-310 à -291, psaume 32 : Les Lagides.

acces-psaume-fotolia_102515739_subscription_monthly_mhelp-bouton-fotolia_61356253_subscription_monthly_mButton aus zwei Puzzlestücken zeigt E-Mail KontaktButtonsButtonsStich, Abbildung, gravure, engraving : 1881

La mort d’Alexandre le Grand en -323 ne lui a pas permis de consolider son empire. Ses généraux se partagent l’empire : Ptolémée, Séleucos et Antigonos.

Séleucos fonde l’empire Séleucide qui comprend notamment la Perse et la Mésopotamie. Cette dynastie produira dans quelques générations Antiochos Épiphane qui croisera à Stich, Abbildung, gravure, engraving : 1881nouveau la destinée du peuple Juif. Le fondateur de la dynastie, Séleucos 1er Nicator (-358/-281) fondera, à l’instar d’Alexandre le Grand soixante-dix cités dont seize porteront le nom d’Antioche en mémoire de son père.

Antigonos, malgré des prétentions plus vastes devra se contenter de la partie occidentale de l’empire, principalement la Grèce.

Ptolémée, fils de Lagos héritera principalement de l’Égypte et formera ainsi l’empire des Lagides, du nom de son père Lagos.

La formation des trois empires ne sera pas spontanée : avant de se figer de nombreuses intrigues et conflits eurent lieu. La consolidation de ces empires se fait et se termine pendant la génération qui nous intéresse.

C’est ainsi que Ptolémée annexe Jérusalem à son empire en -302. Jérusalem perdait ainsi sa souveraineté, mais celle-ci était illusoire car Jérusalem avant l’arrivée des Grecs était sous la dépendance des Perses.

À la naissance de l’empire grec, Jérusalem avait peu de chance de retrouver son indépendance au sein des grands empires qui se construisaient. En tombant sous le joug des Lagides, Jérusalem préservait une certaine autonomie et liberté religieuse :

  • Un Juif[1] qui deviendrait citoyen d’une cité grecque au sens classique prendrait des risques graves, en s’engageant à partager avec ses nouveaux compatriotes les devoirs politiques et religieux inhérents au statut de citoyen. À Sparte, il devrait participer, avec les autres « Semblables », aux syssitia, repas en commun des guerriers lacédémoniens, pas très casher ; à Athènes, il ne pourrait se soustraire au culte d’Athéna, peu recommandable pour un bon Israélite. En revanche, aucun danger de ce genre ne guette le Juif qui fait partie de la communauté des Hellènes dans l’Égypte ptolémaïque. Il reste Juif par sa religion, tout en étant grec par sa langue, sa culture, sa condition sociale. Si son voisin grec vénère Sarapis, divinité alexandrine par excellence, pourquoi empêcherait-on le Juif d’aller à la synagogue et de louer dans ses prières son Dieu à lui, invisible et anonyme ? Il est Ioudaios (Juif), comme son voisin est Athénaios (Athénien) ou Makedôn (Macédonien). Cette qualité, qui affirme son appartenance au peuple Juif, garantit en même temps, par rapport à l’Égypte et aux Égyptiens, sa participation à la minorité des conquérants hellénophones.

Si Flavius Josèphe dresse un bilan négatif de cette invasion par les Lagides, cela est uniquement au titre de l’identité nationale et non au niveau du religieux :

  • Ainsi[2] étant maître de la ville (Jérusalem), il (Ptolémée Ier Sôter) la traita cruellement. Agatarchide, Cnidien, qui a écrit l’histoire des successeurs d’Alexandre, nous (les Juifs) reproche sur cela notre superstition, disant qu’elle nous a fait perdre notre liberté. « Un peuple, dit-il, qui porte le nom de Juifs et qui habite une grande et forte ville nommée Jérusalem, n’ayant pas voulu par une folle superstition prendre les armes, a souffert que Ptolémée s’en soit rendu maître, et un rude maître. » Ce prince tira plusieurs habitants des montagnes de la Judée ; des environs de Jérusalem, de Samarie et de la montagne de Garizim pour les envoyer en Égypte : et comme la réponse qu’il savait que les Juifs avaient faite à Alexandre après qu’il eut vaincu Darius lui avait appris qu’ils observaient très religieusement leurs serments, il leur confia la garde de diverses places, leur donna droit de bourgeoisie dans Alexandrie comme aux Macédoniens, et les obligea par serment à lui être fidèles et à sa postérité. Plusieurs autres Juifs allèrent de leur bon gré s’établir en Égypte, où étaient attirés par la fertilité du pays et par l’affection que Ptolémée témoignait à ceux de leur nation.

Ce dernier commentaire de Flavius Josèphe confirme que la rencontre des Juifs et de Lagide se fit en bonne intelligence même si ce dernier ne trouve pas d’argument contre les railleries de ceux qui considèrent que la stricte observation des commandements divins a joué en défaveur des Juifs.

Dans le cas présent, le résultat n’est pas réellement en défaveur des Juifs, car en plus de ne pas subir un joug si défavorable (les commentaires sur la dureté de l’envahisseur sont certainement plus justifiés pour les futures générations), les déportations effectuées par les Lagides (de gré ou de force) sont le premier réel ferment de la diaspora juive qui se révélera largement nécessaire lorsqu’Israël subira dans quelques siècles les déboires de l’occupation romaine.

C’est cette situation ambiguë que le psaume décrit :

Heureux celui dont les fautes sont remises, dont les péchés sont couverts par le pardon ! Heureux l’homme à qui l’Éternel n’impute pas d’iniquité, et qui n’a point d’astuce dans l’esprit !

La période de cohabitation des Juifs avec les Lagides sera globalement profitable, lorsque les Juifs seront confrontés aux Séleucides, ils seront redevenus un peuple à part entière même sans retrouver leur indépendance. Dieu a ainsi tourné la page sur l’idolâtrie des premières générations de la nuit. Le peuple Juif est redevenu complètement fidèle à son Dieu même si le respect strict de la loi divine (le respect du Shabbat) le mène à la domination Lagide. Mais ce respect de la loi de Dieu sans calcul (sans « astuce ») garantit le bonheur de son peuple.

Tant que je gardais le silence, mes membres dépérissaient par mes plaintes tout le long de la journée. C’est que jour et nuit ta main pesait sur moi : ma sève s’altérait comme aux feux de l’été. Sélah ! Maintenant je te fais l’aveu de mon péché, et je ne dissimule pas mon iniquité. J’ai dit : « Je confesserai mes transgressions au Seigneur, » et toi, tu fais disparaître la gravité de ma faute.

Pendant les longues générations où le peuple Juif s’était tenu écarté de son Dieu (période de « silence »), les souffrances se sont succédé jusqu’à que le peuple de Dieu soit quasiment exterminé. Le long cheminement depuis le retour de Babylone a ramené le peuple Juif à la fidélité envers son Dieu, ce qui a entraîné le pardon des fautes anciennes par celui-ci.

Sélah ! C’est pourquoi tout homme pieux doit t’implorer à l’heure qui est propice, ne serait-ce que pour la violence des grandes eaux ne viennent pas l’atteindre. C’est toi qui es mon abri ! Tu me protèges contre l’adversité, Tu m’environnes de chants de délivrance. Sélah ! « Je te donnerai la sagesse, Je te guiderai dans la voie que tu dois suivre ; J’aurai les yeux fixés sur toi. » Ne soyez pas comme le cheval, comme le mulet, auxquels manque l’intelligence, qu’il faut retenir par les rênes et le mors, – leur parure qu’ils rongent – pour qu’ils ne s’approchent pas de toi. Nombreux sont les maux qui menacent le méchant ; mais quiconque a confiance en l’Éternel se trouve environné de sa grâce. Réjouissez-vous en l’Éternel, soyez dans l’allégresse, ô justes, entonnez des chants de triomphe, vous tous, cœurs droits!

Malgré le résultat peu flatteur (la domination Lagide sans combat) que le peuple juif engrange pour sa fidélité envers Dieu et qui entraîne les railleries des autres peuples comme le rappelle Flavius Josèphe, c’est le peuple Juif qui sera le vainqueur final. Les autres peuples auront tous leurs heures de gloire passagères jusqu’à qu’eux-mêmes soient submergés à leur tour par l’apogée d’un autre peuple. Le peuple Juif qui fait fi des pouvoirs terrestres sait que Dieu finira par se rappeler de lui alors que les autres peuples devront payer pour leurs actions négatives envers le peuple saint.

 

[1] J Mélèze Modrzejewski, Les Juifs d’Égypte de Ramsès II à Hadrien, Chapitre : Le Zénith : L’Égypte des Lagides.

[2] Flavius Josèphe/Antiquités Juives/Livre Douzième/Chapitre 1 (suite de la citation précédente)