-350 à -331, psaume 30 : Alexandre.

acces-psaume-fotolia_102515739_subscription_monthly_mhelp-bouton-fotolia_61356253_subscription_monthly_mButton aus zwei Puzzlestücken zeigt E-Mail KontaktButtonsButtonsalexandre compositionAvant de s’attarder sur le psaume proprement dit, il faut tout d’abord s’intéresser à son introduction. En effet, depuis Ezra, on peut considérer que le Temple de Jérusalem fonctionne à nouveau de façon normale. Pourquoi alors parler de dédicace ou d’inauguration pour la génération qui nous intéresse ?

Pour cela il faut s’intéresser aux événements majeurs qui interviennent pour cette génération. En effet cette génération voit la confrontation entre les Juifs de Jérusalem et Alexandre le Grand, représentant du monde occidental auquel n’a pas encore été confronté le peuple juif.

Monde occidental souvent assimilé à Esaü qui sera fatal au royaume d’Israël naissant, puisque les romains successeurs des Grecs détruiront le deuxième Temple et entraîneront un nouvel exil du peuple Juif qui durera cette fois bien plus que soixante-dix ans.

En ce qui concerne notre génération, la confrontation avec Alexandre finalement se déroule mieux que prévu en tout cas sans la destruction redoutée.

Un premier événement est raconté par Flavius Josèphe. Il le situe à la même époque que la mort[1] de Philippe de Macédoine (Philippe de Macédoine est assassiné en -336) :

  • Après[2] la mort d’Eliasib, grand sacrificateur, Judas, son fils lui succéda. Et Judas étant mort, Jean, son fils lui succéda, et fut cause que Bagose, général de l’armée d’Artaxerxés, profana le Temple et imposa aux juifs un tribut de cinquante drachmes payable aux dépens du public pour chaque agneau qu’ils offriraient en sacrifice ; ce qui arriva par la cause que je (c’est Flavius Josèphe qui s’exprime) vais dire. Bagose aimait fort Jésus, frère de Jean, et lui avait promis de lui faire obtenir la charge de grand sacrificateur. Un jour que les deux frères étaient dans le Temple, ils entrèrent sur ce sujet dans une telle contestation que Jean, transporté de colère, tua son frère dans ce lieu saint, et commit ainsi un crime si abominable qu’il n’y a point d’exemple d’une semblable impiété ni parmi les Grecs, ni parmi les peuples même les plus barbares. Dieu ne laissa pas ce sacrilège impuni ; il fut cause que les Juifs perdirent leur liberté, et que le Temple fut profané par les Perses ; car aussitôt que Bagose, en eut avis, il vint en criant avec fureur : « Quoi ! Misérables que vous êtes, vous n’avez point craint de commettre dans votre propre Temple un crime si épouvantable. » Il voulut ensuite y entrer, et sur ce qu’on se mettait en devoir de l’en empêcher, il dit d’une voix encore plus forte : « Me croyez-vous donc plus impur que ce corps mort que je vois ici étendu ? » En achevant ces paroles, il entra dans le Temple, et se servit de cette occasion pour persécuter les Juifs pendant sept ans.

Eliasib correspond vraisemblablement à Elyachib que l’on trouve dans le livre d’Ezra[3]. Par contre le fils Johanan correspond plus vraisemblablement à Jean (Jean est la véritable correspondance grecque de Johanan) le petit-fils de Eliasib qu’à Judas son fils. De vingt à quarante années séparent la génération d’Ezra à celle qui nous intéresse. La probabilité, qu’Elyachib soit le père de Johanan à celle qu’il soit le grand-père, est égale mais ne change rien à l’événement qui nous intéresse.

D’autre part dans Néhémie, la filiation d’Elyachib est indiquée.

Rappelons que le livre de Néhémie n’est vraisemblablement pas limité à l’épisode proprement dit de Néhémie, puisque Ezra y est cité alors qu’il n’a vraisemblablement pas vécu à la même époque que Néhémie, d’autre part la filiation que nous citons s’inscrit sur plusieurs générations et est donc définie bien postérieurement à l’époque même de Néhémie.

La profanation du Temple par le meurtre perpétré et l’intrusion de Bagose ont vraisemblablement interrompu le service normal du Temple. Celui-ci a vraisemblablement pu reprendre après les sept années mentionnées par Flavius Josèphe sous la direction de Jaddus le fils de Jean qui lui succède comme grand sacrificateur (grand prêtre). Nous retrouvons ce même Jaddus dans une nouvelle confrontation avec les Perses là encore justifiée par des tensions internes dans le peuple Juif de Jérusalem.

Ces relations tumultueuses de Jérusalem avec la Perse, son ancien protecteur se détériorent.

Alexandre_le_Grand,_vainqueur_de_Darius_à_la_bataille_d'ArbellesLe temps de Cyrus comparé au Messie est maintenant bien loin. Le déclin de l’empire Perse est annoncé. Dans le même temps, Alexandre Le Grand, le successeur de Philippe de Macédoine inflige une première défaite aux Perses.

C’est alors que Sanabaleth le Perse entreprend de faire établir en Samarie un temple concurrent au Temple de Jérusalem où Manassé son gendre doit devenir le Grand Prêtre en compensation de la perte de la prêtrise à Jérusalem.

Alors que le pouvoir Perse s’immisce de façon dangereuse dans les affaires de Jérusalem, la menace grecque se confirme. Les troupes Grecques après avoir vaincu les Perses continuent leur offensive et se rapprochent de la Judée.

Dessin_Siège_de_Tyr_(-332)Ainsi Alexandre vainquit Tyr (en – 332), et naturellement, conformément à la promesse qu’il leur avait faite au préalable, le pire attendait les Juifs de Jérusalem.

Comme pour Thèbes elle aussi vaincue plus tôt et Gaza qui sera vaincue quelques mois après Tyr, Alexandre n’est pas clément avec les vaincus. La ville est rasée, les populations sont massacrées ou réduites en esclavage. C’est visiblement le sort auquel peut s’attendre Jérusalem.

C’est pourquoi les Juifs de Jérusalem s’en remettent à Dieu.

1024px-Alexander_the_Great_in_the_Temple_of_JerusalemCes prières ne sont pas vaines, car le désastre annoncé n’eut pas lieu :

  • Dieu lui (Jaddus) apparut en songe la nuit suivante, et lui dit de faire répandre des fleurs dans la ville, de faire ouvrir toutes les portes et d’aller revêtu de ses habits pontificaux avec tous les sacrificateurs aussi revêtus des leurs et tous les autres vêtus de blanc au-devant d’Alexandre, sans rien appréhender de ce prince, parce qu’il les protégerait. Jaddus fit savoir avec grande joie à tout le peuple la révélation qu’il avait eue ; et tous se préparèrent à attendre en cet état la venue du roi. Lorsqu’on sut qu’il était proche, le grand sacrificateur accompagné des autres sacrificateurs et de tout le peuple, alla au-devant de lui dans cette grande pompe, si sainte et si différente des autres nations, jusqu’au lieu nommé Sopha, qui signifie en grec Guérite, parce que l’on peut de là voir la ville de Jérusalem et le Temple. Les Phéniciens et les Chaldéens qui étaient dans l’armée d’Alexandre ne doutaient point que, dans la colère où il était contre les Juifs, il ne leur permit de saccager Jérusalem et qu’il ne fit une punition exemplaire du grand Sacrificateur. Mais il arriva tout le contraire : car ce prince n’eut pas plus tôt aperçu cette grande multitude d’hommes vêtus de blanc, cette troupe de sacrificateurs vêtus de lin, tiare sur la tête ; avec une lame d’or sur laquelle le nom de Dieu était écrit, qu’il s’approcha seul de lui, adora ce Nom si auguste et salua le grand sacrificateur que nul autre n’avait encore salué. Alors les Juifs s’assemblèrent autour d’Alexandre, et élevèrent leur voix pour lui souhaiter toutes sortes de prospérités.

Par la suite, Flavius Josèphe explique qu’Alexandre avait vu auparavant dans un songe, Dieu s’adresser à lui pour lui promettre la victoire dans le même habit que celui des prêtres. Par suite, Alexandre fait offrir des sacrifices au Temple. Ces récits de Flavius Josèphe concernant la venue « miraculeuse » d’Alexandre à Jérusalem sont mis en doute par certains historiens.

Castaigne_Siege_of_GazaToutefois le caractère miraculeux de la préservation de Jérusalem, sous le giron Perse, vis-à-vis de la menace grecque est bien réel: Jérusalem n’a pas suivi le sort de Tyr et Gaza.

Ainsi, après bien des péripéties dues à l’assassinat fratricide à l’intérieur du Temple et à la position pour le moins ambiguë du pouvoir Perse à l’égard des Juifs de Jérusalem, l’arrivée d’Alexandre promet un renouveau de Jérusalem et du culte du Temple, comme s’il était inauguré une nouvelle fois ce qui justifie le titre du psaume de cette génération : « Cantique de la dédicace du Temple».

Le début du psaume de cette génération illustre bien les événements liés à la percée d’Alexandre :

Je t’exalterai, Seigneur, car tu m’as révélé ; tu n’as point réjoui mes ennemis à mes dépens.

Les alliés des Perses n’eurent pas gain de cause. Alexandre, et surtout les différents peuples qui constituaient ses armées n’ont pas mis à sac Jérusalem.

Éternel, mon Dieu, je T’ai invoqué, et Tu m’as guéri : Seigneur, Tu as fait remonter mon âme du Cheol, Tu m’as permis de vivre, de ne pas descendre au tombeau.

Face à l’arrivée d’Alexandre, Jérusalem aurait dû comme Tyr ou Gaza être rayé de la carte et sa population aurait définitivement péri. Cela aurait été la fin de la descendance de David comparable à sa descente aux enfers (le Cheol).

Chantez l’Éternel, vous ses fidèles, rendez grâce à son saint nom ; car sa colère ne dure qu’un instant, mais sa bienveillance est pour la vie ; le soir domine les pleurs, le matin, c’est l’allégresse.

Le crime fratricide n’aura eu que des effets limités, car au bout de sept ans la domination Perse qui a suivi s’est arrêtée, sept ans par rapport à la durée de la nuit ce n’est en effet qu’un instant. Toutefois, David continue d’évoquer la nuit que continuent à parcourir les générations d’Israël avant enfin de pouvoir atteindre l’aurore, la résurrection finale marquant la fin des malédictions que doit subir le peuple d’Israël. Cela est d’autant plus important à cette génération ou Esaü (les Grecs puis l’occident) entre en scène.

J’avais dit en ma quiétude : « Jamais je ne chancellerai ». Seigneur, dans Ta bonté, Tu avais puissamment fortifié ma montagne. Mais Tu as caché ta face : j’ai été consterné !

La supplique de David envers l’Éternel, évoque les quelques années sous domination Perse pendant lesquelles, le Temple n’était pas « habité » faute d’offrandes légales. Période qui a en même temps vu poindre le danger que représente Alexandre dans la survie d’Israël. David évoque cette issue peu favorable et la conséquence qu’elle aurait sur son peuple qui ne pourrait alors plus honorer Dieu. Ce plaidoyer est évidemment dans l’esprit de la conclusion du livre de Jonas que nous avons évoqué pour la génération précédente.

0_Le_Prophète_Joël_-_P.P._Rubens_-_Louvre_(INV_20230)Le livre de Joël est difficile à dater, toutefois son contenu semble être également adapté à la génération que nous évoquons. Ce livre évoque d’ailleurs un sort funeste pour Tyr et Sidon ainsi que les districts des Philistins. Rappelons que Tyr et Sidon évoqués ensemble représentent la région de Tyr et que Gaza était la ville la plus importante des Philistins. Tyr et Gaza ont été rasés par Alexandre et ses habitants tués ou vendus comme esclave, comme l’indique Joël.

Joël évoque une famine qui prive le Temple d’offrandes. Il est vraisemblable que celle-ci a vraisemblablement également suffi pour que les Perses abandonnent Jérusalem à son sort au bout de sept ans. Le deuil des prêtres est alors évoqué par le livre de Joël, provoqué par le manque d’offrandes mais également par les événements cités par Flavius Josèphe.

  • Prêtres[4], ceignez-vous d’habits de deuil et exhalez des plaintes ; lamentez-vous, serviteurs de l’autel, allez passer la nuit, revêtus de cilices, ministres de mon Dieu, car offrandes et libations font défaut dans la maison de votre Dieu ! Ordonnez un jeûne, convoquez une assemblée solennelle. Réunissez les vieillards, tous les habitants du pays dans la maison de l’Éternel, votre Dieu, et criez vers l’Éternel ! Ô jour de malheur ! Car il est proche, le jour du Seigneur, il arrive comme la tempête de par le Tout-Puissant. Là, sous nos yeux, la nourriture est enlevée, de la maison de l’Éternel ont disparu joie et allégresse.

Les suppliques que réclame Dieu, évoquées par Flavius Josèphe, afin d’apaiser sa colère, illustrent la suite du psaume :

C’est vers Toi que je crie, c’est à mon Seigneur que vont mes supplications : « Que gagnes-tu à ce que mon sang coule ? À ce que je descende au tombeau ? La poussière Te rend-elle hommage ? Proclame-t-elle ta persistante bonté ? Écoute, ô Seigneur, et prends-moi en pitié ! Éternel, soit mon sauveur ! »

Le pardon divin déjà évoqué dans le début du psaume est rappelé dans la suite de Joël. Le repentir ne sera pas vain, car Dieu redirige alors sa face vers son peuple.

Le changement du deuil annoncé en action de grâce pour la clémence divine illustre la fin du psaume de cette génération :

Tu as changé mon deuil en danses joyeuses, Tu as dénoué mon cilice, et de la joie Tu as fait une ceinture. De la sorte mon âme te chantera sans relâche ; Éternel, mon Dieu, à tout jamais je Te célébrerai.

 

[1] Voir Flavius Josèphe/Antiquités Juives/Livre Onzième/Début du chapitre 8

[2] Flavius Josèphe/Antiquités Juives/Livre Onzième/Chapitre 7

[3] Voir EZRA Chapitre 10, verset 6

[4] JOËL Chapitre 1, verset 13 à 16