-270 à -251, psaume 34 : Ouverture aux nations.

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Pour ce psaume, et donc pour cette génération, il faut tout d’abord s’intéresser au titre qui diffère des titres habituels des psaumes.

Ce titre fait référence à un épisode particulier de la vie de David, celui qui a précédé sa fuite et son refuge dans la grotte d’Adoulam, lorsqu’il simule la folie auprès d’un roi Philistin afin d’être épargné. Avant cet événement, David s’était présenté aux prêtres de Nob et leur avait réclamé du pain :

  • Il [1](David qui fuit Saül) se mit en route et partit, tandis que Jonathan retourna à la ville. David arriva à Nob, chez le prêtre Ahimelec. Celui-ci courut à sa rencontre et lui dit : « D’où vient que tu es seul et que personne ne t’accompagne ? » « Le roi (Saül), lui répondit David, m’a donné une mission et m’a dit : Que personne ne sache rien de la mission et de l’ordre que je te donne. Quant aux serviteurs, je leur ai donné rendez-vous à cette place. Et maintenant, ce que tu as sous la main, donne-le moi, – cinq pains, ou n’importe quoi. » Le prêtre dit à David : « Je n’ai pas de pain ordinaire sous la main, seulement du pain consacré, pourvu que tes serviteurs se soient tenus éloignés des femmes (en raison des règles de pureté). »

De fait de la nourriture sacrée avait été ainsi utilisée à des fins profanes. Sur cet événement, les prêtres furent décimés par Saül, le seul prêtre survivant dû se réfugier dans la grotte d’Adoulam auprès de David. Le peuple d’Israël avait été désigné comme nation de prêtre vis-à-vis du monde, il avait reçu pour cela la Torah sur le mont Sinaï qui jusqu’à présent était le bien exclusif du peuple d’Israël et le moyen pour celui-ci de vénérer son Dieu, le Dieu de l’humanité.

Les prêtres de Nob qui avaient l’exclusivité des offrandes à Dieu sur l’autel au nom de l’ensemble du peuple d’Israël, ont offert à ce peuple les offrandes qui leur étaient réservées, rendant ainsi profane ce qui était sacré.

De même, le peuple d’Israël vient de donner, à travers la septante, à l’ensemble des peuples du monde, ce qui était son bien propre, rendant ainsi profane ce qui était sacré. Les prêtres de Nob ont contribué, dans la désacralisation de leurs offrandes, à leur propre péril. De même le peuple Juif en ouvrant au monde le texte sacré de la Torah, se met également dans une situation de péril imminente.

Car de même que Saül et ses troupes peuvent penser que les prêtres ne sont plus d’aucune utilité ou tout du moins qu’ils ont perdu leur caractère sacré, si leurs offrandes sont accessibles à l’ensemble du peuple d’Israël, les peuples du monde peuvent également penser que le peuple Juif n’est plus d’aucune utilité si les textes sacrés sont accessibles à chacun.

Ainsi, jusqu’à présent, le peuple Juif était un peuple comme les autres avec son Dieu et son Temple. Les autres peuples pouvaient combattre le peuple d’Israël, mais à aucun moment, ils n’avaient essayé de lui ravir sa place auprès de Dieu, la notion de peuple élu n’était jusqu’ici insupportable à aucun peuple.

Les nations soit respectaient les croyances du peuple d’Israël, soit se contentaient de leurs propres croyances païennes. Si l’apparition de la septante permettra à tous les peuples de la terre de reconnaître leur créateur, elle va dans le même temps faire naître un nouvel écueil pour le peuple Juif : l’antisémitisme.

Celui non pas dû à une rivalité classique des autres peuples envers le peuple d’Israël, mais dû au fait que les peuples remettent en cause et combattent la notion de peuple élu pour essayer de s’adresser à Dieu sans intermédiaire de même que Saül a essayé d’éliminer les prêtres afin peut-être de se rapprocher de Dieu.

C’est justement cet événement des prêtres de Nob, que les Évangiles utilisent pour que les chrétiens, nouveaux adeptes du Dieu du peuple d’Israël, prennent leur distance avec les lois défendues par les Juifs :

  • En ce temps-là[2], un jour de Sabbat, Jésus vint à passer à travers des champs de blé. Ses disciples eurent faim et se mirent à arracher des épis et à les manger. Voyant cela, les Pharisiens lui dirent : « Vois tes disciples qui font ce qu’il n’est pas permis de faire pendant le Sabbat. » Il leur répondit : « N’avez-vous pas lu ce qui fit David et ses compagnons, comment il est entré dans la maison de Dieu et comment ils ont mangé les pains de l’offrande, que ni lui ni ses compagnons n’avaient le droit de manger, mais seulement les prêtres ? »

Ainsi, les nouvelles religions issues du Monothéisme Juif, le Christianisme et l’Islam, s’acharneront au fil des générations à essayer de détruire le peuple Juif dans l’espoir de mieux affirmer leur croyance et ainsi leur place auprès de Dieu.

A l’instar des prêtres de Nob, le peuple Juif souffrira dans sa chair tout au long des générations pendant lesquelles il cohabitera avec les défenseurs des religions nouvelles. Comme les prêtres de Nob, le peuple Juif manquera à plusieurs reprises de disparaître, mais grâce à sa foi, il subsistera toujours un reste de ce peuple afin qu’il soit encore là à la fin des temps.

C’est cette foi inébranlable qu’évoque David dans le début du psaume :

Je bénirai l’Éternel en tout temps, constamment j’aurai ses louanges à la bouche. Mon âme trouve sa gloire en l’Éternel : que les humbles l’entendent et se réjouissent ! Exaltez le Seigneur avec moi, ensemble célébrons son nom. J’ai cherché l’Éternel, il m’a exaucé ; il m’a délivré de toutes mes terreurs. Ceux qui tournent leurs regards vers lui sont rassérénés, leur visage ne rougit pas de honte.

De même que David s’est réfugié auprès de Dieu lorsqu’il était poursuivi par Saül suite à l’événement des prêtres de Nob, les Juifs dans leurs longues pérégrinations jusqu’à la rédemption finale échapperont à leurs ennemis grâce au refuge auprès de Dieu.

Si Dieu ne pourra leur éviter leur sort sur terre, leur âme trouvera refuge auprès de Dieu qui la protégera des attaques terrestres.

C’est ce qu’exprime la suite du psaume :

Voici un malheureux qui implore, et l’Éternel l’entend ; il le protège contre toutes les souffrances. Un ange du Seigneur est posté près de ceux qui le craignent, et les fait échapper au danger. Sentez et voyez que l’Éternel est bon : heureux l’homme qui s’abrite en lui ! Révérez l’Éternel, vous ses saints, car rien ne fait défaut à ses adorateurs.

Dans la génération qui nous intéresse, soit celle qui correspond à la deuxième partie du règne de Ptolémée Philadelphe, le temps n’est pas encore à la méfiance et le peuple Juif a plutôt tendance à considérer comme une bonne chose la traduction en grec de la Bible.

Les Juifs grecs eux-mêmes qui pour la plupart, ne connaissant ni l’hébreu ni l’araméen peuvent ainsi accéder au livre sacré dans leur langue naturelle. Les autres peuples, et surtout les Grecs, peuple dominant du moment, peuvent accéder à la sagesse qu’ils considèrent comme universelle incluse dans le message divin de la Bible.

L’existence de la Septante quelques siècles avant l’écriture des évangiles vient conforter les premiers chrétiens de la véracité de ces dernières. Les Évangiles en effet citent des événements qui illustrent les diverses prédictions de l’ancien Testament (dans son ensemble).

Un esprit critique pourrait supposer que certains passages des évangiles ont été écrits avec la volonté de se conformer à ses prédictions, cela n’était évidemment pas concevable pour les premiers chrétiens qui considéraient les Évangiles comme non contestables (vraies comme paroles d’Évangiles…).

Cela poussera les premiers théoriciens du christianisme à ne plus considérer l’élection du peuple d’Israël comme éternelle, et à déclarer le peuple Juif comme déchu de Dieu avec toutes les conséquences que nous connaissons sur la cohabitation entre Juifs et Chrétiens.

L’Islam ne sera pas en reste, et subtilement se servira de Jésus comme arme contre les Juifs et les Chrétiens. Les Juifs parce qu’ils ne reconnaissent pas le caractère prophétique de Jésus, les Chrétiens parce qu’ils divinisent Jésus qui malgré son statut de prophète dans l’Islam, reste un homme.

Nous sommes encore dans la première garde de la nuit, celle correspondant aux malédictions du Lévitique comme nous l’avons déjà évoqué à partir de la citation suivante :

  • Rabbi[4] Eliezer affirme : la nuit comprend trois gardes, et, à chacune d’elles, le Saint Béni Soit Il siège et rugit comme un lion, ainsi qu’il est dit : « L’Éternel rugit d’en haut et donne de la voix depuis sa demeure sainte, il rugit, il rugit en son domaine».

Bien que dans une période propice, la rédaction des Septante prépare le terrain aux affrontements futurs entre le peuple d’Israël et les Romains puis envers le Christianisme et l’Islam. Soit ce qui se passera après la destruction du second Temple, dans les gardes suivantes, celles correspondants aux deux derniers rugissements évoqués par Jérémie, ceux correspondant aux malédictions du Deutéronome.

Les ennemis de demain, en regard aux rugissements évoqués, ne sont encore que des lionceaux. Malgré la menace qu’ils représentent pour l’avenir des Juifs, le seul secours pouvant être obtenu est celui provenant de Dieu en s’obstinant à agir conformément à la loi divine.

C’est ce qu’évoque la suite du psaume :

Les lionceaux sont dépourvus et affamés, mais ceux qui recherchent l’Éternel ne manquent d’aucun bien. Venez, enfants, écoutez-moi : Je vous enseignerai la crainte de l’Éternel. Quel est l’homme qui souhaite la vie, qui aime de longs jours pour goûter le bonheur ? Préserve la langue du mal, et tes lèvres des discours perfides, éloigne-toi du mal et fais le bien, recherche la paix et la poursuis.

(la fin du psaume n’est pas commentée ici car elle nécessite des éléments complémentaires non présentés sur ce site)

 

[1] I SAMUEL, Chapitre 21, versets 1 à 5

[2] ÉVANGILE selon Matthieu Chapitre 12 versets 1 à 4 et également ÉVANGILE selon Marc Chapitre 2 versets 23 à 26 ainsi que ÉVANGILE selon Luc Chapitre 6 versets 1 à  4

[3] I SAMUEL Chapitre 22, versets 1 et 2

[4] TALMUD, BERAKHOT 1, 3a qui inclut une citation de JEREMIE Chapitre 25, verset 30