-230 à -211, psaume 36 : L’hippodrome.

acces-psaume-fotolia_102515739_subscription_monthly_mhelp-bouton-fotolia_61356253_subscription_monthly_mButton aus zwei Puzzlestücken zeigt E-Mail KontaktButtonsButtonselephants-shutterstock_423766030Cette génération est marquée par le règne du roi Lagide Ptolémée IV Philopator (-221,-205). Pendant son règne, il arrivera à nouveau à vaincre les Séleucides dirigés par Antiochius III dans la bataille de Raphia (-217). Parmi les textes relatifs à cette époque nous pouvons citer les textes apocryphes (pour l’ancien et le Nouveau Testament) Macchabées III.

Suite à sa victoire à Raphia, Ptolémée IV Philopator se retrouve à Jérusalem:

  • Alors[1] qu’il (Ptolémée IV Philopator) avait déjoué le complot (un[2] certain Theodotus avait essayé de l’assassiner), Ptolémée décida de visiter les cités avoisinantes et de les encourager. En faisant cela, et en faisant des offrandes aux lieux saints, il renforçait le moral de ses sujets. Les Juifs avaient envoyé en ambassade leurs notables et anciens pour saluer Ptolémée avec des présents de bienvenue, pour le féliciter de l’issue favorable. Ils étaient parmi les plus enthousiastes à le rencontrer au plus tôt. Après que Ptolémée soit arrivé à Jérusalem, il offrit des sacrifices au Dieu Suprême et fit des dons de reconnaissance en parfait respect de la sainteté du Temple. Toutefois, une fois entré dans le Temple, il fut impressionné par sa perfection et sa beauté. Il s’émerveilla de l’harmonie du Temple et désira entrer dans le saint des saints. On lui répondit que cela n’était pas autorisé, car même les membres de la nation juive n’étaient pas autorisés à y entrer. Pas plus que les prêtres eux-mêmes. Seul le grand prêtre a le pouvoir sur eux tous d’y entrer mais une seule foi par an. Le roi n’était pas satisfait de ces arguments. On lui lut la loi, il ne cessa pas de désirer entrer dans le saint des saints, argumentant : « Même si tous ces hommes sont privés de cet honneur, cela ne s’applique pas à moi ». Il s’étonna encore qu’il pût entrer dans tous les temples (des autres peuples) sans avoir jamais été empêché. Quelqu’un lui indiqua alors qu’il ne devait pas tenir compte de cela comme argument décisif. Le roi répliqua « Mais puisque cela est arrivé, pourquoi ne pourrai-je pas au moins entrer, qu’ils le veuillent ou non ? » Les prêtres dans leur tenue sacerdotale se prosternèrent pour demander au Dieu suprême de venir à leur aide dans cette situation périlleuse, remplissant le Temple de leurs cris et de leurs pleurs.

L’attitude de Ptolémée IV Philopator à l’encontre des Juifs, alors que ceux-ci étaient dans un premier temps ses alliés, aggravée par les attaques postérieures que nous décrirons ci-après est illustrée par le début du psaume :

Au fond de mon cœur je sens ce que le péché insinue au méchant : « Qu’il n’ait nulle crainte de Dieu devant les yeux ! » Oui, il adresse des regards séducteurs, de façon à provoquer son iniquité, qu’il faudrait haïr. Les paroles de sa bouche ne sont que fausseté et perfidie, il renonce à être sage, à bien agir. Sur sa couche il machine la fraude ; il s’engage sur un chemin qui n’est pas bon, il n’a pas l’horreur du mal.

Frappé d’une soudaine paralysie, le roi impie s’effondre sur le sol devant la porte du Temple. De retour en Égypte, Philopator décide de se venger sur les Juifs. Il promulgue un décret qu’il fait graver sur une colonne près de la tour de son palais.

Le décret, qui semble s’adresser d’abord aux seuls Juifs d’Alexandrie, proclame qu’aucun d’eux ne pourra plus se rendre Dyonisos Fotolia_37495189_Subscription_Monthly_M annoteaux lieux saints – il s’agit de synagogues — s’il ne sacrifie pas à Dionysos ; que les Juifs seront recensés pour subir une déchéance en ce qui concerne leur statut et qu’ils seront marqués au fer rouge, du signe de la feuille de lierre, emblème de Dionysos ; toutefois, ceux qui accepteront, de leur plein gré, d’adhérer au culte de ce dieu, seront épargnés et recevront le droit de cité à Alexandrie.

Quelques-uns obtempèrent, mais la grande majorité refuse. Irrité par ce refus, le roi va étendre les mesures anti-juives à l’ensemble de la diaspora d’Égypte. Il peut compter sur le soutien de certains de ses sujets qui reprochent aux Juifs leur particularisme religieux. Il adresse aux autorités locales du royaume une ordonnance (prostagma) dans laquelle, après avoir résumé les événements depuis sa campagne d’Asie – une bonne occasion pour opposer sa grandeur d’âme à la perfidie des Juifs —, il ordonne que ceux-ci soient envoyés à Alexandrie avec femmes et enfants pour subir le châtiment suprême qui convient aux traîtres.

Les Juifs rebelles sont coupables de préparer un complot contre le pouvoir royal. Une fois punis, espère le roi, le royaume jouira à nouveau d’une parfaite tranquillité et d’un état de prospérité. Quiconque cachera un juif, jeune ou vieux, y compris les nourrissons au sein de leur mère, sera mis à mort avec toute sa famille. Toute maison dans laquelle sera trouvé un Juif caché sera livrée aux flammes. En revanche, ceux qui dénonceront les coupables recevront deux mille drachmes du trésor royal et pourront compter sur d’autres récompenses : honneurs dionysiaques ou liberté pour le délateur s’il est esclave.

the figure shows a warrior with a spear on the elephantLes juifs sont rassemblés dans un hippodrome près d’Alexandrie ou cinq cents éléphants enivrés doivent les piétiner afin de les exécuter avant que Philopator puisse retourner en Judée brûler le Temple de Jérusalem. C’est alors qu’un vieillard nommé Eléazar, issu d’une famille sacerdotale, se lève d’au milieu des Juifs rassemblés pour implorer le Seigneur.

Cette prière exprimant la foi des Juifs en leur Dieu même aux moments les plus tragiques est illustrée par la suite du psaume, où l’évocation des bêtes n’est pas sans rappeler la menace imminente représentée par les éléphants :

Éternel, ta grâce atteint jusqu’aux cieux, ta fidélité jusqu’aux nues. Ta justice est comme les montagnes puissantes, tes arrêts sont comme l’immense abîme ; aux hommes et aux bêtes tu es secourable, Éternel ! Combien précieuse est ta grâce, ô Dieu !

Cette prière ne reste pas sans effet. Dieu intervient pour sauver les captifs de l’hippodrome.

Bien que le texte de Macchabées II ait été vraisemblablement écrit tardivement, et donc bien après les faits cités, il est vraisemblable que ce texte s’appuie sur des faits réels relatés par des textes aujourd’hui perdus. Les faits sont sûrement authentiques, les éléphants ont dû se retourner contre leurs maîtres, mais il est vraisemblable que si des anges sont intervenus, ils soient restés non visibles.

En tout état de cause, la nature du récit quand au miracle qui sauva les juifs de l’extermination et qui permit au roi Philopator de revenir à des rapports normaux avec les Juifs de son royaume est illustré par la fin du psaume :

Les fils de l’homme s’abritent à l’ombre de tes ailes. Ils sont rassasiés de l’abondance de ta maison ; Tu les abreuves du fleuve de tes délices. Car près de Toi est la source de vie ; à Ta lumière nous voyons le jour. Étends Ta bonté sur ceux qui Te connaissent, et Ta bienveillance sur les cœurs droits. Que le pied de l’orgueil ne m’atteigne point; que la main des méchants ne me mette point en fuite ! Au contraire, qu’ils tombent, les malfaiteurs ; qu’ils soient renversés sans pouvoir se relever.

 

[1] MACCABEES III, Chapitre 1, versets 6 à 16

[2] Voir MACCABEES III, Chapitre 1, versets 2 et 3