La plupart des pays à majorité musulmane n’existaient pas avant guerre et étaient des régions de grands empires qui se sont disloqués que ce soit l’Empire ottoman ou les empires coloniaux français ou anglais. Les frontières ont souvent été définies par un simple coup de crayon. Dans ces régions, de grands mouvements de population ont eu lieu y compris et surtout dans la population non musulmane.

Pour les pays d’Orients dans la série d’articles : « La fin d’un monde : les séfarades », nous avons vu que du Maghreb au Yémen ces pays se sont construit aux dépens de la présence juive pourtant plus de deux fois millénaires dans ces contrées, et donc largement antérieure au christianisme et à l’Islam.

Un exemple assez significatif de cette mouvance et de cette création artificielle dont a profité le monde musulman est celui du plus grand pays à majorité musulmane : le Pakistan.

Les antisémites et antisionistes (différence ?) veulent faire croire qu’Israël a été créé grâce à la seconde guerre mondiale en s’appuyant sur la date de création en 1948. L’argument n’est pas justifié car la seconde guerre mondiale et surtout ses signes avant-coureurs ont été un frein (livres blancs) largement préjudiciable à l’établissement de l’État Juif et a favorisé au contraire l’arrivée en Israël et dans ce qu’on nomme aujourd’hui Palestine de nombreux musulmans des territoires voisins de l’Empire Ottoman.

Comme les pays musulmans d’Orient, le Pakistan comme l’Indonésie et le Bangladesh ont ainsi été eux réellement construits grâce à la seconde guerre mondiale sur les ruines des empires coloniaux anglais et hollandais.

Le monde musulman est le seul et vrai vainqueur de la seconde guerre mondiale, le seul à en avoir tiré un profit substantiel.

Ainsi aujourd’hui, le plus grand pays à majorité musulmane est l’Indonésie, mais à sa création le Pakistan incluait le Bangladesh. Pakistan et Bangladesh réunis ont une population bien supérieure aujourd’hui et après guerre à celle de l’Indonésie:

  • Au début[1] du vingtième siècle, la communauté musulmane, essentiellement regroupée dans les provinces Nord-Ouest, représente près du quart de la population de l’Inde. La constitution de 1919, d’inspiration laïque, ne leur garantit pas de droits spécifiques. […]
  • Dès le début du siècle, ils se sont regroupés en une organisation autonome, la Ligue musulmane. […] Dès 1940, la Ligue défend l’idée d’un état musulman indépendant et demande la création d’un État musulman indépendant et demande la création du Pakistan, « Pays des purs ». Pendant la Seconde Guerre mondiale, alors que le Congrès refuse de coopérer avec la Couronne (anglaise), la Ligue entame des pourparlers avec le pouvoir britannique et devient un interlocuteur incontournable dans les discussions sur le futur statut de l’Inde. […]
  • Après la guerre, les discussions sur l’indépendance (de l’Inde) reprennent. […] Les conflits inter-communautaires se radicalisent. Nehru et Gandhi s’opposent à tout partage de l’Inde et donc à la création de l’État islamique du Pakistan. Convaincu de ne pouvoir coopérer avec les dirigeants du Congrès, Jinnah (à la tête de la Ligue musulmane) lance une journée d’action le 16 août 1946. La violence se déchaîne sans contrôle. À Calcutta on dénombre 10 000 morts. En dépit de l’amitié qui lie Jinnah et Nehru, le dialogue entre les deux communautés est dans une impasse. Malgré le désaveu de Gandhi, qui se retire du congrès, Nehru se voit contraint d’accepter la partition de l’Inde. […]
  • Lors de la partition du pays, les ethnies se trouvent scindées en deux : certains de leurs membres seront désormais rattachés à l’Inde « hindoue » – en réalité, laïque -, les autres au Pakistan musulman. Ainsi les sikhs de Pendjab sont-ils divisés par le nouveau découpage territorial, les sikhs demandent aux deux États, dès 1947, la reconnaissance de leur autonomie. Leur révolte est sauvagement réprimée. Pour échapper aux massacres, des populations entières émigrent, et l’on compte jusqu’à huit millions de personnes déplacées – échangées en réalité entre les deux provinces indienne et pakistanaise du Pendjab. À une moindre échelle, d’autres régions du nord et de l’est de l’Inde voient les mêmes scènes se dérouler. Le bilan est terrible : près de 15 millions de personnes déplacées, des centaines de milliers de morts, des villages en ruine.

En 1971, le Pakistan Oriental, très majoritairement musulman devient indépendant et prend le nom de Bangladesh, l’union entre le Pakistan occidental – le Pakistan actuel – et le Pakistan oriental – le Bangladesh – était assez artificiel, car en dehors de la religion – l’Islam – commune, ces deux contrées sont séparées de 1600 kilomètres.

En 2011[2], le Pakistan compte près de 180 millions de musulmans soit plus de 96 % de sa population. Si le Pakistan est ainsi devenu artificiellement un pays quasiment exclusivement musulman, au détriment des autres religions comme les sikhs, les musulmans n’ont pas pour cela abandonné l’Inde malgré la partition car ils y sont aussi près de 180 millions d’habitants soit près de 15 % de la population indienne.

En 1947, la population de l’équivalent du Pakistan actuel[3] était d’environ 34 millions d’individus, le nombre de personnes déplacées, Pakistan vers Inde et inversement, – 15 millions – représente ainsi 44 % de la nouvelle entité musulmane créée. Il en représente 20 % si on intègre la population du Pakistan oriental, l’actuel Bangladesh (environ 76 millions pour les « deux » Pakistan en 1947 et environ 330 millions aujourd’hui).

Rappelons[4] que le Pakistan à son indépendance en 1947 comportait une communauté juive de plusieurs milliers d’individus présents au Pakistan depuis deux millénaires donc bien avant chrétiens et musulmans. Certains d’entre eux, les Bene Israël s’y seraient établis en fuyant les persécutions romaines en Palestine au IIe siècle. Tous émigrèrent comme tous les non musulmans, soit vers l’Inde, soit vers Israël. Aujourd’hui il ne reste plus qu’un seul Juif au Pakistan. Il est d’ailleurs le seul à manifester son soutien à Charlie après les attentats de début 2015.

L’Indonésie[5] est le pays qui aujourd’hui comporte la plus grande communauté musulmane (208 millions) du monde issu des anciennes Indes néerlandaises. La population de l’Indonésie est aujourd’hui (2011) à 88 % musulmane. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Hollandais qui en Europe sont déjà sous la domination allemande ne peuvent résister dans ce qui constitue aujourd’hui l’Indonésie à l’invasion japonaise. Les troupes néerlandaises se rendent le 8 mars 1942, marquant la fin de la domination hollandaise. Sokeamo un des leaders nationalistes, coopère avec les occupants japonais (les opposants à Sokeamo et les populations civiles subissent exactions et crimes). Conformément aux promesses des Japonais, l’indépendance de l’Indonésie est proclamée le 17 out 1945, deux jours après la capitulation des Japonais. Malgré leurs efforts pour reprendre pied, les Hollandais avaliseront définitivement le nouvel état en 1949.

 

Paul David

[1] (sous la direction de) Jean Pierre Rioux : « Histoire du monde de 1918 à nos jours ». Chapitre : « L’indépendance de l’Inde ». (p. 302 à 307)

[2] Sources : http://fr.wikipedia.org/wiki/Nombre_de_musulmans_par_pays

[3] Source : http://wiki.answers.com/Q/What_was_the_population_of_Pakistan_in_1947

[4] D’après : http://www.lepoint.fr/monde/charlie-hebdo-le-dur-combat-d-un-juif-pakistanais-16-01-2015-1897180_24.php#xtor=CS3-190

[5] D’après: http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_l’Indonésie et http://fr.wikipedia.org/wiki/Nombre_de_musulmans_par_pays

 

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