-190 à -171, psaume 38 : Antiochus Épiphane.

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La pression des méchants sur Israël décrite dans le psaume précédent trouve sa pleine illustration dans la présente génération. En effet celle-ci est celle du règne de Séleucos IV Philopator et du début de règne d’Antiochus IV Épiphane.

Le règne court de Séleucus IV Philopator (-187 / -175) annonce déjà la réalité de la domination Séleucide. Celui-ci sous le poids de la dette imposée par les Romains à Antiochos III est à la recherche d’argent.

Delacroix_Heliodoro_01C’est dans ce contexte que le gouverneur de la Grande Syrie envoie Héliodore, son premier ministre à Jérusalem pour s’accaparer les richesses du Temple.

La suite du récit de Maccabées II raconte comment une intervention divine miraculeuse fera échouer les plans d’Héliodore. Toutefois le répit est de courte durée car Séleucos se fait assassiner en -175 et son frère Antiochos IV Épiphane en profite pour débarquer en Asie Mineure, s’emparer d’Antioche et de se faire couronner roi.

Avec ce nouveau roi, les malheurs de Juifs atteindront leur paroxysme sous la domination grecque, illustrant s’il en était besoin les prévisions alarmistes du psaume précédent. Les Juifs tentent de s’assimiler à la culture Grecque en reniant leur héritage juif, comme le décrit Flavius Josèphe:

  • Onias[1], grand sacrificateur, étant mort en même temps (que Hyrcan, le dernier représentant des Tobiades, maître de territoires au-delà du Jourdain, famille opposée à celle des Oniades qui avaient la responsabilité du culte à Jérusalem), Antiochus (Épiphane), roi de Syrie, donna la grande sacrificature à Jésus, surnommé Jason, frère d’Onias, qui n’avait laissé qu’un fils en bas âge, dont nous parlerons en son lieu. Mais Antiochus, ayant depuis été mal satisfait de Jason, lui ôta cette dignité, et la donna à Onias, surnommé Ménélas, son jeune frère, qui était un des trois fils que Simon avait laissés et qui furent tous successivement souverains sacrificateurs, comme nous l’avons dit. Jason, ne pouvant souffrir de se voir dépouillé de cette charge, entra en grand différend avec Ménélas ; et les enfants de Tobie se déclarèrent pour ce dernier. Mais la plus grande partie du peuple favorisait Jason, et ainsi ils furent contraints de se retirer auprès d’Antiochus. Ils dirent à ce prince qu’ils étaient résolus à renoncer aux coutumes de leur pays pour embrasser sa religion et la manière de vivre des Grecs, et lui demandèrent de leur permettre de bâtir un lieu d’exercices dans Jérusalem. Il le leur accorda ; et alors ils couvrirent les marques de la circoncision pour ne pouvoir être distingués des Grecs lors même qu’en courant et en luttant ils seraient nus et, abandonnant ainsi toutes les lois de leurs pères, ils ne différaient en rien des nations étrangères.

C’est cette dérive du peuple Juif qui est évoquée par le début du psaume, en fait peu de Juifs résistèrent à l’attrait de la culture grecque avec ce qu’elle intègre de culte païen :

Éternel, ne me réprimande pas dans ton irritation, ne me châtie pas dans ton courroux. Car tes flèches m’ont transpercé, et ta main s’est appesantie sur moi. Ta colère n’a laissé rien d’intact dans mon corps, mes péchés ont banni la paix de mes membres. Car mes fautes ont monté par-dessus ma tête ; comme un gros poids, elles pèsent lourdement sur moi.

Plate_13_of_22_for_the_Macklin_Bible_after_Loutherbourg._Bowyer_Bible._Sacrilege_of_AntiochusÀ cette dérive des Juifs vers les pratiques grecques vient s’ajouter au malheur du peuple d’Israël l’attitude hostile d’Antiochus Épiphane :

  • Quand[2] il a vaincu l’Égypte en 143 (-169), il revient. Il se dirige vers Israël et marche sur Jérusalem avec sa puissante armée. Antiochus entre dans le Temple sans aucun respect. Il fait enlever l’autel en or, le porte-lampes avec tout son équipement, la table des pains offerts à Dieu, les coupes pour les offrandes de vin, les bois, les brûle-parfums en or, le rideau, les couronnes. Il fait arracher toutes les décorations en or sur le devant du Temple. Il prend l’argent, l’or et les objets précieux. Il trouve les trésors cachés et les emporte aussi. Après qu’Antiochus a tout pris, il rentre dans son pays. Il a tué beaucoup de monde et a fait des discours remplis d’orgueil. Dans tout le pays, les gens sont dans le deuil au sujet d’Israël. Les chefs et les anciens gémissent, les jeunes filles et les jeunes gens n’ont plus de force, les femmes perdent leur beauté. Tous les jeunes mariés entonnent des chants de deuil. Leurs jeunes femmes assises dans leur chambre sont dans la tristesse. Devant les malheurs des habitants, la terre tremble. Tout le peuple est couvert de honte.

La situation désespérée des Juifs est bien décrite dans la suite du psaume où la « lumière de mes yeux » caractérise vraisemblablement le porte lampe dérobé :

Mes plaies sont fétides, putréfiées, par suite de mon égarement. Je suis tordu, affaissé outre mesure ; tout le temps, je marche voilé de tristesse, car mes entrailles sont toutes malades d’inflammation ; nulle partie saine en mon corps. Je suis épuisé, abattu au dernier point, je pousse des cris dans la violente agitation de mon cœur. Seigneur, tout ce que je souhaite t’es connu ; mes soupirs ne t’échappent point. Mon cœur palpite violemment, ma vigueur m’a abandonné, même la lumière de mes yeux me fait défaut.

Toutefois les attaques d’Antiochus Épiphane ne s’arrêtent pas là, deux ans plus tard, sous prétexte de faire la paix, ses soldats sèment la mort et la désolation à Jérusalem. La ville et le Temple sont désertés. Mais Antiochus s’appuie également sur une partie de la population juive pour appliquer sa politique rigoureuse à Jérusalem.

La situation périlleuse des Juifs fidèles à l’alliance divine entre les mains des soldats du roi Antiochus Épiphane et des Juifs qui ont préféré abandonner leur foi est bien résumée dans la suite du psaume :

Mes amis, mes compagnons se tiennent à l’écart de mon mal, mes proches demeurent à distance. Ceux qui en veulent à ma vie me dressent des embûches, ceux qui cherchent mon malheur disent des paroles meurtrières, méditent des perfidies toute la journée.

Malgré cela de nombreux Juifs restent fidèles à l’alliance malgré le lourd prix à payer. Leur résistance entraînera au début de la prochaine génération des exactions des Séleucides.

Cette résistance du peuple Juif qui malgré les attaques d’Antiochus Épiphane ne renie pas l’alliance divine et reste sourd à ces injonctions fort de sa foi en Dieu et conscient également des fautes que le peuple a pu commettre et qui sont en train d’être expiés dans cette période difficile est illustrée par la fin du psaume qui réitère la confiance absolue de peuple Juif envers son Dieu et sa confiance dans le soutien final de Dieu pour le sauver. Confiance mise en œuvre dès cette génération, et qui se transformera en révolte à la prochaine génération :

Pourtant, moi, tel un sourd, je n’entends point, je suis comme un muet qui n’ouvre pas la bouche. Oui, je me comporte comme un homme qui n’entend pas, et qui n’a pas de répliques sur les lèvres. C’est que je tourne mon attente vers Toi ; et, Toi, Tu m’exauceras, Seigneur, mon Dieu. C’est ce que je me dis : « Ils pourraient se réjouir de moi, faire les fiers à mon endroit, en voyant chanceler mes pas ! » Ne suis-je point désigné à la ruine ? Mon mal n’est-il pas toujours là, sous mes yeux ? Car il faut que je confesse mon iniquité, je suis alarmé de mon péché, alors que mes ennemis ont une grande puissance de vie ; nombreux sont ceux qui me haïssent sans cause, et qui, rendant le mal pour le bien, me molestent pour me récompenser de poursuivre le bien. Ne me délaisse pas, ô Éternel! Mon Dieu, ne te tiens pas éloigné de moi. Hâte-Toi de me secourir, Seigneur, qui est mon protecteur.

 

[1] Flavius Josèphe/Antiquités Juives/Livre douzième/chapitre 6

[2] I MACCABEES Chapitre 1, versets 21 à 28