-590 à -571, psaume 18 : Le char céleste.

acces-psaume-fotolia_102515739_subscription_monthly_mhelp-bouton-fotolia_61356253_subscription_monthly_mButton aus zwei Puzzlestücken zeigt E-Mail KontaktButtonsButtonsciel shutterstock_69817990Cette génération est une génération charnière dans la nuit des enfants d’Israël. Avant cette génération, Dieu était au milieu de son peuple, après cette génération Dieu aura disparu de la montagne sainte de Jérusalem, du milieu de son peuple.

C’est la génération de la destruction du premier Temple.

Le second Temple permettra de continuer le culte des sacrifices jusqu’à sa destruction mais en l’absence de l’essence divine. Il permettra simplement de clore les quarante-neuf générations liées aux malédictions du Lévitique, celles liées à la période où le service du Temple est actif.

Par opposition aux quatre-vingt-dix-huit malédictions du Deutéronome correspondant au deuxième exil suivant la destruction du second Temple pendant lequel le culte des sacrifices du Temple est définitivement remplacé par la prière au sein des synagogues.

Le psaume qui est associé à cette génération a naturellement une place à part, en effet il est repris intégralement dans le livre de Samuel qui reprend le parcours du roi David.

Depuis dix-sept générations, le peuple d’Israël est rentré dans la nuit mais en bénéficiant encore de la lueur résiduelle du jour qui s’estompe. Cette génération représente pour le peuple d’Israël l’entrée dans la nuit noire.

François-Xavier_Fabre_-_Nabuchodonosor_Has_Zedekiah's_Children_Killed_before_his_EyesPrise_de_Jérusalem_par_Nabuchodonosor

Tissot_The_Flight_of_the_PrisonersCelle-ci est symbolisée par la destruction du Temple de Salomon par Nabuchodonosor, en respect des différentes prédictions que les prophètes avaient faites au peuple d’Israël.

Par la destruction du Temple, c’est aussi le départ de Dieu d’au milieu de son peuple. Cela ne signifie pas qu’il ne garde pas un œil bienveillant pour éviter le pire à son peuple mais il n’assiste plus son peuple directement.

Ezechiel shutterstock_86557228Au niveau des prophéties, c’est Ézéchiel qui marque cette génération par ses prophéties. Celui-ci va exposer à nouveau les raisons qui font que le peuple d’Israël se trouve plongé dans cette longue nuit.

A propos du verset 7 du psaume de cette génération, nous pouvons nous référer à l’interprétation de Rachi :

  • Dans ma détresse j’invoquerai l’Éternel, il a entendu ma voix : Ainsi est la forme fréquentative : le passé et le futur peuvent être employés concurremment.

Le temps employé dans ce psaume le rend intemporel : à la fois passé, présent et futur.

Le psaume est élargi à l’ensemble de la destinée du peuple d’Israël, tout en restant focalisé sur l’événement majeur de cette génération : la destruction du premier Temple et surtout le départ de Dieu d’entre son peuple.

Élargissement qui permet, lorsqu’un être cher s’éloigne, de se réconforter en imaginant, alors qu’il s’éloigne, son prochain retour.

La génération dix-huit est vraisemblablement la plus pénible de la longue nuit du peuple d’Israël, car même si, en exil, le peuple d’Israël sera confronté maintes fois à la barbarie des nations, cela n’est rien à côté de la séparation d’entre Dieu et son peuple.

Cela est le lot de cette génération. Comment David peut-il trouver l’énergie de faire un psaume pour cette génération ?

C’est justement en se détachant de la détresse liée à cet événement et en se projetant à travers l’ensemble des générations et plus particulièrement à celles qui verront la réconciliation de Dieu et son peuple, celles qui verront le peuple d’Israël sortir de l’emprise des nations pour retrouver sa souveraineté et sa place auprès de son Dieu.

Cela explique l’introduction de ce psaume que nous allons plus expliciter encore par la suite.

Lorsqu’il est cité dans le livre de Samuel, ce psaume est censé résumer la vie de David, mais de fait, par une lecture autre, ce psaume retrace en fait la vie du peuple Juif en s’ancrant sur la génération de la destruction du premier Temple.

Ainsi Saül est naturellement cité, car il a été un personnage central dans la vie et la destinée de David. Si Saül est cité c’est que David a failli périr entre les mains de Saül, sa lignée a failli disparaître du fait de la volonté de Saül d’exterminer David.

Malheureusement, l’histoire du peuple d’Israël est marquée par de nombreux persécuteurs qui n’ont eu de cesse de vouloir en finir avec lui. C’est pourquoi la résurrection finale sera marquée par la chute de tous les ennemis d’Israël à l’instar de Saül qui n’est pas arrivé à ses fins envers David.

David accepte de décrire la catastrophe qui doit se produire uniquement parce que dans la foulée, il pourra aussi évoquer la résurrection de son peuple. Il peut parler du divorce du peuple d’Israël avec son Dieu, car d’emblée il sait qu’il y aura réconciliation avant que le divorce ne soit réellement prononcé.

La turbulence qui atteint la dix-huitième génération est peut-être la plus terrible car c’est celle qui voit le départ de la présence divine du Temple de Jérusalem.

Cela explique le début du psaume 18 qui rappelle que quelle que soit l’épreuve à passer, Dieu reste l’unique refuge qui permet au peuple d’Israël de traverser les épreuves.

David sait que le peuple d’Israël, au travers des épreuves pourra compter sur le même appui pour ressortir des épreuves sauf malgré les souffrances du temps.

C’est ce qu’exprime David dans le début de ce psaume en prémices de la terrible épreuve qui attend le peuple d’Israël :

Il dit ; Je T’aime, ô Éternel, qui est ma force ! Seigneur, Tu es mon rocher et ma forteresse, un libérateur pour moi ; mon Dieu tutélaire en qui je m’abrite, mon bouclier, mon puissant sauveur, mon rempart ! Gloire, m’écriai-je, à l’Éternel, et je suis délivré de mes ennemis !

La dix-huitième génération voit en effet l’éclatement complet du royaume de Juda et la destruction de Jérusalem et de son Temple.  Cet événement avait largement été prédit par les prophètes sans que cela change l’attitude du peuple d’Israël rendant ainsi inévitable la colère divine.

La chute de Jérusalem et du royaume de Juda justifie bien l’angoisse de David, qui peut craindre ainsi la fin prématurée de l’aventure de son peuple.

C’est ce qu’il évoque dans la suite du psaume de cette génération en ne manquant pas de se placer virtuellement au sein du Temple de Jérusalem qui sera détruit:

Déjà m’enveloppaient les liens de la mort, les torrents de la perdition me faisaient frémir ; j’étais enlacé dans les réseaux de la tombe, surpris dans les filets de la mort. Dans ma détresse, j’invoque le Seigneur, je fais appel à mon Dieu ; de Son sanctuaire il entend ma voix, mon cri est monté à Ses oreilles

Les descriptions effectuées par les prophètes pour annoncer la future destruction de Jérusalem sont utilisées dans la suite du psaume de cette génération pour évoquer la destruction effective du Temple de Jérusalem:

Soudain la terre oscille et tremble, les fondements des montagnes sont ébranlés, secoués par la colère de Dieu. Des vapeurs s’exhalent, signe de Son courroux, de Sa bouche sort un feu dévorant, jaillissent de brûlantes étincelles. Il incline les cieux et descend ; sous Ses pieds une brume épaisse.

Ce dernier passage en plus d’évoquer les maux qui s’abattent sur Juda et Jérusalem évoque l’envol de Dieu de sa demeure terrestre vers sa demeure céleste. Le fait que Dieu puisse quitter ainsi le Temple faisait aussi partie des prédictions de Jérémie.

ezechiel annote shutterstock_11259551916 Zurich Bible Ezechiel Vision Of God Ez 1 Emory UniversityToutefois l’envol de Dieu depuis sa résidence terrestre évoquée par David dans son psaume fait l’objet d’une description plus détaillée dans un songe d’Ézéchiel pendant son exil à Babylone. Ézéchiel a fait partie des premiers exilés, il fut vraisemblablement déporté vers -597 soit avant la destruction du premier Temple. Le songe d’Ézéchiel correspond donc approximativement au moment de la destruction de celui-ci, et décrit d’une part l’ascension du char divin qui abandonne ainsi Jérusalem et la destruction du Temple.

La suite du psaume de cette génération décrit donc et l’envol de Dieu depuis sa résidence terrestre et la destruction du Temple en reprenant les éléments du songe d’Ézéchiel :

Porté sur les chérubins, Il vole, Il plane sur les ailes du vent. Des ténèbres Il se fait une mystérieuse retraite, Il s’enveloppe, comme d’un pavillon, des eaux obscures, d’opaques nuages. De l’éclat qui l’entoure s’élancent Ses nuées, la grêle et des flammes ardentes. Il tonne dans les cieux, l’Éternel, le Dieu suprême fait entendre Sa voix, la grêle et les flammes ardentes. Il décoche Ses flèches et Il les disperse., Il lance des éclairs, et les frappe de stupeur.

Ce départ de Dieu de sa résidence à Jérusalem n’était pas inéluctable, avant ces événements, Dieu par l’intermédiaire de Jérémie avait essayé de faire revenir le peuple d’Israël dans le droit chemin. Ces avertissements n’ont pas été écoutés et la colère divine s’est exprimée.

Ceci est illustré par le verset suivant du psaume 18 :

Le lit des fleuves s’est découvert, les fondements de la terre ont été mis à nu, à Ta voix impérieuse, ô Éternel, au souffle du vent de Ta colère.

Mais la destruction de peuple d’Israël n’est pas complète, et la colère divine reste mesurée afin de préserver tout de même son peuple et de laisser à ce dernier une chance de trouver finalement sa voie afin que l’alliance prononcée se réalise enfin de façon définitive.

Louvre-Lens_-_L'Europe_de_Rubens_-_127_-_Le_Prophète_JérémieAinsi quand Jérémie annonce la destruction orchestrée par Nabuchodonosor, il annonce en même temps que celle-ci ne sera pas complète. En effet le pacte entre Dieu et son peuple ne peut être rompu.

Ainsi, une foi annoncée la destruction qui arrive sur Jérusalem et sur le peuple d’Israël, conformément à ce qu’avaient prédit les différents prophètes qui n’ont malheureusement pas été écoutés, la suite du psaume enchaîne sur la résurrection future du peuple d’Israël avec à sa tête David, le narrateur des psaumes.

La encore, le psaume fait écho aux prédictions des prophètes de la dix-huitième génération que sont Jérémie et Ézéchiel :

Il étend d’en haut Sa main, me saisit, me retire du sein des grandes eaux ; il me délivre de mon puissant ennemi, de mes adversaires trop forts pour moi. Ils étaient à l’affût de mes malheurs, mais l’Éternel a été mon appui. Il m’a mis au large, m’a sauvé parce qu’Il m’aime. Le Seigneur me traite selon ma droiture, Il récompense la pureté de mes mains. C’est que je suis fidèle aux voies du Seigneur, jamais je n’ai trahi mon Dieu. Toutes Ses lois me sont présentes, Ses statuts, je ne m’en écarte point. Attaché à Lui sans réserve, je me suis tenu en garde contre mes fautes. Oui, le Seigneur m’a rémunéré selon ma droiture, selon la pureté de mes mains, dont Ses yeux sont témoins. Tu Te montres aimant pour qui T’aime, loyal envers l’homme loyal, sincère avec les cœurs purs, mais artificieux avec les pervers ! Oui Tu viens en aide à un peuple humilié, et Tu abaisses les yeux hautains.

C’est à travers ces événements futurs que David peut retrouver de l’espoir alors que son peuple vit à travers la destruction du premier Temple, peut-être l’événement le plus tragique de la longue nuit qu’il traverse, car celui concerne directement l’essence divine.

C’est ce futur qui apporte un peu de lumière au plus profond des ténèbres de la longue nuit que subit le peuple d’Israël.

C’est ce qu’exprime-la encore David dans la suite du psaume :

Oui, Tu fais briller ma lumière ! l’Éternel mon Dieu, illumine mes ténèbres. Soutenu par lui, j’attaque un bataillon ; grâce à mon Dieu, j’escalade à un rempart. Dieu puissant ! Parfaite est Sa voie ; la parole du Seigneur est infaillible, Il est le bouclier de quiconque espère en lui. Qui est Dieu, hormis l’Éternel ? Qui est un rocher tutélaire, si ce n’est notre Dieu ?

Dans ce dernier passage, David rappelle encore l’image du rocher associé à Dieu. Ce rocher qui permet d’échapper aux turbulences de ce monde ou plutôt à la marche inexorable du temps réel, Dieu l’a installé sur Jérusalem avant que la destruction ait lieu afin d’assurer à son peuple une ultime protection qui l’assurera de pouvoir revenir un jour sur sa terre à Jérusalem qui du fait de ce rocher divin est assurée de l’Éternité.

Rappelons que Babylone n’eut pas la même chance, sa destruction fut définitive, Dieu lui refusant tout salut, en ne la dotant pas comme Jérusalem de son rocher.

David conclut son psaume en évoquant les temps messianiques où le peuple d’Israël aidé par Dieu viendra à bout de ses ennemis comme l’annonçait déjà le titre du psaume.