aristobule:

  • Aristobule[1] ne tarda guère à être touché d’un tel repentir d’avoir ôté la vie à son frère que sa maladie n’augmenta de beaucoup. Il se reprochait continuellement à lui-même d’avoir commis un si grand crime ; et sa douleur fut si violente qu’elle lui fit vomir quantité de sang. Comme un de ses officiers l’emportait, il arriva, à ce que je crois par une permission divine, qu’il se laissa tomber et en répandit une partie au même lieu où les traces du sang d’Antigone paraissaient encore. Ceux qui le virent, croyant qu’il le faisait à dessein, jetèrent un si grand cri qu’il fut entendu du roi. Il leur en demanda la cause ; et personne ne la lui disant, il désira encore davantage de le savoir, parce que les hommes entrent naturellement en défiance de ce qu’on tâche de leur cacher, et se l’imaginent encore pire qu’il n’est. Ainsi Aristobule les contraignit par ses menaces de leur dire la vérité : et elle fit si forte impression sur son esprit, qu’après avoir répandu quantité de larmes il dit en jetant un profond soupir : « Il paraît bien que je n’ai pas pu cacher à Dieu une action si détestable, puisqu’il exerce sitôt contre moi sa juste vengeance. Jusqu’à quand ce misérable corps retiendra-t-il mon âme criminelle ? et ne vaut-il pas mieux mourir tout d’un coup, que de répandre ainsi mon sang goutte à goutte, pour l’offrir comme un sacrifice d’expiation à la mémoire de ceux à qui j’ai si cruellement fait perdre la vie ? » En achevant ces paroles, il rendit l’esprit, après avoir seulement régné un an.

Aristobule qui avait tous les honneurs de la prêtrise a dévié en se proclamant roi.

Cette attitude lui a été préjudiciable puisque cela l’a entraîné à tuer son propre frère, puis l’a emmené lui-même à la mort dans une juste action de repentir.

C’est ce qu’exprime la suite du psaume :

Mon âme se fond au-dedans de moi, quand je me rappelle le temps, où je m’avançais au milieu des rangs pressés, marchant en procession avec eux vers la maison de Dieu, au bruit des chants et des actions de grâce d’une foule en fête. Pourquoi es-tu affaissée, mon âme ? Pourquoi t’agites-tu dans mon sein ?

Alexander_JannaeusSon successeur, Alexandre Jannée prend alors le pouvoir. Aristobule, dans son court règne avait, par son action militaire, permis de consolider les frontières de la Judée. Alexandre Jannée continuera dans cette voie. Il s’attaqua aux villes côtières, Ptolémaïs et Gaza, qui échappaient encore au contrôle de la Judée.

Kleopatra_VII_croppedCette lutte entraîna l’intervention de forces étrangères et en particulier Cléopâtre qui dirigeait l’Égypte, et Ptolémée, réfugié à Chypre, qui avait été chassé d’Égypte par Cléopâtre. Ceci eut pour résultat que Ptolémée se retourna contre la Judée et la dévasta.

Les batailles engagées par Alexandre Jannée, du fait de ses choix politiques hasardeux, se révélèrent meurtrières pour les Juifs :

  • Ptolémée[2] se porta fort volontiers à faire alliance avec Alexandre, et fit arrêter Zoïle (qui s’était rendu maître d’une cité et convoitait Ptolémaïs). Mais lorsqu’il apprit que ce prince (Alexandre) avait envoyé secrètement vers la reine sa mère, il rompit avec lui, et assiégea Ptolémaïs qui avait, comme nous l’avons vu, refusé de le recevoir. Il laissa quelques-uns de ses chefs avec une partie de ses forces pour continuer ce siège, et alla avec le reste ravager la Judée. Alexandre de son côté assembla pour s’opposer à lui une armée de cinquante mille hommes, ou selon d’autres de quatre-vingt mille, et Ptolémée, ayant un jour de sabbat attaqué à l’improviste la ville d’Azoth en Galilée, la prit d’assaut et en emmena dix mille esclaves avec quantité de butin. Après que Ptolémée Latur eut ainsi emporté Azoth de force, il alla à Séphoris, qui n’est guère éloigné, et y donna un assaut, mais il fut repoussé avec grande perte ; et au lieu de continuer ce siège, il marcha au-devant d’Alexandre, roi des Juifs, le rencontra auprès d’Asoph, qui est tout proche du Jourdain, et se campa vis-à-vis de lui. […] Les Juifs étonnés de ce changement (après avoir eu l’avantage, la bataille tourne à l’avantage de Ptolémée) et ne voyant aucun secours par aucun des leurs, prirent la fuite et tous les autres à leur exemple. Les ennemis les poursuivirent si vivement et en firent un tel carnage qu’ils ne cessèrent de tuer que lorsqu’ils furent lassés de frapper et que la pointe de leurs épées commençait à se rebrousser. Le nombre de mort fut de trente mille ; et selon le rapport de Tymagène de cinquante mille. Le reste de l’armée fut pris ou se sauva par la fuite.
  • En suite d’une si grande victoire et d’une si longue poursuite, Ptolémée se retira sur le soir dans quelques bourgs de Judée, et les ayant trouvés pleins de femmes et d’enfants, il commanda à ses soldats de les égorger, de les mettre en pièces et de les jeter dans des chaudières d’eau bouillante, afin que lorsque les Juifs échappés de la bataille viendraient dans ce lieu ils crussent que leurs ennemis mangeaient de la chair humaine et conçussent d’eux par ce moyen une plus grande frayeur.

Le début du règne d’Alexandre justifie la suite du psaume déclinée par les fils de Coré :

Mets ton espoir en Dieu, car j’aurai encore à le louer : sa face apporte le salut.

Même si le sort des Juifs de Judée n’est pas enviable, les fils de Coré gardent leur confiance en Dieu.

Mon Dieu, oui, mon âme est affaissée en moi ; parce que je pense à Toi de la région du Jourdain, des monts du Hermon, de la plus infime montagne.

C’est le théâtre des terribles batailles subies par les Juifs de Judée à cette génération.

Le gouffre appelle le gouffre, au bruit de Tes cascades ; toutes tes vagues et tes ondes ont passé sur moi.

Le sort malheureux des Juifs de Judée ne suffira pas, car Alexandre Jannée se retournera à son tour contre son propre peuple faisant à son tour de nombreuses victimes.

La dévotion des fils de Coré ne leur fera pas perdre espoir en Dieu, leur vision globale de l’avenir du peuple Juif à travers les générations de la nuit leur fait bien entrevoir les nombreux malheurs qui s’abattront sur lui ainsi que l’attitude outrancière des nations à son égard.

Mais ces visions leur font aussi voir qu’à la fin de cette nuit, Dieu reviendra vers son peuple qui oubliera ainsi tous les pleurs de la nuit, que ce soient ceux de cette génération ou ceux des prochaines.

Ceci est l’objet de la fin du psaume :

Puisse l’Éternel chaque jour mettre sa grâce en œuvre ! que la nuit un cantique en son honneur soit sur mes lèvres, ma prière au Dieu vivant ! Je dis à Dieu, qui est mon rocher : « Pourquoi m’as-tu oublié ? Pourquoi marché-je, voilé de tristesse, sous l’oppression de l’ennemi ? » C’est comme s’ils me broyaient les os, lorsque mes adversaires me couvrent d’insultes, me disant tous le temps : « Où est ton Dieu ? » Pourquoi es-tu affaissée mon âme ? Pourquoi t’agites-tu dans mon sein ? Mets ton espoir en Dieu, car j’aurai à le louer, lui, mon sauveur et mon Dieu !

 

 

 

[1] Flavius Josèphe/Antiquités Juives/Livre treizième/chapitre 19

[2] Flavius Josèphe/Antiquités Juives/Livre treizième/chapitres 20 et 21