-250 à -231, psaume 35 : Calme trompeur.

acces-psaume-fotolia_102515739_subscription_monthly_mhelp-bouton-fotolia_61356253_subscription_monthly_mButton aus zwei Puzzlestücken zeigt E-Mail KontaktButtonsButtonsMount Griezim ruins, holy place for the Samaritan community, Israel

Cette génération est marquée encore par la domination Lagide même si les Séleucides commencent à frapper à la porte.

Et plus particulièrement, cette génération est sous l’empreinte du roi Lagide Ptolémée III Evergète Ier (-246,-221).

Octadrachm_Ptolemy_III_BM_CMBMC103Au niveau des événements marquants et connus de cette génération, nous pouvons citer une nouvelle fois Flavius Josèphe:

  • Onias[1], fils de Simon le Juste et neveu d’Eléazar (celui qui fut contacté par le pouvoir Lagide, suivant « La lettre d’Aristée » pour fournir des traducteurs de la loi Juive, ce qui donna la Septante), avait succédé en la charge de grand sacrificateur à Manassé, qui l’avait eu après la mort d’Eléazar. Ptolémée, surnommé Evergète, père de Philopator, en fut si irrité qu’il envoya à Jérusalem Athénion, qui était en grande faveur auprès de lui, le menacer de livrer le pays en proie à ses troupes, s’il ne le satisfaisait, et il fut le seul des Juifs qui ne s’en effraya point, tant son amour pour l’argent le rendait insensible à tout le reste.
  • Joseph, fils de Tobie et d’une sœur d’Onias, qui, bien, que fort jeune, était si sage et si vertueux que tout le monde l’honorait dans Jérusalem, ayant appris de sa mère, dans le lieu de sa naissance nommé Phicola, qu’il était arrivé un homme de la part du roi pour le sujet dont nous avons parlé, alla aussitôt trouver Onias, son oncle, et lui dit qu’il était étrange qu’ayant été élevé par le peuple à l’honneur de la souveraine sacrificature, il fût si peu touché du bien public qu’il ne craignit point de mettre tous ses concitoyens dans un tel péril plutôt que de payer ce qu’il devait ; que si sa passion pour l’argent était si grande qu’elle lui fit mépriser l’intérêt de son pays, il devait au moins aller trouver le roi pour le supplier de lui remettre le tout ou une partie qu’il se souciait si peu de la grande sacrificature qu’il était prêt à y renoncer si cela se pouvait, plutôt que d’aller trouver le roi. Joseph le pria donc de lui permettre d’y aller de la part des habitants de Jérusalem, et n’ayant pas eu de peine à l’obtenir il fit assembler tout le peuple dans le Temple, où il leur représenta que la négligence de son oncle ne devait pas les jeter dans une si grande crainte, et qu’il s’offrait d’aller trouver le roi de leur part pour lui faire connaître qu’ils n’avaient rien fait qui lui put déplaire.

De ce passage qui initialise l’histoire des Tobiades dans l’œuvre de Flavius Josèphe, nous pouvons citer le commentaire suivant :

  • Nous[2] avons la chance de pouvoir suivre l’histoire d’une famille importante, les « Tobiades », tout au long de la confrontation entre les Lagides et les Séleucides. Flavius Josèphe en a retracé les péripéties. La communauté Juive était divisée en pro-lagides et en pro-séleucides. Pendant le règne de Ptolémée III, il semble qu’Onias II, grand prêtre de Jérusalem, ait refusé de payer le tribut de vingt talents, par opposition au pharaon. La rébellion sacerdotale intervient au moment où le pouvoir séleucide, pendant la « troisième guerre de Syrie », montre le bout de son nez dans la Ville sainte. Son attitude montre qu’il espérait un changement de pouvoir en Palestine Lagide, au profit du rival séleucide.

L’analyse de Pierre Lebeau est réaliste, toutefois Flavius Josèphe qui vivait sous la domination romaine après la guerre qui avait opposé Rome au peuple Juif ne pouvait prendre le risque de décrire la décision du grand prêtre comme une décision politique de résistance à l’occupant.

Il est plus simple, pour Flavius Josèphe qui a toujours espoir de resserrer les liens entre Romains et Juifs, de présenter aux Romains, le peuple Juif comme un peuple fidèle à ses engagements et de justifier l’attitude du grand prêtre comme celle d’une personne victime de son grand âge plutôt que comme un acte de résistance et d’insoumission.

Depuis que Nabuchodonosor a détruit le Temple, le peuple Juif a perdu sa souveraineté.

S’il a retrouvé sa terre, le peuple Juif vit en vassal d’un empire qui le domine. Mais si le peuple Juif est éternel, les empires dont il dépend ne le sont pas. Ainsi prêter allégeance à l’empire dominant du moment ou d’une génération, c’est automatiquement se mettre en port à faux par rapport à l’empire qui lui succédera.

Naviguer politiquement dans ces conditions ne peut être que dangereux pour un peuple soumis sans réelle puissance militaire, ainsi de nombreuses nations ont ainsi disparu pour ne pas avoir fait les bons choix aux bons moments. Toutefois, pour le peuple d’Israël, tous les empires qui l’ont dominé, s’ils ont pu obtenir sa soumission, n’ont jamais pu arriver à l’éliminer complètement. Les empires passent, et grâce à la protection divine, le peuple d’Israël traverse les âges.

C’est cette résistance surnaturelle du peuple d’Israël, que le début du psaume évoque :

Éternel, entre en lutte avec mes adversaires, combats ceux qui me font la guerre. Arme-Toi du bouclier et de l’écu, lève-Toi pour me secourir. Brandis Ta lance et ferme tout accès à mes persécuteurs, dis à mon âme : « Je suis ton sauveur » Qu’ils soient confus et honteux, ceux qui en veulent à ma vie ! Qu’ils lâchent pied et reculent, en rougissant ceux qui méditent mon malheur ! Qu’ils soient comme le chaume emporté par le vent, et que l’ange du Seigneur les pourchasse ! Que leur chemin soit sombre et glissant, et que l’ange du Seigneur soit à leurs trousses ! Car gratuitement ils m’ont dressé leur filet meurtrier, gratuitement ils m’ont creusé une fosse. Qu’une catastrophe fonde sur eux à l’improviste ; qu’ils soient pris dans le filet qu’ils ont dressé et précipités dans la ruine ! Alors mon âme se réjouira en l’Éternel, elle sera pleine d’allégresse à cause de Son secours. Tous mes membres diront : « Seigneur, qui est comme Toi ? » Tu défends le pauvre contre un plus fort que lui, le malheureux et l’indigent contre leur spoliateur.

En plus de la menace liée aux autres peuples, vient s’ajouter celle des anciens du peuple d’Israël qui ont cru prendre distance avec le destin commun du peuple Juif pendant cette longue nuit remplie d’amertume et de larmes.

Afin de bien montrer qu’ils n’ont plus rien à voir avec le peuple élu, leur acharnement envers le peuple Juif est souvent bien plus préjudiciable que les attaques des autres peuples.

Ainsi, pendant la génération qui nous intéresse, les Samaritains qui sont un mélange entre le reste des dix tribus d’Israël et les peuples importés par Sennachérib, en plus d’avoir construit un temple concurrent à celui de Jérusalem sur le mont Gazirim, s’en prennent durement au peuple d’Israël qu’il devrait pourtant considérer comme leur peuple frère.

Ainsi Flavius Josèphe nous indique :

  • En[3] ce même temps (correspond à la génération qui nous intéresse), les Samaritains, qui étaient alors fort puissants, firent de grands maux aux Juifs, tant par des ravages dans la campagne que parce qu’ils faisaient plusieurs prisonniers sur eux.

Pour le peuple de Jérusalem qui a pris le deuil lorsque le royaume d’Israël est tombé aux mains de Sennachérib, a bien plus de mal à supporter les attaques du peuple frère même si celles-ci sont moins meurtrières que celles des autres peuples.

C’est ce qui est exprimé dans la suite du psaume :

Des témoins pervers se lèvent : ils m’interrogent sur ce que j’ignore. Ils me récompensent en rendant le mal pour le bien : on veut me réduire à l’isolement. Tandis que moi, quand ils étaient malades, je portais un cilice comme vêtement, je mortifiais mon âme par le jeûne, et ma prière se renouvelait dans mon cœur ; comme s’il se fût agi d’un ami, d’un frère à moi, je vaguais çà et là ; comme si je fusse en deuil d’une mère, j’étais tristement courbé vers le sol. Et eux, ils se réjouissent en bande de ma chute ; des misérables s’attroupent contre moi à l’improviste, ils me déchirent sans relâche. En vrais hypocrites, en railleurs gloutons, ils grincent des dents contre moi.

Après avoir ouvert la parole divine aux autres peuples, la dépendance d’Israël qui se fait jour par rapport aux autres peuples amène la prière finale de David envers Dieu. En face de ses dangers, le seul salut ne peut provenir que de Dieu. David l’exprime alors que le danger ne fait que poindre à l’horizon, les lions de demain, ceux que nous avons déjà évoqués au psaume précédent ne sont toujours encore que des lionceaux. Mais le temps qui passe ne fait que consolider leur force et confirmer la force qu’ils déploieront plus tard contre Israël.

C’est cette prière de David que nous retrouvons à la fin du psaume :

Seigneur, combien de temps le verras-tu ? Protège mon âme contre leurs violences, mon bien le plus précieux contre les lionceaux. Je t’en rendrai grâce dans une grande assemblée, je T’en louerai au milieu d’un peuple nombreux. Qu’ils ne triomphent pas à mon sujet, ceux qui me haïssent sans motif! Qu’ils ne puissent me lancer des mauvais regards, ceux qui me détestent pour rien ! Car leurs paroles ne sont pas des paroles de paix ; contre les gens paisibles du pays ils trament des perfidies ; et contre moi ils ouvrent une large bouche, disant : « Ha ! Ha ! Nous l’avons vu de nos yeux ! » Toi aussi, Tu l’as vu, ô Éternel ! Ne garde pas le silence ; Seigneur, ne Te tiens pas éloigné de moi. Mets-Toi en mouvement, réveille-Toi, pour me rendre justice; mon Dieu et mon maître, défends ma cause. Juge-moi selon ton équité, Éternel, mon Dieu ; qu’ils ne puissent se gausser de moi ! Qu’ils ne disent point en leur cœur : « Ha ! Tel était notre souhait ! » Qu’ils ne disent pas : « Nous l’avons ruiné ! » Qu’ils soient confus et couverts de honte, tous ensemble, ceux qui se réjouissent de mon malheur ; qu’ils soient vêtus d’opprobre et d’infamie, ceux qui font les fiers contre moi ! Mais puissent-ils jubiler et se réjouir, ceux qui souhaitant mon salut ! Qu’ils redisent sans cesse : « Grand est l’Éternel, qui veut la paix de son serviteur ! » Quant à moi, ma langue proclamera la justice ; tout le long du jour, Tes louanges.

 

 

 

[1] Flavius Josèphe/Antiquités Juives/Livre douzième/fin du chapitre 3 et début du chapitre 4.

[2] Richard Lebeau/Une histoire des Hébreux/Chapitre : Israël face à l’hellénisme.

[3] Flavius Josèphe/Antiquités Juives/Livre douzième/fin du chapitre 3