Mois : décembre 2016

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Spinoza souhaite une bonne année aux nations …

Bonne année 2017 à tous.

Et pour ceux qui rechignent à s’associer à cette nouvelle année civile et à tous les autres, je renouvelle mes vœux de Shana Tovah 5777.

Circoncision de l’Enfant Jésus

Le jour de l’an a été fixé par Jules César en 45 avant JC et n’est donc pas en soi une fête religieuse. Toutefois depuis que le christianisme a fixé le jour de Noël (naissance de Jésus) le 25 décembre, le 1er janvier est devenu le huitième jour de la naissance de Jésus et donc commémore le jour de sa circoncision.

De nombreuses œuvres chrétiennes commémorent ainsi cet acte qui confirme que Jésus est né Juif. Il est aisé de montrer également qu’il a aussi vécu Juif et qu’il est mort Juif.

Ainsi sur les calendriers anciens, le 1er janvier était dénommé « circoncision » et cela même à des  époques (comme 1942 pour le premier calendrier à gauche) où l’Europe cherchait à éliminer définitivement tous les circoncis. Les calendriers plus récents ont supprimé cette annotation « humiliante » en la remplaçant par « jour de l’an » (comme le calendrier de 2006 à gauche)

Ce jour de la commémoration de la circoncision est l’occasion d’évoquer Spinoza et ses conclusions sur les Juifs ….

Les Pays-Bas avec la déclaration d’Ultrecht en 1579 offrent aux Juifs une réelle liberté de culte. Ils deviennent des citoyens (quasiment) à part entière.

Ceci[1]  est confirmé par le juriste Grotius en 1616 qui donne l’obligation aux Juifs pour qu’ils soient acceptés d’être de véritables juifs. Il leur fallait déclarer qu’ils croyaient à la loi de Moïse, à l’existence d’un Dieu créateur et à sa providence, à l’inspiration divine de Moïse et des prophètes ainsi qu’à l’existence d’une vie future, assortie de peines pour les méchants et de récompenses pour les justes.

Parmi les Juifs descendants de Marranes à Amsterdam : Spinoza

Le judaïsme des descendants de Marranes se heurte au judaïsme rabbinique d’autant plus que celui-ci est sclérosé par l’adhésion massive et destructrice des élites au faux Messie Sabbatai Zevi.

Spinoza qui a étudié les sciences et la philosophie de Descartes ne peut se contenter d’un judaïsme qui à l’époque est surtout fait de superstitions.

Pour beaucoup il est considéré comme un des artisans clés du mouvement des Lumières qui bientôt fera entrer l’Europe dans la modernité.  Spinoza recrée les bases d’une croyance en harmonie avec les sciences, ce qui sera salvateur pour la confrontation du judaïsme avec le modernisme.

Bien que beaucoup ont considéré qu’il prônait l’athéisme, de nombreux écrits de Spinoza montrent que la foi de Spinoza est réelle même si elle ne s’exprime pas de façon « orthodoxe ». Ainsi dans « L’Éthique » :

  • Première partie : De Dieu. Proposition XI [5]: Dieu, c’est-à-dire une substance constituée par une infinité d’attributs dont chacun exprime une essence éternelle et infinie, existe nécessairement.

Et également :

  • Quatrième partie : De la servitude de l’homme. Proposition XXVIII[6]: Le bien suprême de l’Âme est la connaissance de Dieu et la suprême vertu de l’Âme de connaître Dieu.
  • Cinquième partie : De la liberté de l’homme. Proposition XVI[7]: Cet amour envers Dieu doit tenir la plus grande place.

Tout en adoptant une réflexion philosophique originale qui tracera la voie aux principaux courants philosophiques modernes, les conclusions de Spinoza ne sont pas antinomiques à celles de l’orthodoxie juive :

  • Le Chapitre[8] XIV du « Traité théologico-politique » définit la foi par une soumission ou l’obéissance à Dieu. Mais ce qui est plus intéressant dans notre contexte n’est autre que la remarque de l’auteur sur les dogmes de la foi universelle : ceux-ci ne doivent pas être vrais, mais nécessaires, car aucun de ces dogmes ne contient de vérité philosophique parfaite sur ce qu’il énonce, mais doit renforcer l’obéissance. Voici les points mis en avant par Spinoza : Dieu existe, il est unique, il est partout, il a un pouvoir suprême sur tout : le culte de Dieu consiste en la pratique de la justice et de la charité.

Pour mesurer l’héritage que Spinoza a laissé au monde moderne, intéressons-nous à Einstein.

Einstein qui a reçu une éducation religieuse juive s’intéresse rapidement aux ouvrages scientifiques, le sentiment religieux le quitte à l’âge de douze ans: il met en doute la véracité de certains récits bibliques, refusant même de faire sa Bar-Mitzvah. Toutefois, il est probable que sa foi était réelle, même si celle-ci est « adaptée » :

  • Albert Einstein visite le Technion en 1923.

    Pour Einstein[9], le judaïsme est une religion sans Dieu, ou plutôt une religion qui n’a pas besoin de Dieu : la morale, les traditions, les valeurs issues de la culture juive n’ont rien à voir avec la transcendance et ne concernent que les hommes, car c’est une histoire d’hommes. Comme un murmure, les Psaumes lui parlent et Moïse s’incarne dans les actes.

  • Quand[10] on lui demande s’il croit en Dieu, Einstein répond : « Je crois au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l’harmonie ordonnée de ce qui existe, non pas en un Dieu qui s’intéresse au sort et aux actes des êtres humains. »
  • Et lorsque[11] l’historien Eric Kahler lui soumet son livre en 1943, à la mention : « Le Dieu juif est au-delà des forces de la nature, lointain, il n’a ni père, ni mère, ni épouse. Il n’a pas d’origine », Einstein annote « Bien. »

Pour en revenir à la circoncision que nous avons abordée en début d’article (celle de Jésus ..),  Spinoza, en dehors du refuge dans l’orthodoxie entrevit déjà deux voies pour le peuple Juif, soit l’assimilation soit un sionisme avant l’heure :

  • Selon[12] un paradoxe remarquable, Spinoza promeut deux orientations foncières du judaïsme moderne : l’assimilation tout d’abord, voire l’abandon pur et simple du judaïsme de la tradition, lequel ne se maintiendrait que par « l’observation de rites extérieurs opposés à ceux des autres nations » et par « la haine universelle » qui s’ensuit (Traité théologico-politique, III). L’assimilation est donc l’horizon inéluctable de l’État démocratique. Spinoza entrevoit la perspective et la possibilité du sionisme politique : « j’attribue une telle valeur au signe de la circoncision qu’à lui seul je le juge capable d’assurer à cette nation juive une existence éternelle ; si même les principes de leur religion n’amollissaient leurs cœurs, je croirais sans réserve, connaissant la mutabilité des choses humaines, qu’à une occasion donnée les Juifs rétabliront leur empire et que Dieu les élira de nouveau (ibid.) ».

Ainsi aujourd’hui le monde moderne – qu’incarnent l’Europe et les USA -, qui doit sa position hégémonique à l’éclosion des Lumières et en conséquence à ceux qui ont été les instigateurs tels Spinoza, s’évertue à refuser au peuple Juif de se retrouver souverain sur sa terre,.

Ce monde fait ainsi preuve d’un aveuglement évident.

Car ce ne sont pas que les « extrémistes orthodoxes juifs » qui prédisent et légitiment le retour des juifs sur leur terre ainsi que leur souveraineté retrouvée mais aussi ceux considérés comme « les hommes de progrès » et cela depuis plus de 3 siècles …

 

Paul David

Pour plus d’info sur différents points ici évoqués:, consulter les pages et articles de ce site, en particuliers:

Sur Amsterdam:
Psaume 126 (période 1590-1610):
Amsterdam

Sur les crypto-juifs:
Psaume 127 (période 1610-1630):
Le réveil des cryptojuifs.

Sur Spinoza:
Psaume 130 (période 1670-1690):
Spinoza

Sur les Lumières:
Psaume 133 (période 1730-1750):
Les lumières.

 

[1] Henry Méchoulan : « Etre Juif à Amsterdam au temps de Spinoza ». Chapitre : « Des Crypto-juifs aux « nouveaux juifs d’Amsterdam ». (p. 24 à 26)

[5] Spinoza : « Ethique ». (édition Flammarion : p. 30)

[6] Spinoza : « Ethique ». (édition Flammarion : p. 243)

[7] Spinoza : « Ethique ». (édition Flammarion : p. 318)

[8] Maurice Ruben Hayoun : « Les Lumières de Cordoue à Berlin – Une histoire intellectuelle du judaïsme (2) ». Préface (« Spinoza, Voltaire et Renan »). (p. XI).

[9] Simon Veille : « Einstein, dans la tragédie du XXe siècle ». Chapitre « Dieu est juif ». (p. 112)

[10] Simon Veille : « Einstein, dans la tragédie du XXe siècle ». Chapitre « Dieu est juif ». (p. 114)

[11] Simon Veille : « Einstein, dans la tragédie du XXe siècle ». Chapitre « Dieu est juif ». (p. 114)

[12] Collectif dirigé par Francine Cicurel : « Anthologie du Judaïsme – 3000 and de culture juive ». Chapitre sur Baruch Spinoza. (p. 118)

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Rachi à Obama et à l’ONU: les Juifs ne sont pas des voleurs de terres …

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La Menorah à l’extérieur de l’Institut du Temple en prévision de la construction du troisième temple à Jérusalem

La fin du XIe siècle est noire pour les Juifs.

Les nations se liguent contre les Juifs, que ce soit l’occident ou l’orient.

La conquête de Tolède en 1085 pousse les musulmans d’Espagne à faire appel aux Almoravides, une dynastie berbérophone originaire de l’embouchure du fleuve Sénégal, qui avait conquis le Maghreb au cours de la première moitié du XIe siècle. Les Juifs d’Espagne durent subir à la fois le rigorisme musulman de ces envahisseurs ainsi que leurs exactions mettant fin au libéralisme des Omeyyades de Cordoue.

C’est aussi la première croisade en 1096 déclenchée pour récupérer le Saint Sépulcre à Jérusalem et permettre aux chrétiens d’effectuer leur pèlerinage librement à Jérusalem. En effet malgré l’accord établi entre Charlemagne et Haroun Al Rachid à la fin du VIIIe siècle, les musulmans ont détruit le Saint Sépulcre, les églises et synagogues de Jérusalem et ils entravent les pèlerinages chrétiens.

La première croisade aurait du rester un litige entre chrétiens et musulmans, mais les principales victimes furent les Juifs.

Maison de Rachi. Musée juif et archives municipales à Worms, Allemagne.

En Allemagne de nombreuses communautés juives florissantes sont détruites dont la communauté de Worms où avait étudié Rachi.

Juda Halevi qui se réfugie en Espagne Chrétienne après l’arrivée des Almoravides et qui, pendant la période de la première croisade, assiste à la détérioration pour les Juifs des deux côtés de son refuge résume bien les affres que subissent les Juifs :

  • Existe-t-il[1] un seul endroit à l’Est ou à l’Ouest où nous pourrons reposer notre tête ?… Combien de temps encore, mon Dieu, serai-je dévoré par les flammes ardentes, entre Édom et Ismaël, dont Tu as fait mes juges ?

Les croisés arrivent à leurs fins et prennent Jérusalem le 15 juillet 1099 en détruisant au passage les nombreux Juifs qui y vivaient.

Mais alors que Esaü (l’occident – le christianisme) et Ismaël (l’orient – l’islam) tentent chacun à leur tour de s’accaparer Jérusalem et de la terre sainte considérant les Juifs définitivement bannis de leur terre, Judah Halevi réaffirme son attachement à la terre sainte   :

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    Sculpture de Juda Halevi au musée Reali, à Césarée

    Mon[2] cœur est en Orient, et moi au fin fond de l’Occident,

  • Comment trouverais-je goût à la nourriture ? Comment saurait-elle m’être douce ?
  • Comment tiendrais-je mes promesses et remplirais-je mes vœux,
  • Alors que Sion est sous le joug d’Édom et moi dans les chaînes arabes ?
  • Il me serait facile de quitter tous les bienfaits de l’Espagne,
  • Car il me serait si précieux de voir de mes yeux la poussière du sanctuaire désolé.

Les conquêtes des hommes ne sont que temporaires, les empires peuvent conquérir chacun leur tour la Terre sainte, celle-ci reste la propriété du peuple Juif, car en effet c’est Dieu qui a attribué de façon définitive cette terre au peuple Juif.

Cela est parfaitement résumé par Rachi (1040-1105) qui termine sa vie après avoir été spectateur de la furie des Croisés :

  • Saint Urbain II prêchant la croisade

    Rashi[3] a cinquante-cinq ans, en 1095, lors de la prédication à Clermont de la croisade par le Champenois Eudes de Lagery, le pape Urbain II. Au moine Pierre d’Amiens, dit Pierre l’Ermite, apportant en Champagne l’appel qui lance les chrétiens sur la route de la Terre sainte, Rashi répond, commentant les premiers versets de la Genèse : « Pourquoi débuter avec « Au commencement » ? – Dieu a fait connaître à son peuple la puissance de Ses œuvres afin de lui donner l’héritage des nations. Si les peuples du monde venaient dire à Israël : « Vous êtes des voleurs, c’est par la violence que vous avez conquis les terres des sept nations (la terre d’Israël) ! », on leur répondrait : « Toute la terre appartient au Saint Béni-soit-il. C’est lui qui l’a créée et Il l’a donnée à qui bon lui semble. Par un acte de Sa volonté. Il l’a donné à ces peuples, et par un autre acte de Sa volonté, Il l’a reprise pour nous la donner à nous ».

Aujourd’hui encore Occident et Orient veulent soustraire la terre d’Israël aux Juifs alors que les livres sacrés des Chrétiens et des Musulmans affirment sans restriction l’appartenance de cette terre aux Juifs. Cela est un combat perdu pour les peuples du monde, les nations, même sous l’étendard de l’ONU, car cette terre, comme l’affirme Rachi,  appartient éternellement aux Juifs.

 

Paul David

Pour plus d’info sur différents points ici évoqués:, consulter les pages et articles de ce site, en particuliers:

Sur la première croisade:
Psaume 102 (période 1090-1110):
La première croisade.

 

[1] Léon Poliakov : « Histoire de l’antisémitisme, I – L’âge de la foi ». Chapitre : « L’Espagne des trois religions ». (p. 109)

[2] Chaïm Potok : « Une histoire du peuple Juif ». Chapitre : « L’Islam : Les rossignols dans la tempête de sable ». (p. 429)

[3] (Dirigé par Jean Baumgarten) « Mille ans de cultures ashkénazes ». Gérard Nahon : « Les sages de France et de Lotharingie ». (p.35)

 

 

 

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Et le cœur de Pharaon s’endurcit …

En octobre 1933[1], la Société des Nations (SDN) nomme l’Américain James MacDonald à la tête d’un haut-commissariat aux réfugiés (Juifs et non-Juifs) venant d’Allemagne. Mais le commissariat n’est pourvu d’aucun pouvoir. En effet, pour ne pas déplaire à Hitler, encore membre de la Société des Nations, il n’est pas rattaché à la Société des Nations et doit agir en tant qu’organisme autonome. MacDonald visite, dès septembre 1933, le camp de concentration de Dachau, ouvert au mois de mars précédent. Il est spectateur de l’horrible réalité et a l’intuition de toutes les tragédies à venir. Il pourrait être efficace si on lui en donnait les moyens. Mais ni la Société des Nations ni les démocraties ne font les efforts suffisants pour faire face à cette situation sans précédent.

Aujourd’hui l’ONU a remplacé la SDN.

Alors que les démocraties se soumettaient, au temps de la SDN, aux dictatures européennes, l’ONU aujourd’hui est soumise aux dictatures du Moyen-Orient. De même que les Juifs étaient sacrifiés sur l’autel de la SDN, l’ONU n’hésite pas à vouloir sacrifier Israël.

Ainsi les descendants des nations qui ont œuvré pour la Shoah ou qui ont été complices directement ou indirectement répètent les fautes de leur pères : vouloir éliminer le peuple juif, de l’empêcher de retourner sur sa terre qui lui a été promise éternellement par Dieu.

Cela alors que les 80 ans de commémoration de la Shoah sont proches. En effet, suivant la date que l’on choisit, 80 ans nous donnent de 2018 (nuit de cristal) à 2022 (wansee).

Or 80 ans, c’est le délai que se donne Dieu pour punir les crimes contre son peuple, lorsque ses crimes sont répétés par les générations suivantes. En effet la colère divine attend jusqu’à quatre générations pour exprimer sa colère :

  • Je suis[2] un Dieu jaloux, qui poursuis le crime des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et à la quatrième générations, pour ceux qui m’offensent.

Ainsi si Dieu s’en prend aux troisième et quatrième générations, cela ne signifie pas que les enfants même innocents sont punis pour la faute de leur père (cela serait contraire au principe de ne pas se venger sur l’enfant de la faute du père) mais simplement que les enfants ne doivent pas reproduire la faute du père car dans ce cas la punition serait bien plus sévère que celle éventuellement affligée au père.

Dieu ne peut en effet attendre de réparation de celui qui a fait la faute. Si celui-ci en est capable, il aurait pu éviter la faute. Il ne peut non plus attendre réparation du fils, qui en vertu du quatrième commandement : « Honore ton père et ta mère » aura du mal à dénoncer et réparer la faute du père. Seules donc les générations suivantes à partir de la troisième sont en mesure de rectifier l’attitude fautive de la première génération. Toutefois, Dieu limite cette réparation à la quatrième génération, ce qui nous donne une durée de 80 ans (4 générations de vingt ans) avant que la colère de Dieu s’exprime.

Sur mon site, je montre de nombreux exemple de cette colère divine appliquée 80 ans après les fautes et après la répétition des fautes pendant ces 80 ans de « probation ». Citons en quelques-uns :

Ainsi le déluge intervient 80 ans environs après que la faute des hommes était constatée par Dieu et qu’elle était reproduite pendant ces 80 années.

80 ans après le brûlement du Talmud à Paris, la dynastie capétienne s’éteint sans héritiers.

La défaite providentielle de l’Invincible Armada a lieu 80 ans après le massacre de Lisbonne.

Le tremblement de terre de Lisbonne a lieu 80 ans après que le Portugal aie confirmé l’Inquisition pour les marranes.

La catastrophe de Tchernobyl a lieu 80 ans après une série de pogroms épouvantables en Ukraine.

Le cas le plus marquant de cette colère divine c’est celui que nous fêtons à Pessah.

Ainsi 80 ans avant cela Pharaon ordonne la mort des nouveau-nés juifs :

  • Pharaon[3] donna l’ordre suivant à tous son peuple : « Tout mâle nouveau-né, jetez-le dans le fleuve, et toute fille, laissez-la vivre. »

Parmi ceux-ci, Moïse qui en réchappe. 80 ans après cela, lorsque Moïse a 80 ans, Dieu lui confie cette mission :

  • L’Éternel[4] dit à Moïse : «  Quand tu iras pour retourner en Égypte, sache que tous les miracles  que j’ai mis dans ta main, tu les accompliras devant Pharaon ; mais Moi j’endurcirai son cœur, et il ne renverra point le peuple. Tu diras à Pharaon : ainsi parle l’Éternel : Israël est mon fils, mon ainé, et, je t’avais dit : Laisse partir mon fils ; pour qu’il me serve ; et tu as refusé de le laisser partir. Voici je vais faire mourir ton fils, ton ainé. »

En fait, Dieu sait d’avance que les Égyptiens vont être punis, car les 80 ans se sont écoulés sans repentance et avec la répétition de la faute des pères. C’est pourquoi, Dieu dit : « Moi j’endurcirai son cœur, et il ne renverra point le peuple ».

Il est trop tard pour la repentance, l’Égypte doit être punie et elle doit comprendre que le peuple Juif est le peuple de Dieu et qu’il se doit de retourner sur sa terre et d’en prendre possession.

Visiblement le délai de 80 ans qui court depuis l’initialisation de la Shoah est en train de s’achever et force est de constater que les nations qui y ont pris part ou qui y ont été complices ont « le cœur endurci » et, comme Pharaon, font tout ce qu’elles peuvent pour empêcher le peuple Juif de prendre possession de leur terre.

Apparemment, la sentence divine est prononcée …

C’est ce qu’il apparait dans le psaume 147 attaché à la présente génération (2010-2030) qui promets une catastrophe climatique.

L’Europe à minima devrait la subir.

Est-ce le cas pour les Etats-Unis dont on sait aujourd’hui qu’ils ont été complices – au moins passivement – dans l’exécution de la Shoah ?

Obama qui aurait pu se contenter de marquer l’histoire en étant le premier président américain de couleur, marquera cette histoire en étant le premier président américain à se soumettre au Jihad. Jihad qui ne tolère aucune verrue non islamique dans ce que le monde musulman considère comme son territoire, cela indépendamment de la véritable histoire de ces territoires.

L’abstention des Etats-Unis à l’ONU est une prolongation de la complicité passive des Etats-Unis pendant la Shoah et condamne ce pays à la colère divine. Est-ce que le futur président des Etats-Unis, Donald Trump, annulera cet augure ? L’avenir nous le dira …

Pour les Juifs, cette obstination des nations à se liguer contre Israël doit être perçue comme un signe que Dieu est décidé à punir les nations .

C’est aussi le signe que la promesse divine faite au peuple d’Israël de se retrouver en paix sur sa terre avec Jérusalem réunifiée et reconstruite est en train de se réaliser, comme je l’avais conclu sur mon dernier article sur Hanuccah.

Que chacun donc fête Hanuccah dans la joie !

Paul David

Pour plus d’info sur différents points ici évoqués:, consulter les pages et articles de ce site, en particuliers:

Sur le brûlement du Talmud:
Psaume 109 (période 1230-1250):
Le brûlement du Talmud

Sur la fin des Capétiens
Psaume 113 (période 1310-1330):
Les Pastoureaux.

Sur la destruction de l’invincible armada:
Psaume 125 (période 1570-1590):
L’invincible Armada.

Sur le tremblement de terre de Lisbonne
Psaume 135 (période 1770-1790):
Mendelssohn

Sur la catastrophe climatique annoncée
Psaume 147 (période 2010-2030):
La glaciation

[1] Renée Neher-Bernheim : « Histoire juive de la Révolution à l’État d’Israël ».  Chapitre : « Le nazisme et l’antisémitisme avant 1939 ». (p. 1029)

[2] EXODE, Chapitre 20, verset 5

[3] EXODE, Chapitre 1, verset 22.

[4] EXODE, Chapitre 4, versets 21 à 23.

 

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Le miracle de Hanuccah

Pour connaître les événements historiques que la fête de Hanuccah commémore, il faut se référer aux deux livres des Maccabées (premier et deuxième). Vous ne trouverez pas ces livres dans le canon de la bible hébraïque.

En effet les originaux hébreux de ces livres écrits vers l’an 100 avant JC ont disparus et ne restent que les traductions grecques plus tardives. Donc si vous souhaitez lire ces livres il faudra se contenter des traductions de cette version grecque dans la Bible chrétienne qui les a intégrées à son canon.

De l’ensemble des événements associés au combat des Hasmonéens contre les Grecs, la tradition juive n’a retenu que le miracle de Hanoukka.

La victoire des Hasmonéens, contre la logique des rapports de force, fait naturellement partie du souvenir Juif, mais le peuple Juif sait bien que les victoires militaires sont éphémères et que lorsqu’un danger est vaincu, un autre ne tarde pas à poindre.

Les livres des Maccabées ne faisant pas partie du canon de la Bible hébraïque, seul le passage suivant du Talmud fait référence aux événements associés au miracle de Hanuccah:

  • La Guemara présente[1] l’origine de la fête de Hanoukka : – Quelle est la raison pour laquelle les jours de fête de Hanoukka ont été instaurés ? En rapport avec quel miracle les Sages l’ont-ils instituée ? C’est ainsi que les Sages ont enseigné dans une Beraïta (enseignement) : le 25 du mois de Kislev les jours de Hanoukka commencent. Il y a huit jours en tout, durant lesquels il n’est pas permis de prononcer une oraison funèbre ni de jeûner. Car lorsque les Grecs de Syrie (les Séleucides) entrèrent dans le sanctuaire, ils rendirent impures toutes les fioles d’huile se trouvant dans le sanctuaire, et lorsque la maison royale des Hasmonéens prit le dessus et les vainquit, (les Hasmonéens) cherchèrent dans l’enceinte du Heikhal (une des parties les plus saintes du Temple) et ne trouvèrent qu’une seule fiole d’huile qui était posée à l’abri avec le sceau du Kohen Gadol (le grand prêtre) encore intact, et elle ne contenait que la quantité d’huile suffisante pour allumer la Ménorah (le porte-lampes) pendant un jour. Cependant, un miracle fut accompli avec cette huile et ils purent allumer les lumières de la Ménorah avec elle pendant huit jours, jusqu’à qu’une huile rituellement pure ait pu être obtenue. Reconnaissant que ce miracle avait des implications pour l’éternité, l’année d’après (les Hasmonéens et le Sanhédrin) instaurèrent et firent de ces huit jours pour la postérité des jours de fête par la récitation du Halel et des remerciements.

Sur mon site (www.147thgeneration.net) je démontre que les psaumes de David racontent de fait l’histoire des Juifs depuis la mort de Salomon jusqu’à nos jours (et un peu plus), à raison d’un psaume par génération de vingt ans. Le psaume 1 pour la première génération (de -930 à -910), le psaume 2 pour la seconde et ainsi de suite jusqu’à la présente génération, la 147ème – d’où le titre du site – de 2010 à 2030.

J’ai consacré 20 ans a étudier les événements de chaque génération et à les mettre en rapport avec le psaume associé à la génération. Événements historiques, religieux, sociétaux ou culturels, les meilleurs et les pires.

Si votre esprit rationnel, au pays de Descartes, vous interdit de penser que les psaumes de David puissent avoir prédit d’une façon précise et fiable 3000 ans d’histoire juive par avance, vous pourrez quand même vous référer à mon site pour y découvrir tous les événements en rapport avec l’histoire juive – au sens large – pour chaque génération.

 

La fête juive de Hanuccah commémore la Nouvelle Dédicace (environ 165 avant JC) du second Temple de Jérusalem, trois ans après sa profanation par Antiochus IV Épiphane, roi de Syrie. Cet événement est donc situé pendant la génération -170, -150 avant JC, soit par rapport à la première génération initialisée par la mort de Salomon, la génération 39 elle-même donc associée au psaume 39. On pourra donc se rapporter au psaume commenté correspondant sur mon site.

J’en rappelle quelques extraits.

Cette génération est marquée par la révolte des Maccabées. Celle-ci est largement justifiée par les exactions de l’occupant, Antiochus Épiphane. Ainsi nous pouvons citer l’épisode du supplice des sept frères :

  • On arrête[2] sept frères. À coups de fouet et de nerf de bœuf, le roi Antiochus veut les obliger à manger du porc, viande interdite par la loi de Moïse. Un des fils parle au nom des autres. Il dit : « Qu’est ce que tu veux nous demander et savoir de nous ? Nous sommes prêts à mourir plutôt que de désobéir aux lois de nos ancêtres. » Le roi était très en colère. Il fait mettre sur le feu des grils et des bassines. Dès qu’ils sont brûlants, il commande de couper la langue à celui qui a parlé au nom des autres. Il donne l’ordre également de lui arracher la peau de la tête et de lui couper les pieds et les mains, sous les yeux de ses frères et de sa mère. Quand il ne peut plus bouger, le roi commande de l’approcher du feu et de le jeter encore vivant sur un gril. L’odeur de la chair brûlée se répand autour du gril. Pendant ce temps, les autres frères et leur mère se donnent de la force pour mourir avec courage.

Les autres[3] frères suivent le même sort chacun à leur tour rejoints dans la mort par leur mère sans avoir renoncé à la loi de Moïse et en continuant d’affirmer leur foi en Dieu et en sa justice.

Ce courage sans limite des Juifs face à la volonté d’Antiochus Épiphane de leur faire abandonner leur foi est ainsi illustré dans le début du psaume 39 où la référence à la langue prends une signification particulière par rapports aux supplices infligés :

À cette situation intolérable, la réaction ne va pas tarder à se faire jour à travers la famille de Mattathias. Lorsque les officiers du roi Antiochus arrivent dans la ville de Modine pour forcer une nouvelle fois les Juifs à renier leur religion à travers des sacrifices idolâtres, Mattathias se révolte :

  • Dès[5] que Mattathias a fini de parler (pour refuser les offres avantageuses des officiers du roi Antiochus en échange de sa coopération), un Juif s’avance devant tout le monde. Il veut offrir un sacrifice sur cet autel de Modine, comme le roi l’a commandé. Quand Mattathias le voit son cœur se met à brûler d’ardeur, et son corps est tout tremblant. Une juste colère monte en lui, il court et égorge l’homme sur l’autel. Au même moment, Mattathias tue l’envoyé du roi qui oblige les gens à offrir des sacrifices, et il renverse l’autel. Il montre la même ardeur pour la loi de Moïse que Pinhas, quand il a tué Zimri, le fils de Salou.

Cette juste colère de Mattathias est évoquée dans la suite du psaume en reprenant d’ailleurs des termes quasi identiques :

Mattathias mène le début de la révolte et engrange les premières victoires envers l’ennemi et les Juifs qui avaient pris parti pour le nouveau pouvoir grec et ses croyances. Avant de mourir il cède le flambeau à son fils Judas qui fait pleine confiance en Dieu malgré le rapport de force défavorable par rapport aux grecs. Il remporte la victoire et purifie le Temple.

En fait la révolte des Maccabées n’était pas due à l’exacerbation d’un sentiment national mais était la seule réponse que pouvaient apporter Mattathias et ses hommes à la volonté délibérée d’Antiochus Épiphane de les détruire, d’anéantir leur foi.

C’est face à cette menace que Mattathias décide de se battre pour sauver ce qu’il peut de son peuple et tenter de rétablir la pureté du Temple.

Sans soutien divin, les chances de vaincre de Mattathias sont assez minces, ce qui justifie l’interrogation de David dans le psaume de cette génération qui interprète les angoisses de Mattathias que nous venons de citer :

Quand David, à travers le psaume de cette génération, reproche à Dieu de lui avoir strictement limité ses jours, Dieu prolonge justement les jours de la lumière produite par l’unique fiole d’huile encore pure retrouvée dans le Temple.

Elle devait durer un jour, elle durera huit jours.

Cette fiole d’huile pure est à l’image du peuple Juif. Isaac[8] évoque les sucs de la terre lorsqu’il bénit Jacob, ce qui comme nous l’avons déjà vu fait un parallèle entre l’huile d’olive utilisée dans le service du Temple et le peuple Juif dans sa caractéristique de peuple sanctifié, de peuple de prêtres.

Pour le reste du psaume et l’association avec les événements de cette génération se référer au psaume commenté.

La sagesse de ne retenir au niveau de l’événement que constitue la première victoire des Maccabées que le miracle de Hanoukka est une décision louable de nos sages.

En effet la victoire des Maccabées n’a effectivement pas suffi à mettre les Juifs hors de danger. Dès le lendemain de cette victoire, les ennemis d’Israël n’abandonnent pas leur combat, et jusqu’à présent les Juifs doivent continuer à se battre pour la souveraineté sur le Temple de Jérusalem.

Si on accepte que le psaume 39 soit associé à la génération de Hanuccah, le titre de ce psaume est :

  • Au Chef[9] des chantres, à Yédoutoun. Psaume de David. »

Yédoutoun[10] est en effet un des trois chantres qui sont évoqués dans les différents textes bibliques. Les trois chantres sont en fait : Etan (ou Ethan), Assaph et Héman, Yédoutoun étant un autre nom de Ethan.

Or Ethan est lui-même auteur d’un psaume, le psaume 89. Soit si on considère la génération associée, la génération des années 830 à 850 après JC. Soit exactement 1000 ans après la génération de Hanuccah (il y a une différence de 50 générations de vingt ans chacune).

Or le miracle de Hanuccah est venu récompenser la réaction salutaire du peuple Juif. En effet, depuis la faute du veau d’or dans le désert, le peuple Juif a constamment été attiré par l’idolâtrie, cela a eu pour conséquence entre autre la fin du royaume d’Israël et l’exil des 10 tribus correspondantes.

La réaction des Hasmonéens marque la fin définitive des errements idolâtres dans le royaume de Judah et chez leur descendants, le peuple Juif.

Malgré cela, force est de constater que dans le millénaire qui a suivi, malgré la réaction salutaire des Hasmonéens, les Juifs ont continué a accumuler les malheurs. Ainsi lors de la génération associée au psaume 89 (830 à 850), le peuple Juif est en exil et subit à la fois la domination des descendants d’Esaü et de ceux d’Ismaël.

C’est Pourquoi Ethan, qui avait été pris à témoin par David dans la génération du miracle de Hanuccah prend la parole 1000 ans plus tard pour dresser un bilan amer du millénaire écoulé malgré la fidélité du peuple Juif:

  • Et pourtant[11] tu l’as délaissé, rejeté, Ton élu ; Tu T’es emporté contre lui.
  • Tu as rompu l’alliance de Ton serviteur, dégradé, jeté à terre son diadème.
  • Tu as démoli toutes ses murailles, changé en ruines ses châteaux-forts.
  • Tous les passants l’ont mis au pillage, il est devenu un objet d’opprobre pour ses voisins.
  • Tu as élevé la droite de ses adversaires, rempli de joie tous ses ennemis.
  • Tu fais reculer le tranchant de son épée, Tu ne le soutiens pas dans les combats.
  • Tu as mis fin à sa splendeur, et son trône, Tu l’as fait crouler à terre.
  • Tu as abrégé les jours de sa jeunesse, et Tu l’as enveloppé de honte. Sélah !
  • Jusqu’à quand, ô Éternel, Te déroberas-Tu obstinément, et Ta colère brûlera-t-elle comme du feu ?
  • Rappelle-Toi combien je suis éphémère, combien est vaine la vie que Tu donnes à tous les fils d’Adam.
  • Est-il un homme qui demeure en vie, sans voir venir la mort ? Qui pourra soustraire son âme aux prises du Cheol ? Sélah !
  • Où sont Tes anciens bienfaits, Seigneur, que, dans Ta sincérité, Tu avais promis à David ?
  • Souviens-Toi, Seigneur, des outrages dirigés contre tes serviteurs, que j’ai eu à porter dans mon sein, de la part de peuples si nombreux ;
  • outrages dont des ennemis, Éternel, m’abreuvent, qu’ils déversent sur les pas de Ton oint !
  • Loué soit l’Éternel à jamais ! Amen et Amen !

Pour lui répondre, et représenter Dieu dans la réponse, nul n’est mieux habilité que Moïse, c’est lui qui s’exprime dans le psaume suivant, le psaume 90, celui de la génération suivante, tel que le montre le début du psaume 90 :

Ainsi dès le début du psaume, Moïse évoque la toute puissance divine et par cela la perception que nous pouvons avoir du monde réel est bien sûr bien différente de ce qui est établi au niveau divin. Ainsi le millénaire évoqué par Ethan dans le psaume précédent, en tenant compte de l’écart de temps entre les deux psaumes extrêmes où celui-ci est soit auteur soit pris à témoin, n’est en fait pour Dieu que l’équivalent d’un instant, c’est ce qui est exprimé au début du psaume 90 :

  • Seigneur[13], tu as été notre abri d’âge en âge !
  • Avant que les montagnes fussent nées, avant que fussent créés la terre et le monde, de toute éternité, Tu étais le Dieu puissant.
  • Tu réduis le faible mortel en poussière, et Tu dis : « Rentrez dans la terre, fils de l’homme ».
  • Aussi bien, mille ans sont à tes yeux comme la journée d’hier – quand elle est passée, comme une veille dans la nuit.

L’évocation d’une veille de la nuit assimilée à un millénaire est bien sur à rapprocher à la nuit du peuple d’Israël qui dure 3000 ans depuis la mort de Salomon, trois millénaires associés à trois gardes de la nuit comme l’évoque le Talmud et comme nous le rappelons sur notre site.

La suite du psaume 90 est une promesse de joie pour le peuple Juif à la hauteur des malheurs qui l’ont accablé pendant les 3000 ans de la nuit, depuis la mort de Salomon (le matin symbolise la fin de la nuit) :

Ainsi derrière le miracle de Hanuccah, c’est bien la résurrection finale et heureuse du peuple Juif qui est promise. Celle-ci est promise pour la présente génération (2010-2030), la 147ème ….

Bonne fête de Hanuccah …

 

Paul David

 

[1] Talmud de Babylone, Traité Chabat, 21b (édition Edmond J. Safra)

[2] II MACCABEES Chapitre 7, versets 1 à 5

[3] Voir II MACCABEES Chapitre 7

[4] PSAUME 39, versets 2 et 3.

[5] I MACCABEES Chapitre 2, versets 23 à 26

[6] Psaume 39, verset 4

[7] Psaume 39, versets 5 et 6

[8] Voir GENESE Chapitre 27, verset 28

[9] Psaume 39, verset 1

[10] Voir O. Odelain et R. Séguineau : « Dictionnaire des noms propres de la Bible ». Aux entrées : ETAN et YEDUTUN.

[11] Psaume 89, versets 39 à 53.

[12] Psaume 90, verset 1

[13] Psaume 90, versets 1 à 4

[14] Psaume 90, versets 14 et 15.

 

 

Actualités

Le pays des purs (le Pakistan)

La plupart des pays à majorité musulmane n’existaient pas avant guerre et étaient des régions de grands empires qui se sont disloqués que ce soit l’Empire ottoman ou les empires coloniaux français ou anglais. Les frontières ont souvent été définies par un simple coup de crayon. Dans ces régions, de grands mouvements de population ont eu lieu y compris et surtout dans la population non musulmane.

Pour les pays d’Orients dans la série d’articles : « La fin d’un monde : les séfarades », nous avons vu que du Maghreb au Yémen ces pays se sont construit aux dépens de la présence juive pourtant plus de deux fois millénaires dans ces contrées, et donc largement antérieure au christianisme et à l’Islam.

Un exemple assez significatif de cette mouvance et de cette création artificielle dont a profité le monde musulman est celui du plus grand pays à majorité musulmane : le Pakistan.

Les antisémites et antisionistes (différence ?) veulent faire croire qu’Israël a été créé grâce à la seconde guerre mondiale en s’appuyant sur la date de création en 1948. L’argument n’est pas justifié car la seconde guerre mondiale et surtout ses signes avant-coureurs ont été un frein (livres blancs) largement préjudiciable à l’établissement de l’État Juif et a favorisé au contraire l’arrivée en Israël et dans ce qu’on nomme aujourd’hui Palestine de nombreux musulmans des territoires voisins de l’Empire Ottoman.

Comme les pays musulmans d’Orient, le Pakistan comme l’Indonésie et le Bangladesh ont ainsi été eux réellement construits grâce à la seconde guerre mondiale sur les ruines des empires coloniaux anglais et hollandais.

Le monde musulman est le seul et vrai vainqueur de la seconde guerre mondiale, le seul à en avoir tiré un profit substantiel.

Ainsi aujourd’hui, le plus grand pays à majorité musulmane est l’Indonésie, mais à sa création le Pakistan incluait le Bangladesh. Pakistan et Bangladesh réunis ont une population bien supérieure aujourd’hui et après guerre à celle de l’Indonésie:

  • Au début[1] du vingtième siècle, la communauté musulmane, essentiellement regroupée dans les provinces Nord-Ouest, représente près du quart de la population de l’Inde. La constitution de 1919, d’inspiration laïque, ne leur garantit pas de droits spécifiques. […]
  • Dès le début du siècle, ils se sont regroupés en une organisation autonome, la Ligue musulmane. […] Dès 1940, la Ligue défend l’idée d’un état musulman indépendant et demande la création d’un État musulman indépendant et demande la création du Pakistan, « Pays des purs ». Pendant la Seconde Guerre mondiale, alors que le Congrès refuse de coopérer avec la Couronne (anglaise), la Ligue entame des pourparlers avec le pouvoir britannique et devient un interlocuteur incontournable dans les discussions sur le futur statut de l’Inde. […]
  • Après la guerre, les discussions sur l’indépendance (de l’Inde) reprennent. […] Les conflits inter-communautaires se radicalisent. Nehru et Gandhi s’opposent à tout partage de l’Inde et donc à la création de l’État islamique du Pakistan. Convaincu de ne pouvoir coopérer avec les dirigeants du Congrès, Jinnah (à la tête de la Ligue musulmane) lance une journée d’action le 16 août 1946. La violence se déchaîne sans contrôle. À Calcutta on dénombre 10 000 morts. En dépit de l’amitié qui lie Jinnah et Nehru, le dialogue entre les deux communautés est dans une impasse. Malgré le désaveu de Gandhi, qui se retire du congrès, Nehru se voit contraint d’accepter la partition de l’Inde. […]
  • Lors de la partition du pays, les ethnies se trouvent scindées en deux : certains de leurs membres seront désormais rattachés à l’Inde « hindoue » – en réalité, laïque -, les autres au Pakistan musulman. Ainsi les sikhs de Pendjab sont-ils divisés par le nouveau découpage territorial, les sikhs demandent aux deux États, dès 1947, la reconnaissance de leur autonomie. Leur révolte est sauvagement réprimée. Pour échapper aux massacres, des populations entières émigrent, et l’on compte jusqu’à huit millions de personnes déplacées – échangées en réalité entre les deux provinces indienne et pakistanaise du Pendjab. À une moindre échelle, d’autres régions du nord et de l’est de l’Inde voient les mêmes scènes se dérouler. Le bilan est terrible : près de 15 millions de personnes déplacées, des centaines de milliers de morts, des villages en ruine.

En 1971, le Pakistan Oriental, très majoritairement musulman devient indépendant et prend le nom de Bangladesh, l’union entre le Pakistan occidental – le Pakistan actuel – et le Pakistan oriental – le Bangladesh – était assez artificiel, car en dehors de la religion – l’Islam – commune, ces deux contrées sont séparées de 1600 kilomètres.

En 2011[2], le Pakistan compte près de 180 millions de musulmans soit plus de 96 % de sa population. Si le Pakistan est ainsi devenu artificiellement un pays quasiment exclusivement musulman, au détriment des autres religions comme les sikhs, les musulmans n’ont pas pour cela abandonné l’Inde malgré la partition car ils y sont aussi près de 180 millions d’habitants soit près de 15 % de la population indienne.

En 1947, la population de l’équivalent du Pakistan actuel[3] était d’environ 34 millions d’individus, le nombre de personnes déplacées, Pakistan vers Inde et inversement, – 15 millions – représente ainsi 44 % de la nouvelle entité musulmane créée. Il en représente 20 % si on intègre la population du Pakistan oriental, l’actuel Bangladesh (environ 76 millions pour les « deux » Pakistan en 1947 et environ 330 millions aujourd’hui).

Rappelons[4] que le Pakistan à son indépendance en 1947 comportait une communauté juive de plusieurs milliers d’individus présents au Pakistan depuis deux millénaires donc bien avant chrétiens et musulmans. Certains d’entre eux, les Bene Israël s’y seraient établis en fuyant les persécutions romaines en Palestine au IIe siècle. Tous émigrèrent comme tous les non musulmans, soit vers l’Inde, soit vers Israël. Aujourd’hui il ne reste plus qu’un seul Juif au Pakistan. Il est d’ailleurs le seul à manifester son soutien à Charlie après les attentats de début 2015.

L’Indonésie[5] est le pays qui aujourd’hui comporte la plus grande communauté musulmane (208 millions) du monde issu des anciennes Indes néerlandaises. La population de l’Indonésie est aujourd’hui (2011) à 88 % musulmane. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Hollandais qui en Europe sont déjà sous la domination allemande ne peuvent résister dans ce qui constitue aujourd’hui l’Indonésie à l’invasion japonaise. Les troupes néerlandaises se rendent le 8 mars 1942, marquant la fin de la domination hollandaise. Sokeamo un des leaders nationalistes, coopère avec les occupants japonais (les opposants à Sokeamo et les populations civiles subissent exactions et crimes). Conformément aux promesses des Japonais, l’indépendance de l’Indonésie est proclamée le 17 out 1945, deux jours après la capitulation des Japonais. Malgré leurs efforts pour reprendre pied, les Hollandais avaliseront définitivement le nouvel état en 1949.

 

Paul David

[1] (sous la direction de) Jean Pierre Rioux : « Histoire du monde de 1918 à nos jours ». Chapitre : « L’indépendance de l’Inde ». (p. 302 à 307)

[2] Sources : http://fr.wikipedia.org/wiki/Nombre_de_musulmans_par_pays

[3] Source : http://wiki.answers.com/Q/What_was_the_population_of_Pakistan_in_1947

[4] D’après : http://www.lepoint.fr/monde/charlie-hebdo-le-dur-combat-d-un-juif-pakistanais-16-01-2015-1897180_24.php#xtor=CS3-190

[5] D’après: http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_l’Indonésie et http://fr.wikipedia.org/wiki/Nombre_de_musulmans_par_pays

 

Actualités

La fin d’un monde : les Juifs Séfarades, III – De la Libye au Yémen.

Dans le chapitre précédent, nous nous sommes intéressé au Maghreb.

Dans le présent article, la disparition des communautés juives des autres pays à majorité musulmane du moyen-orient sont évoqués.

Pour répondre à des premières réactions à cet article, je rappelle que j’englobe volontairement par abus de langage dans le terme séfarade tous les communautés juives d’orient vivant dans des pays à majorité musulmane. Pour en comprendre la raison, se référer au premier article de cette série: « préambule » (lien directe en fin d’article).

Libye

  • La communauté[1] juive de Libye comptait plus de 38 000 Juifs en 1948 et 36 000 d’entre eux émigrèrent vers Israël peu après la création de l’État hébreu, lorsque la situation de cette communauté devint des plus précaires. Le reste d’entre eux quittèrent eux aussi la Libye, et émigrèrent surtout vers l’Italie.
  • Kadhafi arrivé au pouvoir en 1969, déclara la confiscation officielle de tous les biens juifs – privés et communautaires – et annonça qu’il n’y aurait pas de recours pour obtenir de dédommagements de la part des autorités libyennes.

La Libye qui n’était qu’une petite province de l’empire Ottoman devint un état artificiellement après la Seconde Guerre mondiale en s’appliquant à se débarrasser des non musulmans pourtant ancrés dans la région depuis des siècles :

  • Entre 1551 et 1911[2], la Libye faisait partie de l’Empire turc ; entre 1911 et 1943 ce fut une colonie italienne ; de 1943 à 1952 elle fut placée sous administration militaire britannique et depuis 1952, la Libye est un État indépendant. […]
  • Le roi Idris (de 1951 à 1969) – en dépit de ses promesses officielles et de son engagement à protéger la communauté juive – n’avait aucune influence sur le gouvernement libyen, lequel promulguait régulièrement des lois spéciales restreignant les activités commerciales des Juifs. Les Juifs ne purent obtenir la citoyenneté libyenne et les droits civils les plus élémentaires.

La population de la Libye est aujourd’hui (2011) à 97 %[3] musulmane

Égypte

On peut clore l’Afrique par l’Égypte parmi les pays à majorité musulmane qui possédait une forte population juive avant guerre :

  • Pour les Juifs[4] d’Égypte, la guerre du Sinaï (1957) marque la fin d’un monde. Les mesures prises en réaction à la « Triple et lâche agression » frappent en premier lieu les Français et les Britanniques : les ressortissants des deux colonies sont expulsés d’Égypte et leurs biens et avoir confisqués. On compte parmi eux un certain nombre de juifs. Mais ces mesures de rétorsion touchent de la même façon les « Juifs du Nil » : quelque 460 entreprises appartenant à des Juifs sont confisquées et placées sous séquestre, un millier d’entre eux sont internés dès le début de la guerre. Ce sont pour moitié des ressortissants de ces anciennes puissances capitulaires, l’autre moitié étant constituée de citoyens égyptiens brutalement suspects d’activité sioniste. Les expulsions directes, qui frappent en outre 600 Juifs apatrides, cessent dès la mi-novembre pour céder la place à des formes de pression plus ou moins officielles, mais tout aussi efficaces. Un décret présidentiel de novembre prévoit la déchéance de la nationalité égyptienne pour toute personne reconnue sioniste. Un véritable mouvement de panique se déclenche, alimenté par la presse, la rumeur, et les tracasseries teintées de prévarication de l’administration ou de la police. Plus de 20 000 juifs quittent l’Égypte au cours de l’année 1957, laissant derrière eux la plupart de leurs biens et un patrimoine immobilier important. Comme cela s’était produit en Irak, les titulaires d’un passeport égyptien sont pressés de signer, à leur passage à la frontière, un document de renonciation à leur nationalité. […] À la veille de la guerre de 1967, on estime à un peu plus de 8000 le nombre de juifs demeurés dans le pays. Ils ne seront plus que quelques centaines après la crise.

On peut[5] entrevoir les sentiments des Juifs égyptiens en lisant une lettre adressée à l’éditeur du journal Akhir Sa’a, traduite en français et publiée dans une revue de presse dans « La Bourse Égyptienne » du 22 juillet 1948 :

  • « Il semblerait que la plupart des gens en Égypte ne savent pas que certains musulmans égyptiens ont la peau blanche. Chaque fois que je monte dans un bus, les gens pointent du doigt en disant « Juif ! Juif ! » On m’a battu plus d’une fois à cause de cela. C’est pourquoi je demande très humblement que vous publiiez ma photo en expliquant que je ne suis pas juif et que mon nom est Adham Mustafa Galeb ».

La présence plus que deux fois millénaire des Juifs en Égypte se clôt. La population de l’Égypte est aujourd’hui (2011) à 95 %[6] musulmane. Pour les 5 % restant – la communauté chrétienne copte – l’actualité montre que leur présence est assez précaire.

Irak

Pour le Moyen-Orient, on peut s’intéresser déjà à l’Irak, ou on a déjà vu qu’un pogrom avait été organisé pendant la Seconde Guerre mondiale à défaut d’une application plus stricte de la solution finale.

Sous couvert de conflit avec Israël, l’Irak organise la spoliation des Juifs d’Irak et leur transformation progressive en paria, les poussant, y compris ceux qui se sentaient profondément irakiens ou sans attache avec Israël à prendre la route de l’exil et dans le même temps d’être contraint de perdre la nationalité irakienne :

  • Les conditions[7] de vie des Juifs d’Irak se dégradèrent rapidement après la création de l’État d’Israël. […] Les Juifs furent, à partir de 1948, victimes de toute une série de mesures discriminatoires de caractère économique. Sous le couvert de lois présentées comme générales, les autorités entreprirent de détruire les sources de revenus des Juifs d’Irak. […] Des centaines de Juifs furent licenciés des services publics irakiens et le gouvernement irakien imposa à de nombreuses compagnies étrangères le licenciement de leurs employés juifs (peut-être plus de 1500 au total). À partir de septembre 1948, les Juifs furent exclus de toute occupation ayant un rapport quelconque avec l’import-export et interdits de contracter des contrats publics quels qu’ils soient.
  • En mars 1950, dans un contexte de crise économique et d’inflation galopante, le gouvernement irakien décida d’autoriser le départ/l’émigration des Juifs d’Irak, et ce par le biais d’une loi « portant déchéance de la citoyenneté irakienne » devant s’appliquer à tout Juif qui demanderait à émigrer vers Israël. […]
  • La situation économico-financière des Juifs d’Irak empira encore avec le vote par le Parlement irakien de la loi du 10 mars 1951 gelant les biens juifs irakiens. […] La même loi autorisa la fermeture et la séquestration de tous les magasins et entrepôts par les populations locales. En outre, les autorités ne firent rien pour éviter le pillage systématique de ces mêmes magasins et entrepôts par les populations locales. […]
  • Le choc et le désespoir des Juifs qui furent la conséquence de ces mesures poussèrent nombre d’entre eux à vendre leurs biens les plus chers à n’importe quel prix.

La population de l’Irak est aujourd’hui (2011) à 99 %[8] musulmane. L’actualité montre que le 1 % restant risque d’avoir beaucoup de mal à survivre en Irak, cette ancienne province de l’empire Ottoman.

Syrie

Autre pays du Moyen Orient qui possédait une forte communauté juive avant guerre et dont la présence et plus de deux fois millénaires, la Syrie :

  • En 1943[9], quelque 30 000 Juifs habitaient la Syrie, la plus grande communauté étant celle d’Alep, avec 17 000 Juifs, suivie de près par la communauté de Damas, avec 10 000 Juifs environ. […]
  • La situation des Juifs syriens empira de manière significative à la suite de la création de l’État d’Israël. Le surlendemain de la décision de séparer la Palestine en deux États, la ville d’Alep fut la scène d’un pogrom important pendant lequel de nombreux Juifs furent tués ou blessés et de nombreuses synagogues, habitations et magasins juifs détruits. Au-delà des manifestations de violence spontanée, le mois de décembre 1947 vit l’adoption de quantité de mesures officielles gouvernementales à l’encontre des Juifs qui rendirent le quotidien de ceux-ci de plus en plus précaire. […]
  • La guerre des Six Jours de juin 1967 et surtout l’arrivée au pouvoir d’Hafez el-Assad en 1970 furent l’occasion d’une grave détérioration des Juifs de Syrie.

Les témoignages montrent que la vie des Juifs syriens était devenue impossible :

  • La communauté[10] juive de Syrie se trouve constamment placée sous étroite surveillance. […] Une absence d’un jour à l’école de la part d’un élève juif se traduit par une visite immédiate de la police à son domicile. […] La Mukhabarat (police secrète) a un bureau au cœur même du ghetto, et les habitants juifs vivent sous sa menace permanente. […]
  • Les Juifs sont les seuls citoyens de Syrie qui ont leur religion inscrite sur leur passeport et sur leurs pièces d’identité, autrefois en grosses lettres rouges, aujourd’hui en lettre bleues plus petites : « Mussawi » (« juif »).

La population de la Syrie est aujourd’hui (2011) à 93 %[11] musulmane. Pour les 7 % restant, les chrétiens, comme pour l’Égypte et l’Irak, l’avenir est pour le moins incertain  comme le montre le conflit actuel.

Yémen

  • À Aden[12], le 2 décembre 1947, soit trois jours après le vote de partage par l’Assemblée générale des Nations Unies, une violente émeute détruit la grande synagogue et ravage le quartier juif, faisant 82 victimes. Les autorités britanniques du Protectorat improvisent un camp de relogement à la périphérie de la ville, dans lequel s’entassent, au cours de l’année 1948, des centaines de migrants venus du Nord, notamment de Sanaa ou de Dhamar, dans un profond dénuement : un décret de l’imam oblige en effet les candidats à l’émigration à vendre tous leurs biens avant de quitter le pays, et le trajet fournit nombre d’occasions de dépouiller les voyageurs de leurs économies. C’est seulement en septembre 1948 que les Britanniques autorisent un départ massif vers Israël et installent à Aden des camps de transits. La voie maritime étant fermée, un pont aérien baptisé « opération Tapis volant » transfère, en l’espace de quelques mois, près de 50 000 Juifs yéménites, soit les neuf dixièmes de la communauté.

La population du Yémen est aujourd’hui (2011) à 99 %[13] musulmane.

 

Paul David

 

Pour accéder aux articles associés à ce sujet:

Label concept represented by black button icon. Isolated and shiny illustration.Article:
La fin d’un monde : les Juifs Séfarades, préambule

Article:
Label concept represented by black button icon. Isolated and shiny illustration.La fin d’un monde : les Juifs Séfarades – I, le statut de dhimmi

Article:
Label concept represented by black button icon. Isolated and shiny illustration.La fin d’un monde : les Juifs Séfarades – II, Maghreb

 

 

[1] « L’exclusion des Juifs des pays arabes ». Chapitre de Jean Marc Liling : « La confiscation des biens juifs en pays arabes ».  (p. 170)

[2] (collectif) « L’exclusion des Juifs des pays arabes ». Témoignage de Lillo Arbid devant le tribunal de Washington. (p. 247 et 250)

[3] http://fr.wikipedia.org/wiki/Nombre_de_musulmans_par_pays

[4] (Collectif Antoine Germa/Benjamin Lellouch/Evelyne Patlagean) : « Les Juifs dans l’histoire ». Chapitre de Frédéric Abécassis et Jean-François Faü: « Le monde musulman : effacement des communautés juives et nouvelles diasporas depuis 1945 ». (p. 823,824).

[5] (collectif) « L’exclusion des Juifs des pays arabes ». Chapitre de Ya Akov Meron.(titre identique à celui du livre)  (p. 123)

[6] http://fr.wikipedia.org/wiki/Nombre_de_musulmans_par_pays

[7] (collectif) « L’exclusion des Juifs des pays arabes ». Chapitre de Jean Marc Liling : « La confiscation des biens juifs en pays arabes ».  (p. 162,163)

[8] http://fr.wikipedia.org/wiki/Nombre_de_musulmans_par_pays

[9] « L’exclusion des Juifs des pays arabes ». Chapitre de Jean Marc Liling : « La confiscation des biens juifs en pays arabes ».  (p. 170 à 172)

[10] (collectif) « L’exclusion des Juifs des pays arabes ». Témoignage d’un juif de Damas. (p. 212,213)

[11] http://fr.wikipedia.org/wiki/Nombre_de_musulmans_par_pays

[12] (Collectif Antoine Germa/Benjamin Lellouch/Evelyne Patlagean) : « Les Juifs dans l’histoire ». Chapitre de Frédéric Abécassis et Jean-François Faü: « Le monde musulman : effacement des communautés juives et nouvelles diasporas depuis 1945 ». (p. 818,819).

[13] http://fr.wikipedia.org/wiki/Nombre_de_musulmans_par_pays

 

 

 

 

Actualités

La fin d’un monde : les Juifs Séfarades – II, Maghreb

Cet article fait suite aux deux premiers articles associés à l’exode sans retour des Juifs Séfarades. Dans l’article précédent, nous avions vu comment le statut de dhimmi a pu influencer la survie des Juifs en terres à majorité musulmane, bien que ce statut aie peut de chose à voir avec les premiers temps de l’Islam.

Nous commençons dans cet article l’inventaire avec les 3 pays du Maghreb: Tunisie, Algérie et Maroc qui ont abrité des communautés juives nombreuses.

La Tunisie.

Comme pour les autres terres aujourd’hui majoritairement islamiques, les Juifs étaient vraisemblablement présents en Tunisie depuis la plus haute antiquité. Certains affirment, qu’ils s’y établirent en tant qu’alliés des Phéniciens ou du temps de Salomon ou de la fondation de Carthage.

Les premières preuves intangibles de la présence juive en Tunisie datent du IIe siècle après JC, leur présence réelle est vraisemblablement bien plus ancienne.

L’accession à l’indépendance de la Tunisie a entraîné un important exode de la population juive vers la France et vers Israël, mais de nombreux Juifs, voulant croire que le nouvel état leur ferait une place, restèrent en Tunisie.

Mais confrontés à la réalité, ces derniers finiront également par émigrer :

  • L’indépendance[1] tunisienne imposa aux Juifs de Tunisie un choix difficile et douloureux. Ils ne pouvaient plus se satisfaire d’une histoire faite par les autres en souhaitant qu’elle ne leur fût pas trop défavorable. Ils devaient choisir, pour eux et leurs enfants, le pays où ils désiraient vivre, la nation dont ils entendaient partager le destin.
  • Israël exerçait une forte attraction. Plus de vingt-cinq mille Juifs de Tunisie y ont émigré dans les années qui ont suivi la proclamation de l’État d’Israël. […]
  • La France exerçait, elle aussi, une forte attraction. […] Tous ceux qui, après la proclamation de l’indépendance tunisienne, estimèrent, pour une raison ou une autre, qu’ils ne pouvaient plus vivre en Tunisie, et qui n’avaient pas été gagnés au sionisme, optèrent pour l’émigration en France. […]
  • Nombre de Juifs ne voulaient, ni émigrer à destination d’Israël ni s’établir en France, et ils restaient en Tunisie sans avoir de décision à prendre que de ne pas en prendre – pour le moment. […]
  • La constitution adoptée par l’Assemblée Nationale Constituante, et qui entra en vigueur à dater du 1er juin 1959, a affirmé le caractère islamique du nouvel État : « La Tunisie est un État libre, indépendant, souverain : sa religion est l’Islam, sa langue l’arabe, et son régime la république » (art. 1) Elle prend bien soin de préciser : « Le président de la République est le Chef de l’État, sa religion est l’islam » (art. 37). Mais en affirmant la primauté de l’islam, la Constitution n’en reconnaît pas moins aux autres confessions le droit d’exister : « La République tunisienne garantit la dignité de l’individu et la liberté de conscience, et protège la liberté des cultes, sous réserve qu’il ne trouble pas l’ordre public » (art. 6). […]
  • Les Juifs de nationalité tunisienne n’auraient pas dû être affectés par les multiples changements que connut le pays au lendemain de l’indépendance, dès lors que les plus hautes autorités proclamaient l’égalité de tous les nationaux devant la loi et que les textes constitutifs de l’ordre nouveau accordaient les mêmes droits à tous les citoyens quelle que fut leur religion. Pourtant, ils ne devaient pas tarder, les uns après les autres, à quitter le pays : […]
  • Les Juifs n’avaient pas à souffrir de discriminations lorsqu’il s’agissait d’accéder à la fonction publique ou d’y être promu. Dans tous les secteurs d’activité, ils durent bientôt se rendre compte que la nouvelle administration favorisait systématiquement les entreprises musulmanes, par rapport aux entreprises juives. Elles accordaient largement aux premières les licences d’importation qu’elle délivrait aux secondes comme à contrecœur. Les autorisations administratives étaient plus aisées à obtenir pour les uns que pour les autres, et il en était de même pour le concours financier des établissements de crédit. Par contre, les agents du fisc contrôlaient d’une façon plus minutieuse et plus stricte les entreprises juives que les entreprises musulmanes, et les taxaient plus lourdement. Le comportement de tous ceux qui exerçaient une parcelle de pouvoir persuadait les Juifs qu’en dépit des déclarations officielles et des lois de la République, ils ne seraient jamais traités comme leurs concitoyens musulmans. Ils prenaient alors la décision de partir et partaient dès qu’ils le pouvaient.

L’indépendance de la Tunisie s’est faite avec un minimum de combat et sous l’égide de personnalités visionnaires tel le président Bourguiba. Malgré cela, la constitution de ce pays s’est faite en privilégiant le caractère islamique de sa population et dénigrant de fait la population non musulmane, même si celle-ci voulait se considérer comme tunisienne du fait de son attachement ancestral à cette terre. Mais pour les Juifs, rester en terre (dite) musulmane, cela revenait à accepter une situation de dhimmi ou de pseudo-dhimmi. Ce qui au vingtième siècle n’était plus acceptable même dans des pays « ouverts » comme la Tunisie.

La population de la Tunisie, autrefois terre multiethnique et multiculturelle, est aujourd’hui (2011) à 99 %[2] musulmane.

Le constat fait par les Juifs de Tunisie de l’impossibilité de devenir un citoyen à part entière en pays arabe, alors que ce pays est ou était un des plus laïques des pays arabes fut encore plus clair dans les autres pays arabes.

Algérie :

La guerre d’indépendance de l’Algérie fut bien plus dure. De nombreux Juifs se rangèrent du côté des combattants mais cela ne leur permit pas de rester par la suite en Algérie, terre de leurs ancêtres :

  • Le saccage[3] de la grande synagogue d’Alger le 12 décembre 1960, l’apparition sur les murs de la Casbah de croix gammées et d’inscriptions « Mort aux juifs », la profanation du cimetière israélite d’Oran et les affrontements interconfessionnels qui se déroulent dans la ville en septembre 1961 achèvent, dans la tourmente de la guerre d’Indépendance, d’ancrer les Juifs d’Algérie dans leur citoyenneté française. Depuis, le début du conflit en 1954, OLYMPUS DIGITAL CAMERAl’attentisme était de mise, et les Juifs n’avaient jamais été visés en tant que tels. […] Sur une population juive estimée entre 130 et 150 000 personnes en 1960, 25 000 seulement demeurent dans le pays à la fin de l’été 1962 ; ils ne seront plus qu’un millier en 1971. L’immense majorité de la population juive peine à se reconnaître dans le slogan hérité du Mouvement des Oulémas : « L’Algérie est ma patrie, l’arabe est ma langue, l’islam ma religion».

En Algérie, les Juifs avaient pu obtenir la nationalité française au XIXe siècle, et non les musulmans car une première tentative avant le décret Crémieux auprès des deux communautés juive et musulmane, avait révélé que les musulmans n’étaient pas intéressés par celle-ci.

Pendant[4] le Front populaire, Léon Blum avait tenté de lancer un projet (projet Blum-Viollette) qui aurait permis la nationalisation progressive des Algériens, ce projet fut rejeté par les colons français, le général De Gaulle a essayé de le réactiver en 1944. La maxime d’Abdelhamid Ben Badis (1889-1940) répond à ceux parmi les Algériens qui seraient tentés par ce projet est la suivante : « Le peuple algérien est musulman et fait partie du monde arabe. Ceux qui ont dit qu’il a renié ses origines, ou qu’il est mort, mentent. Ceux qui lui demandent de s’assimiler, demandent l’impossible… ».

Ainsi, l’anticolonialisme en pays à majorité musulmane est adossé à l’affirmation de l’identité musulmane des territoires qui réclameront leur indépendance, ouvrant ainsi la voie à l’exclusion et à l’exil des Juifs de ces territoires indépendamment des événements à venir en Palestine.

La population de l’Algérie est aujourd’hui (2011) à 98 %[5] musulmane.

Maroc :

Le Maroc semble un pays tolérant, mais en fait la plupart des Juifs ont dû fuir aussi. Paradoxalement, c’est après avoir été reconnus comme des citoyens marocains après l’indépendance du Maroc en 1956, que les Juifs ont quitté le pays en masse, surtout après le massacre de Meknès en 1955 et la mort de Mohammed V en 1961 :

  • Pour les[6] communautés juives, l’essentiel s’est joué bien avant 1989. Certaines communautés se réclamant d’une présence continue depuis l’époque biblique ou l’Antiquité comme en Égypte, en Algérie, au Yémen ou en Irak ont disparu. D’autres se sont réduites à une peau de chagrin, leurs membres adoptant le plus souvent un profil bas plus conforme à l’attitude attendue de communautés protégées par le pouvoir politique. C’est le cas du Maroc, où une communauté forte de 250 à 300 000 membres en 1948, n’en compte plus que 17 000 en 1976 et moins de 5 000 en 1999, résidant pour la plupart à Casablanca.

Nous avions déjà évoqué, dans notre article précédent, les résultats de la dhimmitude sur la démographie juive du XVIe au XVIIIe siècle, au début du XXe siècle, l’amélioration n’est pas notable :

  • Les dhimmis[7] au Maroc sont l’archétype de l’opprimé et de l’exclu. La justice est un registre qui leur est inconnu. Tout cela est attesté dans des sources historiques juives et non-juives. […] Elles émanent de témoins directs des événements qui ont secoué les communautés juives au Maroc depuis 1862 jusqu’en 1912. Le sac du mellah (quartier juif) de Casablanca en 1907, celui de Fez en 1912 à la suite du protectorat. Massacres, incendies, viols, vols, rapts, rien ne manque. La vulnérabilité des dhimmis est telle que même Charles de Foucault, qui ne les aimait pas, a décrit leur condition à la fin du XIXe siècle en des termes qui en donnent une idée bien précise : « Les Israélites qui, aux yeux des musulmans, ne sont pas des hommes… ».

Israël fut très actif pour faire émigrer les juifs du Maroc en Israël, mais ce fut avec l’aval voir la complicité des autorités marocaines qui étaient lucides sur l’avenir des Juifs au Maroc après l’indépendance de 1956 :

  • Tant[8] que les Juifs sont plus productifs que les musulmans et leur niveau de vie était plus élevé, ils devenaient un exemple à imiter. À cette étape des analyses de la question judéo-marocaine, le prince formula un argument surprenant (à la délégation israélienne), jamais émis précédemment par un dirigeant de droite et de gauche : « Soyons réalistes, l’expérience nous a appris que dans le processus de développement de pays venant d’accéder à leur indépendance, la classe défavorisée de la population, désenchantée par les difficultés, s’attaque d’abord aux étrangers, ensuite elle s’en prend aux minorités religieuses. » Les propos du prince héritier étaient certes surprenants, non seulement par leur sincérité, mais aussi par leur troublante sincérité. Malgré la masse de déclarations appelant à l’intégration juive dans la société marocaine, quatre années après l’indépendance, alors que de fervents militants juifs embrassaient ardemment cette voie, le prince Moulay Hassan confessa qu’il n’y croyait guère. Les Juifs de son pays étaient inévitablement des candidats potentiels à quitter le Maroc et n’avaient pas, en tant que minorité religieuse, d’avenir dans la société marocaine après l’indépendance.

Le mythe[9] de l’entente judéo-marocaine est réfuté par le témoignage d’un Arabe Marocain, Saïd Ghallah, paru dans « Les temps modernes » en 1965 :

  • « Nous avons grandi. Mes amis d’enfance sont demeurés anti-juifs. Ils voilent leur antisémitisme virulent en soutenant que l’État d’Israël est la création de l’impérialisme occidental. […] Or il suffit d’ouvrir les yeux pour voir que les croix gammées tapissent les murs et de tendre l’oreille pour saisir combien est ancrée dans les cœurs la haine du Juif, même dans une classe paysanne très arriérée, qui ignore ce que signifie Israël, donc qu’il y a un « conflit politique » judéo-arabe. Tout se passe au contraire comme si le Juif était cet ennemi héréditaire qu’il faut éliminer, une épine dans la plante des pieds qu’il faut arracher, un mal qu’il faut détruire ».

La population du Maroc est aujourd’hui (2011) à 99,9 %[10] musulmane.

 

Paul David.

Pour accéder aux articles associés à ce sujet:

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La fin d’un monde : les Juifs Séfarades, préambule

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[1] Paul Sebag : « Histoire des Juifs de Tunisie ». (p. 286 à 296)

[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Nombre_de_musulmans_par_pays

[3] (Collectif Antoine Germa/Benjamin Lellouch/Evelyne Patlagean) : « Les Juifs dans l’histoire ». Chapitre de Frédéric Abécassis et Jean-François Faü: « Le monde musulman : effacement des communautés juives et nouvelles diasporas depuis 1945 ». (p. 826).

[4] Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Projet_Blum-Viollette

[5] http://fr.wikipedia.org/wiki/Nombre_de_musulmans_par_pays

[6] (Collectif Antoine Germa/Benjamin Lellouch/Evelyne Patlagean) : « Les Juifs dans l’histoire ». Chapitre de Frédéric Abécassis et Jean-François Faü: « Le monde musulman : effacement des communautés juives et nouvelles diasporas depuis 1945 ». (p. 816).

[7] (collectif) « L’exclusion des Juifs des pays arabes ». Chapitre de Ruth Toledano Attias : « L’antisémitisme au Maroc du début du XXe siècle ».  (p. 66)

[8] (collectif) « L’exclusion des Juifs des pays arabes ». Chapitre de Vigal Bin Nun : « La quête d’un compromis pour l’évacuation des Juifs du Maroc ».  (p. 89,90)

[9] (collectif) « L’exclusion des Juifs des pays arabes ». Chapitre de Ruth Toledano Attias : « L’antisémitisme au Maroc du début du XXe siècle ».  (p. 72)

[10] http://fr.wikipedia.org/wiki/Nombre_de_musulmans_par_pays

 

Actualités

La fin d’un monde : les Juifs Séfarades – I, le statut de dhimmi

Pour comprendre pourquoi l’exode des Juifs séfarades a été total il faut rappeler au préalable le statut des Juifs (et autre « protégés ») en terre d’Islam.

Depuis la fin du XIXe siècle, les Juifs de la sphère musulmane qui avaient été contraints pendant des siècles de vivre avec un statut de dhimmi, découvrent une nouvelle liberté car la plupart de ces territoires sont alors contrôlés par des puissances européennes, telle que le France et l’Angleterre, qui imposent un statut égalitaire, synonyme d’une nouvelle liberté pour les Juifs.

Après la seconde guerre mondiale, en proclamant leur indépendance, les anciennes colonies déclinent ouvertement une législation basée sur l’Islam, ce qui signifie pour les Juifs qui souhaiteraient rester, d’accepter une citoyenneté de second ordre, d’accepter d’être à nouveaux des dhimmis après avoir gouté à l’Europe des Lumières …

C’est pourquoi j’effectue quelques rappels par rapport à ce statut.

Il faut tout d’abord se référer au statut de dhimmi tel que défini par la Convention dite d’Omar :

  • Il est[1] probable qu’un certain nombre des prescriptions humiliantes contenues dans la Convention d’Omar ont été le fait du calife omeyyade Omar II (717-720), et c’est peut-être l’origine de la confusion. La rédaction du texte sous sa forme la plus complète doit être l’œuvre de compilateurs lettrés du IIIe siècle de l’Hégire, prenant en compte toutes les restrictions successives apportées aux libertés des dhimmis, sans considération de temps et de lieux.
  • Quoi qu’il en soit, le texte des « chorouth » (= stipulations, nom arabe de la convention) est révélateur d’un état de la pensée juridique musulmane, à l’égard des minorités, qui marque une considérable péjoration par rapport à l’époque du Prophète et de la conquête, et qui peut paraître caractéristique de l’attitude, au moins théorique, de la civilisation islamique à son apogée. La liste des interdictions et vexations diverses est désormais très longue : interdictions de construire ou de réparer des édifices religieux ; des manifestations publiques de culte, de port d’armes ou de monter à cheval sur des selles ; obligation de signes distinctifs d’ordre vestimentaires, ou de particularités de coiffure ; de marques extérieures de respect à l’égard des Musulmans, etc. Parallèlement se développaient les avanies diverses imposées aux dhimmis lors du paiement de la capitation (attitude humble et courbée des contribuables, qui doivent effectuer le versement en personne ; sceau apposé sur la nuque du contribuable pour servir de quittance, etc.), qui découlent directement, quant à elles, du texte du verset coranique (Sourate IX, verset 29 : « avec humiliation ») et de ses interprétations rigoristes. Enfin les diverses écoles juridiques élaboraient toute une série de réglementations et toute une jurisprudence de détails qui aboutissaient dans de nombreux domaines du droit privé et public (taxes commerciales spéciales ; fiscalité particulière en ce qui concerne l’impôt foncier – kharâdj -; restrictions à la capacité d’hériter, interdiction pour un dhimmi d’épouser une Musulmane, de posséder des esclaves non seulement musulmans mais parfois même païens ; exclusions au moins théorique des emplois publics ; nullité ou médiocre valeur du témoignage, en particulier en cas de procès avec un musulman, etc.) à affecter gravement la situation des minorités non musulmanes.

Omar II qui a créé ce statut de dhimmi est un calife Omeyyade, dynastie qui régna de 661 à 750 sur les destinées arabes. Cette dynastie s’est imposée en s’opposant aux dépens d’Ali et ses descendants et est donc ennemie naturelle des Chiites, un des deux principaux mouvements de l’Islam.  Cette dynastie est décimée par la dynastie Abbasside qui prend sa succession, nombreux justifient cette déchéance du fait du non respect des valeurs essentielles de l’Islam par les derniers califes Omeyyades. On peut donc considérer que cette dynastie par sa naissance et sa mort est unanimement rejetée par le monde musulman.

Temple mount - holy place for judaism and islamMalgré cela, l’Islam a conservé de la dynastie Omeyyade, l’héritage religieux (statut de dhimmi) ainsi que l’héritage matériel (la mosquée Al Aqsa et le Dôme du Rocher construits par le calife omeyyade Abd-al-Malik). Le statut de dhimmi a empêché la pleine harmonie entre Juifs et musulmans dans la sphère musulmane. Les mosquées Al-Aqsa et le Dôme du Rocher sont vraisemblablement le plus gros obstacle à la paix entre Israël et le monde musulman.

Armenian_Genocide_Museum-Institute_7Se révolter contre le statut de dhimmi est impossible, le sort des Arméniens au début du siècle le démontre. Si les Arméniens ont subi le premier génocide du vingtième siècle, c’est parce que les Turcs, se considérant pourtant comme laïques, avaient appliqué à cette population les règles des dhimmis : si un dhimmi refuge la soumission, alors il ne bénéficie plus de la « protection » et il est soumis au jihad pour lequel il n’a alors plus aucun droit y compris celui d’exister :

  • Les concepts[2] de protection et de tolérance sont liés : celui qui protège tolère, et la tolérance relève des règlements établis par le protecteur pour concéder sa tolérance. Dans le contexte de jihad, le non musulman habitant du domaine de la guerre (harbi) n’a aucun droit ; sa vie et ses biens sont à la merci de n’importe quel musulman en raison de la situation de guerre prévalant entre son pays (dar al-harb) et le domaine de l’islam. Le non-musulman n’obtient de droit que par sa soumission pacifique au souverain musulman. C’est par conséquent dans un contexte de guerre qui implique la suppression des droits de l’ennemi, que la communauté musulmane concède aux Juifs et aux chrétiens des droits qu’elle-même délimite selon ses propres critères. […]
  • Le premier droit (des dhimmis) est le droit à la vie – concédé moyennant la jizya (capitation, Coran, IX : 29). La vie n’est pas estimée un droit naturel. C’est un droit que chaque Juif et chaque chrétien doivent racheter par une capitation annuelle avec humilité à l’Ummah (la communauté musulmane). Alors seulement leur vie est protégée. Le concept de tolérance est corrélé à de nombreuses discriminations obligatoires dans les domaines économiques et sociaux, imposés aux dhimmis. […]
  • La protection était abolie si le dhimmi se rebellait contre la loi islamique, faisait allégeance à un État non-musulman, refusait de payer la jizya, convertissait un musulman, endommageait sa propriété ou blasphémait. Le blasphème incluait le dénigrement du prophète Mahomet, du Coran, de la foi musulmane, la critique de la charia en lui imputant un défaut. […]
  • Le régime de la protection présentait à la fois des aspects positifs et négatifs. S’il procurait aux dhimmis une sécurité et une autonomie religieuse relatives, il leur imposait, par ailleurs de nombreuses discriminations légales destinées à les rejeter dans une condition d’humiliation, de discrimination et d’avilissement, par un système d’apartheid religieux. […]
  • Dans le domaine juridique, la loi ordonnait l’infériorité et l’humiliation permanente des dhimmis. Leur sang valait la moitié de celui d’un musulman, le mépris pour leur vie s’exprimait par l’inégalité des sanctions pour la même offense, la sentence pour le meurtre était plus légère si la victime était un dhimmi. Le meurtrier musulman d’un dhimmi était rarement poursuivi car il pouvait se justifier en accusant sa victime de l’avoir agressé ou d’avoir blasphémé l’Islam. […]

Malgré ce statut, nombreux affirme que les Juifs furent heureux au sein du monde arabe. Cela n’est qu’une illusion :

  • L’argument[3] que les Juifs furent heureux dans le monde arabe constitue un argument clef du discours palestinien et antisioniste. […]
  • Le monde arabo-islamique se voit consacré comme la victime absolue au point que l’on ne puisse imaginer la possibilité qu’il soit aussi coupable, intolérant et impérialiste. C’est ce qui a fait le lit au mythe de l’idylle judéo-arabe qui, de l’âge d’or de Cordoue, de l’hospitalité et de la tolérance du monde arabe qui, par ces qualités, se serait foncièrement distingué des turpitudes de l’Europe et qui fait dire encore aujourd’hui, en dépit de la réalité passée et présente, que l’antisémitisme n’a jamais concerné que l’Europe chrétienne.

Force est de constater qu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe avait une population (environ 10 millions d’individus) juive dix fois plus nombreuse que celle du monde arabe (environ un million d’individus), Moyen-Orient et Maghreb inclus, alors que la population européenne est au plus deux fois plus nombreuse (moins de 700 millions en 2011) que la population de cette aire arabe (environ 350 millions en 2011).

Cela signifie que l’Europe malgré son antisémitisme, ses massacres et pogroms a accueilli en son sein, en proportion, cinq fois plus de juifs que le monde arabe. Or la population juive dans le monde arabe a elle-même plus que doublée en proportion depuis que ces territoires ont été administrés, sous forme de colonies ou de protectorats, par les Français et les Anglais depuis le dix-neuvième siècle.

Cela signifie que les Juifs étaient dix fois moins nombreux en proportion dans le monde arabe que dans le monde chrétien alors qu’ils étaient souvent nombreux voire majoritaire dans ces territoires avant qu’ils deviennent terres d’Islam.

De fait, hormis l’empire abbasside et l’Espagne omeyyade, les Juifs n’ont été tolérés dans le monde arabe que dans la limite de leur utilité à occuper les métiers interdits ou refusés par les musulmans et pour leurs relations à travers le monde.

Le régime de dhimmitude installait la plupart des Juifs en monde arabe dans une extrême pauvreté qui ne leur permettait pas de croître, à cela il faut ajouter les pogroms et exactions dont la plupart sont sûrement restés inconnues. Le culte de la mémoire est bien moins cultivé dans le monde séfarade que dans le monde ashkénaze.

Les exceptions abbassides et de l’Espagne omeyyade étaient simplement dues au fait que les vrais musulmans, excluant les fraîchement convertis non fiables, étaient minoritaires et ne pouvaient encore imposer un islam rigoureux.

Le régime de dhimmitude est évidemment en cause dans la sous représentation des Juifs dans les terres musulmanes, comme cela a pu être déjà constaté au XIIIe siècle par un observateur européen ;

  • Les Juifs[4] sont des dhimmis, c’est-à-dire qu’ils peuvent pratiquer leur religion même sur un ton discret et non agressif. Ils sont protégés par les clauses d’un pacte qui leur assure la vie sauve en échange de nombreuses contraintes sociales et fiscales. Tandis que la ségrégation sociale se révèle être une forme de domination et de conquête par d’autres moyens que les armes. La mort sociale et l’écrasement fiscal sont des armes d’une autre nature que l’épée mais ils sont très efficaces. En effet, dans son essai historique, Eisenbeth rapporte une information extraite d’un ouvrage de M. de Chénier, consul de France au Maroc au XVIIIe siècle ; il y donne une estimation précise de l’impact de la discrimination sociale et des persécutions sur la démographie juive au Maroc après l’expulsion d’Espagne : au début du XVIe siècle, il y avait trente mille familles juives au Maroc. Au XVIIIe siècle, il n’en restait plus que le douzième.

Depuis le XIXe siècle la grande majorité des terres d’Islam étaient sous contrôles des puissances coloniales européennes, les Juifs avaient découvert alors les lumières et le goût nouveau de la liberté et de l’égalité. Entrevoir un retour au statut de dhimmi ne pouvait plus s’envisager :

  • Les sépharades[5] sont les témoins à charge de l’histoire contemporaine. On ne peut en trouver meilleure preuve dans le fait qu’il n’y a quasiment plus de communautés juives dans le monde arabe aujourd’hui. Dès que le retrait des puissances occidentales dans ces pays était devenu évident, les Juifs avaient très vite compris qu’il n’y avait plus aucun avenir, sous peine de retomber dans la condition inférieure du dhimmi de l’islam.

Nous verrons dans les prochains chapitres qu’en effet, cette définition du statut de dhimmi que les nouveaux états à dominance musulmane devenus indépendants essaieront d’introduire de façon détournée dans leur législation est une des raisons de l’exode des Juifs des pays arabes.

Malgré que la solution finale n’ait pas pu atteindre le monde arabe uniquement du fait de revers militaires, les Juifs y ont en effet quasiment complètement disparu (environ[7] 50 000 en 2000, dont 25 000 en Iran et 20 000 en Turquie) alors que l’Europe héberge encore plus d’un million de Juifs (1 300 000[8] en 2010 dont une bonne partie originaire du monde arabe).

 

Paul David

 

Pour accéder aux articles associés à ce sujet:

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La fin d’un monde : les Juifs Séfarades, préambule

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Pour plus d’info sur différents points ici évoqués:, consulter les pages et articles de ce site, en particuliers:

Sur l’avènement de la dynastie Omeyyade:
Psaume 80 (période 650-670):
Aïcha

Sur la construction de la coupole du Rocher par Abd Al-Malik
Psaume 82 (période 690-710):
Les Wisigoths.

Sur la construction – en dur – de la mosquée Al Aqsa
Psaume 83 (période 710-730):
Al Aqsa

 

 

 

Paul David

 

[1] Xavier de Planhol : « Minorités en Islam ». Chapitre : « Introduction générale / La multiplication des mesures restrictives : la « convention d’Omar ». (p.37)

[2] (collectif) « L’exclusion des Juifs des pays arabes ». Chapitre de Bat Ye’or : « Le facteur dhimmi dans l’exode des Juifs des pays arabes ».  (p. 36 à 49)

[3] (collectif) « L’exclusion des Juifs des pays arabes ». Chapitre de Shmuel Trigano : « La raison d’une occultation ».  (p. 18)

[4] (sous la direction de) Schmuel Trigano : « L’exclusion des Juifs des pays arabes ». Chapitre de Ruth Toledano Attias: « L’antisémitisme au Maroc au début du XXe siècle»

[5]  (sous la direction de) Schmuel Trigano  « L’exclusion des Juifs des pays arabes ». Chapitre de Shmuel Trigano : « La raison d’une occultation ».  (p. 19)

[7] Selon : Michel Abitbol : « Histoire des Juifs, de la Genèse à nos jours » (tableau page : 630)

[8]Selon : wikipedia / Juifs et judaïsme en Europe

 

Actualités

La fin d’un monde : les Juifs Séfarades, préambule

Historiquement le terme séfarade est relatif à l’Espagne de même que le terme ashkénaze est relatif à l’Allemagne. Toutefois depuis l’inquisition, le terme sépharade s’est progressivement transformé pour désigner les Juifs d’Orient alors que le terme Ashkénaze désigne les Juifs d’Occident.

Donc, dans les présents articles, les Juifs sépharades  représentent les Juifs qui vivent dans des contrées à majorité musulmane comme le Maghreb, l’Égypte, l’Iran, l’Irak et la Turquie, même si ce terme n’est pas le plus adapté.

J’aurais pu annoter cet article en désignant « les Juifs des pays arabes » mais cela aurait supposé que ces Juifs auraient été accueillis par les musulmans sur leurs terres, ce qui est évidemment non conforme à l’histoire.

La Bible évoque déjà la vie des Juifs en Égypte, en Mésopotamie en Perse à des époques où ni le christianisme ni l’Islam n’existaient.

De même les Évangiles racontent les histoires des premières communautés chrétiennes qui ont émergé du sein des communautés juives largement représentées autour du bassin méditerranéen, en particulier dans ce qui est aujourd’hui la Turquie, la Syrie, le Liban ou la Jordanie.

Certains font remonter la présence juive au Maghreb du temps des Phéniciens, mais en tout état de cause l’archéologie montre que les Juifs y sont largement représentés bien avant la naissance du christianisme et de l’Islam.

khaibar-ruines-ezgif-com-optimize6De même le Coran nous raconte l’histoire des communautés juives en péninsule arabique, en particulier ce qui constitue aujourd’hui le Yémen, l’Arabie et les autres états musulmans de la région.

On peut penser que sans le développement du Hedjab par les tribus juives à l’ère préislamique, il aurait été impossible au prophète de l’Islam d’y faire émerger la puissance conquérante qui y prit pied au détriment d’ailleurs de ces mêmes tribus juives.

Toutes ces communautés juives au moins deux fois millénaires ont vu arriver les troupes d’invasion musulmanes sur les terres qu’ils occupaient depuis des siècles et que souvent ils avaient défrichées et durent subir les effets du jihad, la guerre sainte : ils étaient dépossédés de leurs terres et leurs possessions et, s’ils désiraient garder la vie sauve, ils devaient accepter le statut de dhimmis, le statut de sous-hommes en terre d’Islam. Si les juifs se sont pliés plus aisément que les chrétiens à ce statut c’est d’une part qu’ils considéraient que leur vrai pays était la terre d’Israël et qu’ils, leurs descendants, finiraient par la retrouver.

Si on exclut les pays à majorité islamique d’Asie, où la présence juive y est beaucoup plus discrète, les Juifs ont fait partie de l’histoire, voire de l’histoire fondatrice, de tous les pays à majorité musulmane du pourtour méditerranéen et au sud de celle-ci de la Perse à l’Égypte.

Le XXème siècle a été le fossoyeur du monde Juif en terre (devenue terre) d’Islam. Contrairement aux Juifs ashkénazes, cette disparition n’est pas une disparition physique, bien que, comme je l’ai démontré dans mes articles « Islam et Nazisme », celle-ci était programmée conjointement par le nazisme et l’islamisme radical, mais un grand déplacement.

Ce grand déplacement correspond à une volonté d’épuration ethnique du monde arabe qui ne peut accepter des non musulmans que si ceux-là, en dehors de l’appartenance aux religions « licites », acceptent d’être des citoyens de seconde classe.

À ce grand déplacement, ce grand exode, s’est associé une volonté réelle d’effacement de la présence juive, à l’instar de ce qui a déjà évoqué pour le Kosovo dans mes articles « Islam et Nazisme ». Ainsi on peut citer le témoignage amer d’un Juif tunisien qui a subi cet exode et qui constate que sa trace, celle de ses parents et ancêtres, font l’objet d’un effort d’effacement:

  • Dans[1] les années 1980, j’étais en vacances à Hammamet et, tandis que je me prélassais sur cette magnifique plage de sable fin, un jeune Tunisien d’une quinzaine d’années vint me proposer le rituel bouquet de jasmin. La conversation s’engagea en français puis à un moment donné, je dis à ce gosse qui me prenait pour un touriste ordinaire : « Je vais te faire une surprise. » Et je me mis à lui parler en arabe. « Tu es un arabe ? » me demanda-t-il alors.
  • Non.
  • Alors pourquoi tu parles arabe ?
  • Parce que je suis tunisien.
  • Si tu es tunisien, tu es arabe.
  • Non, je te dis.
  • Alors tu es quoi ? Demanda-t-il de plus en plus intrigué.
  • Je suis juif.
  • Ah ! Tu es israélien ?
  • Non ! Je suis tunisien.
  • Tu te moques de moi ! Un israélien-tunisien, ça n’existe pas, ce n’est pas possible. Tu es certainement un Arabe qui habite à Paris…
  • À l’évidence on avait soigneusement caché à ce gosse, comme à toutes les nouvelles générations de ce pays qu’il y avait eu pendant près de vingt siècles une importante communauté juive en Tunisie. Une communauté dont l’origine remonte à la nuit des temps. […]
  • Curieusement tout était oublié, effacé, gommé. Comme si ça n’avait jamais existé.
  • Le pays regorge pourtant de preuves de notre très ancienne présence. Que ce soit le fameux cimetière juif de Gammarth, dont on ne sait même plus où il se trouve tant on le dissimule, l’antique synagogue de Hammam-Lif que l’on cache soigneusement, les lampes à huile décorées d’une ménorah dont regorge le sol de Carthage, nos cimetières, nos synagogues, rues où nous nous sommes promenés, les souks, les commerces où nos familles exerçaient leurs activités, les hôpitaux dans lesquels les médecins juifs étaient si nombreux et si prisés, les livres, les journaux que nous avons publiés, nos voisins, nos amis musulmans, tout devrait porter encore la marque de notre passage… Qu’aurait été la Tunisie, sans la cuisine juive, la pâtisserie juive, la musique et la danse juive, les architectes juifs, le sport juif, etc. ? Que les gens et même les lieux aient changé, cela pouvait se comprendre.
  • Le vent de l’histoire était passé par là, mais disparaître ainsi « sans sépulture » m’était intolérable et soulevait en moi une immense impression d’injustice.

Pour accéder aux articles associés à ce sujet:

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La fin d’un monde : les Juifs Séfarades – I, le statut de dhimmi

Label concept represented by black button icon. Isolated and shiny illustration.Article:
La fin d’un monde : les Juifs Séfarades – II, Maghreb

Article:
Label concept represented by black button icon. Isolated and shiny illustration.La fin d’un monde : les Juifs Séfarades, III – De la Libye au Yémen.

 

Pour plus d’info sur différents points ici évoqués:, consulter les pages et articles de ce site, en particuliers:

Sur la fin du monde séfarade:
Paume 144 (période 1950-1970):
TSAHAL

Sur la tribu juive de Khaibar:
Paume 76 (période 570-590):
KHAIBAR.

 

Paul David.

 

[1] (collectif) « L’exclusion des Juifs des pays arabes ». Témoignage d’André Nahum : « L’exil des Juifs de Tunisie, l’échec d’une continuité ». (p. 233,234)

 

 

Actualités

Manuel Valls

2015-12_manuel_valls_spd_bundesparteitag_by_olaf_kosinsky-2Cet article malgré son titre est apolitique.

En effet je ne juge ni du bilan de Manuel Valls ni de son programme futur si celui-ci devait se présenter aux prochaines primaires de la Gauche puis en cas de succès aux présidentielles 2017.

En ce qui concerne plus particulièrement la politique au Moyen-Orient, nous savons trop bien que nous avons toutes chances d’être déçus quel que soit le futur président élu de gauche ou de droite. J’écarte avec un optimisme mesuré la possibilité que Marine Le Pen puisse succéder à Hollande.

Toutefois si celle-ci était élue, cela aurait l’avantage pour les Juifs d’être éventuellement renvoyés de la maison France par son propriétaire plutôt que par ses squatters (tels ceux qui se sont attaqués à l’Hyper Cacher en Janvier 2015 ainsi que ceux qui les soutiennent ou qui soutiennent de façon globale tout type d’attaque contre les Juifs).

Revenons à Manuel Valls

Manuel Valls est né à Barcelone en 1962 et est donc un immigré exemplaire puisqu’il devint Maire d’Évry en 2001.

Alors que ce n’était pas encore un homme politique de premier plan il se fit connaitre en refusant qu’un magasin Franprix à Evry refuse de vendre les aliments interdits par l’Islam, en effet le magasin était le seul du quartier où pouvaient se réapprovisionner les habitants du quartier dont une bonne partie n’était pas musulmane.

C’est ce que relate le Journal Libération[1]  à l’époque (décembre 2002) :

  • Remettez-moi du porc et de l’alcool en rayon, et fissa ! C’est le ton d’un courrier adressé par Manuel Valls, député-maire socialiste d’Evry (Essonne), aux repreneurs d’un Franprix situé aux Pyramides, un quartier réputé difficile de sa ville. Les frères Djaiziri, qui ont racheté ce fond de commerce de la place Jules-Vallès en octobre, ont opté pour une boucherie halal et banni les alcools. (…)
  • «Inacceptable, intolérable», s’emporte le maire qui fustige cette «approche communautariste» du métier de commerçant. «Je vous saurai gré de bien vouloir rétablir le fonctionnement normal de ce magasin se prévalant de l’enseigne Franprix ­ que j’ai également saisie du dossier ­ dans les plus brefs délais», intime Manuel Valls. (…)

Il juge que cette enseigne se doit d’être généraliste. «Si même le Franprix se spécialise, c’est le signe qu’il vaut mieux que tous ceux qui ne mangent pas halal quittent le quartier, analyse-t-il. Si on ne fait rien, si on accepte un échelon supplémentaire dans la spécialisation, le quartier va devenir un ghetto.»

Ce courage exprimé par Manuel Valls, à l’encontre des usages de la classe politique, aurait pu signifier la fin de sa carrière politique. Il n’en est rien : Candidat à la primaire présidentielle socialiste de 2011, il recueille 5,6 % des voix et apporte son soutien à François Hollande. Il est ensuite Ministre de l’Intérieur dans les gouvernements Jean-Marc Ayrault, de 2012 à 2014. François Hollande le nomme Premier ministre le 31 mars 2014. Il sera vraisemblablement candidat à la prochaine primaire socialiste avec de fortes chances d’être ainsi le futur candidat de la gauche à la Présidentielle en 2017.

Il faut admettre que pendant tout le temps ou  il exerçait des responsabilités au cœur de l’État, que l’on adhère ou non à ses options politiques, Manuel Valls s’est montré un homme déterminé, fidèle à ses idées et courageux.

Cette détermination serait-elle héréditaire ?

petrusbertiusEn fait il a existé des Marranes portant le nom de Valls. Il est évidemment impossible d’établir une filiation entre ces derniers et notre premier ministre. Nous ne ferons donc aucune spéculation à ce sujet, toutefois cela nous permet de rappeler la mémoire d’autres Valls, marranes de l’Ile de Majorque qui avait au moins le même courage et la même détermination que notre premier ministre.

C’est[2] Gabriel Valls qui introduisit aux Marranes de Majorque les livres de prières en Hébreu, en Espagnol, peut-être même en Catalan, et des ouvrages concernant les pratiques quotidiennes du judaïsme.

La destinées des Chuétas (nom donné aux Marranes à Majorque) fut tragique :

  • Lorsque[2] l’on se penche sur le destin des séfarades, on ne peut passer sous silence la tragédie des chuetas de Majorque, une tragédie qui s’est perpétuée depuis le XVe siècle jusqu’à nos jours. Bien qu’un petit nombre ait réussi à fuir l’Inquisition, ceux qui restèrent prisonniers de l’insularité méritent que l’on commémore leur attachement courageux à la loi de Moïse et les souffrances qu’ils endurèrent, même si cette communauté émigra de façon très partielle après sa conversion forcée. La présence du peuple juif dans les îles Baléares est attestée depuis le XVe siècle ; il est notoire que toute la population de Mahon, dans l’île de Minorque, est d’origine juive, et le peuple Juif a laissé des traces évidentes à Majorque. (…)
  • De la fin du XVe siècle jusqu’au XVIIe siècle, l’activité du tribunal (de l’Inquisition) s’assoupit, ce qui permit à un groupe importants de chuetas de s’organiser afin de demeurer Juifs. (…)
  • (après avoir découvert un Juif de 16 ans anciennement converti et après l’avoir condamné au bucher) en 1677, un important coup de filet permit à l’Inquisition de découvrir un lieu de prières, que l’on qualifia de synagogue et de capturer 237 conversos. Parmi eux se trouvaient les chefs spirituels du groupe, Pedro Onofre Cortès, et Raphaël Valls. (…) Les procès durèrent un an et demi, mais pendant leur incarcération les chuetas continuèrent à judaïser. (…)
    (les chuetas furent remis en liberté mais ruinés et tentèrent de s’enfuir par petits groupes mais certains se trouvèrent à nouveau sur l’île aux mains de l’Inquisition ce qui donna lieu à quatre autodafés)
  • (au troisième autodafé) Ceux qu’on ne put offrir au bras séculier furent brûlés en effigie et l’on déterra les ossements de ceux qui étaient morts dans les tourments. Quatorze personnes furent livrés aux Contemporary_illustration_of_the_Auto-da-fe_held_at_Validolid_Spain_21-05-1559.flammes, parmi lesquelles celles que l’on considérait comme les chefs spirituels de la communauté clandestine, Raphaël Valls, son disciple Benito Tarongi et sa sœur Catalina qui moururent brûlés vifs puisque, jusqu’au dernier moment, ils refusèrent d’abjurer, ce qui les privait du soulagement d’être garrotés avant qu’on allumât le bûcher. Leur supplice fut exemplaire par la constance et la sérénité qu’ils manifestèrent.

Les chuetas ont réussit à survivre jusqu’au XXe siècle en  cachant leur judaïsme :

  • Nous nous sommes[2] entretenus avec Gabriel Cortès y Cortès, écrivain, auteur d’un ouvrage sur les Juifs majorquins et leurs descendants chrétiens, et il nous a rappelé que, jusqu’en 1936, il avait connu des familles de chuetons – une variante populaire et péjorative de chuetas –  qui continuaient à pratiquer des rites typiquement crypto-juifs ; la plupart le faisaient par routine, d’autres par choix religieux. Entre autres coutumes d’origine juive pratiquée sans le savoir par la population majorquine en général, on peut noter la confection, à Pâques, de galettes de farine sans levain nommées crespells auxquelles on donne la forme d’étoiles de David. Sans qu’ils accordent de signification religieuse à leurs actes, de nombreux descendants de Juifs convertis convertis tels les Aguiló, Bonnin, Cortès, Forteza, Fuster, Martí, Miró, Piña ou Pinya, Picó, Pomar, Segura, Tarongí, Valentí, Valleriola et Valls s’abstiennent, nous le savons par expérience, de tout travail le samedi, s’habillent avec recherche le samedi comme le dimanche et mangent ce jour-là une nourriture frugale à base de poisson. (…) Enfin nous le savons aussi, les grandes pierres qui autrefois servirent de fondement à l’école qu’abritait la synagogue de la « Call Major », la rue principale de la Juiverie, aujourd’hui transformée en église,  sont conservées dans un certain endroit de la « Calle de Les Escoles ». Lorsque certains descendants de Juifs convertis passent dans cette rue, ils ralentissent le pas, touchent discrètement les pierres du bout des doigts, qu’ils portent ensuite à leurs lèvres.

 

Paul David

 

 

[1] http://www.liberation.fr/societe/2002/12/09/a-evry-le-maire-contre-le-franprix-halal_424063

[2] (collectif) dirigé par Henry Méchoulan : « Les Juifs d’Espagne, histoire d’une diaspora, 1492-1992 ». Article de Josep Mascaro Pasarius : « Les chuetas de Majorque ».