-290 à -271, psaume 33 : La Septante.

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Cette génération voit Ptolémée II Philadelphe devenir roi d’Égypte. Jérusalem qui fait partie de l’empire des Lagides sera dans la dépendance de ce roi pendant deux générations puisque Ptolémée II Philadelphe règne de -282 à -246.

Pendant son règne, les Juifs vont vivre une des périodes les plus calmes de leur histoire. Les Lagides apporter au monde une ouverture culturelle sans précédent qui ouvre la voie aux civilisations modernes.

Ptoleme2_Vincenzo_Camuccini_1813À côté du Musée, avait été créée déjà sous Ptolémée I Sôter, la bibliothèque d’Alexandrie. Les Ptolémées étaient avides de remplir cette bibliothèque de tous les livres possibles et de toutes cultures.

C’est dans cette logique d’universalisme, que naturellement le pouvoir Lagide cherche à enrichir la bibliothèque des livres du peuple Juif, comme il l’a enrichi avec les livres de tous les peuples impliqués dans le monde ouvert par Alexandre comme le peuple Égyptien ou le peuple Indien. Toutefois, seule la langue grecque peut-être utilisée, car la seule pratiquée par les maîtres de l’Empire Lagide.

La traduction en grecque de la Bible juive est annoncée dans « La Lettre d’Aristée » comme suit:

  • Le roi[1] Ptolémée (II Philadelphe) au Grand prêtre Eléazar, salut et santé. Étant donné qu’un nombre assez considérable de Juifs habitent sur notre territoire, expulsés de Jérusalem par les Perses au temps de leur domination, qu’ensuite, il en est encore arrivé en Égypte avec mon père, comme prisonniers de guerre, il en place beaucoup dans l’armée, avec la haute solde ; pareillement, comme il connaissait la fidélité de ceux qui se trouvaient déjà auparavant dans le pays, il établit des garnisons et les leur confia, pour tenir par eux en respect la population égyptienne. Quant à nous qui lui succédons, nous faisons les plus amicales avances à tous, mais spécialement à tes compatriotes, nous en avons rendu à la liberté plus de cent mille, qui étaient prisonniers de guerre, en versant à leur maître une juste indemnité (cet épisode est détaillé en amont dans la lettre) pécuniaire, en nous appliquant à réparer tous les dommages qui ont pu venir des passions populaires, conscient de faire là œuvre sainte, avec consécration d’une offrande au Dieu très grand, qui nous a conservé notre royaume en paix avec la plus grande gloire dans le monde entier. C’est ainsi que nous avons placé dans les rangs de l’armée ceux qui sont dans la fleur de l’âge, quand à ceux qui présentaient des aptitudes même pour notre service personnel et méritaient qu’on leur confiât une charge à la Cour, nous les avons placés à la tête de certains services. Désireux de leur être agréable, ainsi qu’à tous les Juifs de la terre et à leurs descendants, nous avons décidé de faire traduire votre loi de ce que vous appelez le texte en hébreux en langue grecque, pour avoir ces livres-là aussi dans notre bibliothèque, avec les autres livres du Roi. Dans ces conditions, tu ferais bien et tu répondrais à notre sollicitude, en choisissant des hommes d’une vie exemplaire, des Anciens versés dans la connaissance de leur Loi, capables d’en faire une traduction, six de chaque tribu, pour trouver un texte qui représente l’accord de la majorité, vu l’importance de la recherche. Aussi bien pensons-nous qu’une fois accompli, ce travail nous fera grand honneur.

C’est ainsi qu’allait naître la traduction grecque de la Bible Juive ou tout du moins dans un premier temps des premiers livres du Pentateuque. Du fait du nombre des traducteurs, 70, cette version sera appelée la Septante.

La Septante sera de première importance pour l’étude des textes sacrés auprès des populations Juives en Diaspora qui ne s’expriment qu’en grec et qui donc ne pouvaient pas étudier les textes sacrés dans la version hébraïque originale. Elle sera évidemment également un vecteur important du Monothéisme auprès des populations non juives. Ces deux types de population ne pourront être que reconnaissants aux efforts de Ptolémée II pour obtenir cette version grecque de la Bible, comme l’exprime Philon d’Alexandrie.

Cet apport à l’humanité que représentent la traduction et la diffusion de la Bible en grec, c’est ce qu’exprime le début du psaume :

Entonnez, justes, des chants en l’honneur de l’Éternel : aux hommes droits il sied de louer Dieu ! Rendez hommage à l’Éternel avec la harpe, célébrez-le par le luth à dix cordes. Chantez-lui un cantique nouveau, faites résonnez avec art vos instruments avec vos acclamations. Car droite est la parole de l’Éternel, toute son œuvre est marquée de loyauté. Il aime la justice et le bon droit ; la terre est remplie de la bonté de l’Éternel.

Car, cette traduction allait permettre au monde, Juif et non Juif, de prendre connaissance de l’histoire de la création du monde et d’appréhender ainsi l’unicité du créateur de ce monde, ouvrant ainsi la porte à la diffusion universelle du monothéisme.

C’est cette réaffirmation du récit de la création que reprend la suite du psaume :

Par la parole de l’Éternel les cieux se sont formés, par le souffle de sa bouche, toutes leurs milices. Il amoncelle comme une digue les eaux de la mer, Il renferme dans des réservoirs les flots profonds. Que toute la terre craigne l’Éternel ! Que tous les habitants du globe tremblent devant Lui ! Car Il a parlé, et tout naquit ; Il a ordonné, et tout fut là.

Le peuple Juif soumis à l’empire des Lagides, soumis au monde grec, dépourvu de puissance militaire, par la diffusion de la parole divine, impose au monde les valeurs liées au Monothéisme Juif à travers l’ensemble de l’empire grec.

Cette nouvelle victoire sur le plan des idées de David sur Goliath (du petit sur le grand au niveau puissance militaire) est exprimée dans la fin du psaume :

L’Éternel renverse les projets des peuples, il fait échouer les desseins des nations. Mais les décrets de l’Éternel subsistent à jamais, les résolutions de Son cœur, de siècle en siècle. Heureux le peuple qui reconnaît l’Éternel comme Dieu, la nation qu’Il s’est choisi comme Son héritage ! Du haut des cieux, l’Éternel promène Ses regards ; Il voit tous les fils de l’homme. De la résidence qu’Il s’est réservée, Il dirige son attention sur tous les habitants de la terre. Il a formé leur cœur à tous, et Il observe tous leurs actes. Ce n’est pas avec une puissante armée que le roi emporte la victoire ; ce n’est pas à sa grande force que le héros doit son salut. Le coursier est d’un vain secours pour triompher, et sa grande vigueur.

 

 

[1]  « La lettre d’Aristée à Philocrate » suivant la traduction d’André Pelletier (Éditions du Cerf). Versets 35 à 39.