-170 à -151, psaume 39 : Hanouccah.

acces-psaume-fotolia_102515739_subscription_monthly_mhelp-bouton-fotolia_61356253_subscription_monthly_mButton aus zwei Puzzlestücken zeigt E-Mail KontaktButtonsButtonshanukkah shutterstock_347856575Cette génération est marquée par la révolte des Maccabées. Celle-ci est largement justifiée par les exactions de l’occupant, Antiochus Épiphane.

Ainsi nous pouvons citer l’épisode du supplice des sept frères :

  • On arrête[1] sept frères. À coups de fouet et de nerf de bœuf, le roi Antiochus veut les obliger à manger du porc, viande interdite par la loi de Moïse. Un des fils parle au nom des autres. Il Dandré-Bardon-Anthichosdit : « Qu’est ce que tu veux nous demander et savoir de nous ? Nous sommes prêts à mourir plutôt que de désobéir aux lois de nos ancêtres. » Le roi était très en colère. Il fait mettre sur le feu des grils et des bassines. Dès qu’ils sont brûlants, il commande de couper la langue à celui qui a parlé au nom des autres. Il donne l’ordre également de lui arracher la peau de la tête et de lui couper les pieds et les mains, sous les yeux de ses frères et de sa mère. Quand il ne peut plus bouger, le roi commande de l’approcher du feu et de le jeter encore vivant sur un gril. L’odeur de la chair brûlée se répand autour du gril. Pendant ce temps, les autres frères et leur mère se donnent de la force pour mourir avec courage.

Les autres frères suivent le même sort chacun à leur tour rejoints dans la mort par leur mère sans avoir renoncé à la loi de Moïse et en continuant d’affirmer leur foi en Dieu et en sa justice.

Ce courage sans limite des Juifs face à la volonté d’Antiochus Épiphane de leur faire abandonner leur foi est ainsi illustré dans le début du psaume :

J’ai dit : « Je veillerai à ma conduite, pour ne pas pécher avec ma langue ; j’aurai soin de mettre un frein à ma bouche, tant que le méchant sera en face de moi. » Je me suis renfermé dans un mutisme complet, j’ai gardé le silence, en l’absence du bonheur, alors que ma douleur était pleine de trouble.

À cette situation intolérable, la réaction ne tarde pas à se faire jour à travers la famille de Mattathias.

Plate_14_of_22_for_the_Macklin_Bible_after_Loutherbourg._Bowyer_Bible._Mattathias_Punishes_Idolatry_2Ainsi lorsque les officiers du roi Antiochus arriveront dans la ville de Modine pour forcer une nouvelle fois les Juifs à renier leur religion à travers des sacrifices idolâtres, Mattathias se révolte :

  • Dès[2] que Mattathias a fini de parler (pour refuser les offres avantageuses des officiers du roi Antiochus en échange de sa coopération), un Juif s’avance devant tout le monde. Il veut offrir un sacrifice sur cet autel de Modine, comme le roi l’a commandé. Quand Mattathias le voit son cœur se met à brûler d’ardeur, et son corps est tout tremblant. Une juste colère monte en lui, il court et égorge l’homme sur l’autel. Au même moment, Mattathias tue l’envoyé du roi qui oblige les gens à offrir des sacrifices, et il renverse l’autel. Il montre la même ardeur pour la loi de Moïse que Pinhas, quand il a tué Zimri, le fils de Salou.

Cette juste colère de Mattathias est évoquée dans la suite du psaume en reprenant d’ailleurs des termes quasi identiques :

Mon cœur était brûlant en moi ; en méditant, je sentais comme un feu ardent ;

Mattathias mène le début de la révolte et engrange les premières victoires envers l’ennemi et les Juifs qui avaient pris parti pour le nouveau pouvoir grec et ses croyances. Avant de mourir il cède le flambeau à son fils Judas.

Mattathias cite encore d’autres exemples bibliques de personnage ayant mis avec raison leur foi en Dieu. Judas prend la relève de son père après sa mort et enregistre quelques premiers succès. Il lutte lui aussi contre les Grecs mais aussi contre les Juifs qui ont pris leur parti. Il combat Apollonius, gouverneur de Samarie et le vainc. Séron, commandant de l’armée syrienne décide alors de lui opposer une puissante armée. Judas calme l’anxiété de ses troupes avant l’affrontement en réaffirmant sa foi en Dieu.

Judas remportera la victoire contre Séron.

Antiochus commande alors encore une expédition contre Judas en espérant cette fois en venir à bout. Il rassemble près de cinquante mille soldats afin d’en finir définitivement avec le peuple Juif. Celui-ci se prépare à l’affrontement.

La confiance portée par Judas ne sera pas vaine, car malgré l’infériorité numérique de ses hommes et le déséquilibre des équipements des deux camps, il remporte la victoire. Lorsque les Grecs essaieront une nouvelle fois d’attaquer les Juifs un an plus tard, la encore avec une supériorité numérique écrasante des Grecs, les Juifs remporteront une nouvelle fois la victoire.

Judas  purifie alors le temple souillé par les Grecs et réinitialise le culte sacré.

De l’ensemble de ces événements la tradition juive n’a retenu que le miracle de Hanoukka.

La victoire des Hasmonéens, contre la logique des rapports de force, fait naturellement partie du souvenir Juif, mais le peuple Juif sait bien que les victoires militaires sont éphémères et que lorsqu’un danger est vaincu, un autre ne tarde pas à poindre.

Les livres des Maccabées ne font pas partie du canon de la Bible hébraïque, seul ce passage du Talmud fait référence aux événements que nous venons d’évoquer:

  • La Guemara présente[3] l’origine de la fête de Hanoukka : – Quelle est la raison pour laquelle les jours de fête de Hanoukka ont été instaurés ? En rapport avec quel miracle les Sages l’ont-ils instituée ? C’est ainsi que les Sages ont enseigné dans une Beraïta (enseignement) : le 25 du mois de Kislev les jours de Hanoukka commencent. Il y a huit jours en tout, durant lesquels il n’est pas permis de prononcer une oraison funèbre ni de jeûner. Car lorsque les Grecs de Syrie (les Séleucides) entrèrent dans le sanctuaire, ils rendirent impures toutes les fioles d’huile se trouvant dans le sanctuaire, et lorsque la maison royale des Hasmonéens prit le dessus et les vainquit, (les Hasmonéens) cherchèrent dans l’enceinte du Heikhal (une des parties les plus saintes du Temple) et ne trouvèrent qu’une seule fiole d’huile qui était posée à l’abri avec le sceau du Kohen Gadol (le grand prêtre) encore intact, et elle ne contenait que la quantité d’huile suffisante pour allumer la Ménorah (le porte-lampes) pendant un jour. Cependant, un miracle fut accompli avec cette huile et ils purent allumer les lumières de la Ménorah avec elle pendant huit jours, jusqu’à qu’une huile rituellement pure ait pu être obtenue. Reconnaissant que ce miracle avait des implications pour l’éternité, l’année d’après (les Hasmonéens et le Sanhédrin) instaurèrent et firent de ces huit jours pour la postérité des jours de fête par la récitation du Halel et des remerciements.

En fait la révolte des Maccabées n’était pas due à l’exacerbation d’un sentiment national mais était la seule réponse que pouvaient apporter Mattathias et ses hommes à la volonté délibérée d’Antiochus Épiphane de les détruire, d’anéantir leur foi.

C’est face à cette menace que Mattathias décide de se battre pour sauver ce qu’il peut de son peuple et tenter de rétablir la pureté du Temple.

Sans soutien divin, les chances de vaincre de Mattathias sont assez minces, ce qui justifie l’interrogation de David dans le psaume de cette génération qui interprète les angoisses de Mattathias que nous venons de citer :

Fais-moi connaître, Éternel, ma fin, et quelle est la mesure de mes jours : que je sache combien je suis peu de chose. Voici Tu as strictement limité mes jours, ma vie terrestre est comme un rien devant Toi ; oui, tout homme placé sur terre n’est qu’un souffle. Sélah !

Le miracle de Hanoukka vient répondre à cette question.

Quand David, à travers le psaume de cette génération, reproche à Dieu de lui avoir strictement limité ses jours, Dieu prolonge justement les jours de la lumière produite par l’unique fiole d’huile encore pure retrouvée dans le Temple.

Elle devait durer un jour, elle durera huit jours.

Cette fiole d’huile pure est à l’image du peuple Juif. Isaac évoque les sucs de la terre lorsqu’il bénit Jacob, ce qui est un parallèle entre l’huile d’olive utilisée dans le service du Temple et le peuple Juif dans sa caractéristique de peuple sanctifié, de peuple de prêtres.

Comme les fioles d’huiles du Temple, le peuple d’Israël traversera difficilement les temps car la plupart des fioles disparaîtront sous les assauts des autres peuples. Mais, comme Dieu l’a promis, un reste subsistera pour assister à l’avènement du monde futur.

La sagesse de ne retenir au niveau de l’événement que constitue la première victoire des Maccabées que le miracle de Hanoukka est une décision louable de nos sages.

En effet la victoire des Maccabées n’a effectivement pas suffi à mettre les Juifs hors de danger. Dès le lendemain de cette victoire, les ennemis d’Israël n’abandonnent pas leur combat.

Judas combat les Iduméens et les vainc, c’est ensuite le tour de la tribu de Baïa, et des Ammonites. Cela ne suffit pas, car les attaques contre les Juifs dans les contrées voisines de celles sous le contrôle de Judas se multiplient.

Ainsi Judas reçoit des appels au secours des Juifs de Galaad en même temps que ceux de Galilée. Judas arrive ainsi à libérer ses coreligionnaires au prix de nouvelles batailles. Tous les Juifs de ces régions qui étaient menacés sont rapatriés en Judée. Grisés par les exploits de Judas et ses troupes, certains Juifs prennent l’initiative d’attaquer à leur tour Jamnia, mais là c’est une défaite qui les attend avec près de deux mille israélites tués. Judas s’empare ensuite d’Hébron et combat les Philistins.

Pendant que les Maccabées reconstruisent le pays de Judée, un peu malgré eux, pour répondre aux attaques étrangères, Antiochus, celui qui est à l’origine de la révolte des Maccabées subit une humiliation en Perse en tentant sans succès de s’approprier les richesses du Temple d’Elymaïs.

Suite à cette défaite et à l’annonce que les Juifs ont vaincu son armée, Antiochus tombe malade et sentant sa mort proche, il refait le bilan de son règne :

  • Je[4] ne peux plus dormir et l’inquiétude m’abat. Je me demande pourquoi je suis plongé dans un désespoir aussi profond. En effet quand j’étais puissant, j’ai fait du bien, et les gens m’aimaient. Mais maintenant, je me souviens de tout le mal que j’ai commis à Jérusalem. J’ai pris tous les objets en or et en argent qui se trouvaient dans le Temple et j’ai donné l’ordre de tuer sans raison les habitants de Judée. Je le reconnais donc : c’est à cause de cela que ces malheurs me frappent et je vais mourir de désespoir dans un pays étranger.

C’est à la recherche de richesses que s’achève la vie d’Antiochus Épiphane, celle-ci aura toujours été présente au cours de sa vie. Son bilan illustre la suite du psaume :

« Oui, les mortels s’avancent comme une ombre ! Oui, ils s’agitent dans le vide, amassant des biens sans savoir qui les recueillera. »

Judas décide d’attaquer la citadelle grecque construite au cœur de Jérusalem, certains de ses occupants arrivent à s’enfuir et à appeler à leur secours le successeur d’Antiochus Épiphane, le roi Antiochus Eupator. Antiochus Eupator réunit alors une armée de 100 000 soldats à pied, 20 000 cavaliers et 32 éléphants dressés pour le combat. Lors du premier affrontement et malgré le sacrifice héroïque d’Elazar Maccabée frère de Judas, les Juifs lâchent pied devant l’ennemi.

Antiochus Eupator fait alors le siège de Jérusalem où les Juifs sont affamés du fait de l’afflux des Juifs des autres contrées suite aux campagnes précédentes de Judas et parce qu’il s’agissait d’une année sabbatique donc sans récolte. Mais rappelé par des affaires internes à son royaume, Antiochus Eupator se retire après avoir proposé la paix aux Juifs de Judée. La paix est de courte durée, car Antiochus Eupator perd son royaume au profit de Démétrius, fils de Séleucus. Celui-ci essaie d’établir Alkime comme grand prêtre qui sème la terreur à Jérusalem. Judas réagit et Alkime s’enfuit. Le roi envoie alors Nicanor, un de ses généraux pour combattre Judas. Celui-ci est vaincu par Judas.

Profitant du répit, la Judée conclut une alliance avec les Romains.

Le combat des Maccabées initialisé par Mattathias, est poursuivi par Judas, qui une fois débarrassé d’Antiochus Épiphane n’en a pas fini avec les combats.

La fin du psaume exprime bien ce qu’est la prière de ce héros Juif :

Et maintenant quel est mon espoir, Seigneur ?

La mort d’Antiochus Épiphane dont l’action avait généré la révolte des Juifs ne met pas fin à leur lutte, bien au contraire de nombreux ennemis redoutables ne cessent de se lever pour essayer de prendre sa suite.

Mon attente se tourne vers Toi. Délivre-moi de tous mes péchés, ne m’expose pas aux outrages des gens de rien. Je reste muet, je n’ouvre pas la bouche, car c’est Toi qui as tout fait. Détourne de moi les coups, je succombe sous l’atteinte de Ta main. Par les sanctions qu’entraîne l’iniquité, Tu châties l’homme ; comme fait la teigne, Tu consumes ce qu’il a de précieux ; oui, l’homme tout entier n’est qu’un souffle ! Sélah!

Judas et les Maccabées sont restés des Juifs fidèles et plutôt que de s’attribuer chacune de leur victoire, ils ne cessent de s’en remettre à Dieu afin de leur éviter la défaite qui serait justifiée de par les égarements du peuple Juif attirés par la culture grecque avec ce qu’elle comporte de culte idolâtre.

Écoute ma prière, Éternel, prête l’oreille à mes cris, ne reste pas silencieux devant mes larmes : car je suis un étranger en Ta présence, un simple passager comme tous mes ancêtres. Donne-moi un peu de répit, pour que je puisse respirer, avant que je m’en aille et que c’en soit fait de moi.

Là de tous ces combats, Judas recherche une période d’accalmie pour lui et son peuple en se doutant bien que celle-ci ne sera pas éternelle. Il va l’obtenir d’une part par Antiochus Eupator qui va finalement renoncer à attaquer Jérusalem et par les prémices de paix avec les romains qui vont permettre dans un premier temps aux Juifs de reprendre leur souffle dans les prochaines générations avant de subir à nouveau de grandes confrontations. C’est la conclusion de ce psaume, également illustrée par la fin de Judas dans cette génération.

Ainsi, les combats reprendront et Judas  mourra dans l’un d’eux. Ainsi Démétrius envoie une nouvelle fois une armée contre Jérusalem. Les soldats de Judas prennent peur, et peu d’entre eux restent auprès de Judas qui va quand même au combat. Judas meurt dans cette bataille.

 

[1] II MACCABEES Chapitre 7, versets 1 à 5

[2] I MACCABEES Chapitre 2, versets 23 à 26

[3] Talmud de Babylone, Traité Chabat, 21b (édition Edmond J. Safra)

[4] I MACCABEES Chapitre 6, versets 10 à 13